Empire de Sokoto

ancien pays

Empire de Sokoto

18041903

Drapeau
Description de cette image, également commentée ci-après
Califat de Sokoto au XIXe siècle
Informations générales
Capitale Sokoto
Histoire et événements
Fondation
Ėtablissement du protectorat du Nigéria du Nord

Entités suivantes :

L’empire de Sokoto ou califat de Sokoto a été fondé par un djihad mené entre 1804 et 1810 par le Peul Usman dan Fodio dans le nord du Nigeria. Il s'étendait principalement entre le nord du Nigeria et le nord du Cameroun actuels, et sa capitale était la ville de Sokoto. L'économie de cet empire peul, qui fut à son apogée le plus grand État d’Afrique au XIXe siècle (derrière l'Empire ottoman), était fondée sur le commerce et l'esclavage.

HistoireModifier

Le , l'imam peul Usman dan Fodio, menacé par Younfa, roi du Gober, s’enfuit à Gudu. Usman, qui compare sa fuite à celle de l'hégire de Mahomet, prêche la guerre sainte (djihad) contre les impies de toute sorte et en particulier contre les rois des cités haoussas, qu'il accuse de ne pas appliquer les vrais principes de l'islam. Le but est donc la purification de l'islam dans les territoires déjà musulmans[1].

Des Peuls se joignent à lui, mais aussi de nombreux Haoussas mécontents, faisant d'ailleurs de son armée une troupe à majorité haoussa. Le 21 juin suivant, il remporte la victoire sur l’armée de Younfa à Tabkin Kwato. Il se proclame commandeur des croyants et règne sur le Gober (fin en 1817). Ses douze plus fidèles disciples reçoivent des étendards bénits avec lesquels ils sont envoyés à la conquête des territoires voisins.

La victoire attire de nombreux aventuriers du royaume du Fouta-Toro, de l'empire du Macina et du Songhaï. Avec eux, Usman s’empare de Kano qui devient sa capitale. Ce nouveau succès attire auprès de lui les musulmans du Nigeria et du Cameroun septentrionaux, ainsi que des Peuls métissés établis depuis longtemps dans la région.

À la tête d’une armée puissante, Usman annexe tous les royaumes Haoussas (Katsina, Zaria, Noupé, Kebbi, Liptako) et le nord du Cameroun de 1804 à 1808. Il désigne des émirs pour administrer les territoires conquis, le plus souvent les souverains vaincus, confirmés dans leur fonction.

En 1815, Usman transmet le titre de sultan de Sokoto à son fils Mohammed Bello. À cette époque, des troubles éclatent dans plusieurs provinces de l’empire. Les Haoussa, encouragés par les Touareg de l’Aïr et par le souverain du Kanem et du Bornou, rejettent la suzeraineté théocratique de Sokoto et son islam rigoriste. Mohammed Bello rétablit le calme.

En 1823 Mohammed Bello soumet Ilorin au nord du royaume d’Oyo. Le 13 avril 1827 l’explorateur britannique Hugh Clapperton meurt à Sokoto, où il était reçu par Mohammed Bello.

Mohammed Bello meurt en 1837. Son jeune frère Ousmane (Atikou) lui succède à la tête de l’empire jusqu'en 1843.

 
Peuls du Sokoto (1900).

En 1840, les Peuls de Sokoto sont repoussés du royaume d’Oyo par les Yorubas à la bataille d’Oshogbo. En 1841, Modibbo Adama, disciple d’Usman dan Fodio, s’installe à Yola et étend sa puissance et son domaine au sud-est de l’empire de Sokoto. Jusqu’à sa mort en 1847, il combat les tribus animistes du nord du Cameroun et son adversaire, le roi de Mandara. Il réalise l’unité du Fombina (le sud), qui prend en son honneur le nom d’Adamaoua.

En novembre 1842, Ali, fils de Mohammed Bello, prend le pouvoir à Sokoto à la mort d’Atikou, jusqu'en 1855. Son règne est marqué par des révoltes et des attaques incessantes contre les territoires soumis par les Peuls, en particulier contre le Gober qui s'est affranchi entretemps et le dernier sultanat Haoussa indépendant de Zinder (autrement appelé Damagaram) et la région de Maradi, zone forestière peuplée de réfugiés des guerres précédentes et où des survivants de la famille régnante du Katsina s'étaient réfugiés. Les cités qui composent l’empire reprennent leur indépendance en reconnaissant d’une façon nominale l’autorité du commandeur des croyants établi à Sokoto.

En février 1903, les Britanniques occupent sans difficultés Kano, puis Sokoto en mars. La frontière séparant actuellement le Niger et le Nigeria correspond peu ou prou aux limites entre territoires alors sous souveraineté du Sokoto au sud et territoires indépendants (Gobir, Maradi, Zinder) au nord[2].

Descendant direct du premier calife, Muhammadu Sa'ad Abubakar III, 20e du titre reste, aujourd'hui encore, le plus haut dignitaire musulman du Nigeria[3].

GéographieModifier

À son apogée, le califat de Sokoto est « le plus grand État d’Afrique depuis l’effondrement de l’Empire songhaï en 1591-1592, et le deuxième plus grand État musulman au monde jusqu’à la conquête européenne et la division du califat entre les Français, les Anglais et les Allemands, de 1897 à 1903, la Grande-Bretagne s’emparant des régions les plus peuplées du centre »[4]. Il couvre principalement le nord du Nigeria et le nord du Cameroun contemporains[5] et s'étire du Burkina Faso moderne à la République de Centrafrique[4].

Il couvre une superficie de l'ordre de 400 000 km2[6], ce qui le place néanmoins derrière les provinces de l'Empire ottoman qui comprennent l’Égypte (un million de kilomètres carrés) et la Libye (1,7 millions de kilomètres carrés). Sa population est de l'ordre de dix millions d'habitants.

OrganisationModifier

Le califat de Sokoto est un État fortement décentralisé dirigé par le calife, dont les compagnons sont placés comme émirs à la tête de chaque subdivision territoriale[5]. Ceux-ci répondent en théorie directement de leurs actions auprès du calife mais en raison de la distance, le califat est de fait divisé entre les émirats de l’ouest, directement dirigés depuis la ville de Sokoto, et les émirats de l’est plus ou moins autonomes[5]. Selon l'historien Paul Lovejoy (en), l'établissement du califat en tant que fédération « était révolutionnaire » : « Le califat consolidait une région qui comptait de nombreux États et beaucoup d’ethnies différentes en un seul empire divisé en 33 émirats, sous la direction de la capitale duale de Sokoto et de Gwandu après 1817 ». Il incluait plus de vingt sous-émirats dans l’empire d’Adamawa, également connu sous le nom de Fombina, dont la capitale était Yola sur la rivière Bénoué[4].

Le jihad remplace les impôts des dirigeants haoussas par des impôts islamiques comme la zakât[5]. Les impôts dépendent largement de chaque émirat avec par exemple l’existence d’un impôt foncier à Kano et Zaria et non à Sokoto[5].

La collecte dans les mines de sel du nord du califat était fondée sur le travail servile, tout comme les industries du fer, coton, indigo ou cuir des régions centrales du califat.

Influence et postéritéModifier

Selon l'anthropologue Murray Last, l'impact du califat de Sokoto en Afrique est comparable à celui de la Révolution française dans la reconfiguration de l’histoire européenne et du monde atlantique de la fin du XVIIIe siècle et au-delà[4]. L'historien Paul Lovejoy (en) souligne que « le djihad de Sokoto engloba tout l’espace du Mali moderne jusqu’à la vallée du Nil », et que « son influence s’étendit encore plus largement et existe encore aujourd’hui »[4].

Le djihad de Dan Fodio reste une référence constante dans la région[1], et a connu de multiples interprétations historiques. Si certains y ont vu le produit d'une simple querelle ethnique — une vision réductrice dans la mesure où les Peuls étaient en infériorité numérique dans la plupart des territoires conquis par Sokoto — d'autres y vu une révolution compte tenu du message religieux vantant une certaine forme d'égalité et la fin de la corruption des élites dirigeantes hausa[1].

Notes et référencesModifier

  1. a b et c Vincent Hiribarren, Un manguier au Nigeria, Plon, , 300 p. (ISBN 978-2259250863)
  2. Camille Lefebvre, « L'Afrique n'est pas victime de ses frontières », Le Monde, 6 avril 2015, mise à jour du 19 août 2019 ; page consultée le 20 juillet 2020.
  3. « Au Nigeria, le “fantasme” d'un nouveau jihad peul », sur lepoint.fr, Le Point, (consulté le 21 avril 2020).
  4. a b c d et e Paul E. Lovejoy (en), « Les empires djihadistes de l’Ouest africain aux XVIIIe-XIXe siècles », Cahiers d'histoire, no 128,‎ , p. 87-103 (lire en ligne, consulté le 27 janvier 2020).
  5. a b c d et e Vincent Hiribarren, « Au XIXe siècle, un État islamique africain de référence », sur libeafrica4.blogs.liberation.fr, (consulté le 25 janvier 2020).
  6. (en) Paul E. Lovejoy, Jihād in West Africa during the Age of Revolutions, Ohio University Press, , 432 p. (ISBN 9780821445839, lire en ligne).

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Camille Lefebvre, Frontières de sable, frontières de papier : histoire de territoires et de frontières, du jihad de Sokoto à la colonisation française du Niger, XIXe – XXe siècles, Publications de la Sorbonne, coll. « Bibliothèque historique des pays d'islam », , 540 p., 17,3 × 25 cm (ISBN 978-2859448837, OCLC 904949344).
  • (en) Paul E. Lovejoy, Slavery, commerce and production in the Sokoto Caliphate of West Africa, Trenton, Africa World Press, , 425 p. (ISBN 1-592-21254-9).
  • (en) Hussaini U. Malami, Economic principles and practices of the Sokoto caliphate, Sokoto, Institute of Islamic Sciences, , 145 p. (ISBN 978-34042-1-0).
  • Elikia M’Bokolo (préf. Michèle Gendreau-Massaloux), Afrique noire : histoire et civilisations, t. II : du XIXe siècle à nos jours, Paris, Hatier-AUF, coll. « Universités francophones », , 587 p., 26 cm (ISBN 978-2218750502, OCLC 492828141).
  • (en) Sean Stilwell, Paradoxes of Power : the Kano “mamluks” and male royal slavery in the Sokoto Caliphate, 1804-1903, Portsmouth (NH), Heinemann, , 281 p. (ISBN 0-325-07040-7).

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

  • Vincent Hiribarren, « Au XIXe siècle, un État islamique africain de référence », sur liberation.fr, Libération, .
  • Marc-Antoine Pérouse de Montclos, « Les esclaves invisibles de l'Islam : à quand l'heure de vérité ? », Études, t. 396, no 6,‎ , p. 751-759 (lire en ligne).
  • Paul E. Lovejoy, « Les empires djihadistes de l’Ouest africain aux XVIIIe – XIXe siècles », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, no 128,‎ , p. 87-103 (lire en ligne, consulté le 21 avril 2020).