Élection libre de 1573

Élection libre de 1573
Roi de Pologne
du au
Corps électoral et résultats
Votants 40 000
Anjou 1570louvre.jpg Henri de Valois – Maison de Valois
70 %
Martino Rota 002.jpg Ernest d'Autriche – Maison de Habsbourg
11 %
Porträtt, Johan III, okänd konstnär, 1600-tal - Skoklosters slott - 7967.tif Jean III de Suède – Maison Vasa
10 %
Ivan IV by anonim (18th c., GIM).jpg Ivan le Terrible – Riourikides
9 %
Roi de Pologne
Élu
Henri de Valois

L'élection libre de 1573 est la première élection royale libre polonaise (viritim) organisée au sein de la République des Deux Nations du au . Elle réunit environ 40 000 membres de la noblesse polonaise (Szlachta) qui constituent l'électorat. Le , les nobles élisent le prince français Henri de Valois, frère du roi de France Charles IX, comme roi de Pologne et grand-duc de Lituanie. Le candidat français devient ainsi le premier monarque électif de la République des Deux Nations.

HistoriqueModifier

 
La première élection libre polonaise de Henryk Walezy en 1573 (peinture de Jan Matejko en 1889)

L'élection libre est introduite en raison du décès du dernier roi de la dynastie des Jagellons, Sigismond II, mort sans enfant, et de l'absence d'un candidat sérieux pouvant satisfaire l'essentiel de la noblesse[1]. La Diète de la République des Deux Nations dite de "la Convocation" établi alors le principe de la monarchie élective. Ce principe, lancé par Jan Zamoyski et bien qu'affaibli par les pouvoirs étatique et royal, perdurera deux siècles jusqu'à son abolition par la Constitution du 3 mai 1791.

Ainsi, les rois polonais furent élus par l’ensemble des membres de la noblesse polonaise par acclamation[2]. Les princes étrangers pouvaient aussi postuler à l’élection. On décida que pendant l'interrègne, le pouvoir passerait aux mains du primat de Pologne qui, en tant que régent, devait convoquer élection libre[3].

La même Diète forma aussi un corps, Confédération de Varsovie (Konfederacja Warszawska), qui définit une procédure constitutionnelle connue sous le nom des Articles du Roi Henry (Artykuły Henrykowskie) et qui demeurera la base structurelle de République des Deux Nations durant la majeure partie de son existence[4].

Principaux candidatsModifier

Ernest d'Autriche était le candidat le plus sérieux au trône de Pologne durant la période préélectorale et dans la première phase du parlement électoral. Il a bénéficié du soutien du primat Uchański et de la noblesse catholique[5]. Les bonnes relations entre la République des Deux Nations et l'Empire favorise cette candidature. Cependant, la noblesse craignait les méthodes de gouvernement fondées sur l'aristocratie, testées par les Habsbourg dans leur pays, avec limitation de la représentation de l'État, où la politique de la dynastie dominait sur l'intégrité territoriale de l'État. L'accord Habsbourg-Moscou craignait de gagner un allié pour les guerres avec la Turquie, et au détriment des polonais. Cette candidature a suscité une grande inquiétude chez les protestants, qui avaient peur de limiter la tolérance religieuse et de perdre leurs libertés politiques et religieuses.

De nombreux partisans du camp protestant ont présenté une candidature suédoise en la personne du roi Jean III de Suède, de la Maison Vasa, époux de Catherine Jagellon. La tradition de la dynastie Jagellon, qui était sur le trône polonais depuis 1386, a été invoquée, et la Maison Vasa devait continuer cette tradition. Cette candidature, en raison de la dénomination protestante du roi de Suède, n'a pas eu beaucoup de chance, d'autant plus que la législation en vigueur en Suède ne permettait pas aux monarques de rester en dehors de l'État. Le fils de Jean III et Catherine, Sigismond Vasa, élevé dans la foi catholique, n'a pas été mentionné parmi les candidats en raison de sa minorité. La Maison Piast avait plusieurs propositions pour choisir comme candidat le duc de Legnica, Frédéric III. Mais ce dernier est décédé en . Son fils, Henri XI, n'a pas été pris en compte[6]. Finalement, aucun candidats ne fut désigné par les Piast.

Un sérieux candidat au trône était le tsar de Moscou Ivan IV le Terrible. La candidature présentée par les conventions lituaniennes a été soutenue par de nombreuses familles. En tant que roi et tsar, Ivan IV aurait était en mesure de mettre fin aux conflits frontaliers constants. Il était largement admis que si le candidat Habsbourg ne pouvait qu'épuiser les droits de la noblesse, avec le tsar, il y avait une chance d'étendre les droits et privilèges. Les nobles ne craignaient pas de favoriser la religion orthodoxe.

Le tsar lui-même, bien que recevant des légations lituaniennes, n'était pas intéressé par le trône. Bien qu'il garantisse des droits et des libertés nobles, il a formulé des demandes inacceptables: l'incorporation dans l'État de Moscou des territoires du Grand-duché de Lituanie jusqu'à Daugava, et la fusion de la Pologne, de la Lituanie et de Moscou en un seul organisme politique avec un trône héréditaire[7]. Le soutien de certaines familles au tsar était probablement le résultat d'un jeu politique visant à limiter le risque d'invasion de Moscou du Grand-Duché de Lituanie pendant l'interrègne[8].

Une autre solution importante a été la sélection d'Henri de Valois, frère du roi Charles IX de France. La candidature d'Henri au trône est apparue du vivant du roi Sigismond II. Pour le parti français, l'élection d'Henri comme roi de Pologne signifierait une diminution de l'influence des Habsbourg, gagnant un allié dans la lutte contre les ennemis de la Pologne avec des avantages économiques résultant de la dynamique du commerce balte[9]. De plus, Charles IX pourrait ainsi se débarrasser de son frère qu'il considérait comme un rival.

Autres candidatsModifier

ÉlectionModifier

L'évêque de Valence, Jean de Monluc, accompagné de son secrétaire Jean Choisnin, conseiller du roi, est envoyé en ambassade extraordinaire pour soutenir devant la Diète la candidature d'Henri de Valois au trône polonais, lors de l'élection royale. Grâce à son talent de diplomate, l'évêque iréniste Monluc réussit à convaincre les 40 000 nobles électeurs (catholiques et calvinistes, malgré la nouvelle du massacre de la Saint-Barthélemy qui compromet les chances d'Henri)[10]. Le , Henri est élu roi de la Rzeczpospolita de Pologne-Lituanie sous le nom d'Henri de Valois (Henryk Walezy). Le , une grande délégation polonaise composée de 10 ambassadeurs et 250 gentilshommes est expédiée en France pour aller le chercher. Le nouveau roi est obligé de signer la première Pacta Conventa et Les Articles du Roi Henry (Artykuły Henrykowskie), que tous les souverains polono-lituaniens de l’avenir auront à respecter. Selon ces documents Henri doit arrêter les persécutions contre les protestants en France et estimer la tolérance religieuse en Pologne conforme à la Confédération de Varsovie (Konfederacja Warszawska, 1573). Henri, aucunement pressé de quitter la France, fait traîner son départ mais doit s'exécuter devant les exigences du roi son frère, à qui il fait ses adieux en décembre 1573.

Parti de Fontainebleau, il arrive à Cracovie le après une traversée assez difficile des pays allemands. Il est accompagné par une troupe nombreuse de gentilshommes de qualité : Albert de Gondi, René de Villequier, Louis de Gonzague, Charles de Mayenne, François d'O[11].

Conséquences directesModifier

Le , Henri Ier de Pologne accepte et signe la première Pacta Conventa ainsi que les Articles henriciens (Artykuły Henrykowskie), que tous les souverains polono-lituaniens auront à l'avenir à respecter. Selon ces documents Henri doit arrêter les persécutions contre les protestants en France et s'engage à se porter garant de la tolérance religieuse et de maintenir la paix interconfessionnelle telle que l'enjoint la Confédération de Varsovie, convoquer la diète tous les deux ans et décider de la guerre et des nouveaux impôts conjointement avec le Sénat et la Diète. Le roi doit observer ses engagements faits sous le serment - dans le cas d'Henri à la cathédrale Notre-Dame de Paris - sous peine de perte de l'obéissance de ses sujets[12].

Le , le prince âgé de 23 ans est sacré roi à la cathédrale du château de Wawel à Cracovie, alors capitale de la Pologne. Il refuse cependant d'épouser Anna Jagellon, sœur de Sigismond II Auguste, une femme de vingt-huit ans son aînée qu'il juge « laide »[13].

Renoncement au trôneModifier

Henri apprend par une lettre le la mort de son frère Charles IX le précédent, et songe alors à quitter la Pologne. Un roi de Pologne ne jouit pas d'autant de pouvoir qu'un roi de France et Henri regrette la cour de France réputée dans toute l'Europe pour ses fêtes. Sans la permission de la diète de Pologne, il s'échappe en catimini dans la nuit du du palais royal du Wawel.

Les Polonais lancés à sa poursuite l’arrêtent puis le relâchent en échange de la promesse d’un prompt retour qui n'arriva pas. Henri est couronné roi de France le sous le nom de Henri III. Il ne renonce cependant pas à son titre de Roi de Pologne, se considérant comme son souverain de droit jusqu’à sa mort en 1589.

Notes et référencesModifier

  1. S. Cynarski, Zygmunt August, Wrocław 2004, s. 201 i 202.
  2. S. Płaza, Wielkie bezkrólewia w: Dzieje narodu i państwa polskiego pod red. J. Biernackiego, Kraków 1988, s. 4.
  3. Michal Tymowski et Jean-Yves Erhel, Une histoire de la Pologne, Les Éditions Noir sur Blanc, (ISBN 978-2882501233)
  4. Jerzy Lukowski, Hubert Zawadzki, Histoire de la Pologne, Perrin (ISBN 978-2262028886), p. 115
  5. Z. Wójcik, Wiek XVI–XVII, Warszawa 1991, s. 314 i 315.
  6. S. Grzybowski, Dzieje Polski i Litwy (1506–1648), pod red. S. Grodziskiego, w: Wielka Historia Polski, Kraków 2003, s. 476.
  7. U. Augustyniak, Historia Polski 1572–1795, Warszawa 2008, s. 535.
  8. S. Grzybowski, Dzieje Polski i Litwy (1506–1648), s. 477.
  9. S. Cynarski, Zygmunt August, s. 163.
  10. Arlette Jouanna, La Saint-Barthélemy : Les mystères d'un crime d'État, 24 août 1572, Paris, Gallimard, coll. « Les journées qui ont fait la France », , 407 p. (ISBN 978-2-07-077102-8), p. 219.
  11. Variétés historiques et littéraires, Tome IX (lire sur Wikisource), « Catalogue des Princes, Seigneurs, Gentilshommes et autres qui accompaignent le Roy de Pologne.1574 »
  12. Jerzy Lukowski et Hubert Zawadzki, Histoire de la Pologne, Perrin, (ISBN 978-2262028886), p. 114
  13. Urszula Król, « Henri de Valois (1551-1589) », sur BNF, Patrimoines partagés

Article connexeModifier