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Auguste Scheurer-Kestner

personnalité politique française
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Auguste Scheurer-Kestner
Auguste Scheurer-Kestner.jpg
Auguste Scheurer-Kestner
Fonctions
Sénateur inamovible
Député
Sénateur
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Activités
Fratrie
Tombe Scheurer-Kestner à Thann (2).jpg
Vue de la sépulture.

Auguste Scheurer-Kestner, né à Mulhouse (Haut-Rhin) le et mort à Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne) le , est un chimiste, un industriel, un protestant et un homme politique alsacien[1].

Sommaire

BiographieModifier

Il fut directeur de la première usine française uniquement consacrée à la chimie : « Thann et Mulhouse », située à Thann.

Républicain, opposant à l'Empire de Napoléon III, il fut élu député du Haut-Rhin le et devint sénateur inamovible le . Vingt ans après, il était le dernier représentant de l'Alsace française au Parlement[2]. En 1894 Scheurer-Kestner, premier vice-président du Sénat, était considéré comme une autorité morale en politique[3].

Ami très proche de Georges Clemenceau et de Léon Gambetta, il fournit à ce dernier une partie des fonds nécessaires à la publication de La République française, journal qu'il dirigea de 1879 à 1884.

Son frère, Jules Scheurer, resté en Alsace allemande, fut élu sénateur du Haut-Rhin de 1920 à 1927. Il était l’oncle par alliance de l'épouse de Jules Ferry[4].

L'affaire DreyfusModifier

 
Scheurer-Kestner vu par le caricaturiste antidreyfusard Charles Léandre au tournant de l'affaire Dreyfus fin 1897.
Légende : « M. Scheurer-Kestner ou un crâne sous une tempête.
Que nous réserve la fin de ce tracas ?
Dreyfus est-il Judas ? Scheurer est-il Gribouille ?
Kestner est-il Voltaire et Dreyfus un Calas ?
On attend le secret de l'auteur de Pot-Bouille. »

Publié dans Le Rire, 18 décembre 1897.

Le , Louis Leblois, l'avocat du lieutenant-colonel Picquart, l'informe en détail de l'affaire Dreyfus. Au départ, il pense Dreyfus coupable, mais il écrit dans son journal qu'il sent « quelque chose de vague et de douloureux »[5].

Après l'intervention de Bernard Lazare, qui tente de vaincre ses hésitations en 1897, cet homme « passionnément épris de justice » (Mathieu Dreyfus), qui se considérait comme le protecteur de tous les Alsaciens de France, a multiplié les entretiens pour tenter de se faire une opinion sûre.

Scheurer-Kestner va désormais défendre l'innocence du capitaine auprès du ministre de la guerre, Jean-Baptiste Billot, et auprès du président de la République, Félix Faure.

Le , par l'intermédiaire de son avocat Me Jullemier, Madame de Boulancy, cousine et ancienne maîtresse de Ferdinand Walsin Esterhazy, qui a décidé de se venger de son amant et débiteur, fait parvenir à Scheurer-Kestner les lettres de l'officier, dont la fameuse « lettre du uhlan ».

Scheurer-Kestner montre la lettre au général de Pellieux, commandant militaire de la Place de Paris, chargé de l'enquête administrative sur Esterhazy. Une perquisition chez Madame de Boulancy a lieu dès le 27 ; le Figaro publie la lettre le 28, éclairant l'opinion sur les sentiments qu'Esterhazy porte à la France et à son armée.

Scheurer-Kestner se persuade de la culpabilité d’Esterhazy après les confidences de maître Louis Leblois, ami de Picquart, alsacien aussi. Scheurer-Kestner communique confidentiellement ses certitudes au président de la République Félix Faure, au président du Conseil et rend une visite aussi vaine au général Billot, ministre de la Guerre. Prenant en main la cause de la révision, il contacte Joseph Reinach, entraîne Clemenceau et en novembre 1897, il publie dans Le Temps une lettre ouverte où il affirme l'innocence de Dreyfus.

En compagnie de maître Leblois, il expose l’affaire à Émile Zola, qui prend sa défense dans le Figaro quelques jours plus tard. Scheurer-Kestner n’a en effet reçu aucun appui de ses amis politiques. Le débat ayant été rendu public par Mathieu Dreyfus, il est violemment attaqué, traité d’« industriel allemand », de « boche », etc.

En décembre 1897, il interpelle le Sénat sur le refus de révision du procès, déclarant : « la vérité finit toujours par triompher ». Mais Scheurer-Kestner ne parvient pas à convaincre ses collègues du Sénat de mener avec lui le combat de la réhabilitation du capitaine : le , il n'obtient que 80 voix sur 229 votants lorsqu'il se représente à la vice-présidence.

Il a incarné les espoirs dans la légalité et la justice du gouvernement de la République et a toujours recommandé la patience et la prudence, désapprouvant notamment le coup d'éclat d'Émile Zola (J'Accuse).

Rongé par un cancer de la gorge, il suit la révision du procès de sa chambre de malade. Il meurt le jour de la signature de la grâce de Dreyfus par Émile Loubet.

La correspondance d'Auguste Scheurer-Kestner est conservée aux Archives nationales sous la cote 276AP[6]

Hommages à Scheurer-KestnerModifier

On cite les derniers mots des condoléances adressées par Clemenceau à sa veuve « ...lui regardait la vie dans les yeux »

 
Monument à Auguste Scheurer-Kestner par Jules Dalou, Jardin du Luxembourg, Paris

Le est célébré un hommage au Sénat, et le le Sénat inaugure un monument posthume de Jules Dalou à la mémoire de Scheurer-Kestner dans le jardin du Luxembourg.

Son nom a été donné au Lycée d'enseignement général et technologique de Thann et à des rues à Thann, Mulhouse, sa ville natale[7], Belfort, Saint-Étienne, Colmar, Asnières-sur-Seine, Caudebec-lès-Elbeuf, Denain, Poitiers et Tours, Suresnes et à Rennes.

Notes et référencesModifier

  1. Mulhouse, Naissances, 1828-1837 Archives Départementales Du Haut-Rhin
  2. « Auguste Scheurer-Kestner (1833-1899) », sur museeprotestant.org, Musée virtuel du protestantisme (consulté le 19 février 2019)
  3. « Anciens sénateurs IIIème République : SCHEURER-KESTNER Auguste », sur www.senat.fr (consulté le 19 février 2019)
  4. « Auguste Scheurer | Lycée Scheurer Kestner », sur www.lyceescheurerkestner.eu (consulté le 19 février 2019)
  5. Mémoires d'un sénateur dreyfusard par Auguste Scheurer-Kestner (1988)
  6. Archives nationales
  7. Ironiquement, cette rue, située dans le "Quartier des Juristes" est séparée de la "Rue du Capitaine Alfred Dreyfus" par le bâtiment du Tribunal d'Instance.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Paul Vitry, « Le monument Scheurer-Kestner », dans Art et décoration. Revue mensuelle d'art moderne, 1908, p. 133-136 (lire en ligne)
  • Sylvie Aprile, Auguste Scheurer-Kestner (1833-1899) et son entourage : étude biographique et analyse politique d'une aristocratie républicaine, Thèse d'histoire sous la direction d'Adeline Daumard, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 1994.
  • Joseph Reinach, Histoire de l'Affaire Dreyfus.
  • Auguste Scheurer-Kestner, Mémoires d'un sénateur dreyfusard (Présentation et notes d'André Roumieux, préface d'Alain Plantey), Strasbourg, Bueb & Reumaux, 1988.
  • Jean-Denis Bredin, L'Affaire, Paris, Fayard/Julliard, 1993.
  • Philippe Oriol, L'Histoire de l'affaire Dreyfus de 1894 à nos jours, Les Belles Lettres, 2014.
  • Daniel Stehelin et Léon Strauss, «  Daniel Nicolas Auguste Scheurer-Kestner », in Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 33, p. 3426
  • « Auguste Scheurer-Kestner » (Biographies alsaciennes avec portraits en photographie, série 1, A. Meyer, Colmar, 1884-1890, 4 p.)

Liens externesModifier

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