Armorique au haut Moyen Âge

Chronologiquement, la période traitée est celle qui date du départ des Romains de l'île de Bretagne, jusqu'à la naissance des duchés de Bretagne et de Normandie. Elle est indissociable des mouvements de population qui ont lieu en Armorique, vaste territoire situé entre la Seine et la Loire.

L'île de Bretagne autour des années 500 et les royaumes insulaires sont indissociables du devenir de l'Armorique à l'époque.

HistoireModifier

Chaos en Gaule RomaineModifier

Les Armoricains font partie de la coalition réunie par Aetius pour contrer l'avancée de l'Empire hunnique en Gaule en 451. Il semble qu'ensuite ils se structurent indépendamment de l'administration romaine. Le commandement militaire du « tractus Armoricanus et Nervicanus », de la Gironde au Pas de Calais et instauré en 380, a donc vécu ; il perd de son intérêt sous les coups de boutoir des colonnes de peuples entrant en Gaule romaine par l'est (406), le nord (Francs, puis Saxons face au comte Paul), et le sud (apparition du royaume wisigoth). Ces mêmes peuples recevant le droit de s'installer dans l'empire par Fœdus reçurent souvent des territoires frontaliers avec pour mission la protection des frontières.

 
La fuite du roi Gradlon par Évariste-Vital Luminais, Musée des Beaux-Arts de Quimper. Le Haut Moyen Âge voit un phénomène de reprise des légendes fondatrices : une nouvelle ère s'amorce, où les peuples se réinventent un passé. La légende de Gradlon pour la Cornouaille armoricaine est un bel exemple local de réappropriation mythologique liée à un peuple de la Mer.

En 463, Théodoric II, roi des Wisigoths, tente d'occuper les régions au Nord de la Loire. Mais les Wisigoths menés par Frédéric, frère de Théodoric, sont battus à Orléans par Ægidius (le magister militum des Gaules), aidé par le roi franc Childéric Ier, père de Clovis Ier. En 469, Euric, autre frère de Theodoric, renouvelle ses entreprises aux Nord de la Loire, avec le soutien d'Arvandus, préfet du prétoire des Gaules. Les Bretons, débarquant avec leur roi Riothamus sur la basse Loire, tentent de faire jonction à Déols avec les armées de l'empereur Anthémius, menées par son fils Anthemiolus. Mais Euric parvient à les en empêcher et écrase les Bretons (bataille de Déols) en 469. Riothamus et ses troupes restent néanmoins actifs aux abords de l'Auvergne au moins jusqu'en 471.

L'Armorique connaît alors une période d'instabilité liée à l'immigration des Bretons de Grande-Bretagne vers sa partie occidentale et à la prise de pouvoir par Syagrius du Domaine gallo-romain (région entre la Loire et la Somme).

C'est après la victoire de Clovis à Soissons en 486, que l'Armorique passe officiellement sous l'autorité du roi franc, par attribution de titres par l'empereur. La région reste toutefois instable, notamment de par les luttes entre les chefs locaux et les héritiers Mérovingiens qui s'affrontent, comme l'illustre le conflit entre Clotaire Ier et son fils Chramn, allié de Childebert Ier. Chramn mobilise une armée avec Conomor, un comte breton, et entreprend de défier le pouvoir du roi Clotaire ; mais l'affaire tourne court, et Chramn est exécuté.

L'émigration bretonneModifier

Du IVe au VIIe siècle, des Bretons émigrent des actuelles Îles Britanniques jusque dans l'ouest de l'Armorique, c'est ce qu'on appelle l'émigration bretonne. Il existe probablement plusieurs raisons à l'émigration des Bretons en Armorique, telles que l'instabilité économique et politique et la pression exercée par les Anglo-Saxons ou bien encore les Scots d'Irlande. Selon Jean-Jacques Monnier, entre le Ve et le VIe siècle, il est possible que 30 à 50 000 Bretons se soient installés en Armorique. Les Bretons, organisés en clans, sont dirigés par des rois. Ils s'implantent petit à petit en Armorique et cultivent des terres. L'influence romaine reste présente avec les techniques de combats qui sont toujours utilisés. Le nom de Bretagne commence à apparaître dans la seconde moitié du Ve siècle. Le christianisme, bien que déjà apparu au IIIe siècle, se renforce durant la période d'émigration.

Désignation des potentatsModifier

Au Haut Moyen Âge, l'Armorique est soumise à plusieurs sphères d’influence.

La partie occidentale de l’Armorique, suite à la migration de populations bretonnes, est peu à peu renommée Britannia[1] ou bien encore Britannia in Palidibus[2]. Ce territoire correspond aux anciennes cités des Coriosolites, des Osismes et des Vénètes. À partir du IXe siècle, les comtés de Nantes et Rennes entrent dans le domaine breton, suivi de l’Avranchin et du Cotentin de manière temporaire. Traditionnellement, la Bretagne armoricaine est divisée en trois royaumes plus ou moins légendaires : la Domnonée, la Cornouaille et le Broërec. Ces potentats sont réunis sous l'autorité des rois de Bretagne au IXe siècle. Par ailleurs un État breton, plus ou moins autonome, semble exister entre 410 et 491 autour de Blois.

Le reste de l’Armorique relève tout d’abord du domaine gallo-romain de Syagrius avant d’être intégré au royaume franc de Clovis, formant ainsi une grande partie du Royaume de Neustrie. Le Maine devient la base arrière depuis laquelle les souverains francs organisent leurs expéditions contres les Aquitains et les Bretons.

Dans la région du Bessin, des communautés saxonnes installées depuis la fin de l’Antiquité forment un ensemble homogène jouissant d’une certaine autonomie jusqu’au VIIe siècle.

La dualité entre la zone bretonne en Armorique occidentale et le monde gallo-franc se maintient jusqu’au Xe siècle, époque à laquelle le Cotentin, l’Avranchin et le Bessin passent sous le contrôle des jarls normands.

Christianisation de l'ArmoriqueModifier

Avant l'arrivée des bretons, les Armoricains sont peu christianisés en dehors des villes. Les Bretons insulaires migrent et avec eux des moines, sans volonté véritable d'évangéliser l'Armorique, mais pour pourvoir aux besoins des émigrants. Ils introduisent le christianisme celtique sur le continent.

« La première christianisation de l'Armorique s’est faite de deux façons. Elle a commencé au IVe siècle par le sud-est (…) en transitant notamment par Lyon, puis Tours (…) ; dans les diocèses de Nantes et Rennes, il y a 84 églises dédiées à saint Martin, contre 7 plus à l'ouest. Elle ne s'était pas encore imposée en Armorique occidentale, éloignée et peu urbanisée, quand sont arrivés de Grande-Bretagne, du IVe siècle au VIIe siècle, des Bretons déjà christianisés et encadrés par des moines[3]. Ces Bretons sont venus en colonisateurs missionnaires, par petits groupes sous la conduite de chefs socio-religieux (...). Ce qui caractérise le pays breton (surtout sa partie occidentale), c’est le grand nombre de moines et d’ermites[4] (…). L’opinion révère ces moines fondateurs, modèles de piété (…). On ne sait pas grand-chose sur eux. Mais tous ne furent pas évêques. (...) Les communautés paroissiales étaient presque partout assez dépendantes des évêques (…) ; elles avaient, aussi bien que les évêchés, leurs saints fondateurs, notamment celles dont le nom commence par Gui ou par Plou (...). Les premiers chrétiens se disaient « saints » pour se distinguer des païens et signifier qu’ils étaient consacrés à Dieu »[5].

L'Armorique voit son territoire partagé en deux provinces ecclésiastiques :

Une province ecclésiastique centrée sur Dol-de-Bretagne existe de 845 à 1209.

ChronologieModifier

Notes et référencesModifier

  1. Léon Fleuriot, Les origines de la Bretagne, Paris, Payot, , 355 p., p. 52
  2. Gérard Lucas, « Anonyme, Cosmographie du Ravennate », dans Vienne dans les textes grecs et latins, MOM Éditions, (ISBN 978-2-35668-050-1, lire en ligne), p. 243–245
  3. Ces Bretons venaient principalement du Devon et de Cornouailles, où vivaient des peuples nommés Dumnonii et Cornovii, qui ont donné leur nom à la Bretagne du nord (Domnonée) et du sud-ouest (Cornouaille)
  4. Ces ermites et moines vivent en des endroits nommés lan : il y en a 260 en Léon et 207 en Cornouaille finistérienne
  5. Jean Rohou, "Catholiques et Bretons toujours ? (essai sur l'histoire du christianisme en Bretagne)", éditions Dialogues, Brest, 2012, (ISBN 978-2-918135-37-1)

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • André Chédeville et Hubert Guillotel, La Bretagne des saints et des rois : Ve-Xe siècle, Rennes, éditions Ouest-France, coll. « université », , 430 p. (ISBN 978-2-85882-613-1, notice BnF no FRBNF34770174)
  • Myles Dillon, Nora Chadwick, Christian-J. Guyonvarc'h, Les royaumes celtiques, P., Fayard, 1974. Rééd. Crozon, Armeline.
  • Léon Fleuriot, Les Origines de la Bretagne : l'émigration, Paris, Payot, coll. « Bibliothèque historique » (no 34), (1re éd. 1980), 353 p. (ISBN 978-2-228-12711-0, notice BnF no FRBNF37458726, présentation en ligne), [présentation en ligne], [présentation en ligne].
  • Christian Y.M. Kerboul, Les royaumes brittoniques au Très Haut Moyen Âge, Sautron, Éditions du Pontig & Spezet, Coop Breizh, 1997. (ISBN 2-84346-030-1).
  • Christiane M.J. Kerboul-Vilhon. Gildas Le Sage, Vie et œuvres, Éditions du Pontig, Sautron, 1997, (ISBN 2-9510310-2-5).
  • (en) E.G.Bowen, Saints seaways and settlements, University of Wales Press, 1977.
  • J.C. Cassard, Les Bretons de Nominoë, Édition Beltan, Brasparts, 1990. Rééd. P.U. Rennes. 2002. (ISBN 2-86847-776-3).
  • J-J Monnier (dir.) et J-C Cassard (dir.), Toute l'histoire de Bretagne : des origines à nos jours, 2014 (4e édition), Morlaix, éd. Skol Vreizh.
  • J-C Cassard (dir.), Alain Croix (dir.), J-R Le Quéau (dir.) et J-Y Veillard (dir.), Dictionnaire d'histoire de Bretagne, 2008, Morlaix, éd. Skol Vreizh.

Articles connexesModifier