Ouvrir le menu principal

Emmanuel Suhard
Image illustrative de l’article Emmanuel Suhard
Biographie
Naissance
Brains-sur-les-Marches (France)
Ordination sacerdotale
Décès (à 75 ans)
Paris
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
par le
pape Pie XI
Titre cardinalice Cardinal-prêtre de Saint-Onuphre-du-Janicule
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale par
Mgr Eugène Grellier
Archevêque de Paris (France)
Archevêque de Reims (France)
Évêque de Bayeux et Lisieux (France)

Blason
« Fide in lenitate » (Si 45, 4)
« Fidélité dans la douceur »
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Emmanuel Suhard, né le à Brains-sur-les-Marches (Mayenne) et mort le à Paris, est un évêque catholique français, évêque de Bayeux et Lisieux en 1928, archevêque de Reims en 1930, cardinal en 1935 et archevêque de Paris à partir de 1940 et donc durant toute la période de l'occupation par les armées du IIIe Reich.

Le cardinal Suhard dénonce dès septembre 1939 « le racisme hitlérien[1]. « Plutôt enclin au pétainisme »[2]  il pratique un « loyalisme sans inféodation[3] » envers le régime de Vichy, tout en laissant la liberté de conscience. La censure interdit ses déclarations publiées dans le bulletin diocésain[4]. Il ne proteste pas de manière spectaculaire pour, dit-on, ne pas entraîner des représailles envers les prêtres et les militants chrétiens[5]. Les Occupants exigent qu’il exprime sa docilité au nazisme, ce mot ne serait jamais venu[6].

Il accueille Pétain en avril 1944 à Paris, et préside également aux Obsèques nationales du collaborateur Philippe Henriot. Le , il lui est interdit d’accueillir le général de Gaulle à Notre-Dame, qui décide de le recevoir dès le 20 septembre après la visite de Mgr Théas, résistant[7].

Il a fondé la Mission de France à Lisieux, la Mission de Paris et la communauté de Saint-Séverin. Il a aussi accompagné l'expérience des prêtres-ouvriers (« un mur sépare le monde ouvrier de l'Église, ce mur il faut l'abattre »).

Depuis 1997, et pour lui rendre hommage, une paroisse du diocèse de Laval porte son nom : Paroisse Sainte-Thérèse – Cardinal-Suhard.

Sommaire

BiographieModifier

La MayenneModifier

Emmanuel Célestin Suhard est le fils d'Emmanuel Suhard et de Jeanne Marsollier (mariés le 25 juin 1873). Enfant pieux et timide, fils d'une veuve qui dirige seule la ferme familiale, il est jugé « trop peu dégourdi pour faire un curé » par le curé de Brains-sur-les-Marches. En octobre 1888, il entre au petit séminaire de Mayenne (ses condisciples incluent Joseph Hamon et Victor Guillet). Il le quitte en 1892 pour entrer le 6 octobre au grand séminaire de Laval où il effectue des études qui lui valent une bourse pour le Séminaire français de Rome. Il y est ordonné prêtre en 1897.

RomeModifier

Étudiant à Rome à l'Université pontificale grégorienne, en même temps que le futur Pie XII et Mgr Maglione, futur nonce en France. Il obtient un doctorat en théologie, un doctorat en philosophie et une licence en Droit canonique. L'université Grégorienne lui décerne la Grande Médaille d'Or, distinction suprême.

De la Mayenne à ParisModifier

 
Statue du Cardinal Suhard à Brains-sur-les-Marches, son village natal

De retour en 1899 en France, il célèbre sa première grand-messe dans l'église de Brains-sur-les-Marches. Il est prêtre du diocèse de Laval.

Nommé professeur de philosophie au grand séminaire de Laval, il enseigne la théologie. Grâce à ses qualités d'accueil et d'écoute, il exerce une influence sur le clergé mayennais, bien qu'il ne soit pas très en cour à l'évêché car il n'est pas « Action française ». Il s'en explique : « L'Action française est trop particulariste. Le prêtre est fait pour tout le monde et doit accueillir tout le monde ».

Réformé en 1914, l'abbé Suhard est aumônier d'un hôpital militaire à Laval.

Il devient chanoine en 1919, mais l'évêque, Mgr Eugène Grellier, très proche de l'Action française, le tient à l'écart et refuse de le nommer supérieur du grand séminaire. Dix-neuf ans plus tard, Mgr Grellier sera obligé de le consacrer évêque, car en 1928, Emmanuel Suhard est nommé évêque de Bayeux et Lisieux. Il est archevêque de Reims de 1931 à 1940, et créé cardinal en 1935. C'est l'un des six cardinaux français à participer au conclave de 1939 à l'issue duquel Pie XII est élu.

Il devient cardinal archevêque de Paris en 1940 et le reste jusqu'à sa mort en 1949.

Seconde Guerre mondialeModifier

Le siège archiépiscopal de Paris qu’il rejoint pendant l’exode de juin 1940 devient pour lui une lourde charge, où il subit les épreuves de l'époque. Dès juillet 1940, les Allemands perquisitionnent l’archevêché.

Comme la plupart des hauts dignitaires de l’Église de France, il donne son approbation à la politique de « régénération morale » du maréchal Pétain. Il négocie avec l’amiral Darlan, le ministre de l’Intérieur Pierre Pucheu et par l’intermédiaire d’Henri Dodier, le ministre de l’Éducation nationale Jérôme Carcopino, un système de financement par l’État de l’école privée catholique, qu'il obtient en juillet 1941. Les subventions sont réparties par les préfets, dans chaque département. Un horaire commode d’enseignement religieux facultatif est aussi instauré dans l’enseignement public[8].

Le , il adresse une dépêche à Hitler pour demander la grâce des otages de Nantes et Châteaubriant[9].

Le , il préside aux côtés de Philippe Pétain, de Philippe Henriot, devenu la voix de Radio Paris, et du général Brécard aux cérémonies commémorant les victimes du bombardement de la veille, qui sont le premier acte de propagande publique des collaborationnistes contre « l'esprit anglais » qu'incarne De Gaulle. Aux lendemains de la rafle du Vel d'hiv et des protestations de Mgr Saliège, il se tait.

Il approuve la déclaration des évêques de France du 17 février 1944 qui condamne « les appels à la violence et les actes de terrorisme, qui déchirent aujourd’hui le pays, provoquent l’assassinat des personnes et le pillage des demeures »[10] et accueille le maréchal Pétain à Notre-Dame, en avril 1944, ce qui lui sera reproché à la Libération[11]. Il célèbre en Notre Dame les funérailles nationales du ministre de l’Information et de la Propagande du gouvernement de Vichy Philippe Henriot, abattu par la résistance le 28 juin 1944[12].

Le , le général de Gaulle, sur les conseils du père Bruckberger et de Francis-Louis Closon, décide de l'exclure de la cérémonie du Te Deum de Notre-Dame et de le maintenir confiné à l'archevêché[13].

Le 9 mai 1945, au lendemain de la capitulation allemande, le général de Gaulle revenait à Notre-Dame, non plus pour un Magnificat, mais pour le Te Deum de la victoire. Au portail de la cathédrale, il fut cette fois, accueilli par l'archevêque de Paris, souriant, le cardinal Suhard[14].

Le , un buste en bronze du cardinal est inauguré au grand séminaire de Laval, ainsi qu'une statue du prélat, le même jour à Brains-sur-les-Marches.

Volonté missionnaireModifier

Pendant les vingt années de son épiscopat, il inspire, encourage et soutient un grand courant missionnaire, dont nombre de ses lettres pastorales, en particulier les trois dernières (Essor ou déclin de l'Église, Le Sens de Dieu et Le Prêtre dans la cité) rédigées par le père Bernard Lalande, son secrétaire et théologien, se sont fait l'écho. C'est à sa demande que fut publié, en 1943, un ouvrage de l'abbé Henri Godin : La France, pays de mission, qui eut un grand retentissement au sein de l'Église.

En 2018, les éditions Artèges réédite la lettre Essor ou déclin de l’Église, préfacée par le cardinal archevêque émérite de Paris André Vingt-Trois.

En 2019, l'Église commémore le 70ème anniversaire de la mort du cardinal Suhard (+1949). La chaine KTO consacre le 26 mai 2019 une émission de 52 minutes La foi prise au mot à la figure du cardinal Suhard. Le 7 juin 2019, une messe solennelle est célébrée en l'église Saint-Gervais-Saint-Protais à Paris. Cette célébration initialement prévue à la cathédrale Notre-Dame de Paris avant le grave incendie, a été présidée par Mgr Mathieu Rougé évêque de Nanterre en présence de plusieurs autres évêques. Le même jour, les diocèses de Reims, Bayeux-Lisieux, Laval, Mission de France dans lesquels le cardinal Suhard a exercé ses ministères de prêtre et d'évêque ont célébré une messe solennelle en sa mémoire. Le journal La Croix consacre au cardinal, dans son édition du 30 mai 2019, un article Le cardinal Suhard, missionnaire en son pays relatant les étapes principales de sa vie, sa postérité missionnaire et ses trois dernières lettres pastorales.

Le précurseur de Vatican IIModifier

Ses trois dernières lettres pastorales notamment Essor ou déclin de l'Église (1947) sont considérées « comme une sorte de “préface” des grands textes du Concile Vatican II »[15] sur le rôle des laïcs dans l'Église, la nécessité d'adapter les formes de l'Église au monde moderne et le rôle d'évangélisateur que reçoit le laïc de par son baptême[16].

Le collège des Bernardins y consacre une conférence[17].

PublicationsModifier

  • Lettre pastorale de Son Éminence le cardinal Suhard. La Famille (Carême 1946), éditions Spes.
  • Essor ou déclin de l'Église, éd. du Vitrail, 1947.
  • Le Sens de Dieu, A. Lahure, 1949.
  • Le Prêtre dans la cité, A. Lahure, 1949.
  • Vers une Église en état de mission, éditions du Cerf, 1965 (textes choisis par Olivier de La Brosse)

Notes et référencesModifier

  1. Cardinal Suhard, Semaine Religieuse de Reims, (lire en ligne), p. 36-37
  2. La-Croix.com, « Biographie. Le cardinal Suhard, l'audace missionnaire », sur La Croix (consulté le 11 juin 2019)
  3. Cardinal Suhard, Semaine Religieuse de Reims, (lire en ligne), p. 167
  4. J.P Guérend, Cardinal Suhard, Cerf, , 384 p. (ISBN 9782204091176), p. 46
  5. J.P. Guérend, Cardinal Suhard, archevêque de Paris(1940-1949), Cerf, , 384 p. (ISBN 9782204091176), Préface
  6. P. Bouëssé, « Le cardinal Suhard, Quatre années de guerre », La Croix,‎ 28-30 mai 1959
  7. Charles De Gaulle, Mémoires de guerre, p. 367-368
  8. Michèle Cointet, article Chrétiens, dans le Dictionnaire historique de la France sous l'occupation, sous la direction de Michèle et Jean-Paul Cointet, Tallandier, 2000, p. 158.
  9. Gene A. Plunka, Staging Holocaust Resistance, p. 106, Palgrave Macmillan, New York, 2012 (ISBN 978-1-349-35055-1).
  10. cité par Michèle Cointet, article Chrétiens, dans le Dictionnaire historique de la France sous l'occupation, sous la direction de Michèle et Jean-Paul Cointet, Tallandier, 2000, p. 159.
  11. Michèle Cointet, article Suhard (Emmanuel, cardinal), dans le Dictionnaire historique de la France sous l'occupation, sous la direction de Michèle et Jean-Paul Cointet, Tallandier, 2000, p. 659.
  12. Les funérailles nationales de Philippe Henriot , reportage des actualités de l'époque, disponible sur le site de l'INA.
  13. Michèle Cointet, L'Église sous Vichy, Perrin 1998, p. 342.
  14. Jean Vinatier, le cardinal Suhard, Le Centurion, 1985, p. 217
  15. http://catholiques-val-de-marne.cef.fr/documentation/spiritualite/cardinal-suhard-precurseur-du-concile-vatican-ii-fondateur-de-la-mission-de-france.
  16. http://evreux.catholique.fr/actualite.php?id=1142.
  17. http://www.collegedesbernardins.fr/index.php/rencontres-a-debats/mardis-des-bernardins/archives-mardis-des-bernardins/cardinal-suhard-quelles-source-dinspiration-50-ans-apres-vatican-ii-.html.

BibliographieModifier

  • Henri Dodier, À la recherche de la paix scolaire : quelques souvenirs sur S.É. le cardinal Suhard, archevêque de Paris, années 1940 à 1949, lettre-préface de Jérôme Carcopino, Laval, Goupil, 1953, in-16, 71 pages.
  • R. P. Humbert Boüessé, O.P., Biographie du cardinal Suhard, ouvrage non publié du fait de la mort de l'auteur, ancien élève de l'abbé Suhard au Grand Séminaire de Laval devenu religieux dominicain. Il a rassemblé lettres, papiers personnels et autres documents publics ou privés.
  • Discours prononcé par son excellence Mgr Chappoulie, évêque d'Angers, le 10 octobre 1953 à Brains-sur-les-Marches pour l'inauguration, Angers, H. Siraudeau 1953.
  • Jean Vinatier, Le Cardinal Suhard, l'évêque du renouveau missionnaire 1874-1949, éd. Le Centurion.
  • Michel Rougé et Jean Pierre Guérend, Pionnier de la paix, le combat du père Bernard Lalande (ancien secrétaire du cardinal Suhard), éditions Nouvelle Cité.
  • Jean-Pierre Guérend, Le Cardinal Emmanuel Suhard, archevêque de Paris (1940-1949), Temps de guerre, temps de paix, passion pour la Mission, préface d'Émile Poulat, Éditions du Cerf, 2011, 2e édition revue et corrigée, juin 2012.
  • Roch-Etienne NOTO, Priez 15 jours avec le cardinal Suhard, préface Mgr Georges Gilson, prélat émérite de la Mission de France, Nouvelle Cité, 2009.
  • Yagil Limore, Chrétiens et Juifs sous Vichy, 1940-1944 : sauvetage et désobéissance civile, Cerf, (ISBN 220407585X et 9782204075855, OCLC 58452907, lire en ligne)

Voir aussiModifier