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Alain Gerbault

navigateur, joueur de tennis et écrivain français
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Gerbault.
Alain Gerbault
Alain Gerbault 1929.jpg
Alain Gerbault (à droite) lors de son arrivée au Havre en 1929.
Biographie
Naissance
Décès
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Nom de naissance
Alain Jacques Georges Marie Gerbault
Nationalité
Formation
Activité
Autres informations
Distinctions

Alain Gerbault, né le à Laval, en Mayenne, et mort le à Dili au Timor oriental en Indonésie, est un skipper et écrivain français. Il est aussi joueur de tennis et pilote d'avion de la Première Guerre mondiale.

Premier navigateur à traverser l'Atlantique à la voile en solitaire d'Est en Ouest, il est le premier Français à achever un tour du monde en solitaire à la voile. Il est aussi célèbre pour son plaidoyer en faveur des Polynésiens et de leur culture que l'on peut trouver exposé dans son ouvrage L'Évangile du soleil.

Sommaire

BiographieModifier

OrigineModifier

Alain Gerbault naît dans une famille aisée d'industriels spécialisés dans l'exploitation des fours à chaux[1], place de Hercé à Laval le 17 novembre 1893. Il est le petit-fils de Pierre Jacques Gerbault (1827-1878), maire de Saint-Berthevin[2].

JeunesseModifier

Vers l'âge de sept ans, il fait sa scolarité à l'Immaculée-Conception de Laval de 1903 à 1908[3], enfant fragile, nerveux, adolescent souvent rebelle, son caractère est marqué par un goût ardent pour la compétition. Il agace parfois par sa ténacité rageuse et son goût de vaincre alors que son frère Robert (de quatorze mois son aîné) manifeste une force tranquille.

Le décès brutal de son père, alors qu'Alain est âgé de 12 ans le conduit, ainsi que son frère, à quitter son « paradis » en Mayenne pour un exil forcé à Paris comme pensionnaire à l'École Pascal puis au collège Stanislas : « Ce furent les années les plus malheureuses de ma vie ! Il fallait étudier, devenir ingénieur ! ».

Il partage sa jeunesse entre les retours à Laval, et la maison familiale de Dinard. L'été, la famille Gerbault occupe la villa « La Béarnaise »[4].

Il réussit en 1914 le concours d'entrée de l'École nationale des Ponts et Chaussées[n 1], mais la guerre arrive.

Première Guerre mondialeModifier

Les années de guerre : « Je savais que je ne pourrais jamais plus mener dans une cité une existence sédentaire. La guerre me fit sortir de la civilisation. Je n’aspirai plus à y retourner. ».

Durant la Première Guerre mondiale, il est engagé volontaire le 8 août 1914 au 25e régiment de dragons. Il passe dans l'aviation, comme élève pilote, en décembre 1914. Bien que débutant en 1914, il se révèle être un pilote doué, d'une très grande classe. Il obtient le brevet de pilote militaire à l'école d'aviation militaire de Buc, le .

Il est pilote à l'escadrille no 95 du Bourget[n 2] jusqu'en octobre 1916, puis au centre d'aviation de Villacoublay jusqu'en décembre 1916. Il se distingue dans l'escadrille des Loups[5] (escadrille no 79 de décembre 1916 à avril 1917) et l'escadrille des Renards (escadrille no 84 de avril à novembre 1917), où il se distingue comme chef de patrouille. Il remporte plusieurs victoires spectaculaires, se faisant remarquer par sa science tactique et son habileté dans les manœuvres aériennes. Il est successivement brigadier (1916), caporal, sous-officier et sous-lieutenant à titre définitif. Il est pilote de l'escadrille SPA 31 de novembre 1917 à septembre 1918, puis de l'escadrille SPA 165 du septembre 1918 à mars 1919. Il y vole avec Gaston Durmon, qui deviendra un célèbre pilote de ligne et de records dans l'entre-deux-guerres.

Ella Maillart, 1993 : « Aviateur pendant la Grande Guerre, lui et trois de ses compagnons avaient décidé de gagner le Pacifique et d’abandonner pour toujours un continent où de telles guerres étaient possibles. Ses amis avaient été tués, mais il n’avait pas renoncé à son projet ; il était résolu à partir seul. ».

Il obtient deux citations en 1917 et 1918 : Pilote de premier ordre, d'une audace et d'un entrain remarquables. Le 17 mars (1917), au cours d'une reconnaissance, a attaqué seul et loin dans les lignes ennemies une patrouille de 3 appareils en a abattu un et est revenu après une lutte serrée avec ses adversaires, son appareil traversé de plus de 20 balles ; Pilote de chasse tout à fait remarquable. Toujours volontaire pour toutes les missions est un bel exemple pour ses camarades plus jeunes. Avec l'aide de deux autres pilotes a abattu un avion biplace de réglage. Il est détaché à l'École nationale des ponts et chaussées à compter de mars 1919.

Il est fait le 27 décembre 1923 chevalier de la Légion d'honneur[n 3],[6]. Il obtient aussi la Croix de Guerre[n 4].

Après guerreModifier

Ayant réintégré l'École nationale des Ponts et Chaussées à la fin des hostilités, il abandonne par manque de goût ses études et la carrière d'ingénieur qui lui était promise[7]. Il ne reprendra pas non plus la direction de l'usine familiale. Après guerre, il se lance dans les affaires, sans grand succès. Il est politiquement assez proche de l’Action française[8].

Le joueur de tennisModifier

Jean Borotra : « Alain avait un jeu régulier. C'était un tacticien qui mûrissait longtemps ses actions. Il jouait bien à la volée et au smash, même si en situations désespérées, il se bagarrait jusqu'au bout. Son jeu était efficace même s'il n'était pas toujours esthétique. ».

Il participe à de nombreux tournois de tennis, sport qu'il pratique depuis son enfance[n 5]. Champion de France scolaire de tennis en 1913, il remporte notamment le tournoi de tennis de Dinard à trois reprises entre 1919 et 1921. En 1921, il parvient en finale en double à Roland-Garros et aux Championnats du monde avec Pierre Albarran[n 6]. Comme ce dernier, il est aussi un redoutable amateur de bridge[9]. En 1922, il est finaliste au tournoi de Monte-Carlo. Principalement actif au début des années 1920, il a également participé à l'US Open en 1924 et 1930, ainsi qu'à Roland-Garros en 1931 et 1932.

Le marin solitaireModifier

Le voilier FirecrestModifier

Article détaillé : Firecrest.

En 1921, il décide de changer de vie et cherche à acquérir un voilier de course.

Il veut racheter le Lady Maud au champion olympique Richard Travers Dixon (en). Celui-ci ayant refusé, il achète à Cowes en Angleterre un voilier de course : le Firecrest (nom anglais d'un petit oiseau, le roitelet à triple bandeau (Regulus ignicapilla)), construit en 1892[10]. C'est un bateau solide, très logeable et marin, mais sans rouf ni cockpit et dont le gréement n'est pas du tout approprié à la navigation solitaire.

À Cannes, il partage son temps entre les championnats de tennis et son entraînement marin. Il y côtoie aussi Ella Maillart et Hermine de Saussure (surnommée « Miette »)[11] qu'il rencontre au port de Nice début 1923. Elles sont présentées par Virginie Hériot à bord de sa nouvelle goélette, Ailée.

Après un entraînement de plusieurs mois en Méditerranée, il décide de partir. On ne connaît pas les causes de son départ[12].

La traversée de l'AtlantiqueModifier

Il quitte Cannes le 25 avril 1923[13] de façon anonyme, et sans publicité. Après 3 semaines, il arrive à Gibraltar. Parti le 6 juin, il réalise en 1923 la première traversée de l'Atlantique en solitaire d'est en ouest, ralliant Gibraltar à New York en 101 jours.

Cette longue durée a pour raison le manque de préparation du bateau pour une telle navigation et le manque d'expérience de son capitaine. Le Firecrest n'était pas conçu pour des traversées en solitaire mais pour des courses en équipage. Gerbault multiplie les ennuis : Il doit réparer régulièrement ses voiles et son gréement. De plus, l'équipement de bord d'un yacht à cette époque n'était pas très fiable. Ceci lui vaudra auprès des marins la réputation d'un amateur ayant su se faire valoir à travers ses livres et auprès du monde médiatique de l'époque. Il s'agit néanmoins d'un exploit sportif compte tenu des conditions de navigation de l'époque[n 7]. C'est le premier homme à avoir traversé l'Atlantique en suivant le soleil[14].

Il arrive à New York le 14 septembre 1923. Il fait le récit de cette traversée dans son premier ouvrage, Seul à travers l'Atlantique.

Le tour du monde en solitaireModifier

Il demeure quelque temps aux États-Unis, où son exploit lui vaut une certaine célébrité, puis repart en 1924 pour les mers du Sud, passant par les Bermudes. Il entre dans l'océan Pacifique par le canal de Panama[n 8] le 11 juin 1925. Après une escale aux îles Galápagos, il séjourne 5 mois aux îles Gambier et aux îles Marquises. Il passe deux mois à Tahiti, puis va par Samoa à Wallis. Il arrive le 20 août 1926[15] à Wallis où il reste environ 4 mois.

Il rejoint les Fidji et les Hébrides. Il est à Timor le 15 juin 1927. Il passe le détroit de Torrès, et arrive dans l'Océan Indien. Il est à La Réunion en octobre et novembre 1928[16].

Il rejoint Le Cap, l'île Sainte-Hélène, les îles du Cap-Vert. En juillet 1928, il navigue au large de São Vicente, où le bateau s'échoue pendant son sommeil. Les réparations durent plusieurs mois à Porto Grande d'où il repart le 6 mai 1929.

Il passe par les Açores, pour rejoindre Le Havre le 29 juillet 1929.

La notoriétéModifier

Il réalise ainsi un tour du monde qui lui vaudra une renommée internationale, et qu'il racontera dans ses ouvrages. Le lendemain, il part suivre la finale de la Coupe Davis 1929 à Roland-Garros et encourager l'équipe de France opposée aux États-Unis[17]. Son arrivée, en plein double, provoque l'arrêt immédiat du match[18]

Il reçoit le grade d'officier de la Légion d'honneur[6]. Il est invité dans plusieurs mondanités obligées où il s'ennuie[19]. Une chanson d'Yvonne Printemps, écrite par Albert Willemetz, Le Pot-pourri d'Alain Gerbault[20], raconte les exploits du navigateur.

En juillet 1931, le Firecrest coule lors d'un remorquage effectuée par la Marine nationale.

Le nouveau départModifier

Le voilier Alain GerbaultModifier

Article détaillé : L'Alain Gerbault.

Toujours attiré par la mer et la Polynésie, dont il est tombé amoureux pendant son périple, il repart le 28 septembre 1932[n 9] sur un nouveau bateau, appelé l'Alain Gerbault (lancé le 4 juin 1931 à Sartrouville, avec signal distinctif en code international O.Z.Y.U, d'où le titre de son œuvre posthume), construit grâce aux droits d'auteur de ses ouvrages.

Avant son départ, il termine son livre L’Évangile du Soleil, qui est une dénonciation des méfaits de la civilisation occidentale sur les populations indigènes. Il sera le défenseur de la cause de la Polynésie.

La PolynésieModifier

Quatrième de couverture de L'Évangile du soleil : « Un paradis se meurt, qui se situe exactement après Îles de beauté, est le testament d'Alain Gerbault. Son chant d'amour à la Polynésie. Et le plus terrible des réquisitoires — ne voulait-il pas lui donner le sous-titre : Sous la civilisation blanche sans merci ? Il lui consacra ses dernières années, ses dernières forces : dresser une stèle, un mémorial à la culture polynésienne qui mourait sous ses yeux, sauver coûte que coûte la mémoire de ce paradis assassiné. Il y a dans ce texte tendu, âpre, bouleversant, traversé d'éclairs émerveillés, dont on se demande bien comment il a pu si longtemps rester oublié, la même ambition que dans Les Immémoriaux de Segalen. ».
 
Alain Gerbault en visite chez la reine Marau de Tahiti.

Il ne cessera alors de défendre la cause de la Polynésie et d'étudier sa géographie et son histoire. Il passe les neuf dernières années de sa vie dans l'océan Pacifique, atteignant les îles Marquises en décembre 1933, l'archipel des Tuamotu en 1934, Tahiti en 1935.

Il est un ami de la reine Marau avec qui il s'entretient[n 10] régulièrement. Passionné par le passé de ces îles, il apprend les langues océaniennes et vient en aide aux indigènes, s'insurgeant contre la colonisation européenne qui considère la disparition des Polynésiens comme inévitable. Il s'efforce à chacune de ses escales de faire revivre les traditions locales, les chants et les danses méprisés par l'Église, les pasteurs et l'administration. Il s'efforce de créer une émulation sportive et introduit le football pour lutter contre l'alcoolisme. Il mène par ailleurs d'importantes recherches linguistiques et ethnologiques. Il recueille des cahiers de légende et de généalogie polynésienne.

Voguant d'île en île, et revenant toujours à son port d'attache de Bora-Bora, il mène à cette époque un idéal de vie très en avance sur son temps. En septembre 1937, à Bora-Bora, il rencontre Władysław Wagner (pl), le premier navigateur polonais à effectuer le tour du monde à la voile.

Le souvenir qu'il laisse auprès des insulaires est selon plusieurs témoignages tout autre[22] : il est accusé de pingrerie[23]. D'autres lui reprochent son homosexualité[24] et son alcoolisme aigu.

La présence d'Alain Gerbault en Polynésie est évoquée par Jean Reverzy dans son roman Le Passage (Prix Renaudot 1954).

La Seconde Guerre mondialeModifier

À 45 ans, il refuse de se battre pour une civilisation qu'il n'aime pas[25], et est dégagé de toutes obligations militaires. Il ne consent pas à appuyer une politique qui aboutirait à envoyer les Polynésiens sur les champs de bataille en Europe.

Lors de l'Armistice du 22 juin 1940, il est à Papeete. Durant l'été 1940, deux comités sont formés à Tahiti : le Comité des Français d'Océanie[26]. Alain Gerbault prend frénétiquement et maladroitement le parti du maréchal Pétain en juillet et août 1940 et rejoint un petit groupe spontané, composé d’anciens combattants des Croix-de-Feu, et de partisans de l'Action Française[27]. Le 10 août 1940, le Comité des Français d'Océanie publie un manifeste où l'on retrouve la signature de Gerbault. On y retrouve les principes du régime de Vichy dans le sens de la Révolution nationale.

Le Comité de la France libre est nettement plus important et impose au gouverneur Jean Chastenet de Géry, hésitant, mais plutôt pétainiste, la tenue d'un référendum ; celui-ci a lieu seulement à Tahiti et Moorea (2 septembre 1940) ; le résultat est massivement favorable à la France libre. Le ralliement des Établissements français de l’Océanie à la France libre s'effectue le 4 septembre 1940[n 11]. Après des soubresauts liés à des partisans de Vichy, ce ralliement est définitivement établi avec l'établissement du docteur Émile de Curton comme gouverneur à partir de novembre 1940[28].

Au lendemain du plébiscite, Alain Gerbault est à Raiatea dans l’espoir de rallier la population[29] au Maréchal Pétain. Éconduit à Uturoa, il reprend la mer et se voit refuser à Bora-Bora l’autorisation de débarquer[30]. Il pense alors rallier Nouméa.

L'erranceModifier

La fuiteModifier

Le ralliement des Établissements français de l’Océanie, puis de la Nouvelle-Calédonie à la France libre oblige Alain Gerbault à une fuite pour l'Indochine. Ce dernier voyage est une errance désespérée à travers tout le Pacifique, pour échapper aux menaces de guerre. Il avait tout d'abord l'intention de rejoindre Rapa pour y passer 7 ou 8 mois[31]. Il ne peut réaliser ce projet[32], et rejoint tout d'abord les Samoa américaines où il reste trois mois[n 12], jusqu'au 15 décembre 1940. De Pago Pago, une importante base américaine, il reçoit de nombreuses nouvelles, mais chose curieuse aucune de France. Il part ensuite pour 15 jours à Apia, dans les Samoa occidentales, sous mandat néo zélandais, puis rejoint Tonga au début de 1941. Il écrit à Lucien Daniaux de Nukuʻalofa une lettre[25] le 21 février de ses projets, de ses livres, de ses considérations politiques et stratégiques. Il reste quelques mois à Tonga. Il est à Port Moresby au début d'août 1941, où il séjourne quelque temps. Suspect au niveau des autorités, il quitte clandestinement le mouillage avec la volonté de rejoindre l'Europe par le canal de Suez. Il touche finalement l'île de Timor en septembre 1941 à Dili [n 13], situé dans la partie du Timor oriental qui est portugaise et neutre.

La finModifier

Son but était de gagner Madagascar. Son bateau, avarié dans la mer d'Arafura a été réparé. Un peu requinqué, il souhaite poursuivre son voyage. Par trois fois, des incidents de mer l'empêchent de partir, et l'obligent à revenir à Dili.
Après plusieurs tentatives infructueuses pour gagner le large, sans doute en raison de la future invasion du Timor, épuisé physiquement et psychologiquement, il succombe à Dili de la malaria et d'un délabrement physique généralisé le [n 14], dans l'après-midi, à l'hôpital de Lahane où il était soigné par le docteur José Anibal Coreia Teles.

Manuel de Abreu Ferreira de Carvalho : « Son aspect sordide faisait peur à voir et témoignait de son indifférence pour tous les détails de la vie civilisée. Il n'était certainement que l'ombre de qu'il avait été, se montrait découragé, et jour après jour, se réfugiait dans le souvenir d'un passé lointain ; sans doute pour oublier l'extrême misère à laquelle il était réduit. Il me parlait de la France avec une grande tendresse et les larmes aux yeux. ».

Le gouverneur de Timor[33] Manuel de Abreu Ferreira de Carvalho (pt) indiquera quelques mois après la mort de Gerbault que « Tout le monde le traitait bien, d'autant qu'il était famélique et sans ressources. Quelquefois il dînait avec des familles portugaises, d'autres fois il emportait son dîner à bord ».

Il est inhumé au cimetière de Santa-Cruz, à Dili, dans une époque de grande confusion : le gouvernement portugais d'Antonio Salazar avait refusé aux Alliés l'autorisation de se déployer au Timor oriental, ce qui risquait de laisser leur front à découvert face à une attaque japonaise. Le 17 décembre 1941, le lendemain de la mort d'Alain Gerbault, alors que les Japonais commençaient leur attaque sur les possessions des Pays-Bas, 400 soldats néerlandais et australiens pénétrèrent sur le territoire de la colonie portugaise. Les 500 soldats portugais n'offrirent pas de résistance, tandis que le gouverneur portugais, Manuel de Abreu Ferreira de Carvalho, se déclarait prisonnier. C'est le début de l'invasion du Timor.

Le calme étant revenu, le journaliste portugais Ferreira da Costa retrouve sa tombe[n 15]. Après avoir fait exécuter par le charpentier de son bateau, l'Angola, une croix portant le nom d'Alain Gerbault, cette croix est plantée au cours d'une cérémonie simple et en présence de nombreux officiers du corps expéditionnaire.

PostéritéModifier

L'ultime hommageModifier

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, et sur l'initiative de Jean-Paul Alaux[34] et du Yacht Club de France, l'amiral Lemonnier envoie de Saïgon l'aviso colonial Dumont d'Urville de la Marine nationale pour rapatrier la dépouille.

En septembre 1947, ses cendres[35] sont transférées par l'aviso à Bora-Bora[n 16], où il repose depuis lors[36], sur le quai de Vaitape.

Son vœu était de mourir en mer[37].

HommagesModifier

PublicationsModifier

  • Alain Gerbault, Seul à travers l'Atlantique, Paris, Bernard Grasset, , 222 p. (disponible sur Gallica).
  • Alain Gerbault (préf. Jean-Baptiste Charcot), À la poursuite du soleil : journal de bord, Paris, Bernard Grasset, , 205 p.
  • Alain Gerbault, Sur la route du retour : journal de bord II de Tahiti vers la France, Paris, Bernard Grasset, , 220 p.
  • Alain Gerbault, L'Évangile du soleil : en marge des traversées, Paris, Éditions Fasquelle, , 221 p.
  • Alain Gerbault, Îles de beauté, Paris, Éditions Gallimard, , 232 p. Rééditions 1996, 2012, Hoëbeke (ISBN 978-2-84230-431-7)
  • Alain Gerbault (préf. Pierre Albarran), Un paradis se meurt, Paris, Éditions Self, , 280 p. Rééditions 1995, 2012, Hoëbeke (ISBN 978-2-84230-430-0)
  • Alain Gerbault (préf. Ella Maillart), Mon bateau l'Alain Gerbault, Paris, Amiot-Dumont, , 192 p.
  • Alain Gerbault, O.Z.Y.U. : dernier journal, Paris, Bernard Grasset, , 269 p.

DocumentairesModifier

  • Alain Gerbault ou le courage de fuir, réalisé en 2010 par Philippe Abalan[38].

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

RomansModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Après un échec à Polytechnique.
  2. Future escadrille 461.
  3. En qualité de lieutenant au 3e régiment d'aviation lors de la Première Guerre mondiale.
  4. Une palme, une étoile en vermeil.
  5. Notamment au tennis-club de Dinard, l'un des premiers fondés par les Anglais et « importés » sur le sol français, près de l'actuelle rue Alain-Gerbault.
  6. Ce dernier lui consacra un livre : Gerbault, mon ami, aux éditions Fayard.
  7. Le deuxième français, après lui à traverser l’Atlantique à la voile en solitaire est Marin-Marie en 1933, un autre natif de la Mayenne.
  8. Il y rencontre Harry Pidgeon (en).
  9. Après le décès de Virginie Hériot.
  10. « Un jour, Alain Gerbault, pieds-nus, portant comme d'habitude tricot rayé et pantalon de grosse toile de matelot, s'entretenait avec sa grande amie Marautaaroa autour d'un plat de poisson cru, savoureux à point. Ils causaient de Tahiti et de son passé, évoquant le retentissant épisode que fut l'affaire du Protectorat. Ils se représentaient la Reine accablée de soucis, tiraillée de toutes parts, et d'autres encore : la gent royale des îles Sous le Vent restée férue de traditions périmées, d'absolutisme étroit et d'indépendance totale mais étayée de prestige britannique. Les pasteurs animés de bonne volonté mais défaillants à la barre de direction temporelle, aspirant à la sauvegarde de leur religion d'état, rêvant d'un drapeau anglais hissé à la hampe libérée des couleurs françaises. Les grands chefs tahitiens, soutiens de la légalité et maîtres de l'équilibre des forces dans une monarchie constitutionnelle ; ces novateurs audacieux qui en avaient assez du sectarisme théocratique, des consuls à face de carême, et des intrigues des commodores ; ces chauds partisans enfin de la France protectrice, symbolisée en ces lointaines latitudes par une sympathique silhouette d'amiral aux larges favoris »[21] 
  11. Jean Chastenet de Géry est remplacé par un Comité provisoire de gouvernement, incluant Édouard Ahnne et Georges Bambridge.
  12. Il y attend une grande voile de lin et un premier foc en provenance de Sydney.
  13. Dans sa dernière lettre à Lucien Daniaux, rien ne peut laisser penser à un quelconque épuisement physique ou psychologique.
  14. C'est le jour même où les Hollandais et les Australiens lancent un ultimatum aux Portugais, pour exiger l'occupation militaire de leur colonie.
  15. O Século de Lisbonne, 26 janvier 1946.
  16. La loi française n'admettait pas l'immersion d'un homme qui n'est pas mort en mer. C'est donc son île préférée qui sera retenue.

RéférencesModifier

  1. « Laval. La chaux a fait la fortune de la famille Gerbault », sur Ouest-France, (consulté le 15 janvier 2019).
  2. « Journée du Patrimoine : partez à la découverte du Camp et de La Loge... » (version du 5 février 2016 sur l'Internet Archive).
  3. Michel Jouneaux, L'Immaculée-Conception : une « institution » lavalloise de 1865 à nos jours, Laval, Siloë, , 237 p. (ISBN 2-84231-084-5), p. 146-147.
  4. Elle est située 17 rue de la Pionnière. Il va à la plage de l'Écluse avec son frère et les enfants de la famille du Mans du Chalais, comme Geoffroy du Mans de Chalais, son cousin. « Ils sont venus : quelques personnages célèbres qui ont séjourné à Dinard... » (version du 6 novembre 2015 sur l'Internet Archive).
  5. « L'escadrille 79 » (consulté le 15 janvier 2019).
  6. a et b « Alain Gerbault », sur Base Léonore (consulté le 15 janvier 2019).
  7. Vibart 1977, p. 34-35.
  8. Aline Mortamet, « Alain Gerbault réédité, un navigateur re-consacré », sur France 3 Bretagne, (consulté le 15 janvier 2019).
  9. Pierre Boucher, « Alain Gerbault », sur lavoile.com (consulté le 15 janvier 2019).
  10. Gerbault 1924, p. 13.
  11. Pierre Voituret, « Ella Maillart, un « nouveau genre » de voyageuse (1923-1935) », Téoros, vol. 29, no 2,‎ , p. 119-127 (lire en ligne [PDF], consulté le 15 janvier 2019).
  12. Pierre Boucher, « Alain Gerbault », sur lavoile.com (consulté le 15 janvier 2019) : « Déception sentimentale ? Lassitude du monde frivole qu'il côtoyait au Savoy Club de Nice ? Besoin de se prouver qu'il ressemblait aux héros de ses lectures d'enfant ? Autant de points d'interrogation qui restent sans réponse. ».
  13. Une plaque inaugurée en 1930 indique cette date dans le port de Cannes sur la jetée Albert-Édouard : « En l'honneur d'Alain Gerbault », Le Littoral, Cannes,‎ , p. 1 (lire en ligne [PDF], consulté le 16 janvier 2019).
  14. René Moniot Beaumont, Histoire de la littérature maritime, La Rochelle, La Découvrance, , 411 p. (ISBN 978-2-84265-590-7).
  15. Alexandre Poncet, Histoire de l'île Wallis, t. 2, Paris, Société des océanistes, coll. « Publications de la Société des océanistes », , 234 p. (ISBN 978-2-85430-047-5, lire en ligne), chap. XIV (« Alain Gerbault à Wallis (1926) »).
  16. « Le solitaire des mers : M. Alain Gerbault visite la Réunion », L'Écho d'Alger,‎ , p. 1 (disponible sur Gallica, consulté le 16 janvier 2019).
  17. Julien Pichené, Christophe Thoreau et Axel Gyldén, « Roland-Garros : le jour où... le navigateur Alain Gerbault est entré sur le Central », sur L'Express, (consulté le 16 janvier 2019).
  18. Pierre Albarran et Henri Cochet, Histoire du tennis, Paris, Fayard, , 287 p. : « L'arbitre de chaise Nicolas Redelsperger effectue une annonce au micro. Le public se met à entonner la Marseillaise. Quand il entra dans la tribune, Pierre Gillou le prit par la main et s'avança avec lui au premier rang pour le désigner à l'attention du public qui le reconnut immédiatement. ».
  19. Vibart 1989 : « La dernière traversée du Firecrest est pour se rendre à l'inauguration du nouveau golf de Deauville. Préparé à périr d'ennui, Alain y retrouve, avec une joie folle, Hermine de Saussure et Ella Maillart qu'il impose au banquet prévu pour trois cents personnes. À l'heure dite, Hermine et Ella font une arrivée remarquée, sans chapeaux, jambes nues, jupes et vareuses à col marin. »
  20. [vidéo] Pot-pourri d'Alain Gerbault sur YouTube.
  21. Ernest Salmon, Alexandre Salmon (1820-1866) et sa femme Ariitaimai (1821-1897) : deux figures de Tahiti à l'époque du Protectorat, t. 2, Paris, Société des océanistes, coll. « Publications de la Société des océanistes », , 234 p. (ISBN 978-2-85430-042-0, lire en ligne), « Épilogue ».
  22. Nathalie Cathala et Dominique Cathala, « Bora Bora : stèle du navigateur Alain Gerbault », sur etoile-de-lune.net, (consulté le 16 janvier 2019).
  23. Les insulaires lui fournissaient la nourriture. Alex W. du Prel, « Où est passé l'or d'Alain Gerbault ? (Tahiti-Pacifique magazine, no 79) » (version du 6 août 2016 sur l'Internet Archive) : « Bien qu'il ne fut pas démuni puisqu'il avait à son bord au moins deux sacs d'or, il ne dépensait pratiquement rien. Ses seuls bons repas étaient ceux qu'il prenait sur les autres voiliers mouillés près du sien [à Papeete] ».
  24. Julien Gué, « Alain Gerbault, un marin pas comme les autres » (version du 22 août 2016 sur l'Internet Archive) : « Homosexuel notoire, il lui est reproché d'avoir abusé de nombreux jeunes garçons lors de ses séjours en Polynésie et notamment à Bora Bora. On le soupçonne ainsi d'avoir amené les jeunes de l'île au football dans le seul but de satisfaire ses penchants particuliers »
  25. a et b O'Reilly 1961.
  26. Chastenet de Géry 1975, p. 383-427 : « Un groupe, formé par les sieurs Constant, A. Gerbault, Florisson, Lainey, Rusterholtz, imagina de créer, à grand bruit, un « Comité des Français d’Océanie », pour mener une campagne anti-juive et anti maçonnique, en faveur du gouvernement de Vichy. Manquant tous de pondération, plusieurs de moralité douteuse, certains quelque peu déséquilibrés, ils étaient peu recommandés pour rallier les suffrages des gens, même des moins raisonnables. Ils ne réussirent qu’à jouer les agents provocateurs et à déchainer la fureur de leurs adversaires, qui se traduisit en tracts et en propos violents, Je fus moi-même pris à partie par eux et objet de menaces (comme de saboter la réunion des Délégations Économiques et Financières), pour n’avoir pas voulu soutenir leur action, génératrice de désordre ».
  27. de Curton 1973, p. 64-74 : « Dirigé par un Croix de Feu, M. Lainey, Président des Anciens Combattants, ce groupe était en fait animé par des passionnés, comme le docteur Florisson, ou par des convaincus, comme Rusterholtz que ses liens avec le médecin-chef Alain et le capitaine Broche, commandant la C.A.I.C.T., rendaient dangereux. Et, parmi quelques comparses assez falots, se trouvait Alain Gerbault ».
  28. de Curton 1973, p. 137-144 : « Un peu plus tard, Vichy nommait Consul de France à Hawaï un émule de Gerbault « avec juridiction sur Tahiti » ». Il s'agit d'Éric de Bisschop.
  29. de Curton 1973, p. 101-113 : « Une population qu'il se flattait de bien connaître ».
  30. de Curton 1973, p. 101-113 : « Toutefois les habitants, à qui il avait fait part de son intention de se rendre à Nouméa, s'étaient offerts à lui apporter toutes les provisions dont il aurait besoin pour cette longue traversée. Le ralliement de la Nouvelle-Calédonie devait l'amener à réviser ses plans ».
  31. O'Reilly 1961 : « Écœuré par tous les évènements, il a d'abord l'intention de s'en aller à Rapa, et d'y passer sept à huit mois, loin de toutes les radios et de toutes les nouvelles si déprimantes de la guerre, et de s'y livrer… à ses chères études, en mettant à jour ses notes ethnologiques. » (lettre à son ami Lucien Daniaux, 21 février 1941).
  32. O'Reilly 1961 : « Voiles déchirées. Vent grand frais. Obligé de rallier Samoa. » (lettre à Lucien Daniaux)
  33. Alex W. du Prel, « Où est passé l'or d'Alain Gerbault ? (Tahiti-Pacifique magazine, no 79) » (version du 6 août 2016 sur l'Internet Archive).
  34. Au cours de son voyage polynésien, Jean-Paul Alaux rencontre Alain Gerbault, auquel il rend hommage en plusieurs occasions : par la publication d’un ouvrage en 1947 et par la réalisation du monument élevé en 1951 à la mémoire du navigateur, à Bora-Bora. « C'est grâce à ses efforts et à ceux du Yacht Club de France que l'aviso Dumont d'Urville reçut en 1947 la mission de transférer les cendres d'Alain Gerbault de Timor en Polynésie française. L'obstination de Jean-Paul Alaux et la souscription lancée par le Yacht Club de France vinrent à bout de toutes les difficultés, et il put alors faire ériger sur la tombe d'Alain Gerbault à Bora-Bora, un monument dont il fit les plans et qui, comme l'avait souhaité Gerbault, était en forme de temple polynésien, un “marae à trois marches”. » (Jean-Pierre Alaux, La dynastie des Alaux, Paris, , 82 p., p. 48).
  35. Selon le biographe Éric Vibart, l'inhumation en hâte au cours d'un bombardement, l'absence d'objets personnels dans la tombe, le décès de la plupart des témoins lors des nombreux combats qui eurent lieu dans l'île de Timor, les avis divergents des amis du navigateur qui eurent l'occasion d'examiner les ossements (de fausses dents sur la mâchoire alors qu'Alain Gerbault n'en avait aucune, alors que les traces d'une fracture à l'avant-bras correspondent bien à un accident de 1934), tous ces faits font penser à un mélange d'ossements de plusieurs personnes, et donc un doute subsiste quant à l'authenticité des cendres ramenées de Dili par le Dumont d'Urville (Vibart 1977, p. 323-328).
  36. Photographies de son enterrement le 4 octobre 1947 à Bora-Bora, conservées aux Archives nationales d'outre-mer.
  37. Gerbault 1932 : « S'il m'arrivait de mourir à terre, je désirerais être remorqué au large dans mon bateau et que celui-ci, sabordé, coule toutes voiles et pavillons dehors, m'ensevelissant au sein de la mer que j'aime, parmi les seules choses dont j'ai aimé la possession […] ».
  38. Hervé Hillard, « Alain Gerbault, un flot d’actualité ! », sur Ouest-France, (consulté le 17 janvier 2019).

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