Viol correctif

viol homophobe

L'expression de viol correctif[1], ou viol homophobe, désigne une pratique criminelle qui s'est répandue en Afrique du Sud où des personnes LGBT, principalement des lesbiennes sont violées dans le but de prétendre les « guérir » de leur homosexualité et de changer leur orientation sexuelle[2]. La lutte contre cette pratique est rendue plus difficile dans un contexte où certains chefs politiques ont tendance à assimiler identité LGBT et culture européenne.

DéfinitionModifier

Le terme « viol correctif », vient de l'anglais : corrective rape. Il a été utilisé au début des années 2000 par des organisations de défense des droits humains, pour décrire les viols commis en Afrique du Sud contre les lesbiennes. Une attaque notable a eu lieu en 2008, lorsque Eudy Simelane, membre de l'équipe d'Afrique du Sud féminine de football, et militante des droits des personnes LGBT, a subi un viol collectif puis a été assassinée à KwaThema (Gauteng)[3],[4].

Contexte d'une société postcolonialeModifier

L'Afrique du Sud a intégré les droits des LGBT dans la déclaration des droits post-apartheid en 1996[5]. Toutefois certains aspects de la législation sont très mal appliqués de fait, notamment en raison d'un contexte politique défavorable, où l'unité de la population contre le colonisateur a pris le pas sur la lutte contre l'homophobie[5]. Il arrive ainsi que l'identité gay soit abusivement associée aux Blancs européens[5]. « L'homosexualité est considérée comme une autre forme d'impérialisme culturel » explique la chercheuse Rachel Holmes ; l'homosexualité est présentée comme « anti-africaine »[5].

Le « viol correctif » n'est pas limité à l'Afrique du Sud : des cas ont par exemple été signalés au Zimbabwe, en Ouganda et en Inde[6]. Plusieurs spécialistes reproduisent la même analyse historico-politique pour ces pays également. Ainsi au Zimbabwe le président Robert Mugabe a déclaré que l'homosexualité était une « abomination, une pourriture de la culture, imposée aux Africains par le gouvernement gay britannique »[7],[8]. En Namibie, c'est le parti à l'origine de l'abolition des lois de l'apartheid qui a mené une campagne anti-homosexuelle[9],[10].

L'Ouganda a conservé le legs des lois coloniales britanniques qui punissent de prison l'homosexualité[10]. La tendance à renforcer cette législation au cours des années 2000 (plutôt qu'à l'abolir, comme ce fut le cas en Afrique du Sud), serait liée à des interventions de la droite religieuse américaine[10] . De plus, en 2011, le Premier ministre britannique, David Cameron, a menacé de retrancher une part de l'aide attribuée aux États africains où l’homosexualité est considérée comme un délit ; sa déclaration a été présentée comme un exemple flagrant d’« impérialisme culturel » et l'Ouganda a rétorqué que « rien ne lui ferait abandonner ses valeurs »[10].

TerminologieModifier

En 2019, le Guide de terminologie de l'ONUSIDA déconseille l'expression « viol correctif », car elle « donne à entendre qu’il faut corriger un comportement ou une orientation sexuels "déviants" ». Le guide recommande d'y substituer l'expression « viol homophobe »[11].

Notes et référencesModifier

  1. Patricia Huon, « Une Sud-Africaine victime d'un viol correctif témoigne », sur Têtu, .
  2. Sébastien Hervieu, « En Afrique du Sud, des lesbiennes sont violées pour être « guéries », sur Le Monde, .
  3. « Les lesbiennes des townships sud-africains risquent le "viol correctif" », sur Le Point.fr, .
  4. (en) Annie Kelly, « "Raped and killed for being a lesbian: South Africa ignores 'corrective' attacks" », sur The Guardian, .
  5. a b c et d (en) Fadi Baghdadi, « Corrective Rape of black lesbian women in Post-Apartheid South Africa: investigating the symbolic violence and resulting misappropriation of symbolic power that ensues within a nexus of social imaginaries. », A Night of Dostoevskian Smiles and Sadean Excesses,‎ (lire en ligne, consulté le )
  6. « Dans un township de Johannesburg, une marche contre les "viols correctifs" des lesbiennes », sur France 24, (consulté le ).
  7. Epprecht, M 2004, Hungochani: The History of a Dissident Sexuality in Southern Africa, McGill-Queen’s University Press, Montreal & Kingston
  8. M. Aarmo, « How Homosexuality Became “Un-African” : The Case of Zimbabwe », in E. Blackwood et S. E. Wieringa (dir.), Female Desire : Same-Sex Relations and Transgender Practices across Cultures, New York, Columbia University Press, 1999, p. 255-280
  9. A. Currier, « Political Homophobia in Postcolonial Namibia », Gender & Society, vol. 24, n° 1, 2010, p. 110-129
  10. a b c et d Broqua Christophe, « L'émergence des minorités sexuelles dans l'espace public en Afrique », Politique africaine, 2012/2 (N° 126), p. 5-23. DOI : 10.3917/polaf.126.0005. URL : https://www.cairn.info/revue-politique-africaine-2012-2-page-5.htm
  11. « Guide de terminologie de l'ONUSIDA » [PDF], sur unaids.org,

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • (en) Fadi Baghdadi, « Corrective Rape of black lesbian women in Post-Apartheid South Africa: investigating the symbolic violence and resulting misappropriation of symbolic power that ensues within a nexus of social imaginaries. », A Night of Dostoevskian Smiles and Sadean Excesses,‎ (lire en ligne, consulté le )
  • Guillaume Poix, Straight (pièce de théâtre), éditions Théâtrales, 2014 (ISBN 978-2-84260-713-5).

Liens externesModifier