Affaire Ophélie Bretnacher

L'affaire Ophélie Bretnacher concerne une Française (Ophélie Bretnacher) disparue en Hongrie en 2008 et dont le corps a été retrouvé deux mois plus tard.

Ophélie Bretnacher en juin 2008.

Disparition le 4 décembre 2008Modifier

Ophélie Bretnacher, étudiante française à Sup de Co Reims, disparait à Budapest le vers 3 heures du matin. Elle participait au programme européen d'échanges universitaires Erasmus[1].

À partir de la sortie d'une boite de nuit, le « Portside of Cuba », des caméras de vidéo-surveillance de la ville la suivent une partie de son trajet jusqu'à Roosevelt tér. Aux environs de Deák Ferenc tér, elle semble accélérer le pas et changer d'itinéraire après avoir croisé un taxi et un piéton qui se mettent en mouvement après son passage.

Son sac et son téléphone portable sont retrouvés sur le Széchenyi Lánchíd (« pont des chaînes ») vers h 30 du matin par des étudiants italiens.

Dans ce cas très particulier, les enquêteurs peuvent disposer d'images vidéo de la victime, dans les dernières secondes avant sa disparition.

Mobilisation pour retrouver OphélieModifier

Une mobilisation étudiante sans précédent est organisée par ses amis et sa famille sur Internet, afin de la retrouver, notamment sur Facebook où plusieurs groupes rassemblent au moment de sa disparition près de 60 000 personnes[2].

C'est aussi l'un des premiers cas où les internautes de Facebook mènent eux-mêmes l'enquête, en étudiant les vidéos. Ces recherches sont reprises par les journalistes qui annoncent des compléments d'interrogatoires sur place, qui restent finalement sans suites[3].

Une enquête administrative est d'abord ouverte en Hongrie et la famille d'Ophélie Bretnacher met plus d'un mois à obtenir que la disparition d'Ophélie soit qualifiée d'« inquiétante ». Elle dépose une plainte en Hongrie le , puis en France, et demande plus de coopération entre les polices des deux pays.

Le , plusieurs centaines de personnes défilent silencieusement, en une marche blanche, à partir du Champ-de-Mars pour demander une implication de l'État français[4].

Catherine Vautrin, députée de la Marne, évoque la disparition d'Ophélie à l'Assemblée nationale[5],[6].

Des reportages télévisés sont consacrés à Ophélie, à des heures de grande écoute, sur les principales chaînes télévisées françaises (TF1, France 2, France 3, M6[7]…).

Une pétition au Président de la République française, pour appuyer la demande d'implication de l'État, est mise en ligne sur un site spécialisé dès le [8]. Elle réunit plus de 10 000 signatures.

Découverte du corps le 12 février 2009 et premières conclusionsModifier

Le corps d'Ophélie est découvert à Csepel, le , près d'une station de traitement des eaux usées du Danube. Elle est probablement morte par noyade. Les conclusions du médecin légiste, qui n'a constaté « aucun signe d'agression ou d'acte criminel sur le corps », ont été retransmises par la police, qui a communiqué que le drame résultait vraisemblablement d'un accident ou d'un suicide[9],[10].

Malgré les premières conclusions, l'homicide ne peut être écarté, du fait de la présence d'un hématome sur le corps d'Ophélie et de nombreuses zones d'ombre dans l'enquête[11].

La famille de la victime, qui a attendu le rapatriement de son corps pendant plus d'un mois, l'enterre en Lorraine.

Point sur l'enquête et hommage de ses amis tous les ansModifier

 
Hommage lors de « Reims à toutes jambes ».

Ophélie était une grande sportive qui nageait parfaitement, en compétition. Elle pratiquait la natation synchronisée, la randonnée en montagne et s'entraînait pour le marathon. Presque un an après sa disparition, le , ses amis organisent alors un hommage lors de la course « Reims à toutes jambes »[12] afin de souligner les omissions de l'enquête et de demander des réponses à leurs questions. Un reportage télévisé leur est consacré. Il n'est pas diffusé[13].

Fin 2009, les éléments de l'enquête[14], en particulier l'analyse des diatomées chez Ophélie et dans le Danube, n'ont toujours pas été transmis par la Hongrie.

Le , un an après sa disparition, ses amis se mobilisent à nouveau sur Internet pour la deuxième année consécutive[15], et une journaliste écrit un article récapitulatif sur la disparition[16].

Fin 2010, deux ans après sa disparition, les groupes Facebook consacrés à Ophélie réunissent toujours plus de 45 000 personnes et, le , ses amis organisent à nouveau une mobilisation sur internet[17] et annoncent :

« Nous créerons un événement pour Ophélie, tous les ans, jusqu'à ce que toute la lumière soit faite sur sa disparition et sa mort, jusqu'à ce que justice soit rendue[18] ! »

L'affaire européenneModifier

Ophélie Bretnacher a disparu 2 mois et demi après Eva Rhodes en Hongrie[19],[20]. Leurs familles envisagent d'adresser une plainte auprès de l’Union européenne[21]. D'après le correspondant de l'AFP en Hongrie, ces deux affaires ont été pour lui l'aspect le plus difficile de son métier de journaliste parce que « À cause de l’AFP, on est obligé de poser des questions douloureuses que, personnellement, on préférerait se garder de poser[22] ».

Début 2010, les éléments de l'enquête n'ont toujours pas été transmis par la Hongrie.

La bonne coopération policière et judiciaire des pays membres de l'Union européenne est précisée dans le traité de Lisbonne applicable au , ainsi que dans la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

L'affaire criminelleModifier

En , la famille et le compagnon d'Ophélie se constituent partie civile et déposent une nouvelle plainte pour meurtre[23],[24],[25].

En , une information judiciaire est ouverte à Paris, pour enlèvement, séquestration, suivis de meurtre[26].

Pendant des années, un petit groupe de mères de famille, une éducatrice spécialisée, une cadre supérieure de banque et un médecin soutiennent la famille.

Nouvelle disparition au même endroit en 2013Modifier

Le vers 2 heures, un étudiant en médecine anglais, de 23 ans, Daniel Glicksten, disparait exactement au même endroit, surveillé par les mêmes caméras, à sa sortie du Ötkert bar[27],[28].

Les invraisemblances qui persistent toujoursModifier

Deux ans après la disparition, le , Me William Bourdon estimait que « l'enquête avance », bien que :

  • tous les documents demandés ne soient pas revenus. L'article souligne aussi les points qui suivent ;
  • les analyses des diatomées qui permettraient de connaitre avec exactitude le lieu du décès étaient manquantes ;
  • les bornes téléphoniques sur le trajet d'Ophélie n'ont toujours pas été exploitées ;
  • certains témoignages (comme celui du promeneur qui a entendu des cris de femme à l'heure de la disparition à proximité du lieu où son sac a été retrouvé) n'ont pas été approfondis ;
  • et surtout que le corps d'Ophélie a été retrouvé dans un lieu situé à contre-courant, et qu'il est impossible qu'il y ait dérivé à partir du pont des Chaines[29].

En 2014, l'enquête est close en HongrieModifier

Le , l'enquête est close en Hongrie car « il n'aurait pas été mis en évidence d'infraction[30] ».

Notes et référencesModifier

  1. (en) « Budapest police investigate the case of a missing French girl » (consulté le ).
  2. « Le web mobilisé pour retrouver Ophélie Bretnacher », sur L'Express, (consulté le ).
  3. « Disparition d'Ophélie Bretnacher : six personnes recherchées », sur France-Soir, (consulté le ).
  4. « Ils refusent qu'on oublie Ophélie », Le Parisien,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  5. « Catherine Vautrin Questions au gouvernement 13 janvier 2009 ».
  6. « Vidéo de l'intervention de Catherine Vautrin à l'Assemblée nationale ».
  7. « Ophélie Bretnacher le 13-15 du 30 janvier 2009 ».
  8. « Pétition pour une implication de l'État français ».
  9. « La piste criminelle écartée après l'autopsie du corps d'Ophélie Bretnacher », sur Le Monde, (consulté le ).
  10. « Plus de doute : Ophélie s'est noyée », sur Le Post, (consulté en ).
  11. « Disparition d'Ophélie Bretnacher — Mort probable d'Ophélie : un hématome qui interpelle », sur L’Union, .
  12. « Reims à toutes jambes 12 213 sportifs dans la course », sur L’Union, (consulté le ).
  13. « Le tract distribué à l'arrivée de la course le 18/10/2009 à Reims ».
  14. « Point sur l'enquête au 17/10/2009 ».
  15. « EXCLUSIF Ophélie Bretnacher Ne pas écarter l'homicide », sur L’Est Républicain, .
  16. « deux mois de recherche et d'angoisse », sur L’Union, .
  17. « Il y a deux ans disparaissait Ophélie Bretnacher », L’Union,‎ (lire en ligne).
  18. « Un cœur pour Ophélie », sur L’Union, .
  19. (en) « Animal welfare woman murdered », sur The Guardian, (consulté le ).
  20. (en) « Miliband failed to help hunt for model feared murdered abroad », sur The London Evening Standard, (consulté le ).
  21. « Étrangers disparus en Hongrie », sur www.jfb.hu, JFB le journal francophone de Budapest, (consulté le ).
  22. Frédérique Lemerre, « L’AFP à Budapest », sur www.jfb.hu, JFB le journal francophone de Budapest, (consulté le ).
  23. Jean-Pierre Thiollet, « Ces familles qui s'impliquent », France-Soir,‎ (lire en ligne).
  24. « Affaire Ophélie Bretnacher : la famille relance l'enquête - société - Elle », Elle,‎ (lire en ligne).
  25. « Le Figaro - Flash actu : Ophélie Bretnacher: plainte pour meurtre », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  26. « Mort d'Ophélie Bretnacher en Hongrie : une information judiciaire ouverte, actualité Société : Le Point », Le Point,‎ (lire en ligne).
  27. (en) « Family join search for missing British student », Budapest Times,‎ (lire en ligne).
  28. (hu) « A Lánchíd közepén veszett nyoma a brit fiúnak [La trace du garçon anglais perdue au milieu du Pont des chaînes] », Blikk,‎ (lire en ligne).
  29. « Maitre William Bourdon : l'enquête avance », L’Union,‎ (lire en ligne).
  30. (hu) « megszuntettek a nyomozast ophelie ugyeben », sur Hirado, .

BibliographieModifier

  • Solène Haddad, Affaires criminelles inexpliquées, City Éditions, , 256 p. (ISBN 978-2-824-60304-9, lire en ligne), « Ophélie, retrouvée noyée dans le Danube ».

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

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