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ZAD de Notre-Dame-des-Landes

zone à défendre constitué contre le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes
Constructions de cabanes en bois sur la ZAD.

La ZAD de Notre-Dame-des-Landes (où ZAD signifie zone à défendre) est une expérimentation sociale montée par les opposants au Projet d'aéroport du Grand Ouest, à Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, France, désireux dans un premier temps, notamment de défendre une zone humide préservée, à l'origine de plusieurs rivières : bassins versants du Gesvres, du Hocmard et de l'Isac et d'un projet d'aéroport considéré par beaucoup comme un des Grands travaux inutiles.

Elle devient par la suite une zone d'expérimentation d'agriculture biologique, de vie en société non marchande et de diverses autres expérimentations sociales, qui perdurera après l'abandon du projet d'aéroport.

Sommaire

HistoireModifier

ContexteModifier

 
Parabellum à la ZAD, dans un concert de soutien en août 2013.

Cette ZAD a été créée dans le cadre d'une lutte populaire contre le Projet d'aéroport du Grand Ouest.

Activités sur la ZADModifier

 
Bibliothèque du Taslu.
Documentaire sur les activités agricoles de la ZAD en 2013.

Différentes activités agricoles ont été développées sur la ZAD. Des bâtiments sont créés avec des techniques d'autoconstruction.

En 2014, 200 personnes ont organisé leur lieu de vie sur 1 600 hectares, et une soixantaines de sites, vieilles fermes réaménagées, des maisons squattées, et des cabanes sont construites, en bois ou torchis. Des activités sont développées ; caravane internet, boulangerie, une vingtaine de projets agricoles, parmi lesquels l'élevage de vaches laitières, de l’apiculture, du maraîchage, et la culture de plantes médicinales, ainsi qu'un verger. Les zadistes visent l'autosuffisance alimentaire et fabriquent également du beurre et du fromage. Des boucs sont utilisés pour débroussailler les fossés et les haies. Les zadistes échangent également avec les paysans des environs. Le journal « ZAD News » était pendant longtemps distribué le lundi après-midi par une équipe de facteurs, des projections, débats et concerts sont régulièrement organisés. Au niveau social, un groupe accueille les personnes en souffrance psychologique ou rencontrant des problèmes avec les drogues. Une « maison des enfants » gère les accouchements. Dans le cadre de la convergence des luttes, des migrants africains sont également accueillis, des cours de français et de l'aide pour remplir les demandes d'asile sont fournies en relation avec No Border de Calais.

Un groupe de médiation a existé pendant quelques années - dit « le cycle des 12 », inspiré de la justice communautaire du Chiapas, au Mexique. Elle est composée de douze habitants, tirés au sort pour un mois et renouvelés de moitié tous les quinze jours[1]. La Smala accueille des enfants vivant sur zone ou dans les bourgs alentours depuis 2016[2].

La sociologue, Geneviève Pruvost décrit ses zadistes comme ayant créé des fermes en autogestion et une agriculture alternative, l’expérimentation de la vie en « habitat léger », opposée au bétonnage mais utilisant au contraire des matériaux de récupération ou biosourcés afin de réduire empreinte humaine. Une expérience également de vie libertaire et anticapitaliste, le rejet d’un.e chef.fe potentiel.le, renvoyant à une contestation du progrès industriel et des sociétés pyramidales, comme le furent autrefois les anarchistes, puis les néoruraux des communautés des années 1970. On y trouve la cohabitation politique de groupes d'agriculteurs et d'artisans travaillant en interdépendance[3]. Parmi les pratiques, de la ZAD elle note l’autoproduction, la limite des dépenses et d'adopter et un fonctionnement coopératif[4].

La lutte contre l'aéroport a été l'occasion pour une cinquantaine de naturalistes (appelé.es Les Naturalistes en Lutte) de répertorier faune et flore de la zone, afin de la défendre avec des arguments de protection de la biodiversité. Des espèces protégées jusqu'alors non répertoriées ont ainsi été découvertes dans la région. On peut citer dans le règne animal la musaraigne d'eau et le triton de Blasius (hybride du triton crêté et du triton marbré), et dans le règne végétal, pulicaria vulgaris, exaculum pusillum (inscrite dans la liste rouge de l'UICN des espèces quasi-menacées[5]) et des plantes du genre Sibthorpia[6]. Ce recensement participatif a permis de noter 1500 espèces vivantes sur ce territoire[7].

Opérations de démantèlementModifier

 
Cabane de la Boîte Noire à l'Est de la ZAD, détruite en avril 2018.

Selon Geneviève Pruvost, ce lieu est défendu par une grande variété de gens qui ne se réduisent pas au black bloc et à l’« ultra gauche », comme le gouvernement veut le laisser croire[3].

L'opération César est une opération de démantèlement de la ZAD qui a lieu sous la présidence de François Hollande (mai 2012 — mai 2017), à partir du 12 octobre 2012 au matin[8]. Elle a mobilisé 1 500 personnes parmi les forces de l'ordre[9]. Un an après cette opération, les Zadistes fêtent leur première victoire[8].

Après l'évacuation manquée de cette ZAD à l'automne 2012, des ZAD se sont multipliées en France[10].

Une zadiste parle des opérations d'expulsion.

En janvier 2018, sous la présidence d'Emmanuel Macron, le gouvernement déclare abandonner le projet d'aéroport, mais commence des expulsions de la ZAD à partir du 9 avril, dès 3 heures du matin. Toutes les cabanes de l'Est de la zone sont détruites dans cette temporalité.

Une deuxième opération d'évacuation a lieu à partir du jeudi 17 mai 2018[11]. 1 800 hommes, des dizaines de fourgons et quatre véhicules blindés sont rassemblés pour cette opération[12].

En avril, 11 000 grenades sont lancées dont 8 000 grenades lacrymogènes et 3 000 grenades assourdissantes, dont un lot datant de 2005 et donc périmé depuis 2015[13].

Le , lors de l'évacuation par la gendarmerie de la ZAD, les gendarmes déversent une quantité record de grenades sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes, un homme a la main arrachée par une grenade GLI-F4[14]. Une procédure est lancée le 22 octobre 2018, au tribunal administratif de Nantes, de cinq blessés de « requêtes en référés expertises », afin de démontrer la responsabilité de ces grenades de blessures ayant provoquées fractures, brûlures au 3e degré ayant nécessité une greffe de peau, des éclats de grenade définitivement sous la peau, à 2 journalistes et 3 habitants de la ZAD (maraîcher, cuisinier et étudiant). Le but est de prouver la liaison devant un tribunal administratif pour ensuite faire reconnaître la responsabilité de l'État, via le ministre de l'intérieur et le préfet pour cette pratique[15].

Notes et référencesModifier

  1. Guiillaume Frouin, « Le «cycle des douze», la police des zadistes de Notre-Dame-des-Landes », Le Figaro,
  2. « ZADenVIES & la Smala : semaine enfants / familles », sur ZAD.nadir.org,
  3. a et b Blanche Ribault, « La non-violence de l’Etat devrait redevenir un débat », sur Télérama,
  4. Catherine Vincent, « Geneviève Pruvost : « La ZAD de Notre-Dame-des-Landes rend visible toute une palette de modes de vie » », sur Le Monde,
  5. (en) Référence UICN : espèce num 164355
  6. Loïc Chauve, « 5 espèces végétales et animales qu'on avait oubliées à Notre-Dame-des-Landes », sur Sciences et Avenir,
  7. Sylvain Mouillard, « A Notre-Dame-des-Landes, on rêve d'une «commune libre de la ZAD» »,
  8. a et b Fabienne Béranger, « Nantes : il y a un an, l'opération César sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes », sur France 3, Pays de la Loire,
  9. Tara Schlegel, « Notre-Dame-des-Landes : au cœur de la ZAD », sur Le Magazine de la rédaction, France culture,
  10. « D’une ZAD à l’autre, tour d’horizon des conflits environnementaux », sur www.lemonde.fr, (consulté le 23 février 2016).
  11. AFP, « Notre-Dame-des-Landes : la deuxième opération d'expulsion reprend dans la ZAD »,
  12. Pierre-Henri Allain, « Notre-Dame-des-Landes : «Je suis dégoûté, on s'est fait défoncer» », sur Libération,
  13. Moran Kerinec, « Les gendarmes ont déversé une quantité record de grenades sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes », sur Reporterre,
  14. « Maxime P., mutilé par une grenade GLI F4 à Notre Dame des Landes le 22 mai 2018 », sur Désarmons.net,
  15. Nicolas de la Casinière, « Des victimes de la grenade GLI-F4 - dont une journaliste de Reporterre - lancent une procédure judiciaire », sur Reporterre

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

OuvragesModifier

Articles universitairesModifier

  • Philippe Coutant, « Réinventer le politique : autour de la zad de Notre-Dame-des-Landes », Chimères, no 83,‎ , p. 149-158 (ISSN 0986-6035, DOI 10.3917/chime.083.0149, présentation en ligne)
  • (en) Anne-Laure Pailloux, « Deferred Development Zone (ZAD) versus ‘Zone to be protected’. Analysis of a struggle for autonomy in/of rural space », justice spatiale - spatial justice, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Laboratoire Mosaïques, no 7,‎ (lire en ligne) 〈halshs-01512403〉
  • Frédéric Barbe, « La « zone à défendre » de Notre-Dame-des-Landes ou l’habiter comme politique », Norois, nos 238-239,‎ , p. 109-130 (ISBN 9782753552227, ISSN 0029-182X, présentation en ligne)
  • Geneviève Pruvost, « Critique en acte de la vie quotidienne à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (2013-2014) », Politix, no 117,‎ , p. 35-62 (DOI 10.3917/pox.117.0035, présentation en ligne)

FilmographieModifier

« Zad, Lande habitée », bande annonce
  • Le tarmac est dans le pré, documentaire de Thibault Férié, Point du jour, 52 min, 2013 (diffusé en sur France 3).
  • Des tracteurs contre des avions, documentaire de Christian Baudu, Canal automedia NopubNosub, 31 min, .
  • Notre-Dame-des-Landes, au cœur de la lutte, documentaire de Pierrick Morin, 70 min, .
  • Zad, Lande habitée, Camille Camille, en cours de tournage en 2018.

Articles connexesModifier

Lien externeModifier