Lesbophobie

Oppression des lesbiennes

La lesbophobie est l’hostilité explicite ou implicite envers les lesbiennes.

C’est une discrimination du fait de l'orientation sexuelle de celles-ci.

Dans un souci de souligner la double discrimination (homophobie et sexisme) qui vise explicitement les lesbiennes, le terme lesbophobie est de plus en plus utilisé à la place de homophobie.

Conséquences de la lesbophobieModifier

« La prévalence, dans la société en général, d’attitudes sexistes et homophobes engendre un climat de violence qui met particulièrement en danger les lesbiennes, aussi bien sur leur lieu de vie ou de travail qu’au domicile.

Les jeunes lesbiennes qui révèlent leurs préférences sexuelles sont parfois contraintes par leur famille au mariage ou à d’autres relations sexuelles avec des hommes. Ces relations ou mariages forcés, qui impliquent des rapports sexuels fréquents sans consentement (viols), sont non seulement discriminatoires mais peuvent être assimilés à de la torture ou à de l’esclavage sexuel. Par des tests de virginité ou des grossesses forcées, les lesbiennes sont parfois exposées à des mauvais traitements autres que ceux que subissent les gays et les hommes bisexuels. Étant donné qu’il est plus facile pour la famille et l’entourage de surveiller la sexualité des femmes, les lesbiennes doivent faire face à toute une série d’obstacles pour éviter d’être victimes de mauvais traitements ou obtenir réparation. Dans les sociétés où on les accuse de jeter l’opprobre sur la famille ou la communauté, les femmes qui sont attirées par d’autres femmes, qu’elles se définissent elles-mêmes comme lesbiennes ou non, risquent tout particulièrement d’être maltraitées[1]. »

SOS Homophobie a lancé en France une grande enquête sur la lesbophobie de à , au cours de laquelle près de 1 800 femmes se sont exprimées.

Selon cette étude, 57 % des lesbiennes ayant répondu ont indiqué avoir été victimes de lesbophobie. La moitié disait avoir également été victime de lesbophobie au sein de sa famille : incompréhension pour 35 %, rejet pour 21 %, insultes pour 13 %[2].

Violences physiques et psychologiquesModifier

Les lesbiennes sont souvent victimes de railleries, d'injures et de menaces de la part de parents (elles sont parfois même rejetées du cercle familial)[3], de voisins ou collègues de travail (ou de lycée pour les adolescentes) lesbophobes, et dans les cas les plus extrêmes, victimes de coups, d'agressions sexuelles et même de « viols punitifs[4] ». La romancière, Léa Duffy, dans son livre Féminin féminin, raconte par exemple comment elle fut la victime d'un viol pendant son adolescence, précisément parce qu'elle était lesbienne.

« Il existe de nombreux cas de jeunes lesbiennes battues, violées et agressées par des membres de leur famille qui souhaitent ainsi les punir, les briser moralement et leur signifier clairement qu’elles ne disposent pas comme elles l’entendent de leur corps et de leur esprit. Les conséquences que peuvent avoir des actes de torture et des mauvais traitements sur des jeunes et leur répercussions sur leur développement social et affectif sont particulièrement dramatiques[5]. »

Violences contre les entreprises lesbiennesModifier

La lesbophobie se manifeste également contre les établissements lesbiens et leurs propriétaires, que ce soit de façon officielle, ou par vandalisme anonyme. Ainsi, en 1926, le Eve's Hangout, créé par Eva Kotchever, a subi le harcèlement policier de la police de New York. Le club a été contraint à fermer à la suite de l'arrestation de sa patronne pour « obscénité » et son expulsion des États-Unis[6].

Discriminations à l'égard des lesbiennes en tant qu’individusModifier

Il arrive aussi qu'elles puissent être victimes de discriminations dans la recherche d’un emploi ou d’un logement, mais aussi pour le mariage.

Quelques pays autorisent les mariages homosexuels : le Canada, l'Espagne, la Belgique, les Pays-Bas, etc. et l’adoption[7]

Le , la France a été condamnée pour discrimination sexuelle par la Cour européenne des droits de l'homme pour avoir refusé le droit d'adopter un enfant à une lesbienne]. Certaines lesbiennes, pour éviter toutes ces discriminations, cachent leur orientation sexuelle en se mariant. La contrainte à l'hétérosexualité est une des manifestations des violences psychologiques à l'égard des lesbiennes.

Mais la lesbophobie est la conséquence d’une double discrimination, d'une part comme lesbiennes (lesbophobie), y compris de la part de certaines femmes et d'autre part comme femmes (sexisme), y compris de la part de certains homosexuels[8]. C’est pour cela que pour beaucoup d’entre elles, le féminisme et la lutte contre la lesbophobie sont souvent étroitement liés.

Caricatures dépréciativesModifier

La sexualité lesbienne est souvent considérée comme secondaire, accessoire, car privée de la référence majeure au phallus. De plus, elle est utilisée de manière réductrice et caricaturale dans la pornographie comme objet de fantasme et de voyeurisme.

Il existe aussi de nombreuses idées préconçues, par exemple celle selon laquelle si une femme est lesbienne, c'est parce qu'elle est « déçue des hommes » [9] ou qu'elle a été victime de violences de la part de ceux-ci (elles sont victimes d'agressions et d'insultes, parce qu'elles sont lesbiennes et non le contraire), ou alors qui consistent à la faire passer pour un « garçon manqué ».

Lutte contre la lesbophobieModifier

En France, les propos homophobes ne sont pas illégaux par leur nature homophobe ou lesbophobe, mais seulement par leur caractère injurieux. Cette protection ne satisfait pas les milieux anti-homophobes, qui demande une législation spécifique comparable à celle déjà mise en place pour la répression des injures racistes (cela pourrait aussi se faire dans le cadre d'une loi anti-sexiste). Il pourrait y avoir aussi l’inscription du libre choix de la sexualité parmi les principes fondamentaux de la République (Code civil français).

La proposition de loi relative à la lutte contre l'homophobie, la lesbophobie et la transphobie présentée le par Martine Billard, Yves Cochet et Noël Mamère indiquait :

« La question de la lesbophobie, à savoir la haine particulière rencontrée par les femmes homosexuelles, mérite une mention particulière dans cet exposé des motifs. En effet, le lesbianisme n'étant qu'une forme d'homosexualité, la condamnation de la lesbophobie découle de l'appareil juridique prévu pour la condamnation de l'homophobie. Toutefois, parce que ne répondant pas à l'image dominante, masculine, de l'homosexualité, et parce que réputées plus discrètes dans leur distanciation avec le modèle social hétérosexiste que les homosexuels, les lesbiennes sont absentes des représentations usuelles de l'homophobie. Elles sont néanmoins toutes autant victimes des injures et de la stigmatisation que les hommes homosexuels, même si les agressions verbales sont elles aussi souvent “plus discrètes” » [10].

La lutte contre la lesbophobie est organisée aujourd'hui par la communauté lesbienne elle-même et passe notamment par le militantisme d’organisations non mixtes, comme la Coordination lesbienne mais aussi par des manifestations comme la « marche des fiertés lesbienne ».

Notes et référencesModifier

  1. Amnesty International. Torture. Identité sexuelle et persécutions. Londres : juin 2001
  2. [1]
  3. Les lesbiennes se retrouvant au chômage ou avec de très faibles revenus (temps partiel imposé notamment) sont souvent plus pauvres que les hétérosexuelles qui peuvent bénéficier de la solidarité familiale. Cette solidarité peut ne plus exister pour les lesbiennes rejetées par leur famille. L’orientation sexuelle devenant alors une discrimination supplémentaire, aggravant une situation précaire.
  4. / Afrique du Sud:Mobilisation contre la violence lesbophobe
  5. Amnesty International. Torture. Identité sexuelle et persécutions. Londres : juin 2001
  6. (en) Reina Gattuso, « The Founder of America's Earliest Lesbian Bar Was Deported for Obscenity », sur Atlas Obscura, (consulté le 18 mars 2020)
  7. [2]
  8. (fr) « Mimétisme gay et misogynie »
  9. /« Elles n’ont pas trouvé le bon. » extrait du livre Les Lesbiennes, de Stéphanie Arc
  10. /Proposition de loi, relative à la lutte contre l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • Stéphanie Arc, Les Lesbiennes, Éditions le Cavalier bleu, Collection « Idées reçues », 2006, (ISBN 2-84670-137-7)
  • SOS homophobie, Enquête sur la LESBOPHOBIE - Synthèse, 2008, (ISBN 978 2917010-01-3)
  • Asylon(s), no 1, . Sous la direction de Jane Freedman, Jérôme Valluy : « Les persécutions spécifiques aux femmes : Quelles connaissances ? Quelles mobilisations ? Quelles protections ? ». * Marie-Jo Bonnet, Qu'est-ce qu'une femme désire quand elle désire une femme?, Ed. Odile Jacob, 2004, chapitre : Formes et figures de la lesbophobie.

SourcesModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier