Dubrovnik

ville de Croatie

Raguse

Dubrovnik
Raguse
Blason de Dubrovnik
Héraldique
Drapeau de Dubrovnik
Drapeau
Dubrovnik
Vue aérienne de Dubrovnik avec une partie de la ville moderne autour de sa vieille ville.
Administration
Pays Drapeau de la Croatie Croatie
Comitat Dubrovnik-Neretva
Maire
Mandat
Mato Franković (HDZ)
2015.
Code postal 20000
Indicatif téléphonique international +(385)
Indicatif téléphonique local (0) 20
Démographie
Population 42 615 hab. (2011)
Densité 317 hab./km2
Géographie
Coordonnées 42° 38′ 27″ nord, 18° 06′ 32″ est
Altitude 0 555 m
Superficie 13 435 ha = 134,35 km2
Divers
Site(s) touristique(s) Vieille ville
Localisation
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Dubrovnik
Liens
Site web www.dubrovnik.hr
Raguse avant le tremblement de terre de 1667, héliographie de Kowalczyk (1909).

Dubrovnik (/dǔbroːʋniːk/ Écouter), ou Raguse[1] de l'italien Ragusa (nom officiel jusqu'en 1918), est une ville et une municipalité de Croatie, capitale du comitat de Dubrovnik-Neretva. Elle fut autrefois la capitale d'une république maritime connue sous le nom de république de Raguse. Ses habitants, ainsi que ce qui s'y rapporte, s'appellent encore des ragusains.

Au recensement de 2015, la municipalité comptait 42 615 habitants dont 88,39 % de Croates, 3,26 % de Serbes et 3,17 % de Bosniaques[2] et la ville seule comptait 30 436 habitants[3].

Elle a pour devise : « La liberté ne se vend pas même pour tout l'or du monde ».

GéographieModifier

Située au sud de la côte dalmate, à proximité de la frontière avec la Bosnie-Herzégovine et le Monténégro, la ville-forte de Dubrovnik est un lieu touristique important de Croatie.

La Placa (ou Stradun), est une large avenue dallée tracée au milieu de la ville, sur l'ancien marécage qui séparait la Raguse latine du rocher de Dubrava sur le continent. Lorsque la ville s'agrandit au cours du Moyen Âge, elle assécha ce marais et en fit une artère.

Le climat de la ville est marqué par des étés chauds et humides ainsi que par des hivers froids, mais tempérés par la proximité maritime. Ses caractéristiques sont semblables à celles de la plaine du Pô en Italie, au nord de la côte adriatique opposée.

 
L'artère principale de la vieille ville.

ToponymieModifier

Les noms croate Dubrovnik et italien Ragusa coexistent depuis plusieurs siècles. Ragusa, enregistrée sous diverses formes depuis au moins le Xe siècle, est restée le nom officiel de la République de Raguse jusqu'en 1808, et de la ville dans le Royaume de Dalmatie jusqu'en 1918, tandis que Dubrovnik, enregistrée pour la première fois à la fin du XIIe siècle, était déjà largement utilisée à la fin du XVIe ou au début du XVIIe siècle[4].

Le nom Dubrovnik pour la ville est d'abord attesté dans la charte de Kulin (en) en 1189[5]. Il proviendrait soit de dubron, un nom celte pour l'eau (qui peut être comparé avec le gaulois dubron, l'irlandais dobar, le gallois dŵr, dwfr, le cornique dofer), semblable aux toponymes Douvres, Dover, et Tauber[6] ; ou d'un mot proto-slave dǫbъ signifiant chêne. Le terme dubrovnik signifie « chêne », à comparer avec les autres langues slaves où les mots dub, dàb, doubrava et dąbrowa désignent le chêne.

Le nom historique Ragusa, d'où provient la forme francophone Raguse, est attesté sous la forme grecque Ῥαούσιν (Rhaousin, latinisé Ragusium) au Xe siècle. Il est ensuite rencontré sous diverses formes à l'époque médiévale : Rausia, Lavusa, Labusa, Raugia, Rachusa. Diverses tentatives ont été faites pour en déterminer l'étymologie. Les suggestions incluent la dérivation du grec ῥάξ, ῥαγός (« raisin ») ; du grec ῥώξ, ῥωγός (« passage étroit ») ; du grec ῥωγάς (« déchiqueté »), en référence au relief rocheux ; ou encore du grec ῥαγή, ῥαγάς (« fissure »). Mais il pourrait aussi s'agir d'un dérivé du nom de la tribu épirote des Rhogoï, provenant d'un substrat illyrien non identifié. Un lien avec le nom de la Raguse sicilienne a également été proposée. Putanec, en 1993, passe en revue les suggestions étymologique et favorise comme explication celle d'un nom pré-grec, pélasgien, d'une racine apparentée au grec ῥαγή (« fissure »), avec le suffixe -ousa également trouvé dans le nom grec de Brač, Elaphousa[7].

L'explication classique du nom est due à Constantin VII dans De Administrando Imperio (Xe siècle). Selon ce récit, Raguse (Ῥαούσιν) fut fondée par des réfugiés d'Epidaurum (en) (Vieux-Raguse), une ville grecque située à 15 km au sud de Raguse, lorsque cette ville fut détruite lors des incursions slaves du VIIe siècle. Le nom est expliqué comme une corruption de Lausa, le nom de l'île rocheuse sur laquelle la ville a été construite, reliée par Constantin au grec λᾶας (« pierre »).

HistoireModifier

Moyen ÂgeModifier

Raguse est fondée durant la première moitié du VIIe siècle. Dès sa fondation, la ville est placée sous la protection de Byzance. À partir de 980, la ville a le statut d'évêché. À l'instar de Venise dont elle devient concurrente, Raguse sait tirer parti de sa position côtière pour développer un commerce maritime lucratif.

Elle est gouvernée par un recteur, élu chaque mois[réf. nécessaire]. Celui-ci est logé au palais du recteur, où il ne reçoit plus ni amis, ni famille, se consacrant entièrement à sa tâche. La république de Raguse comprend uniquement les ports de Raguse et de Ragusavecchia (Cavtat) jusqu'en 1120, date à laquelle elle s'étend à son arrière-pays.

Entre 1180 et 1190, le Grand Prince (veliki župan) de Rascie Stefan Nemanja, fondateur de la dynastie serbe Nemanjić, essaie à deux reprises de s'emparer de la République de Raguse, sans succès.

  • En 1184, l'armée des trois frères (Miroslav et Stracimir rejoignant Nemanja dans cette campagne) est devant les murs de la riche cité de Raguse. La ville est chrétienne et peuplée de Serbes, Croates ainsi que d'Illyriens et de Romains[réf. nécessaire], venant de l'ancienne province de la Dalmatie comme toute la région ; mais très fière de son indépendance Raguse résiste une première fois à l'armée de Nemanja.
  • En 1185, Nemanja revient devant les murs de la cité et subit un nouvel échec militaire.

En 1186, Nemanja décide alors de libérer les autres villes de la région qui étaient sous la domination byzantine de Michel III Vojislav, roi de Dioclée. L'armée serbe prend les villes de Danj, Sardes (?), Skadar, Svač (hr) et Ulcinj avec une surprenante rapidité, puis un peu plus tard Bar[8].

Entre 1233 et 1242, Raguse étend à nouveau ses possessions dans l'arrière-pays.

L'importance de son trafic commercial la conduit à établir la première quarantaine et créer un lazaret en 1377, pour se protéger de la peste noire.

Après la quatrième croisade, elle passe sous la domination de Venise, jusqu'en 1358.

En 1358 (traité de paix de Zadar), la république de Raguse reconnaît la suzeraineté du roi de Hongrie, à qui elle verse un tribut jusqu'en 1526, après la bataille de Mohács. L'autorité hongroise ne porte cependant que sur les impôts et la flotte et on fait donc traditionnellement débuter l'indépendance de la République de Raguse à 1358.

La République reçoit l'île de Meleda (Mljet) puis les alentours de Slano en 1399.

Entre 1427 et 1451, elle achète la région des Konavle au royaume de Bosnie.

En 1409 et en 1417, Venise lui conteste le monopole du commerce dans la ville de Drijeva, qui est alors possession du royaume de Bosnie. Elle échoue par deux fois, et Raguse reste maîtresse du commerce du sel (salines de Ston) qui passait par cette ville.

En 1416, elle est le premier État européen à abolir l'esclavage et, donc, à interdire le commerce des esclaves. Durant les XVe et XVIe siècles, elle développe son commerce entre l'Europe ottomane et les ports de la Méditerranée. Au XVIe siècle, la flotte de commerce de la République compte 160 navires.

L'avancée turque dans les Balkans, et notamment la conquête de la Serbie, nuit gravement au commerce de la République. Elle signe en 1442 un traité avec les Ottomans ; ce traité autorise les marchands de Raguse à commercer dans les Balkans, moyennant le paiement d'une taxe.

Farouchement catholique, la République réserve les postes de la magistrature aux membres de cette religion et oblige parfois les orthodoxes à se convertir. En 1492, elle accueille toutefois un groupe de Juifs expulsés d'Espagne.

Époque moderneModifier

 
Vieux port de Dubrovnik et le fort St-Jean.

À la fin du XVe siècle, des conflits opposent Venise aux Hongrois, puis Venise aux Ottomans pour le contrôle du marché de Drijeva, nuisant ainsi gravement au commerce des marchands de Raguse, qui en avaient le monopole. Il faut attendre 1503 pour qu'un traité de paix soit signé.

Tout comme Venise, elle offre assistance à l'alliance musulmane lors de la bataille de Diu contre les Portugais, en 1509, dans l'océan Indien.

Après 1526, elle paie un tribut aux Ottomans, et ce jusqu'en 1718. Le tribut s'élevait alors à 12 500 ducats par année. La république ne se relève jamais complètement de la crise du commerce maritime en Méditerranée et du tremblement de terre de 1667 (plus de 5 000 morts).

En 1699, elle cède deux portions de terre à l'Empire ottoman. De cette manière, Venise ne peut plus l'attaquer que par la voie maritime, et non plus par voie terrestre. Ceci est à l'origine de l'unique accès à la mer de la Bosnie dans la région de Neum.

En 1806, Raguse est assiégée durant un long mois par les flottes russes et monténégrines qui envoient plus de 3 000 boulets sur la cité. La République est alors contrainte de capituler face aux forces armées de l'Empire français qui met un terme au siège et sauve Raguse. Menée par Napoléon, l'armée française entre dans Raguse en 1806.

En 1808, le maréchal Marmont abolit la République de Raguse et l'intègre dans le Royaume d'Italie. Il devient le recteur de Raguse (en 1810 incorporation dans les provinces illyriennes dirigées par Marmont puis Fouché).

Époque contemporaineModifier

 
Nom bilingue utilisé dans la monarchie autrichienne en 1894.

Depuis 1815 (congrès de Vienne) jusqu'en 1918, la ville (au nom bilingue de Ragusa - Dubrovnik) fait partie de la monarchie autrichienne (empire d'Autriche), puis Autriche-Hongrie (Cisleithanie après le compromis de 1867), chef-lieu du district de même nom, l'un des treize Bezirkshauptmannschaften en Dalmatie[9]. Le nom italien seul est utilisé jusqu'à la fin du XIXe siècle.

La ville de Raguse change officiellement son nom dans les langues occidentales pour Dubrovnik en 1918, avec la chute de l'empire d'Autriche-Hongrie et à la suite de son incorporation dans le royaume des Serbes, des Croates, des Slovènes, qui devient plus tard le royaume de Yougoslavie.

 
Plan des destructions de la vieille ville durant le siège de 1991-1992.

Le , l'Armée populaire yougoslave attaque et encercle Dubrovnik pendant la guerre d'indépendance croate. Le siège de Dubrovnik dure jusqu'à mai 1992. La plus grosse attaque d'artillerie eut lieu le , tuant 19 personnes et en blessant 60. Le nombre total de victimes dans cette région est de 114 civils tués, selon la Croix-Rouge, dont le poète Milan Milišić (en)[réf. souhaitée].

De 1992 à 1993, la ville est par ailleurs la cible de tirs de l'armée serbo-monténégrine postée sur les hauteurs de Zarkovica, au nord-est de la ville, pendant la guerre d'indépendance de la Croatie. 68 % des bâtiments de la vieille ville auraient été touchés directement ou indirectement par les tirs d'obus[réf. souhaitée].

La reconstruction s'est déroulée, autant que possible, dans le respect des techniques traditionnelles, tout en appliquant des normes anti-sismiques nouvelles, dans cette région géologiquement instable. La restauration des toitures fut particulièrement problématique, les matériaux traditionnels n'étant plus disponibles en quantité suffisante. Les anciennes tuiles furent ainsi progressivement remplacées par de nouvelles, bâtiment par bâtiment. Ces nouvelles tuiles proviennent d'une fabrique située à côté de Toulouse, en France[10].

TransportModifier

La ville est desservie par l'aéroport de Dubrovnik situé à 20 km au sud de la ville près de Čilipi. La ville sera dans le futur desservie par l'autoroute A1.

Comme Dubrovnik est coupée du reste de la Croatie par la bande côtière de Neum, qui appartient à la Bosnie et Herzégovine, l’autoroute devra soit traverser la Bosnie et Herzégovine, avec deux passages de frontière, soit plus probablement utiliser le pont de Pelješac en projet de façon à éviter deux longs passages de frontière.

TourismeModifier

 
La fontaine d'Onofrio.

Dubrovnik, qui déroule ses remparts sur la côte dalmate, au bord de la mer Adriatique, est redevenue un lieu de villégiature. L'enjeu est de taille pour le pays, qui a rejoint l'Union européenne le 1er juillet 2013, et dont le tourisme représente près d'un quart du produit intérieur brut. L'ancienne Raguse, qui fut au XVe siècle une République rivale de Venise, renommée Dubrovnik en 1918 à la chute de l'empire austro-hongrois, est aujourd'hui une ville-musée, inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco. Entre 1991 et 1993, les deux tiers de ses bâtiments ont été détruits ou endommagés, mais ils ont été restaurés avec soin entre autres grâce à des fonds étrangers. Les visiteurs ne s'y trompent pas. Les mois d'été, sur le Stradun, l'artère principale de la ville, la foule est importante. Une partie de la population manifeste sa désapprobation à cette dévolution de la vieille ville au tourisme de masse[11].

La ville est aussi connue pour être un des décors principaux de la série Game of Thrones. Depuis la deuxième saison, les scènes se déroulant à Port-Réal (King's Landing en VO) sont tournées à Dubrovnik.

Liste des mairesModifier

LocalitésModifier

La municipalité de Dubrovnik compte 32 localités :

Images de la vieille villeModifier

JumelagesModifier

La ville de Dubrovnik est jumelée avec[12] :

PersonnalitésModifier

Notes et référencesModifier

  1. Dubrovnik sur le site de l'Encyclopædia Universalis
  2. (en) Recensement de 2001 : « Population by ethnicity, by towns/municipalities, census 2001 », sur dzs.hr, Crostat - Bureau central de statistiques (consulté le 7 juillet 2008)
  3. Modèle:Recensement 2015 Croatie municipalité[Quoi ?]
  4. Oleh Havrylyshyn et Nora Srzentić, Institutions Always Mattered ': Explaining Prosperity in Mediaeval Ragusa (Dubrovnik), Palgrave Macmillan, (ISBN 9781137339782, lire en ligne), p. 59
  5. (hr) « Bosna », Leksikon Marina Držića, Miroslav Krleža Institute of Lexicography and House of Marin Držić, (consulté le 2 mars 2017)
  6. Whitley Stokes et Adalbert Bezzenberger, Vergleichendes Wörterbuch der indogermanischen Sprachen: Wortschatz der Keltischen Spracheinheit, vol. 2, = Vandenhoeck & Ruprecht, , 153–154 p. (https: //archive.org/details/vergleichendeswr02fick)
  7. (hr) Valentin Putanec, « Naziv Labusedum iz 11. st. za grad Dubrovnik », Rasprave, Institut de langue et linguistique croates, vol. 19,‎ , p. 289–301 (lire en ligne [PDF])
  8. Dušan T. Bataković, « Histoire du peuple serbe », sur Google books (consulté le 5 juillet 2015), p. 15
  9. Die postalischen Abstempelungen auf den österreichischen Postwertzeichen-Ausgaben 1867, 1883 und 1890, Wilhelm KLEIN, 1967
  10. « Les tuiles de Dubrovnik sont de Blajan », ladepeche.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 15 décembre 2016)
  11. Žarka Radoja, Croatie : les artistes de Dubrovnik se mobilisent contre le tourisme de masse, traduit par Jovana Papović, Le Courrier des Balkans, mis en ligne le 15 septembre 2014.
  12. Gradovi prijatelji

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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