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Arbre d'alignement

espèces d'arbres couramment plantées de manière linéaire et régulière le long des routes/rues
Allée de tilleuls taillés en rideaux à Saint-Germain-en-Laye, France.
Allée de hêtres à Mariemont, Belgique.
Alignements de platanes communs bordant le canal du Midi, France.
Une allée de cyprès, typique des paysages ruraux d'Italie.
Alignements de cerisiers à fleurs en Corée du Sud.
Charmille de charme commun du Haut-Marais à La Reid, Belgique.

On appelle arbre d'alignement les espèces d'arbres couramment plantées de manière linéaire et régulière le long des routes[1],[2] et des rues pour les orner[3] et les ombrager[réf. souhaitée]. Henri II ordonna par lettres patentes, en 1552 « à tous les seigneurs hauts justiciers et tous manants et habitants des villes, villages et paroisses, de planter et de faire planter le long des voiries et des grands chemins publics si bonne et si grande quantité desdits ormes que, avec le temps, notre royaume s’en puisse avoir bien et suffisamment peuplé ».

Dans certaines régions, les alignements de bocage et de bord de route contribuaient ou contribuent encore à une part importante au paysage[4], à la trame verte et au stock de bois sur pied (bois d’œuvre, bois de chauffage, arbres têtards producteurs de perches, fruitiers[5]…)[6].

Ils font partie du cadre de vie et peuvent contribuer au bien-être psychologique, et leur destruction ou un élagage trop « dur » peut ne pas être apprécié[7].

Sommaire

HistoireModifier

Dès alignements d'arbres ont probablement existé depuis l'Antiquité. Dans les villes ils semblent avoir été plus rares. À Paris le première alignement semble dater de 1597, planté au mail de l’Arsenal ; ce n'est qu'avec l'urbanisme de Haussmann et des hygiénistes qu'ils se développeront[8]. En France, les plans reliefs montrent qu'aux XVIIe et XVIIIe siècles ils étaient assez communs autour des villes, le long de grands axes routiers.

Aspects techniquesModifier

Les espèces (essences) choisies pour ces plantations doivent répondre à divers critères, notamment de résistance à des conditions de milieu parfois difficile, surtout en milieu urbain (sol tassé, sel de déneigement, manque d'eau et de lumière, chocs divers, imperméabilisation, manque de place pour les racines, travaux répétés…). Elles doivent en outre supporter facilement les bulles de chaleur urbaines, l'élagage et ne pas produire de fruits salissants ou dangereusement toxiques ou écotoxiques et répondre aussi à des critères esthétiques, qui peuvent varier selon les lieux et les époques.

En France, un guide technique de plantation le long des routes nationales a été publié en 1979 par la Direction des routes et de la circulation routière[9] ainsi que des recommandations pour l'entretien des arbres[10].

Essences d'alignementModifier

Parmi les espèces les plus souvent utilisées à cet effet en Europe moyenne, on rencontre notamment :

Trois fabacées arborescents sont beaucoup utilisés (ils sont parfois confondus entre eux) :

Ils sont complétés par de nombreux rosacées comme :

Divers magnolias horticoles s'ajoutent aux arbres à fleurs, mais aussi le lilas d'été.

Plus accessoirement on utilise aussi :

Les ormes étaient autrefois abondamment plantés, si ce n'est les arbres les plus communs en alignement comme dans les bocages en Europe occidentale, ou le long des charmilles, mais la graphiose de l'orme les a anéantis. De nouvelles variétés sélectionnées ou hybrides, plus ou moins résistantes à la graphiose, sont désormais disponibles mais ne sont pas encore plantés aussi massivement que les ormes d'autrefois.

Certains arbres qui sont les plus abondants dans les forêts européennes sont traditionnellement moins utilisés en alignement en ville et au bord des routes. C'est notamment le cas des chênes européens, bien qu'ils n'y sont pas absents et sont par ailleurs souvent plantés dans les bocages. Les chênes sont réputés moins bien supporter la sécheresse et la pollution urbaine, mais en réalité c'est leur croissance lente et leur manque d'allure lorsqu'ils sont jeunes qui décourage le plus souvent de les planter. De plus, ces arbres à grand développement prennent souvent un aspect peu esthétique après les inévitables élagages. Cependant l'intérêt croissant pour l'intégration écologique des projets urbains, des infrastructures et des espaces verts conduit depuis quelques décennies à une vague de plantation d'arbres autochtones, dont les chênes. Une variété du chêne pédonculé à port fastigié est aujourd'hui fréquemment utilisée dans les rues étroites, où sa faible largeur, son port régulier ne nécessitant pas de taille et sa croissance lente, en font un arbre contrôlable et rassurant pour les gestionnaires. Le hêtre commun est un arbre trop vigoureux, et il produit beaucoup de déchets au sol difficiles à ramasser en automne. Il est donc assez peu utilisé dans les villes et le long des routes, mais il forme de majestueux alignements dans les parcs, les campagnes et les forêts dans les régions ou le climat est suffisamment frais et humide (comme en Belgique, et surtout en Normandie, en particulier dans le pays de Caux où les doubles alignements de hêtres autour des clos-masures constituent l'identité du paysage). Des cultivars de hêtre plus petits ou avec un port fastigié existent également. Le châtaignier supporte mal les sols souvent alcalins des villes, il présente aussi l’inconvénient de produire beaucoup de déchets encombrants et pourrissants, et la chute des lourdes bogues épineuses n'est pas sans danger pour la tête des passants.

Le Chêne chevelu a récemment été choisi comme « essence jalon » pour remplacer le platane sur les célèbres alignements du canal du Midi, sur 40 % du linéaire en plusieurs sections réparties tout le long du canal. Car le platane est désormais durablement menacé par le chancre coloré et voué à être entièrement remplacé. Ce chêne a été peu planté en alignement jusqu'à nos jours, mais il a une croissance relativement soutenue, il est bien adapté aux variations climatiques et édaphiques locales, et surtout il est susceptible de pouvoir créer le même effet de monumentalité végétale que le platane. Les autres sections du canal seront plantés, en fonction du climat des régions traversées, par le tilleul à grandes feuilles, l'érable plane, le peuplier blanc, le micocoulier de Provence, le pin parasol, et d'autres essences plus localement[11]. Suite à une recherche sur les potentialités des espèces d'arbres pour remplacer le platane, d'autres essences, répondant aux mêmes critères de monumentalité et de capacité d’adaptation aux diverses conditions locales, avaient été proposées pour devenir l'« essence jalon » : le copalme d'Orient, le chêne à feuilles de châtaignier, le Chêne zéen, le tilleul argenté, le caryer cordiforme et le pacanier, mais la plupart sont quasiment inconnues en France[12]. Une nouvelle variété du platane devant résister à la maladie a aussi été plantée, mais elle n'a pas eu le succès espéré.

Les conifères sont peu utilisés en alignements au bord des chemins, notamment à cause de leur intégration paysagère jugée plus difficile en plaine, mais aussi des quantités importantes d'aiguilles et de cônes qui s’accumulent sur le sol en dessous des arbres, qui se décomposent lentement, et l’inadaptation de beaucoup d'espèces aux conditions sèches et ensoleillées. Mais deux espèces méditerranéennes emblématiques, le pin parasol et le cyprès d'Italie, sont très utilisés en alignement dans les régions méridionales où le climat le permet. Dans les autres régions le pin noir d’Autriche est occasionnellement utilisé en alignement, ainsi que les différentes espèces de cèdres. On peut citer aussi le cyprès de Leyland, le cyprès de Lawson et le thuya géant, qui sont cependant plus souvent utilisés pour former des haies. Le cyprès de Monterey est très présent sur la côte atlantique (Bretagne et Normandie notamment). Le séquoia géant se développe à merveille en alignement sous le climat français, et en Europe de l'Ouest en général, mais très peu ont été plantés (Ferrières-en-Brie, Marne-la-Vallée, et un double alignement récent de 502 séquoias sur plusieurs kilomètres à Sénart). Le métaséquoia et le cyprès chauve sont deux conifères qui se ressemblent, au feuillage plus clair, léger et caduque, et qui s'intègrent plutôt comme des feuillus.

Le ginkgo biloba est la seule espèce faisant partie de la plus ancienne famille d'arbres connue, les Ginkgoaceae. Cet arbre est maintenant communément planté en alignement en ville en raison de sa résistance à la pollution et du caractère ornemental de ses feuilles.

Dans les pays à climat plus chaud, on utilise fréquemment différentes espèces de palmiers, et de très nombreuses autres espèces adaptées aux conditions locales telles que les eucalyptus, les flamboyants, l'arbre à pluie, le cassier, le badamier, le faux baobab, Madhuca longifolia, etc[13].

SymboliqueModifier

Au début de la Première Guerre mondiale en France, les routes étaient bordées d'environ 3 millions d'arbres d'alignements. Dans le nord et l'Est, ces arbres qui ont été des repères pour les soldats, les canons et les populations ; de plus en plus déchiquetées au fur et à mesure qu'on approchait le front. Ils ont fortement marqué de nombreux soldats, dont ceux venus du Commonwealth (souvent cités ou dessinés dans leurs lettres et récits). Un officier anglais (Gillespie) propose ainsi en 1915 que soit commémorativement plantée après la guerre « longue allée (…) des Vosges à la mer », suggestion ensuite portée 4 ans plus tard par l'abbé Lemire à chambre des Députés (1919). La reconstruction n'a pas retenu ce projet, mais des milliers d'arbres et notamment en allées d'honneur ont été plantés par exemple en France (à Vimy par les canadiens), et en Australie où chaque arbre (parfois avec une plaque d’identification) représentait un engagé ou un soldat mort au champ de bataille. L'idée a aussi été reprise ou adaptée en Nouvelle-Zélande, au Canada, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Italie. En 2018, Un colloque est dédié à cette histoire et à la conservation de ce patrimoine, souvent dégradé[14].

Conflits d'usageModifier

 
« Projet d'avenue » (un seul côté est ici illustré), par Jacques-Joseph Baudrillart en 1827 dans son Traité général des eaux et forêts, chasses et pêches, composé d'un recueil des reglemens forestiers, dʹun dictionnaire des eaux et forêts, d'un dictionnaire de chasses et d'un dictionnaire des pêches. Sur les bords de l'avenue plantée d'un double alignement d'arbres, l'auteur planifie une coupe d'une partie des arbres tous les 30 ans, mais de manière à toujours conserver l'alignement paysager, et une ressource en bois.

Ces alignements, y compris dans les trous des arbres à cavités abritaient de nombreux oiseaux, qui avec le développement de la vitesse et du nombre des véhicules, ont aussi pu pâtir de mortalité par collision avec les véhicules[15].

Le long des routes, de très nombreux alignements d'arbres ont été coupés les dernières décennies pour permettre d'élargir les chaussées ou des rectifications de tracé, pour diminuer les coûts d'entretien des routes, ou pour des raisons de sécurité[16], pour ôter des obstacles préjudiciables en cas de sortie de route.

Certains individus, se réclamant éventuellement de catégories de conducteurs tels que des motards, ont parfois réalisé des abatages intempestifs et illégaux de tels alignements, dans le but déclaré de protester contre des configurations jugées dangereuses, parfois suite à des accident mortels.

Du fait d'opposition de citoyens, notamment écologistes, face à des coupes parfois massives, brutales, des élus locaux ont cependant parfois préféré conserver les arbres, pour leur intérêt paysager et écologique, et mettre en place des limitations de vitesse, des talus. Parfois, on a préféré la pose de rails ou glissières de sécurité pour à la fois protéger les motards, automobilistes et les arbres, leurs fonctions écosystémiques et les espèces (dont les espèces protégées) qu'ils hébergent.

LégislationModifier

En milieu rural, des alignements remarquables peuvent faire l'objet d'une protection au titre de la loi paysage. Les alignements situées sur les terres d'exploitation agricoles, en Europe (et donc en France), dans le cadre de l'écoéligibilité de la nouvelle Politique agricole commune (PAC), sont éligibles au dispositif des « surfaces équivalentes topographiques », ce qui facilite l'accès aux subventions européennes pour les agriculteurs maintenant ces éléments d'intérêt écopaysagers. Il en va de même pour quelques autres éléments paysagers semi-naturels d'intérêt agroécologique et écologique éventuellement associés (ex : Prairies permanentes, bandes enherbées, lisières, mares, bocage, arbres groupés…)

Article détaillé : Surface équivalente topographique.

Notes et référencesModifier

  1. Georges Reverdy, L'histoire des routes de France : du Moyen Âge à la Révolution, Paris, Presses de l'École nationale des ponts et chaussées, , 271 p. (ISBN 2-85978-280-X, présentation en ligne).
  2. ex. : Groupe de travail « Plantations ». Les arbres de nos routes. Plan de rénovation des plantations d'alignement des routes du département de la Loire. Direction départementale de l’Équipement. Conseil Général du département de la Loire (1992)
  3. Alphonse Du Breuil, Manuel d'arboriculture des ingénieurs : plantations d'alignement, forestières et d'ornement, boisement des dunes, des talus, haies vives des parcelles excédantes des chemins de fer, Paris, Garnier frères, Victor Masson, , 224 p. (notice BnF no FRBNF30361389, disponible sur Gallica).
  4. Corinne Bourgery et Dominique Castaner, Les plantations d'alignement, le long des routes, chemins, canaux, allées, Paris, Institut pour le développement forestier, coll. « Collection Mission du paysage », , 416 p. (ISBN 2-904740-13-9, notice BnF no FRBNF34989379, présentation en ligne).
  5. J-P Wagner, L’arboriculture fruitière et les routes fruitières, La Vie aux Champs, Luxembourg, .
  6. Thierry Bélouard et Frédéric Coulon, « Le cas de la France », dans Ronald Bellefontaine et al., Les arbres hors forêt : vers une meilleure prise en compte, Montpellier et Rome, CIRAD et FAO, (ISBN 92-5-204656-9, présentation en ligne, lire en ligne), p. 149-156.
  7. André Toussaint, Vincent Kervyn de Meerendre, Bernard Delcroix et Jean-Pierre Baudoin, « Analyse de l’impact physiologique et économique de l’élagage des arbres d’alignement en port libre », Biotechnologie, Agronomie, Société et Environnement, vol. 6, no 2,‎ , p. 99–107 (lire en ligne).
  8. Patricia Pellegrini, « Pieds d’arbre, trottoirs et piétons : vers une combinaison durable ? », Développement durable et territoires, vol. 3, no 2 « Trames vertes urbaines »,‎ (DOI 10.4000/developpementdurable.9329).
  9. Direction des routes et de la circulation routière (1979), Les plantations des routes nationales ; Guide technique. Ministère des transports. Direction générale des transports intérieurs
  10. Direction Générale de l'Aménagement du territoire, du Logement et du Patrimoine, Direction générale des Ressources naturelles et de l'Environnement, Préserver les arbres. Recommandations pour éviter les dégâts aux arbres
  11. Plaquette d'information émise en 2017 par Voies navigables de France, concernant le projet de replantation du canal du Midi, [1].
  12. Brochure d'information émise en 2014 par Voies navigables de France, concernant le projet de replantation du canal du Midi, [2].
  13. Michel Chauvet, « Pl@ntUse : Le wiki des plantes utiles et de leurs usages », sur Pl@ntUse (consulté le 3 septembre 2018)
  14. [ https://www.allees-avenues.eu/colloque-2018 « Les allées d’arbres - de la guerre à la paix » ] colloque international, 12 & 13 novembre 2018
  15. Housset, Ph.: Avifaune et routes. Université de Rouen (1993)
  16. Académie des Sciences Morales et Politiques, L'insécurité routière. Les accidents de la route sont-ils une fatalité ? Sous la direction de Marianne Bastid-Bruguière (2003)

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

  • Site et vidéos du colloque « Arbres d'alignement en ville : vecteurs de biodiversité » (Bruxelles, mars 2012) : www.alignement.be

BibliographieModifier

  • Adolphe Chargueraud, Traité des plantations d'alignement et d'ornement dans les villes et sur les routes départementales : installations, culture, taille, élagage, entretien, remplacement, rendement, dépenses, législation, Paris, J. Rothschild, , 332 p. (notice BnF no FRBNF30223233, disponible sur Gallica).