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Zététique

Étude rationnelle des phénomènes paranormaux, des pseudosciences et des thérapies étranges
Page d'aide sur l'homonymie Pour la définition de la zététique comme partie des mathématiques, voir Algèbre nouvelle.
Page d'aide sur l'homonymie Pour la philosophie pyrrhonienne réfutant la vérité et son critère, dite aussi "sceptique, zététique, éphectique et aporétique", voir Scepticisme philosophique.

La zététique est définie comme « l'art du doute » par Henri Broch, le terme d'art se comprenant au sens médiéval (ars) d’habileté, de métier ou de connaissance technique, en clair, de « savoir-faire » didactique qui permet la réflexion et l’enquête critiques[1].

La zététique est présentée comme « l'étude rationnelle des phénomènes présentés comme paranormaux, des pseudosciences et des thérapies étranges ».

La zététique est destinée aux théories scientifiquement réfutables, c'est-à-dire respectant le critère de discrimination de Karl Popper. De fait, contrairement aux autres mouvements sceptiques, elle ne pose pas la question des religions et des croyances non réfutables. Son objectif est la mise à l'épreuve d'énoncés pourvus de sens et de nature scientifique (c'est-à-dire réfutables selon Popper) dont les explications ne semblent pouvoir se rattacher à aucune théorie communément acceptée.

La zététique se réclame aussi du scepticisme scientifique, et plus généralement de la démarche de doute cartésien qu'elle décrit comme nécessaire en science comme en philosophie. Elle se veut, pour reprendre le mot du biologiste Jean Rostand, une « hygiène préventive du jugement »[1],[2],[3].

Sommaire

Origine du motModifier

« Zététique » vient de l’adjectif grec ζητητικός, zētētikós « qui aime chercher », « qui recherche », lequel est issu du verbe ζητῶ, « chercher ». Les ζητητικοί, zētētikoí, sont les « sceptiques ». Le scepticisme a été enseigné par le philosophe grec Pyrrhon (365 / 275 av. notre ère). Utilisé par le mathématicien François Viète pour décrire en 1591 dans son Isagoge l'art de modéliser un problème géométrique sous une forme algébrisée, mais peu usité après lui, le terme « zététique » a été remis au goût du jour en 1998 en français par le professeur Broch, créateur du laboratoire de zététique à l'Université de Nice. Avant lui, c'est Marcello Truzzi qui en 1975 utilisa le mot « zetetics » dans le monde anglophone. En effet, sous l'influence de Truzzi, le premier magazine de l'association sceptique Committee for Skeptical Inquiry se nomma « The Zetetic », avant d'être renommé « Skeptical Inquirer ». Le terme était cependant déjà employé dès 1849, comme dans l'ouvrage de Samuel Rowbotham, partisan de la théorie de la terre plate, Zetetic Astronomy (littéralement, « astronomie zététique ») et dans sa « Zetetic society ».

Le terme est présent dans le Dictionnaire des termes des arts et des sciences de Thomas Corneille datant de 1694 avec comme définition « qui cherche les raisons des choses ». Selon la définition d'Henri Broch, la zététique est « l'art du doute »[4]. Ce n'est donc pas à proprement parler une science, mais plutôt une démarche philosophique et pratique. S'inspirant du scepticisme philosophique, elle s'appuie sur la méthode scientifique pour essayer d'appréhender efficacement le réel, par le biais d'enquêtes et d'expériences. Elle se distingue en cela du pyrrhonisme - voir par exemple la définition sur le site de l'observatoire zététique[5]. La Zététique se présente comme une méthode de recherche fondée sur le doute et la vérification des informations ; Emile Littré[6] en donne une définition claire : « méthode dont on se sert pour pénétrer la raison des choses ». Pierre Larousse définira la méthode « se dit des méthodes de recherches scientifiques : méthode zététique ».

Elle a pour objectif de contribuer à la formation, chez chaque individu, d'une capacité d'appropriation critique du savoir humain. Entre autres illustrations de la démarche zététique, Henri Broch a organisé durant quinze ans, le Défi zététique international (dont le prix n'a jamais été décroché), comparable au défi proposé par James Randi.

La zététique recommande de penser avec ordre et méthode, en tenant à distance dogmes, préjugés et idées reçues.

PrincipesModifier

L'astrologie, la parapsychologie, les médecines non conventionnelles, les pseudo-sciences et autres phénomènes paranormaux sont présents sur les médias actuels (journaux, magazines, émissions de télévision spécifiques) ainsi que sur les réseaux sociaux. Le but de la zététique est de chercher l'origine de ces croyances très répandues et d'en chercher les faiblesses épistémologiques, ou de proposer des explications raisonnables aux phénomènes dits paranormaux.

Pour expliquer les origines des croyances, divers acteurs du milieu zététique, notamment ceux du Centre d'Analyze Zététique[7], mettent en cause :

  • la caisse de résonance formée par les médias ;
  • la dérive déontologique du milieu journalistique[8] ;
  • la courroie de transmission que constitue le milieu éducatif ;
  • le remplacement de la raison par la sensation : remplacement du couple « symbole écrit + analyse étayée » par le couple « image visuelle + sensation immédiate ».

Stratégies de lutteModifier

  • Démystifier :
    • donner une interprétation scientifique du phénomène,
    • expliquer quels subterfuges ou quels raisonnements erronés pourraient être utilisés pour nous amener à croire à la véracité du phénomène ou de la pseudo-science.
  • Promouvoir le développement de la culture scientifique, notamment à l'école :
    • vulgariser les bases de la méthode scientifique, et les notions de philosophie des sciences associées (réfutabilité, rasoir d'Occam, etc)[8].
    • apprendre les principes d'une observation scientifique (c'est-à-dire une expérimentation et une recherche impartiale des données),
    • apprendre à bien interpréter les résultats, et à en tirer les bonnes conclusions.

Exemples de domaines analysés par la zététiqueModifier

Cette liste, non exhaustive, présente les sujets les plus réputés et les plus controversés (le but avoué de la zététique étant d'avoir un impact populaire) :

Principales organisations zététiques en FranceModifier

Laboratoire de zététique de l'université de Nice Sophia-AntipolisModifier

Article détaillé : Laboratoire de zététique.

Structure universitaire dirigée par le professeur Henri Broch, le laboratoire (qui a restreint le pendant universitaire ses activités en 2015, mais encore reste actif sous forme associative), proposait un enseignement de zététique à la faculté des sciences de l’Université Nice-Sophia-Antipolis et développait également une activité de recherche[15]. En octobre 2007, Richard Monvoisin est devenu le premier docteur en didactique des sciences sur le sujet de la zététique. Sa thèse, intitulée « Pour une didactique de l'esprit critique. Zététique & utilisation des interstices pseudoscientifiques dans les médias »[16], a été dirigée par Henri Broch et Patrick Lévy (Institut du sommeil et de la vigilance, faculté de médecine, Grenoble 1).

Observatoire zététiqueModifier

Association loi de 1901 fondée en 2003, l'Observatoire zététique (OZ) a son siège à Grenoble. L'OZ met en ligne des enquêtes et des dossiers, et produisait une lettre d'information mensuelle, la Publication de l'Observatoire zététique (POZ)[17].

CortecsModifier

Depuis 2004, plusieurs enseignements spécifiques de zététique et d'éducation à la pensée critique sont nés à l'université Joseph Fourier, en particulier l'enseignement « zététique & autodéfense intellectuelle »[18]. Depuis 2010, productions et ressources d'enseignement sont librement diffusées par le Collectif de recherche transdisciplinaire Esprit critique et sciences (Cortecs), qui regroupe des enseignants et des chercheurs de Grenoble, de Marseille, de Chambéry et de Montpellier. Il prend sur le plan universitaire la suite du laboratoire de zététique. En 2011, l'université Joseph Fourier a créé une mission spécifique « sciences critique, sociétés », dont le didacticien Richard Monvoisin eut la charge[19]. En 2017 a ouvert à l'Université Grenoble-Alpes une structure fédérative de recherche "pensée critique", dirigée par Nicolas Pinsault et Richard Monvoisin

BibliographieModifier

Ouvrages de référenceModifier

Ouvrages critiquesModifier

  • Jean-Charles et Jean-Yves Normant, Devenez pédants, c'est pas sorcier ou le nouvel obscurantisme scientifique, France Europe, 2003 (ISBN 9782848250274)
  • Bertrand Méheust, Devenez savants : Découvrez les sorciers : Lettre à Georges Charpak, Éditions Dervy, Éditions Sorel, 2004 (ISBN 2844542808)

RéférencesModifier

  1. a et b « Pour une didactique de l’esprit critique - Zététique & utilisation des interstices pseudoscientifiques dans les médias », thèse de Richard Monvoisin, 25 octobre 2007.
  2. « Entre l’espoir et le faux-mage », Jacques Poustis, AFIS
  3. FAQ du Cercle zététique
  4. Broch, H. 2008. L'Art du doute ou comment s'affranchir du prêt-à-penser, éditions Book-e-book. Sophia-Antipolis.
  5. Voir par exemple Zététique, petite définition, Voir par exemple Zététique, petite définition sur le site de l'observatoire zététique
  6. connu pour son Dictionnaire de la langue française, communément appelé « le Littré »
  7. Culture scientifique, phénomènes « paranormaux » et Zététique
  8. a, b et c Gouthière, Florian., Santé, science, doit-on tout gober?, Belin, (ISBN 9782410009309 et 2410009301, OCLC 1019716097, lire en ligne)
  9. Voir sur zetetique.ldh.org.
  10. Le dessein intelligent n'est pas un objet direct de la zététique, car il ne relève pas directement d'affirmations scientifiquement réfutables, de même que toute question « théologique ». Voir Kitzmiller v. Dover Area School .
  11. Pour une critique de l'hypothèse extraterrestre, voir le modèle sociopsychologique du phénomène ovni.
  12. Voir la liste dans la catégorie pseudo-science.
  13. 2e biais possible : le sophisme écologique et L’éclairage de la psychologie dans la démarche zététique et Incroyable… mais faux ! L'Horizon Chimérique, Alain Cuniot, 1989 (ISBN 2907202111).
  14. « La programmation neurolinguistique ou l’art de manipuler ses semblables ».
  15. Collaborateurs du laboratoire de zététique de l'université de Nice.
  16. Thèse de doctorat de Richard Monvoisin en ligne.
  17. Newsletters de l'OZ.
  18. « Zététique & autodéfense intellectuelle - YouTube », sur YouTube (consulté le 30 novembre 2017)
  19. Site du Cortecs.
  20. Extraits de l'ouvrage.

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

Liens externesModifier