Al Jazeera

chaîne de télévision qatarienne
(Redirigé depuis Al-Jezira)
Al Jazeera
Caractéristiques
Création
Propriétaire
Langue
Pays
Siège social
Site web
Diffusion
Analogique
 Non
Numérique
 Oui
Satellite
En clair.
En Europe : Astra 1KR, Eurobird, Hispasat 1C, Hotbird 6, Thor 3, Turksat 2A, Eutelsat W3C[1]
Comprise dans divers bouquets payants dont, en France, Canal Sat : canal 331, SFR NEUFBOX TV SAT : canal 235 (anglais) et 237 (arabe)
Bell TV : no 516 (anglais, Canada)
Câble
Numericable - Canal 64 (France),
naxoo : chaîne no 72 et 278
IPTV
Proximus TV : chaîne no 232
Scarlet : chaîne no 276
Freebox TV : chaîne no 355
Orange TV : chaîne no 161
SFR NEUFBOX TV : chaîne no 266 (arabe), chaîne no 265 (anglais)
Zattoo
BluewinTV
Cablecom
TV Alice
Bbox : chaîne no 260
DartyBox : chaîne no 95 (arabe) et 94 (anglais)
Bell Télé Fibe : no 516 (anglais, Canada)

Al Jazeera (en arabe : الجزيرة, littéralement « L'Île » ; parfois transcrit en français al-Jazira[2]) est une chaîne de télévision satellitaire d’information en continu en langue arabe basée à Doha au Qatar.

Des locaux à Doha, Qatar.

Elle est détenue par Al Jazeera Media Network[note 1], un groupe formellement privé mais étroitement lié à l'État du Qatar[3]. Le même groupe possède aussi des chaînes en d'autres langues, comme Al Jazeera English, mais leur rédaction et leur contenu sont différents de la version arabe dont il est question ici[4],[5].

La chaîne a été fondée en 1996 par l'émir Hamad ben Khalifa Al Thani. Depuis 2001, c'est la chaîne la plus regardée dans le monde arabe[6], avec une forte influence sur l'opinion publique.

Généralement, Al Jazeera est critique envers les gouvernements arabes autres que le Qatar. La chaîne est souvent considérée comme un outil au service de la politique étrangère de cet État. Par ailleurs, Al Jazeera est réputée proche de mouvements islamistes comme les frères musulmans ou le Hamas. Selon d'autres, cependant, la chaîne serait plus modérée que cette réputation ne le laisse entendre.

Cette ligne éditoriale a contribué à la crise diplomatique du Qatar en 2017.

Histoire modifier

Lancement modifier

Le terme Al Jazeera (en arabe : الجزيرة) signifie littéralement « l'île ». C'est une réference à la position géographique du Qatar.

La chaîne est lancée le , par le cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, émir du Qatar, qui vient d'arriver au pouvoir en renversant son père Khalifa ben Hamad Al Thani. Elle vise à rompre la mainmise des Saoudiens sur le paysage médiatique international arabe. A l'époque, les médias arabes les plus influents sont détenus en majorité par l'Arabie Saoudite et emploient majoritairement des journalistes libanais. Pour représenter au mieux son public arabe, Al Jazeera prend au contraire des journalistes de tous les pays arabophones. Le noyau dur de l'équipe éditoriale d'Al Jazeera provient de BBC Arabic Television, un programme de la BBC et du groupe saoudien Orbit Communications supprimé un an et demi après sa création en 1994[2].

Depuis 1998, la chaîne émet 24 heures sur 24 et elle est diffusée dans 35 pays, principalement du Proche-Orient, mais aussi en Europe. En France, elle est diffusée dans les bouquets Numericable, Canalsat et l'offre de Free et de Neuf. Néanmoins, on peut recevoir Al Jazeera gratuitement puisqu'elle diffuse en clair sur les satellites Hot Bird et Astra. Au Royaume-Uni, elle emploie soixante journalistes et disposait, en 2001, d'un budget de 30 millions USD[réf. nécessaire].

En 1998, elle montre ses propres images des bombardements américains sur l'Irak et s'oppose à l'interprétation minimisant les bombardements faite par les chaînes nationales arabes[2].

Années 2000-2010 modifier

 
Audiences comparées des chaînes de télévision d'informations internationales en Égypte, Jordanie, Liban, Maroc, Arabie saoudite et Émirats arabes unis en 2008.

Lors de la seconde Intifada « al-Aqsa » en 2000, les journalistes locaux d'Al Jazeera interviewent régulièrement les responsables du Hamas et du Jihad islamique[7], la chaîne montre des images en direct. Les discours du Fatah ne sont plus les seuls reçus par les téléspectateurs[2].

En , Al Jazeera lance son site web Aljazeera.net en arabe.

Le , Al Jazeera diffuse des images non datées d'Oussama ben Laden, qui auraient été tournées lors de la réunion de fusion entre les mouvements d'Al-Qaïda et du Jihad islamique égyptien[réf. nécessaire]. Peu après, le , la chaîne diffuse un enregistrement vidéo d'Oussama ben Laden lors de l'intervention américaine contre les talibans en Afghanistan[7]. Ben Laden y annonce : « L'Amérique ne connaîtra plus jamais la sécurité avant que la Palestine ne la connaisse et avant que toutes les armées occidentales ne quittent les terres saintes »[8]. Al Jazeera s'affirme sur la scène internationale pendant toute la durée du conflit, car elle est la seule télévision internationale à disposer de correspondants en Afghanistan[7]. Ses positions et ses reportages sont accusés[Par qui ?] d'être protalibans et antiaméricains, et de focaliser, de par ses reportages, l'opinion publique des pays arabes contre les États-Unis. Les chaînes américaines avaient alors censuré ses images et même appelé les militaires à la considérer comme cible potentielle pour un bombardement [réf. nécessaire]. Le , Colin Powell, secrétaire d'État américain, s'adresse à Hamad ben Khalifa al-Thani, émir du Qatar et principal actionnaire de la chaîne, lui demandant d'intervenir auprès de la direction afin de modifier sa couverture des événements[9],[7]. Le , Al Jazeera interviewe également Donald Rumsfeld, secrétaire d'État américain à la Défense[réf. nécessaire].

En , le président égyptien Hosni Moubarak en visite dans ses modestes locaux aurait dit : « C'est donc de cette boîte d'allumettes que vient tout ce vacarme »[10].

Les locaux de la chaîne sont bombardés par les États-Unis à deux reprises : la première fois en Afghanistan (2001)[11] et la seconde fois à Bagdad en Irak le . Un journaliste, Tarik Ayyoub, est tué à Bagdad par le bombardement[12]. The Daily Mirror annonce le à la une que le Président des États-Unis George W. Bush a voulu bombarder les locaux de la chaîne à Doha, mais le Premier ministre du Royaume-Uni Tony Blair l'en a dissuadé.

Sami al-Haj, un journaliste-cameraman soudanais, est arrêté en en Afghanistan et emprisonné à partir du à la prison de Guantanamo. Il est libéré six ans plus tard en , sans qu'aucune charge ne soit portée contre lui[réf. souhaitée].

En 2002, Al Jazeera continue de diffuser des enregistrements et des interviews avec des groupes islamistes militants. Ainsi, le , elle diffuse un enregistrement sonore d'un porte-parole d'Al-Qaïda, Abou Ghaïth, qui affirme qu'Oussama Ben Laden est en bonne santé et que les États-Unis vont à nouveau être frappés[réf. nécessaire]. Les 5 et , elle diffuse un entretien en deux parties, réalisé en juin à Karachi au Pakistan, avec deux dirigeants d’Al-Qaïda, le Koweïtien Khaled Cheikh Mohammed, et le yéménite Ramzi ben al-Chaib, dans lequel ils revendiquent l'organisation logistique des attentats du 11 septembre 2001[réf. nécessaire]. Le , elle diffuse un entretien radiophonique attribué à Oussama Ben Laden qui revendique les attentats du [réf. nécessaire]. Le , elle diffuse un enregistrement sonore de l'islamiste Ayman al-Zawahiri, fondateur du Jihad islamique égyptien, dans lequel il menace d'attentats la France et l'Allemagne[réf. nécessaire]. Le , elle diffuse un nouvel enregistrement sonore reconnu comme provenant d'Oussama Ben Laden dans lequel il salue les derniers attentats au Yémen, au Koweït, à Bali, à Moscou, et en annonce de nouveaux. Il met en garde et menace à nouveau plusieurs pays occidentaux d'être la cible de nouveaux attentats s'ils continuaient à soutenir « le gang des bouchers de la Maison-Blanche »[réf. nécessaire].

En , Al Jazeera conclut un accord de coopération avec la BBC[réf. nécessaire].

Le , Al Jazeera diffuse un nouveau message enregistré attribué à Oussama Ben Laden, appelant les musulmans au djihad contre les Occidentaux en cas d'attaque contre l'Irak[réf. nécessaire]. Le secrétaire d'État des États-Unis Colin Powell y voit la preuve de la collaboration entre Saddam Hussein et Oussama Ben Laden[réf. nécessaire]. Le , Al Jazeera interviewe également Colin Powell[réf. nécessaire]. Le , elle diffuse un message de Saddam Hussein, daté du 14 juin, dans lequel il déclare : « Nous avons sacrifié le pouvoir, mais nous refusons de sacrifier nos principes, notre foi et notre honneur ». Cinq autres messages seront diffusés jusqu'à la fin août[réf. nécessaire].

En , les fondateurs d'Al Jazeera sont classés parmi les 100 personnes les plus influentes de l'année selon Time Magazine[réf. nécessaire].

Le , le gouvernement intérimaire irakien ferme pour une durée indéfinie le bureau local de la chaîne, arguant qu'Al Jazeera présente une image négative de l'Irak et des troupes de la coalition[réf. nécessaire].

Le , la correspondante de la chaîne en Cisjordanie est agressée par un véhicule israélien qui essaye de la percuter par l'arrière alors qu'elle couvrait les événements en direct à Naplouse. Le technicien de la chaîne qui l'accompagnait est touché au pied par des balles en caoutchouc[réf. nécessaire].

Années 2010-2020 modifier

Le , Al Jazeera annonce la révélation de documents secrets sur les négociations au Proche-Orient contenant les « vrais détails tenus secrets sur les négociations entre l'Autorité palestinienne et Israël pendant la décennie écoulée »[réf. nécessaire].

En , Al Jazeera couvre largement les Protestations et révolutions dans le monde arabe.

Le , Al Jazeera achète un lot de 2 matchs de Ligue 1 (football français), un le vendredi à 21 h et un le dimanche à 14 h pour 120 millions d'euros[réf. nécessaire].

Le , un groupe inconnu jusque-là, « al-Rashedon », modifie la page d'accueil des sites web d'Al Jazeera et Al Jazeera English, pour protester contre la couverture du conflit syrien, en reprenant la terminologie du gouvernement syrien pour qualifier la rébellion de « groupes terroristes armés »[13].

Le , Mohammed Hourani, journaliste de la chaîne, est tué par un sniper dans le gouvernorat de Deraa, dans le sud de la Syrie. Le journaliste était connu pour son opposition au président syrien Bachar el-Assad et Al Jazeera accuse le sniper d'être progouvernemental[14],[15].

En , Al Jazeera annonce la suppression de 500 postes sur près de 4 500[réf. nécessaire] salariés, dont une majorité à Doha. Cette restructuration pourrait être liée à la chute des prix des hydrocarbures dont est dépendant l'État du Qatar, qui finance en grande partie la chaîne[16].

En Égypte, trois journalistes travaillant pour la chaîne Al Jazeera ont été arrêtés et condamnés à trois ans de prison ferme en 2015 par les autorités[17].

En , dans le cadre de la crise du Golfe, l'accès au site Internet de la chaîne est bloqué en Égypte, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis[18],[19]. Le , peu de temps après l'annonce de la rupture des liens entre l'Arabie saoudite, le Bahreïn, le Yémen et l’Égypte avec le Qatar, qui est accusé de « soutenir le terrorisme », le gouvernement saoudien annonce la fermeture des bureaux saoudiens de la chaîne[20]. Ce conflit est dû au moins en partie à la ligne éditoriale d'Al Jazeera, réputée proche de l'islamisme et critique envers d'autres gouvernements arabes[21],[22],[23],[24].

Années 2020 modifier

Le , des frappes israéliennes détruisent un bâtiment hébergeant plusieurs médias, dont Al Jazeera, en Palestine[25][source secondaire souhaitée]. Le , la journaliste Shireen Abu Akleh est tuée en Cisjordanie par un tir israélien[26],[27].

Durant la guerre Israël-Hamas de 2023, Al Jazeera est l’un des seuls médias internationaux à informer en direct depuis la bande de Gaza[28].

Influence modifier

Depuis 2001, Al Jazeera est la chaîne la plus regardée dans le monde arabe[6]. Elle a une forte influence sur l'opinion publique[29],[30].

Durant la guerre Israël-Hamas de 2023, « la rue arabe » manifeste spontanément sa colère dans les différentes villes de la région après avoir vu les images de frappes touchant le territoire palestinien. Ce fait confirme l’influence déterminante de la première chaîne satellitaire arabe[28].

Sur le web modifier

Le groupe Al Jazeera dispose de six sites web : trois sites pour la chaîne Al Jazeera (en arabe, en anglais et en bosnien), un pour Al Jazeera Sport, un pour Al Jazeera Documentary Channel et enfin un pour Al Jazeera Training Center. Le site d'Al Jazeera Children appartient à une autre chaîne, pour enfants, qui n'a aucun lien juridique avec le groupe Al Jazeera, mais appartient à la Qatar Foundation. Le groupe a dû changer d'hébergeur à plusieurs reprises à cause de ses orientations et des pressions politiques. Fin , au cours de la guerre d'Irak, les moteurs de recherches ont reçu trois fois plus de requêtes relatives à Al Jazeera. Sur Google, le nombre de requêtes avec le terme « Al Jazeera » avait connu la plus grande croissance lors de la dernière semaine de . Puis, durant la première semaine d'avril, cette requête est passée de la troisième place à la première. Al Jazeera lance alors un site web en anglais pour faire face à la demande croissante d'internautes occidentaux qui la voient comme une vision alternative aux informations fournies par les médias occidentaux et anglo-saxons pendant la guerre contre l'Irak[31].

Lors de la guerre d'Irak, un informaticien de Los Angeles, John William Racine, redirige les visiteurs du site vers une page affichant un drapeau américain ainsi que la devise patriotique : « Que la liberté triomphe ». Il est condamné, en , à 2 000 dollars d'amende et 1 000 heures de travaux d'intérêt public par un tribunal de Californie[32].

En 2008, le site d'Al Jazeera est le plus visité dans le monde arabe et est classé 222 sur l'échelle internationale[33]. Chaque jour, le site est visité par plus de 3,3 millions de personnes. En , Webby Awards nomme le site comme un des cinq meilleurs sites web avec les sites de BBC News, de National Geographic, de RocketNews et de The Smoking Gun[34].

Culture libre modifier

Al Jazeera diffuse du contenu sous licence Creative Commons depuis [35], lequel est accessible depuis un référentiel dédié. La chaîne de télévision qatarienne s'avère ainsi le premier grand média mondial à se positionner dans la culture libre.

Ligne éditoriale et réceptions critiques modifier

Al Jazeera est généralement critique envers des gouvernements arabes autres que le Qatar[2],[21],[22],[23],[24].

La chaîne est souvent considérée comme un outil au service de la politique étrangère du Qatar[36],[37],[21], voire par certains comme une chaîne de propagande du gouvernement qatari[38],[39].

Al Jazeera est réputée proche de mouvements islamistes, notamment des Frères musulmans[22]. Ainsi, elle diffusait une émission avec le prédicateur frériste Youssef Al Qaradaoui jusqu'à sa mort en 2022 ; cette émission comptait entre 40 et 60 millions de téléspectateurs[40]. Pour Gilles Kepel, la version arabe de la chaine satellitaire est devenue le canal de propagande principal des Frères musulmans à travers le monde[41].

Al Jazeera est également réputée manifester un biais pro-palestinien et être proche du Hamas. Selon le quotidien français Libération, « le parti pris d’Al-Jazeera pour les Gazaouis qui « tombent en martyrs » sous les frappes de « l’agresseur » ou de « l’occupant israélien » est manifeste et assumé. »[28] L’opération « Déluge d'Al-Aqsa » de la branche armée du Hamas, le 7 octobre 2023, a été glorifiée par la chaîne. Dans les jours qui suivent l’attaque, la chaîne qatarienne « a complètement occulté les atrocités et massacres commis par les assaillants sur les familles à la frontière de Gaza » à l’exception de Al-Jazeera English, la chaîne anglophone du groupe, qui a rapporté « les scènes d’horreur » dans le kibboutz de Kfar Aza. Selon Libération, Al-Jazeera n’exprime aucune réserve vis-à-vis du Hamas, de ses agissements et de la légitimité de son gouvernement à Gaza[28]. Le Point souligne de son côté que la chaîne de télévision adapte son discours en fonction de ses antennes, en anglais ou en arabe[42].

Al Jazeera a également été accusée d'être proche de l'organisation État islamique[43].

En 2012, néanmoins, The Atlantic considère qu'Al Jazeera présente un visage beaucoup plus modéré et occidentalisé que le djihadisme islamique ou l'orthodoxie sunnite rigide et bien que le réseau ait été critiqué comme « cheval de Troie "islamiste" », il présente en fait peu de contenu spécifiquement religieux dans ses émissions[44].

Censure d'un documentaire sur l'esclavage dans le monde musulman modifier

En août 2018, il a été rapporté qu'Al Jazeera avait censuré la série documentaire Rotas da Escravatura (Routes de l'esclavage) , une série européenne conjointe de la chaîne française Arte, de la RTP portugaise et de LX Filmes. L'intégralité du premier épisode, qui traitait du "processus qui a conduit l'empire musulman à tisser durablement un immense réseau de traite négrière à travers l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Asie", avait été supprimée. En retour, la chaîne de télévision a affirmé que l'esclavage en Afrique était une pratique fondée par les Portugais[45]. Cependant, l'implication généralisée des musulmans dans la traite des esclaves depuis ses débuts est un fait historiquement établi par les historiens ; parmi d'autres, comme Murray Gordon, Kishori Saran Lal, Tidiane N'Diaye, Safiur Rahman Mubarakpuri, Christopher Scott Rose et Ronald Segal, Bernard Lewis a abordé ce thème dans son livre Race and Slavery in the Middle Eastː an Historical Inquiry.[46]

En Occident modifier

Selon Les Échos, Al Jazeera est considérée par ses détracteurs comme « trop favorable aux islamistes »[47], voire, pour Rue89, comme la « chaîne de Ben Laden » ou encore le porte-parole du Hezbollah ou du Hamas[48].

En France modifier

En France, selon le journal Le Ravi, la chaîne présentée comme « la chaîne des parents » (c'est-à-dire des immigrés de première génération, arabophones), commence à se diffuser, sans doute depuis 2009 et le conflit à Gaza, auprès des jeunes générations qui pourtant, pour la majorité, ne comprennent pas l'arabe littéraire[49].

Fin 2017 est lancé le média AJ+ sur les réseaux sociaux. Il se présente comme indépendant, mais est en réalité une filiale d'Al Jazeera et financé à ce titre par le Qatar. AJ+ se distingue par une ligne rédactionnelle officiellement progressiste, féministe et LGBT-friendly pour séduire les jeunes connectés, mais ne présente en réalité la plupart du temps qu'un seul point de vue orienté, par exemple sur la notion de race, le conflit israélo-palestinien, l'affaire Tariq Ramadan, le port du voile islamique, donnant à ce titre la parole à des militants du controversé Parti des indigènes de la République[réf. nécessaire]. Si les prises de position sociétales sur les femmes ou les LGBT peuvent surprendre alors qu'aucune femme ne siège au Parlement du Qatar, qu'Amnesty International dénonce « les discriminations dans la législation et dans la pratique » et que l'émirat est une monarchie de droit divin autoritaire prônant la charia, où la flagellation et la peine de mort sont en vigueur, il faut selon l'universitaire Mohamed El Oifi comprendre ainsi une forme de stratégie : « Al-Jazira ouvre son antenne à toutes les oppositions - sauf à celles du Qatar -, c'est la chaîne de toutes les contestations, de défense des gens marginalisés, le porte-voix des peuples. […] AJ+ ne change pas de ligne éditoriale mais d'interlocuteur. Pour capter un public jeune et radical, elle adapte ses contenus ». Ainsi, AJ+ n'a jamais présenté de contenu sur le Qatar, tandis que, note Marianne « d'innombrables faits divers sont égrenés sans cesse dans le but transparent d'instiller l'idée que l'islamophobie et le racisme sont omniprésents en France »[50].

En 2021, la chaîne consacre de nombreux reportages à Éric Zemmour, dont elle fait, selon Gilles Kepel, « l’expression paroxystique de « l’islamophobie » française, dans une perspective proche des « décolonialistes » et fortement teintée d’idéologie frériste »[41].

En Israël modifier

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a annoncé le vouloir « expulser Al Jazeera d'Israël », cette chaîne étant accusée par les autorités israéliennes d'attiser les tensions aux alentours des lieux saints[51]. Le dimanche , le ministre israélien des Communications, Ayoub Kara, a déclaré que la chaîne serait devenue « le principal outil de Daesh, du Hamas, du Hezbollah et de l'Iran »[52]. Avigdor Liberman compare en 2017 Al Jazeera à un appareil de propagande « dans le style de l'Allemagne nazie ou de la Russie soviétique »[53]. Après avoir annoncé, mi-août, vouloir retirer la carte de presse à un journaliste d'Al Jazeera, le Bureau de Presse du Gouvernement israélien a décidé, fin août, de suspendre la résiliation d'accréditation pendant six mois et de vérifier l'impartialité de ses travaux avant de prendre une décision définitive[54].

Dans le monde arabe modifier

Dans le monde arabe, Al Jazeera est diversement perçue : certains la considèrent comme proaméricaine et prosioniste[55], les gouvernements arabes lui reprochant de porter atteinte à leur contrôle total sur les médias, et les « néo-libéraux arabes » critiquent son populisme[2].

Pour Mohammed El Oifi, maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris, Al Jazeera bénéficie dans le monde arabe d'« une légitimité populaire dont les autres chaînes d’information ne bénéficient pas ». Elle jouit ainsi dans la région d'« une véritable hégémonie médiatique »[48].

Au Bahreïn modifier

Depuis , Bahreïn interdit aux journalistes d'Al Jazeera de travailler — la chaîne d'information n'a ainsi pas pu relater les premières élections nationales de Bahreïn où les femmes avaient le droit de vote et le droit de se présenter. Le gouvernement bahreïni estime qu'Al Jazeera chercherait « délibérément à nuire à Bahreïn » lorsqu'elle retransmet, sans autorisation gouvernementale, des manifestations antiaméricaines ; le ministre de l'Information Nabil al-Hamr ajoute qu'Al Jazeera serait biaisée en faveur d'Israël et « infiltrée par les sionistes » — mais les autorités n'ont pas confirmé cette seconde accusation[56].

En Algérie modifier

Le , à la suite des attentats du 11 décembre 2007 à Alger, la chaîne pose la question suivante sur son site web : « Soutenez-vous les attentats d'Al-Qaïda en Algérie ? ». La presse et le gouvernement algérien critiquent la couverture de la chaîne qatarie[57],[58],[59].

En Égypte modifier

Le , le journaliste Mahmoud Hussein d'Al Jazeera a été arrêté en Égypte, les autorités égyptiennes accusant la chaîne et le journaliste de soutenir l'opposition islamiste dans le pays à travers la production de documentaires[60],[61].

Voir aussi modifier

Articles modifier

Ouvrages modifier

  • Claire Gabrielle Talon, Al Jazeera. Liberté d'expression et pétromonarchie, Presses universitaires de France, 2011.
  • Sam Cherribi, Fridays of rage : Al Jazeera, the Arab Spring, and political Islam, Oxford University Press, 2017
  • Christian Chesnot, Le Qatar en 100 questions: Les secrets d’une influence planétaire, Editions Tallendier, 2022
  • Bibliographie Télévision et nouveaux médias dans le monde arabe Site d'André Lange « Histoire de la télévision et de quelques autres médias ».
  • Hugh Miles, Al-Jazira, la chaîne qui défie l'Occident, éd. Buchet Chastel (trad.fr.), 2006.
  • (en) Mohammed El-Nawawy, Adel Iskandar, Al-Jazeera: The Story of the Network That Is Rattling Governments and Redefining Modern Journalism, réimpression, 2003.
  • Riadh Sidaoui, Al Jazeera constitue-t-elle l'opinion publique arabe ou s'harmonise-t-elle avec elle ?, Al Jazeera Centre for Studies, 9 février 2009.

Articles de presse modifier

  • Hadrien Mathoux, AJ+ français : quand la propagande du Qatar se cache derrière un progressisme féministe et LGBT, Marianne, 25/04/2018. Lien
  • Aram Bakshian, The Unlikely Rise of Al Jazeera, The Atlantic, 10.01.2012. Lien.

Recherches académiques modifier

  • KAJJA Kamal, Al-Jazeera, phénomène ou leurre?, Revue Hérodote, 2009, no 2, p. 152-165. Consulter
  • AMRI Karima, La pénétration du marché de l'information médiatique français par Al-Jazeera: d'un soft power régional à une stratégie globale du Qatar? : l'exemple de la couverture des élections présidentielles françaises de 2007, 2015, Université Grenoble-Alpes. Consulter
  • CHERRIBI Sam, From Baghdad to Paris: Al-Jazeera and the Veil, Harvard International Journal of Press and Politics, 2006, volume 11, no 2, p. 121-138. Consulter
  • FAHMY Shahira, AL EMAD Mohammed, Al-Jazeera vs Al-Jazeera: A comparison of the network’s English and Arabic online coverage of the US/Al Qaeda conflict, International Communication Gazette, 2011, vol. 73, no 3, p. 216-232. Consulter
  • PALLOSHI Shqipe, The influence of the CNN effect and the Al Jazeera effect on American foreign policy, Maltepe Üniversitesi İletişim Fakültesi Dergisi, 2015, volume 2, no 2, p. 43-67. Consulter
  • Olfa Lamloum, L'impact des chaînes satellitaires arabes, article paru dans la Revue internationale et stratégique, no 56, 2004.

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Liens externes modifier

Notes et références modifier

Notes modifier

  1. Site officiel en anglais: [1]

Références modifier

  1. english.aljazeera.net
  2. a b c d e et f Mohammed El Oifi. L'effet Al-Jazira. In: Politique étrangère, no 3, 2004 - 69e année pp. 649-660. doi : 10.3406/polit.2004.1140. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/polit_0032-342x_2004_num_69_3_1140
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  14. (en) « Al Jazeera reporter killed by sniper in Syria », Al Jazeera,
  15. (en) « Sniper kills Jazeera reporter in Syria: TV », AFP,
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  19. (en) « UAE Foreign Ministry bans all Qatari news websites », Al-Arabiya,
  20. « L'Arabie saoudite ferme les bureaux de la TV du Qatar Al Jazeera », leparisien.fr,‎ 2017-06-05cest17:53:10+02:00 (lire en ligne, consulté le )
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