Araki (langue)

langue océanienne

Araki
Raki
Pays Vanuatu
Région Araki
Nombre de locuteurs 8
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-3 akr
IETF akr

L’araki (en araki : Raki [ɾaki]) est une langue océanienne parlée sur l’île d’Araki, au large de l’île d’Espiritu Santo, dans l’archipel du Vanuatu. Elle a été décrite pour la première fois en 2002 par le linguiste Alexandre François.

ClassificationModifier

Comme les autres langues indigènes du Vanuatu, l’araki appartient au groupe des langues océaniennes, lui-même une branche de la grande famille des langues austronésiennes. Il est particulièrement proche du tangoa, bien que les locuteurs de cette langue ne comprennent pas l’araki[a 1].

VitalitéModifier

L’araki est une langue en voie d’extinction rapide : il n’est plus parlé en public et reste utilisé seulement par quelques familles. Le nombre de locuteurs décroît rapidement : estimé à 15 en 1999, il n’y avait plus que huit personnes capable de le parler couramment en 2010[1], et peut-être une vingtaine de personnes qui en ont une connaissance passive. L’araki est peu à peu remplacé par le tangoa, la langue de l’île voisine (Tangoa) qui fut adoptée par les missionnaires presbytériens du XIXe siècle dans leur entreprise d’évangélisation de cette région[a 1].

Par ailleurs, du fait de la proximité de la ville de Luganville, la pression du bislama, le pidgin national du Vanuatu, joue également un rôle dans la disparition prochaine de la langue araki.

Le , la fondation Chirac a annoncé son intention d’œuvrer pour la préservation, entre autres, de la langue araki en lançant le programme « Sorosoro, pour que vivent les langues du monde », un projet de sauvegarde des langues et cultures en danger. Sorosoro est d’ailleurs un mot araki signifiant « souffle, parole, langue »[2],[3].

ÉcritureModifier

L’araki étant une langue de tradition orale, il n’a pas d’écriture propre. Cependant, des linguistes ont développé un alphabet basé sur l’alphabet latin, complété de signes diacritiques[4].

Alphabet de l’araki
Lettre a e h i j k l m n ng o p r s t u v
Prononciation /a/ /e/ /h/ /i/ /t͡ʃ/ /k/ /l/ /m/ // /n/ /ŋ/ /o/ /p/ // /ɾ/ /r/ /s/ /t/ /u/ /β/ /ð̼/

Une convention orthographique plus ancienne utilisait ‹ c › pour /t͡ʃ/, ‹ d › pour /ɾ/, ‹ r › pour /r/ et ‹ g › pour /ŋ/[a 2].

PrononciationModifier

ConsonnesModifier

Entre autres particularités linguistiques, l’araki est l’une des rares langues du monde qui possède une série de trois consonnes linguo-labiales, réalisées par un contact entre la pointe de la langue et la lèvre supérieure[5]. Il est aussi caractérisé par l’absence de consonnes prénasalisées, fréquentes dans les langues de la région.

Consonnes en araki[4]
Bilabiales Linguo-labiales Alvéolaires Vélaires Glottale
Occlusives sourdes p t k
Affriquée sourde t͡ʃ
Fricatives sourdes s h
Fricatives sonores β ð̼
Nasales m n ŋ
Latérale l
Battue ɾ
Roulée r

La distinction entre /r/ et /ɾ/, tout comme les consonnes linguo-labiales, n’est maintenue que par les locuteurs qui parlent l’araki vraiment couramment[a 1].

Le phonème /t͡ʃ/ peut-être réalisé [t͡s] ou [t͡ɕ] avant /i/ et [t͡ʃ] ou [t͡ɕ] avant /a/ et /e/[a 3].

VoyellesModifier

L’araki a conservé les cinq voyelles du proto-océanien.

Voyelles en araki
Antérieures Centrale Postérieures
Fermées i u
Moyennes e o
Ouverte a

L’araki n’a pas de diphtongues ; deux voyelles adjacentes appartiennent généralement à deux syllabes différentes[a 4].

Accent toniqueModifier

L’accent tonique se trouve sur l’avant-dernière syllabe des mots qui se terminent par une voyelle, avec un accent secondaire toutes les deux syllabes : par exemple, haip̈ir̄u « sept » se prononce [ˌhaiˈt̼iru]. Les voyelles i et u peuvent disparaître en fin de mot, mais cela ne change pas la place de l’accent tonique : le mot harivi « rat » peut être prononcé hariv, et dans ce cas il est accentué sur la dernière syllabe. En fait, en règle générale, tous les mots qui se terminent par une consonne sont accentués sur la dernière syllabe

Il existe quelques exceptions : des mots accentués sur la dernière syllabe parce que la dernière voyelle a été définitivement perdue. L’accent tonique permet notamment de distinguer les suffixes objets de la première et troisième personne du singulier, -a, accentué à la première personne. Ainsi, Mo tapa-i-á signifie « Il m’a trouvé », mais Mo tapa-i-a « Il l’a trouvé »[a 5].

SyllabesModifier

La plupart des syllabes sont de la forme CV, mais l’amuïssement de certaines voyelles a conduit à l’apparition de syllabes de la forme CVC ou CCV. Cela donne parfois des combinaisons peu courantes telles que r̄kel « atteindre » ou nra « ils »[a 6].

GrammaireModifier

Marqueurs personnelsModifier

L’araki possède plusieurs types de marqueurs personnels : pronoms personnels indépendants, clitiques indiquant le sujet, suffixes indiquant l’objet et suffixes possessifs[a 7]. Comme dans de nombreuses autres langues austronésiennes, il y a une distinction entre le « nous » exclusif et inclusif.

Pronoms indépendantsModifier

Ces pronoms ne sont jamais employés dans le rôle d’objet (sauf les deux pronoms en ka-, parce que le suffixe objet correspondant n’existe pas). On les utilise dans le rôle de sujet quand le prédicat est un nom ou pour insister sur le sujet. Ces pronoms sont aussi compatibles avec le suffixe comitatif -n(i), généralement traduit par « et ».

Personne Singulier Pluriel
1re Inclusive nija
Exclusive na kam̈am
2e n(i)ko kam̈im
3e nia n(i)ra

Clitiques sujetsModifier

Le sujet des verbes doit être indiqué par un clitique sujet. Il en existe deux jeux : un pour le mode realis et un pour le mode irrealis.

Clitiques sujets pour le mode realis
Personne Singulier Pluriel
1re Inclusive jam
Exclusive nam kam
2e om ham
3e mo mo
Clitiques sujets pour le mode irrealis
Personne Singulier Pluriel
1re Inclusive jo
Exclusive na kam̈a
2e o ha
3e jo ha

Suffixes objetsModifier

Ces suffixes marquent l’objet direct des verbes transitifs et sont aussi utilisés avec certaines prépositions.

Personne Singulier Pluriel
1re Inclusive -ja
Exclusive
2e -ko
3e -a -ra

Suffixes possessifsModifier

Les suffixes possessifs servent principalement à indiquer la possession (ils s’attachent aux noms inaliénables et aux marqueurs possessifs), mais sont aussi utilisés avec certaines prépositions.

Personne Singulier Pluriel
1re Inclusive -ja
Exclusive -k(u) -m̈am
2e -m -m̈im
3e -na -ra

LexiqueModifier

Quelques mots courants en araki[6]
Mot Traduction Prononciation
terre lep̈a [let̼a]
eau ai [ai]
feu hapu [hapu]
homme r̄aju [rat͡ʃu]
femme p̈ir̄a [t̼ira]
manger hanhan [hanhan]
boire inu [inu]
grand lap̈a [lat̼a]
petit hetehete [hetehete]
jour rani [ɾani]
nuit jojo [t͡ʃot͡ʃo]

Notes et référencesModifier

  1. a b et c pp. 5–8
  2. p. 20
  3. pp. 14–18
  4. p. 19
  5. pp. 21–26
  6. pp. 26–27
  7. pp. 41–47
  • Autres références
  1. Alexandre François, « Terrains et langues » (consulté le 11 janvier 2014)
  2. « Le cri de paix de Jacques Chirac », Nouvel Observateur, (consulté le 11 janvier 2014)
  3. « Chirac : « Je veux réveiller les consciences » », Le Figaro, (consulté le 11 janvier 2014)
  4. a et b (en) Alexandre François, « An online lexicon of Araki » (consulté le 13 septembre 2011)
  5. « L’araki », Sorosoro, (consulté le 13 septembre 2011)
  6. François 2008

BibliographieModifier

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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