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Ferdinand Walsin Esterhazy

officier français, dont la trahison a été à l'origine de l'affaire Dreyfus
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Esterházy.

Marie Charles Ferdinand Walsin Esterhazy
Ferdinand Walsin Esterhazy

Naissance
Paris
Décès (à 75 ans)
Harpenden, Angleterre
Origine Drapeau de la France France
Arme Infanterie
Conflits Guerre de 1870
Famille Famille Esterhazy

Marie Charles Ferdinand Walsin Esterhazy, né le à Paris et mort le à Harpenden en Angleterre, est un officier français, commandant au 74e régiment d'infanterie de ligne, dont la trahison a été à l'origine de l'affaire Dreyfus.

Caricature de Esterhazy par Jean-Baptiste Guth (en) dans le Vanity Fair du 26 mai 1898.

Sommaire

Avant l'affaire DreyfusModifier

Son grand-père, Jean Marie Auguste Walsin-Esterhazy, né à Valleraugue dans le Gard, était le fils naturel de la comtesse Marie Anne Esterhazy de Galántha[1] qui eut une liaison avec le marquis Jean André César de Ginestous gouverneur de la ville du Vigan. Il a été adopté par le Dr Walsin, le médecin français de la famille princière austro-hongroise[2]. Il a utilisé le nom d'Esterhazy sans l'accord de la famille qui lui a intenté un procès, mais le tribunal lui a uniquement interdit de porter le titre de comte.

Né à Paris, Ferdinand est élevé en France et fréquente le lycée Bonaparte. Sans doute inspiré par une famille militaire (son oncle et son père étant généraux), il tente le concours de Saint-Cyr, mais échoue[3]. Il rejoint ensuite la Légion d’Antibes où il se mêle aux défenseurs de la papauté. Très rapidement il est sous-lieutenant à titre provisoire[4]. Il passe « à titre étranger » avec ce grade dans la Légion étrangère[5]. Il prend part à la guerre de 1870[6]. En 1874, il est nommé officier d'ordonnance du général Grenier, à Paris, où il s'illustre par ses spéculations boursières et ses nombreuses liaisons. En 1877, il est affecté au Deuxième Bureau, chargé des renseignements sur les troupes ennemies. Il y fait la connaissance du capitaine Hubert-Joseph Henry et du capitaine Maurice Weil.

Le 6 février 1886, Esterhazy épouse à Paris Anne-Marie de Nettancourt-Vaubécourt, dont il a deux filles :

  • Claire Marie Évérilda Walsin Esterhazy (1887-1963), actrice, connue sous le nom d'Hilda Robesca,
  • Marie-Alice Armande Valentine Walsin Esterhazy (1889-1976), professeur de piano.

C'est à partir de 1894 qu'il commence ses activités d'espion à la solde des Allemands. Lié à l'attaché militaire allemand von Schwartzkoppen, il lui fournit des renseignements, vraisemblablement pour éponger ses dettes.

Le procès et l'exilModifier

En 1895, succédant au colonel Jean Sandherr, le colonel Georges Picquart découvre qu'Esterhazy est l'auteur du bordereau de l’affaire Dreyfus. La hiérarchie militaire tente d'étouffer l'affaire. Quelques mois plus tard, Le Figaro publie des extraits de lettres d'Esterhazy à une ancienne maîtresse, Gabrielle de Boulancy. Dans l'une d'elles, il écrit : « Si un soir on venait me dire que je serais tué demain comme capitaine de uhlans en sabrant des Français, je serais certainement parfaitement heureux[7]. »

En novembre 1897, Mathieu, le frère d'Alfred Dreyfus, écrit au ministre de la Guerre pour dénoncer Esterhazy comme l'auteur du bordereau. Ce dernier porte en effet l'écriture d'Esterhazy, comme s'en est rendu compte le coulissier Jacques de Castro, dont le commandant était le client. Esterhazy demande alors lui-même à être jugé. Défendu par Me Tézenas, il comparaît devant un tribunal militaire, le 10 janvier 1898, à huis clos. Le conseil de guerre prononce à l'unanimité son acquittement. Zola riposte à cet affront en publiant alors son fameux J'accuse…!

Remis en liberté le 12 août 1898, et réformé quelques jours plus tard, après la découverte du « faux Henry », Esterhazy s'exile à Londres. Dans son récit publié par le quotidien Le Matin en 1899, il affirme avoir écrit le bordereau « sous la dictée », en obéissant aux ordres de ses chefs[8],[9]. Selon l'historien Henri Guillemin, Esterhazy aurait rédigé le bordereau à la demande de Jean Sandherr, directeur du contre-espionnage militaire français, le « Bureau de Statistique », pour confondre le général Félix Gustave Saussier, qui aurait été la source des informations transmises. C'est également la thèse de l'historien militaire français Jean Doise qui soutient qu'Esterhazy était en fait un agent double utilisé par les services français pour « intoxiquer » les Allemands afin de détourner leur attention au moment précis de la création ultra-secrète du futur canon de 75 mm modèle 1897. Mais Marcel Thomas, Jean-Denis Bredin, Vincent Duclert et Philippe Oriol montrent que la réalité est plus prosaïque et que Esterhazy a tout simplement trahi pour de l'argent.

En août 1899, alors que s'ouvre le procès de Rennes qui condamne Dreyfus à dix ans de prison avec « circonstances atténuantes », Esterhazy n'est pas convoqué[réf. nécessaire]. De 1903 à 1906, il est le correspondant en Angleterre du journal antidreyfusard La Libre Parole. En 1908, il s'installe dans la ville de Harpenden, dans l'est de l'Angleterre, et dissimule son identité sous le nom du comte Jean de Voilemont. De 1911 à 1917, il rédige des articles pour le journal L'Éclair.

 
Pierre tombale à Harpenden, Angleterre, portant l'inscription « In Loving Memory of Count de Voilemont, 1849-1923. He has outsoared the shadow of our night. ».

Il meurt en 1923 à Harpenden, où il est enterré au cimetière de l'église St Nicholas, sous sa fausse identité de comte de Voilemont et avec une fausse année de naissance (1849), sans avoir jamais été condamné.

PublicationsModifier

  • La vérité sur l'affaire Dreyfus gallica
  • Les dessous de l'affaire Dreyfus gallica

Notes et référencesModifier

  1. Une branche de la famille Esterhazy avait fait souche au Vigan sous le règne de Louis XV. L'hôtel particulier existe toujours.
  2. Sur les origines voir : Péter Esterhazy : « J'accuse », en anglais dans The Hungarian Quarterly, no 53, printemps 1999.
  3. Serman, William, Les Origines des officiers français 1848-1870, Paris, Publications de la Sorbonne, 1979, p. 182.
  4. Marcel Thomas, Esterhazy ou l'envers de l'affaire Dreyfus, Paris, 1989, p. 30.
  5. La nomination parut au Journal militaire officiel, p. 209 : « N° 160, par décret impérial du 24 juin 1870, Régiment étranger, 2e tour, au titre étranger, en remplacement de M. Martin, décédé, Walsin-Esterhazy (Marie-Charles-Ferdinand), ancien officier au service du Gouvernement pontifical. »
  6. Joseph Reinach, Histoire de l'affaire Dreyfus, 1901.
  7. Le Figaro du 28 novembre 1897 disponible sur Gallica.
  8. Le Matin du 3 juin 1898 disponible sur Gallica.
  9. Le Matin du 18 juillet 1898 disponible sur Gallica.

Voir aussiModifier

Sources et bibliographieModifier

  • Marcel Thomas, Esterhazy ou l'envers de l'affaire Dreyfus, éd. Vernal/Philippe Lebaud, Paris, 1989 (ISBN 9782865940493).
  • Philippe Oriol, L'Histoire de l'affaire Dreyfus de 1894 à nos jours, Les Belles Lettres, 2014.
  • Henri Guillemin, L’Énigme Esterhazy, éd. Gallimard, Paris, 1962. (ouvrage contesté par les spécialistes)
  • Jean Doise, Un secret bien gardé. Histoire militaire de l'Affaire Dreyfus, éd. Le Seuil, Paris, 1994 (ISBN 9782020211000). (ouvrage contesté par les spécialistes)
  • Henri Dutrait-Crozon, Esterhazy, éd. de l'Action française, Paris, 1909. (ouvrage antidreyfusard et antisémite.)

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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