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La Domnonée (lat. Dumnonia) désigne au VIe siècle deux royaumes bordant les deux rivages occidentaux de la Manche.

Sommaire

Situations géographiquesModifier

ÉtymologieModifier

Le nom de Domnonée vient des Dumnonii, peuple celte brittonique de l'île de Bretagne qui habitait le Devon et une partie des Cornouailles. En les langues celtique il signifie "habitants des vallées profondes", issu du celtique dubno : "profond, monde" (Gallois moderne : Dyfnaint, Cornouaillais : Dewnans, Breton : Devnent)[5]..

HistoireModifier

Article connexe : Histoire de la Bretagne.

La liste des princes de « Domnonée britannique » commence, elle, au début du IVe siècle avec Eudaf Hen en Grande-Bretagne[6].

Riwal (ou Rivallon Mucmazon) fonde le royaume de la « Domnonée armoricaine » vers 500. Il arrive avec une grande flotte. Il venait du royaume de Gwent dans le sud-est du Pays de Galles et « il continua à régner en tant que dux Brittonum de chaque côté de la mer jusqu’à sa mort ». Il fut élu roi, tant par les indigènes que par les Bretons. Riwall dut débarrasser le pays d’une bande de Frisons qui avait pour chef un certain Corsold. On doit retenir l'étroitesse des liens politiques entre la Bretagne insulaire (Pays de Galles, Cornouailles, Devon), et la Bretagne armoricaine du continent qui accueille de nombreux rois, princes, clercs et fondateurs de la Bretagne insulaire. Nous les voyons traverser la Domnonée insulaire avant de passer la Manche. Il faut se persuader que la mer unissait alors plus qu’elle ne séparait. Dans les traditions relatives à la colonisation de la Bretagne par les Bretons insulaires, nous retrouvons des royaumes doubles de ce genre [7].

Vers 580, Judaël devint roi de Domnonée, succédant à son père Judual. À sa mort en 605, (Saint) Judicaël, prit sa place puis après vingt ans, laisse son trône à son frère Judoc (Saint josse) qui renonce au trône pour une vie religieuse, puis à son fils Winoc qui refuse également le trône. De nombreux lieux seront nommés du nom des chefs de clans précédé de gwi- (du latin vicus), plou- ("paroisse") et ultérieurement tré- (hameau, subdivision de la paroisse) ou de chefs religieux : lan- ("ermitage, monastère").

On retrouve trace d'une organisation ancienne en "sénéchaussées", dirigées par des mac'htiern, fonction judiciaire et fiscale héréditaire, dans la division des quatre évêchés de la Domnonée en pays, à savoir, d'Ouessant à l'Ouest à la forêt de Scissy à l'Est, Ac'h, Illy, Léon, Pou Gastel (partie finistérienne du Trégor), Ieodet (en français Yaudet) à l'ouest du Léguer, Trégor, Gwellow (en français Goëlo), Penteur (en français Penthièvre), Pou Daou Dour (en français Poudouvre), Alet, Pou tro coet. La cohérence et la persistance de ces divisions dans les administrations épiscopales (par exemple en archidiaconés pour le Léon) ou ducale est la trace la plus tangible de la réalité d'une administration forte établie au Haut Moyen Âge et de la rémanence du vieux royaume de Domnonée.

HagiographiesModifier

Les sources hagiographiques (vies de saint Guénolé, saint Corentin, saint Ronan et saint Pol Aurélien, dit le Domnonéen par un de ses hagiographes, ainsi que les chartes en partie forgées de Landévennec), permettent de mettre en évidence l'étroitesse des liens politiques et religieux entre l'ouest du Pays de Galles et la Bretagne qui accueille de nombreux rois, comtes et fondateurs religieux issus du premier. Or ces personnes traversent la Domnonée insulaire avant de passer la Manche. Les liens étroits se traduisent par des possessions sur les deux côtés de la Manche. Par exemple, l'abbaye Notre-Dame de Beauport, avant Henri VIII d'Angleterre, possédait des paroisses sur la côte de Goëlo et dans l'actuel Devon.

HypothèsesModifier

  • On a émis l'hypothèse d'une seule souveraineté sur les deux royaumes et Conomor, qui semble être le même homme ayant laissé des traditions de chaque côté, en aurait été l'un des bénéficiaires. Il aurait alors été un chef militaire des Bretons insulaires romanisés qui gardait la Manche des attaques de pirates, peut-être en parfait accord avec Childebert Ier, fils de Clovis.
    • Ce royaume double en Bretagne continentale et dans le Devon donne une identique au royaume de Dalriada, qui lui est contemporain ; l'hypothèse de souveraineté double n'est donc pas sans équivalent historique.
    • Ce royaume des deux rives de la Manche se retrouve dans les noms doubles, continentaux et insulaires, de ses provinces: non seulement Domnonia correspond à Dumnonia mais aussi le Cornovia de la Cornouaille correspond au Cornovia de la Cornouailles britannique.
    • Cette hypothèse d'un règne unique du souverain légendaire : Conomor relie la région au comté du Poher (lire l'article générique).
  • En 1034, le terme désigne encore le comté de Penthièvre quand il est attribué en apanage à Eudes, second fils de Geoffroi Ier, duc de Bretagne. L'appellation disparaît ensuite.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier


Notes et référencesModifier

  1. (en) Timothy Venning The Kings & Queens of Wales Amberley Publishing, Stroud 2013 (ISBN 9781445615776) chapitre 7. « Rulers of other Kingdoms: Kings of Dumnomia »
  2. Christian Y.M Kerboul Les royaumes brittoniques au très haut Moyen Age Editions du Pontig Suatron (1997) (ISBN 2 951031033) chapitre V « La Domnonée armoricaine » p. 125-132
  3. Les kemenet pourraient être à l'origine des circonscriptions des pagi, mais cela reste incertain
  4. Philippe Jouët et Kilian Delorme, "Atlas historique des pays et terroirs de Bretagne", Skol Vreizh, 2007, [ISBN 978-2-915623-28-4]
  5. Alan-Joseph Raude L'origine géographique des Bretons armoricains Dalc'homp Sonj Lorient (1996) (ISBN 9782905929105) chapitre 3 « Brittons et Dumnonia » p. 33-43
  6. A.J. Raude Op.cit chapitre 3.4 « Les souverains de Dumnonia  » p. 47
  7. Myles Dillon/ Nora Kershaw Chadwick Les royaumes Celtiques (édition augmentée d'un chapitre sur la Gaule dans le monde Celtique par Christian-Joseph Guyonvarc'h et Françoise Le Roux Fayard Paris (1974)

Liens externesModifier