Haoussa

langue tchadique parlée en Afrique de l’Ouest

Haoussa
Hausa
Pays Nigeria,Niger,Cameroun, Soudan, Tchad, Bénin, Ghana, Togo,et Centrafrique.
Nombre de locuteurs Nigeria : 48 300 000 (2015)[1]

Niger : 14 500 000 (2016)[1]
Total : 63 428 100[1]

Typologie SVO, à tons
Écriture Alphabet latin et alphabet arabe
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle Langue nationale :
Drapeau du Ghana Ghana
Drapeau du Niger Niger
Drapeau du Nigeria Nigeria
Codes de langue
ISO 639-1 ha
ISO 639-2 hau
ISO 639-3 hau
IETF ha
Linguasphere 19-HAA-b
WALS hau
Glottolog haus1257
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français)

Mataki na farko

Su dai yan-adam, ana haifuwarsu ne duka yantattu, kuma kowannensu na da mutunci da hakkoki daidai da na kowa. Suna da hankali da tunani, saboda haka duk abin da za su aikata wa juna, ya kamata su yi shi a cikin yan-uwanci.

Le haoussa, hausa ou hawsa (autonyme : Harshen Hausa) est une langue africaine parlée en Afrique de l’Ouest, principalement au Niger et au Nigeria, mais aussi au Cameroun, au Soudan, au Tchad, au Bénin, au Ghana et au Togo. Elle est notamment une des principales langues apprises et parlées au Nigeria avec l'anglais (Nigerian English ou Nigerian Standard English), le pidgin nigérian, le yoruba et l'igbo.

au Niger
au Nigeria

Le haoussa comprend plusieurs dialectes entre lesquels il y a intercompréhension. Guère utilisé comme première langue au-delà d'une partie du Nord du Nigéria et du Sud du Niger, il sert en revanche de langue véhiculaire dans une aire beaucoup plus large, incluant notamment une grande moitié nord du Nigéria et de nombreux locuteurs dans la quasi-totalité des grandes aires urbaines du pays. Il serait la troisième langue la plus parlée du continent[2].

ClassificationModifier

Le haoussa fait partie de la famille des langues afro-asiatiques (dite aussi chamito-sémitique) et appartient au groupe des langues tchadiques, dont le haoussa est la langue comptant le plus de locuteurs (et à un des quatre sous-groupes de ce dernier, celui des langues tchadiques occidentales).

OrigineModifier

Le haoussa est plus le nom d'une langue que d'un peuple. On constate même une certaine hétérogénéité ethnique chez les Haoussa. Ceux-ci constituaient il y a quatre siècles sept royaumes, tous dans le nord du Nigeria, mais la langue débordait largement ces limites[3]. On considère que le centre culturel de la langue est la ville de Kano, fondée il y a plus de mille ans, qui possède des vestiges d'anciens remparts[3].

Le fait que la grande majorité des locuteurs soit musulmane a eu des influences certaines sur la langue : ainsi l'arabe a profondément imprégné le vocabulaire du haoussa. Cependant cette langue ne s'écrit guère plus en alphabet arabe[3].

Elle a un statut de langue vernaculaire des commerçants dans une partie de l'Afrique de l'Ouest et de l'Afrique centrale[3].

Répartition géographiqueModifier

Le haoussa est principalement parlé au Nigeria (30 millions de locuteurs) et au Niger (9,36 millions) ainsi qu’au Ghana (2 millions), en Côte d’Ivoire (121 000), au Cameroun (400 000), au Tchad (200 000), au Soudan (600 000) et au Congo-Brazzaville (12 000)[réf. nécessaire]

Le haoussa est parlé au Nigéria par 48 300 000 personnes en 2015, pour 33 300 000 d'entre eux c'est leur langue maternelle et 15 000 000 l'utilisent comme langue seconde. Dans le monde, un total de 63 428 100 personnes le parlent (comme langue maternelle : 43 928 100, langue seconde : 19 500 000)[1]. Au Gabon le haoussa est considérée comme une ethnie.

Il est aussi parlé dans de nombreuses grandes villes commerciales (Dakar, Abidjan, N'Djamena, Lomé, Cotonou, Ouagadougou, Bamako, Conakry, Bangui, etc.).

Aujourd’hui, le haoussa est considéré comme une langue véhiculaire (commerciale) d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. Aussi, elle est diffusée par les grandes stations radio du monde telles que la VOA, BBC (Royaume-Uni), CRI (Chine), RFI (France), IRIB (Iran), Deutsche Welle (Allemagne), la Voix de la Russie (Radio Moscou), mais aussi enseignée dans les grandes universités africaines et occidentales (Libye, Niger, Nigeria, Inalco (Paris), Université de Boston, UCLA). L’industrie de la vidéo haoussa (« Kannywood ») est par ailleurs très florissante. Elle produit plus de 1 000 films par an.

Au début des années 1980, on considérait que c'était une des rares langues d'Afrique noire qui disposait d'un journal : « Gaskiya ta fi Kwambo » ( « la vérité surpasse l'argent » )[3].

Statut officielModifier

Le haoussa est une langue officielle au nord Nigeria, une langue nationale au Niger.

DialectesModifier

Le haoussa compte plusieurs dialectes, ceux-ci sont dénommées abakwariga, adaranci, araouci, damagaranci, dawranci, gobirci, gubanci, hadejiyanci, kabbanci, kananci, katagumci, katsinanci, kurfayanci, kwannanci, sokotanci, zamfaranci, zazzaganci, . Le haoussa présente une faible différenciation dialectale (c'est-à-dire que l’intercompréhension est complète sur l’ensemble de l’aire linguistique).

CaractéristiquesModifier

La grammaire haoussa comporte plusieurs spécificités.

Le haoussa comporte deux genres, masculin et féminin. Plusieurs féminins se forment à partir du masculin en introduisant, plus ou moins directement, la voyelle a en finale. La formation des pluriels est très irrégulière : il peut exister deux pluriels distincts[3]. Le pronom personnel a un emploi assez original, puisqu'il suit systématiquement le sujet un peu comme quand, en français, on écrit ou on dit : Ton père, il a dit [3]. Et une autre originalité s'ajoute : le pronom personnel varie avec le temps employé. Dans la mesure où le verbe, autre particularité remarquable, est invariable, c'est le pronom personnel qui peut renseigner le locuteur ou le lecteur sur le temps employé[3].

ÉcritureModifier

Les premiers poèmes composés en haoussa, écrits en alphabet arabe adapté à la notation des langues africaines (ʿajami), datent du début du XIXe siècle. À cette époque également prend naissance une tradition de chroniques versifiées en haoussa, dont la plus connue est la Chronique de Kano (notées également en ʿajami). À cette tradition s’est ajoutée dans les années 1930, à la suite de la colonisation britannique, une production littéraire en alphabet latin dans un sous-ensemble de l’alphabet pan-nigérian (pièces de théâtre, contes, nouvelles, romans, poésie).

La langue écrite est fondée sur le dialecte de Kano. Le Haoussa est écrit depuis plus de 200 ans, tout d’abord dans l’alphabet arabe, puis majoritairement dans l’alphabet latin qui a été introduit au début du XXe siècle, avec 4 consonnes supplémentaires : ɓ, ɗ, ƙ, ƴ (notée aussi ’y), et l’arrêt glottal .

L’écriture en caractères latins utilise également des diacritiques pour indiquer les tons : accents grave (ton bas), aigu (ton haut) et circonflexe (ton descendant), ainsi que le macron pour indiquer les voyelles longues. Si ces diacritiques sont généralement notés dans les dictionnaires, ils ne le sont pas dans les autres textes imprimés : livres et journaux.

Écriture arabeModifier

L’ʿajami est le nom donné à l’écriture arabe utilisée pour écrire le haoussa :

ب [b]
ٻ [ɓ]
ث [tʃ]
د [d]
ط [ɗ]
ف [β]
غ [ɡ]
ه [h]
ج [dʒ]
ك [k]
ق [k’]
ل [l]
م [m]
ن [n]
ر [r], [ɾ]
س [s]
ش [ʃ]
ت [t]
ڟ [ts’]
و [w]
ى [j]
ع [ʔ]
ز [z]
 

Écriture latineModifier

Le boko est le nom donné à l’écriture latine utilisée pour écrire le haoussa :

A a [a], [æ]
B b [b]
Ɓ ɓ [ɓ]
C c [tʃ]
D d [d]
Ɗ ɗ [ɗ]
F f [β]
G g [ɡ]
H h [h]
I i [i]
J j [dʒ]
K k [k]
Ƙ ƙ [k’]
L l [l]
M m [m]
N n [n]
O o [o]
R r [ɽ]
R̃ r̃ [r]
S s [s]
Sh sh [ʃ]
T t [t]
Ts ts [ts’]
U u [u], [uː]
W w [w]
Y y [j]
Ƴ ƴ, ’Y ’y [ʔʲ], [j̰]
Z z [z]
[ʔ]

Au Niger, selon l’alphabet officiel, les digrammes ‹ fy, gw, gy, kw, ky ƙw, ƙy › représentent aussi des sons spécifiques et sont considérés comme des lettres à part entière[4].

ExemplesModifier

Plusieurs langues ont influencé le vocabulaire du haoussa.

Le bantou, par exemple, qui a laissé des mots de base du vocabulaire comme nama (viande), mutum (homme).

L'arabe à travers l'islam lui a transmis des mots dans tous les domaines, jours de la semaine, noms de nombres supérieurs à dix et des mots comme zamani (temps) et alkama (blé)[3].

Et bien évidemment les langues européennes comme l'anglais, à l'origine du vocabulaire moderne et technique. Mais il faut savoir que la prononciation de ces mots en langue haoussa, les rend parfois méconnaissables. Des exemples classiques étant le mot asibiti (pour hospital), fasofis (post office) et pensir (pencil, crayon).

Mot Traduction Prononciation standard
connaissance sani [sanii]
ciel sama [samma]
eau ruwa [roua]
feu wuta/huta [houta]
homme namiji [namidji]
femme mace [matché]
manger ci [tchi]
boire sha [cha]
grand babba
petit kharami
nuit dare [daré]
jour rana [râna]
dormir barci/kwana [bartchi]/[kouana]
bonjour ina kwana
bonsoir ina wuni
il fait jour gari ya waye
faim Gnunwa
soif Kishirwa
maison gida
l’Est gabas
l’Ouest Yamma
le Sud (Kudu)
le Nord Arewa
français bafaransi

Conjugaison et pronomsModifier

Mot Traduction Prononciation standard
je/moi ni
tu/toi (masculin) kai
tu/toi (féminin) ke
il/lui shi
elle ita
nous mu mou
vous ku kou
ils/elles/eux su sou
Conjugaison du verbe manger
Présent
Mot Traduction Prononciation
je mange ina ci hinatchi
tu manges kana ci canatchi
il/elle mange yana ci (yanatchi)
Nous mangeons muna ci (mounatchi)
Vous mangez kuna ci (kounatchi)
Ils/Elles mangent suna ci sounatchi

Notes et référencesModifier

  1. a b c et d Ethnologue [hau].
  2. Atlas des peuples : 6 000 ans d'histoire - 200 cartes, Le Monde Hors-Série, (ISBN 978-2368040898), p. 54-55.
  3. a b c d e f g h et i Michel Malherbe, Les langages de l'humanité, Paris, Éditions Robert Laffont, , 1734 p. (ISBN 2-221-05947-6), « Le haoussa (hausa) », p. 313, 314 , 322, 323
  4. arrêté 212-99 de la République du Niger

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • (en) G. P. Bargery, A Hausa-English dictionary and English-Hausa vocabulary, London, Humphrey Milford, , 226 p.
  • (en) Roy Clive Abraham, Principles of Hausa, Kaduna, Government Printer,
  • (en) Beverle Michaele Lax, The West-A-branch of the Chadic language family : a comparative study of Hausa, Sha, Angas, Karekare, and Dera, Michigan State University, 1986, 132 p. (M.A.)
  • Maurice Delafosse, Manuel de langue haoussa Chrestomathie haoussa ; précédé d’un abrégé de grammaire et suivi d’un vocabulaire, Paris, J. Maissonneuve, , 134 p. (lire en ligne)
  • Hans Vischer, « Rules for Hausa spelling », African Affairs, vol. 11, no 43,‎ , p. 339–347 (DOI 10.1093/oxfordjournals.afraf.a099513)
  • « Hausa orthography », Africa, International African Institute, vol. 11, no 4,‎ , p. 505–507 (DOI 10.1017/S000197200005453X)
  • (sv) « Världens 100 största språk 2007 (Les 100 langues les plus parlées au monde en 2007) », dans Nationalencyklopedin
  • Les langues, CEDEAO-CSAO, OECD, coll. « Atlas de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest / Série population », (lire en ligne)
  • Louis-Jean Calvet, Les langues véhiculaires, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , 121 p. (ISBN 2130368883 et 9782130368885, OCLC 240501114)

Articles connexesModifier

Liens externesModifier