Chemins de fer de l'Indochine et du Yunnan

ligne de chemin de fer chinoise

Chemins de fer de l'Indochine et du Yunnan
Ligne de Hải Phòng à Kunming
Caractéristiques techniques
Longueur 855 km
Écartement métrique (1,000 m)

Les chemins de fer de l'Indochine et du Yunnan constituent une ligne ferroviaire longue de 855 km environ, qui relie Hải Phòng (Vietnam) à Kunming dans la province du Yunnan (Chine).

Le viaduc de Faux-Namti sur la ligne de l'Indochine et du Yunnan.

DescriptionModifier

 
Un train de fret près de Kim Song, entre Lao Cai et Pho Lu

La ligne de chemin de fer de l'indochine et du Yunnan comprend deux parties :

  • la ligne de chemin de fer d’Hải Phòng à Lào Cai, sur la frontière avec la Chine d'environ 385 km,
  • la ligne de chemin de fer entre Lào Cai et Kunming (chinois : 云南府 ; pinyin : Yúnnán fǔ ; EFEO : Yunnanfou) d'une longueur de 468 km.

Cette ligne de chemin de fer fait partie du plan de développement du chemin de fer en Indochine, le Transindochinois, mis en place le gouverneur général de l'Indochine, Paul Doumer et qui prévoit la construction d'un ensemble de 3 200 km de lignes. La loi du 25 décembre 1898 autorise le Gouvernement indochinois à contracter un emprunt de 200 millions de francs, remboursable en 75 ans, au plus, pour la réalisation de ce plan.

La ligne de chemin de fer entre Hải Phòng et Lào Cai a été divisée en deux sections. La réalisation du tronçon de la ligne entre Hải Phòng et Hanoï est faite par la colonie sur ses ressources et le prolongement de Hanoï à Lào Cai est confiée à un entrepreneur du Tonkin, Ferdinand Daurelle, à la suite d'une adjudication sur rabais de 9 %. La construction de ces tronçons doit respecter des délais : la section d'Hải Phòng à Hanoï doit être remise par la colonie à la compagnie concessionnaire avant le 1er avril 1903 et celle d'Hanoï à Lào Cai avant le 1er avril 1905.

La France a obtenu l'autorisation de construire et d'exploiter, ou de faire exploiter par une société désignée par le gouvernement français, la ligne de chemin de fer, entre Lào Cai et Yunnanfou, prolongeant celle allant de Hanoï à la frontière chinoise par une convention signée le 10 avril 1898. Le gouvernement chinois ne s'est engagé qu'à fournir les terrains nécessaires pour la voie et les annexes. La convention prévoit que la compagnie concessionnaire construit à ses frais et risques la ligne de chemin de fer.

Une mission technique pour étudier le tracé de la voie dans le Yunnan a été envoyé sur place après la décision du conseil des ministres du 9 juillet 1897. La direction en a été confiée à l'ingénieur en chef des ponts et chaussées Guillemoto, assisté de l'ingénieur des mines Leclère pour étudier la géologie. Le Comité des forges a mandaté l'ingénieur Bélard pour prendre contact avec les industriels chinois. Le rapport est remis en août 1898.

Une convention est signée le 15 juin 1901 entre Paul Doumer, gouverneur général de l'Indochine, et la Banque de l'Indochine, le Comptoir national d'escompte, la Société générale et le Crédit industriel. Il est prévu de créer une société concessionnaire spéciale auquel doit être confié l'exploitation de la ligne totale de Hải Phòng à Yunnan-Sen (Kumning), soit 853 km, et qui doit assurer la construction du tronçon de Lào Cai à Yunnan-Sen, soit 468 km. La Chambre des députés a discuté du projet de loi approuvant cette convention le 27 juin.

 
Gare de Bisezhai à Mengzi, au style très français, dans la province du Yunnan

La construction de la ligne du Yunnan doit être construite en deux tronçons avec des délais : la première section, de Lào Cai jusqu'à Mongtsé (Xian de Mengzi), actuelle gare de Bisezhai (à l'époque transclittéré selon l'EFEO : Pi-che-Tchai), doit en être terminée deux ans après l'ouverture de la ligne venant de Hanoï jusqu'à Lào Cai et la seconde, jusqu'à Yunnanfou ou Yunnan-sen (Kunming) trois ans plus tard.

La Compagnie française des chemins de fer de l'Indochine et du Yunnan est constituée en 1901 avec un capital de 12 500 000 francs.

Cette partie de la ligne est construite par la France entre 1904 et 1910. Cette entreprise repose très largement sur l’utilisation systématique d’une main-d’œuvre de coolies, chinois et surtout annamites. Plus de 60 000 ouvriers ont été employés entre 1903 et 1910 pour sa construction ainsi que nombreux ingénieurs français pour ses études et sa réalisation.

La dureté des conditions de travail, du climat, les maladies, les fauves, la répétition des troubles sociaux font de cette expédition un gouffre humain. Sur les 67 000 employés qui participent au terrassement et à l’édification des ouvrages d’art, 12 000 trouvent la mort. 80 ingénieurs perdirent également la vie durant ce gigantesque chantier.

La ligne de chemin de fer comprend :

La ligne a été inaugurée le 1er avril 1910.

En 1940, les Chinois démontent la ligne durant l'invasion japonaise et après la Seconde Guerre mondiale, le contrôle du tronçon du Yunnan est abandonné aux Chinois contre le départ de leurs troupes commandées par Long Yun.

En 1949, les communistes prennent le contrôle du Yunnan et le chemin de fer sert à alimenter les éléments du Việt Minh.

Aujourd'hui, la ligne est appelée, pour la partie chinoise, ligne ferroviaire Kun-He (zh) (昆河铁路), elle relie , la gare de Kunming-Nord à la gare de gare de Hekou (zh), dans le xian autonome yao de Hekou, avant de rejoindre le Viêt Nam.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Compagnie française de chemins de fer de l'Indochine et du Yunnan. Conventions avec le gouvernement français, le ministère des colonies, le gouvernement de l'Indochine, le gouvernement chinois et les administrations indochinoises et chinoises, Imprimerie d'Extrême-Orient, Haïphong-Hanoï, 1924 ; 213p. (lire en ligne)
  • Henry Haguet, « Les chemins de fer de l'Indo-Chine », dans Le journal des transports, 3 décembre 1898, 21e année, no 49, p. 581-584 (lire en ligne)
  • « Le réseau indo-chinois », dans Le journal des transports, 27 octobre 1900, 23e année, no 43, p. 703-706 (lire en ligne)
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  • « Compagnie française des chemins de fer de l'Indo-Chine et du Yunnan », dans Le journal des transports, 10 octobre 1901, 24e année, no 42, p. 523 (lire en ligne)
  • « Le chemin de fer du Yunnan », dans Le journal des transports, 3 juin 1905, 28e année, no 22, p. 266 (lire en ligne)
  • « Chemins de fer franco-anglais dans la vallée du Yang-Tse-Kiang », dans Le journal des transports, 30 septembre 1905, 28e année, no 39, p. 472 (lire en ligne)
  • « Le chemin de fer français du Yunnan jugé par un Anglais », dans Le journal des transports, 8 septembre 1906, 29e année, no 36, p. 426-427 (lire en ligne)
  • « Chemin de fer du Yunnan », dans Le journal des transports, 27 avril 1907, 30e année, no 17, p. 197-198 (lire en ligne)
  • « Le chemin de fer du Yunnan », dans Le journal des transports, 21 septembre 1907, 30e année, no 38, p. 450-451 (lire en ligne)
  • « Le chemin de fer du Yunnan et l'emprunt de l'Indo-Chine », dans Le journal des transports, 18 juillet 1908, 31e année, no 29, p. 346-347 (lire en ligne)
  • Henry Haguet, « La France en Asie - 2- La ligne du Yunnan et de l'Indo-Chine », dans Le journal des transports, 20 novembre 1909, 32e année, no 47, p. 560-561 (lire en ligne)
  • « Les chemins de fer de l'Indo-Chine et du Yunnan », dans Le journal des transports, 21 octobre 1911, 34e année, no 42, p. 525-526 (lire en ligne)
  • Gouvernement général de l'Indochine, Chemins de fer. Statistiques de l'année 1912 dressées à l'Inspection générale des travaux publics, Imprimerie Tonkinoise, Hanoï, 1913 (lire en ligne)
  • Claudius Madrolle, La Ligne du Yun-nan. Tonkin. Chine. Excursions et itinéraires, Librairie Hachette, Paris, 1913 (lire en ligne)
  • Rang Ri Park-Barjot,"Le patronat français des travaux publics et les réseaux ferroviaires dans l’empire français : l’exemple du Chemin de fer du Yunnan (1898-1913)"
  • Rang-Ri Park-Barjot, "La Société de construction des Batignolles : Des origines à la Première Guerre mondiale (1846-1914)", Presses Paris Sorbonne, 2005
  • Georges Cordier, Un voyage à Yunnansen, guide, Imprimerie d'Extrême-Orient, Hanoï-Haïphong, 1923, 2e édition ; 117p et cartes
  • Amaury Lorin, « La civilisation suit la locomotive » : le credo ferroviaire de Paul Doumer, gouverneur général de l’Indochine (1897-1902) », Revue d’histoire des chemins de fer, 2006
  • Désirée Lenoir, Le Consul qui en savait trop, les ambitions secrètes de la France en Chine, Nouveau Monde Editions, Paris, 2011, (ISBN 978-2-84736571-9) lire [1] www.augustefrancois.com à propos du rôle du Consul Auguste François (1857-1935), chargé des négociations.
  • Auguste François, Le mandarin blanc. Souvenirs d'un consul en Extrême-Orient 1886-1904, Calmann-Lévy, Paris, 1990, (ISBN 978-2-70211885-6) ; 379p.
  • Pierre Marbotte, Un chemin de fer au Yunnan, l'aventure d'une famille française en Chine, Éditions Alan Sutton, St-Cyr sur Loire, 2006, (ISBN 978-2-84910376-0)
  • « Paul Doumer : aux origines d'un grand projet, le chemin de fer transindochinois », dans Histoire, Économie & Société, 2011/3, 30e année, p. 115-140 (lire en ligne)  
  • François Boucher, Le Lièvre blanc du Yunnan, éditions du Non Agir, 2015. Ce roman a pour cadre le train du Yunnan.
  • Li Kunwu, La voie ferrée au-dessus des nuages, Kana, 2013, (ISBN 978-2-50501963-3) ; 216p.
  • Odile Bernard, Élisabeth Locard, Pierre Marbotte, Le chemin de fer du Yunnan. Une aventure française en Chine, Elytis, Paris, 2016, (ISBN 978-2-35639187-2) ; 288p.
  • Frédéric Hulot, Les chemins de fer de la France d'outre-mer, La Régordane éditions, 1990, tome 1, L'Indochine. Le Yunnan
  • An Huo, Blanche, BoD, 2020. Le destin de Blanche Marbotte, femme du photographe Auguste Marbotte, de Paris au Yunnan.

ISBN 9-782322-176359, 184p.


Articles connexesModifier

Liens externesModifier