Vincent-Victor Henri Viénot de Vaublanc

écrivain français

Vincent-Victor Henri
de Vaublanc
Illustration.
Le vicomte de Vaublanc
Fonctions
Grand-maître de la maison de la princesse royale puis reine de Bavière Marie de Prusse
Monarque Maximilien II de Bavière
Biographie
Dynastie Famille de Vaublanc
Date de naissance
Lieu de naissance Montpellier
Date de décès (145 ans)
Lieu de décès Munich
Père Jean-Baptiste Bernard Viénot de Vaublanc
Mère Sophie Pion
Conjoint Jeanne de Raismes (1806-1887 - fille de Louis-Désiré de Raismes et de Marie de Verdière)
Religion Catholicisme romain

Vincent-Victor Henri Viénot de Vaublanc
Armoiries de la famille Viénot de Vaublanc

Vincent-Victor Henri Viénot de Vaublanc, vicomte de Vaublanc, est un écrivain, artiste, administrateur et courtisan français né le à Montpellier et mort le à Munich.

Neveu du Vincent-Marie Viénot de Vaublanc, il commence une carrière au Conseil d’État en France. À la suite de la révolution des Trois Glorieuses en 1830, il quitte son poste par conviction légitimiste et se retire dans le Beaujolais. Demeuré sans emploi pendant plusieurs années, il émigre à la cour du royaume de Bavière. S'étant lié d'amitié avec le prince héritier, il devient chambellan puis grand-maître (Oberhofmeister) de la Maison de la reine de Bavière Marie de Hohenzollern. Il est pendant près de trente ans l'un des plus proches amis et conseillers du prince royal Maximilien II, devenu roi de Bavière.

Il est écrivain et auteur, entre autres, d'un ouvrage d'histoire médiévale intitulé La France au temps des croisades paru entre 1844 et 1847.

BiographieModifier

Jeunesse en FranceModifier

Membre de la famille Viénot de Vaublanc, originaire de Bourgogne et anoblie par une charge de secrétaire du roi en 1697, il naît le à Montpellier. Il est le second fils de Jean-Baptiste Bernard Viénot de Vaublanc, alors inspecteur aux revues de l'armée napoléonienne, et de Sophie Pion. Son père perd la vie dans la retraite de Russie, alors qu'il n'a que neuf ans[1].

De 1816 à 1822, il fait une partie de ses études au lycée Louis-le-Grand à Paris. Il est l'un des six premiers auditeurs au Conseil d'État, nommé en 1824 grâce à l'appui de son oncle, le frère ainé de son défunt père, l'homme politique très royaliste Vincent-Marie de Vaublanc[1], ancien ministre et membre de la Chambre des députés[2]. Il fréquente alors les salons du faubourg Saint-Germain et y côtoie Talleyrand, Châteaubriand ou encore Lamartine[3].

Membre du comité du contentieux, il est sur le point d'être nommé maître des requêtes au Conseil d’État lorsqu'éclate la Révolution de 1830[4]. Il quitte alors ses fonctions par attachement à la branche aînée des Bourbons. Il se retire dans le Beaujolais et profite de plusieurs années sans emploi pour commencer à écrire[1].

Émigration à la cour de BavièreModifier

 
Le vicomte fut l'un des amis les plus proches du roi Maximilien II de Bavière pendant près de trente ans
 
Armes de Vincent-Victor Henri de Vaublanc

En 1836, il accepte de passer deux années en Allemagne auprès du prince héritier de Bavière Maximilien, puis d'y rester en tant que chambellan à la cour du père de ce dernier, le roi Louis Ier de Bavière[1].

Cette fonction lui donne l'occasion d'assister au couronnement de la reine Victoria, le . Il y accompagne le prince Maximilien, venu incognito sous le nom d'emprunt de comte de Werdenfels. De passage au cercle élitiste londonien de l'Almack's, sa description est faite par le London Society[5] :

« Plus petit [que le prince Maximilien], l'homme distingué, aux cheveux bruns, à ses côtés, est le Vicomte de Vaublanc, le neveu du ministre de Charles X et à la fois l'ami et le gentilhomme de la Chambre du Roi Max. […] De Vaublanc est un collectionneur d’antiquités, un auteur, un artiste, enjoué et plein d'esprit, mais réfléchi et laborieux[5]. »

Ne souhaitant pas être naturalisé, il obtient, par ordonnance du du roi Louis-Philippe Ier, l'autorisation de prendre du service à l'étranger. Il fréquente à Munich d'autres émigrés comme lui, dans des salons tels que celui de la femme du général Parceval[6]. En 1841, il épouse Jeanne de Raismes[1].

En 1845, il est nommé grand-maître de la maison de la princesse royale de Bavière, Marie de Hohenzollern, puis en 1848, grand-maître de la maison de la reine de Bavière, après l'accession au trône du mari de cette dernière : Maximilien II. Il s'agit de l'une des quatre charges les plus importantes de la cour de Bavière[6], une charge essentiellement protocolaire[n 1],[7].

En 1846, il accompagne le prince royal Maximilien de Bavière à Paris[8]. À cette occasion, l'écrivain Victor Hugo le décrit dans Choses vues :

« La porte s'est ouverte. Un homme est entré, assez jeune, d'un visage agréable, d'une quarantaine d'années, en noir, avec une croix blanche et un ruban jaune à la boutonnière. C'est un Français légitimiste, M. le vicomte de Vaublanc, neveu de l'ancien ministre. M. le vicomte de Vaublanc s'est fixé à la cour de Bavière, où il est lecteur de la princesse royale et grand-maître de la cour du prince. Il dînait avec le prince chez M. Guizot, et n'avait pas mis le pied à l'hôtel des Affaires étrangères depuis 1823[9]. »

En 1864, il démissionne de sa charge de chambellan après la mort de Maximilien II. Vaublanc, qui a refait sa vie en Bavière, décide d'y demeurer jusqu'à la fin de ses jours. En 1867, sa visite à Paris de l'exposition universelle l'inspire pour la rédaction d'un ouvrage[10].

Au début des années 1870, les frères Goncourt le décrivent à leur tour en quelques mots, dans leur journal, et cette fois-ci sans ambages, à la suite d'« Un dîner munichois fait dans le milieu catholique et anti-prussien [...] De Vaublanc, ancien chambellan et ancien ami du vieux roi Louis, un vieil émigré français, qui ne s'est jamais abaissé à parler allemand, très aimable, très sourd, très XVIIIe siècle[11]. » Il meurt, sans postérité[12], le à Munich[13].

Proche conseiller du roi Maximilien II de BavièreModifier

Sans être un conseiller officiel, Vaublanc est un intime du roi, il exerce une influence officieuse sur le roi dans le domaine artistique. Il accompagne régulièrement ce dernier après le dîner, dans sa promenade, soit à pied, soit en voiture, au cours de laquelle un sujet d'économie politique, d'art ou de littérature est amené par le prince ; la conversation le développant plus ou moins, fréquemment le roi en réclame le résumé par écrit, ce résumé étant mis le lendemain sur sa table[14],[15].

En 1851, à la demande du roi, le vicomte élabore une série de recommandations dans le but d'embellir Munich du point de vue de l'architecture, dans un rapport intitulé Propositions pour le roi Maximilien II (Vorschläge für König Maximilian II, 1851/52)[16]. Il est par exemple à l'origine du premier plan architectural, plus tard remanié, du Maximilianeum. Il est aussi à l'origine des plans de restauration du château gothique de Hohenschwangau en haute Bavière, résidence d'été du couple royal puis de la reine mère au décès du roi[17].

Il assiste aux derniers instants du roi, ce qui lui inspire l'écriture d'une courte biographie de ce souverain[18].

Œuvres littérairesModifier

La France au temps des croisadesModifier

Vaublanc, parallèlement à ses activités politiques, écrit plusieurs ouvrages au cours de sa vie. De 1844 à 1847, après douze ans de recherche[19], il publie son œuvre majeure La France au temps des croisades, en quatre tomes[20], long récit d'histoire médiévale de plus de 1 500 pages. Il l'enrichit d'illustrations dessinées de sa main[1].

Son œuvre se découpe en quatre parties, chacune correspondant à un tome : État politique et religieux, État militaire et chevaleresque, Sciences, littérature et Arts et enfin Industrie et Vie privée. Selon le Bulletin du bibliophile[21], le style de cet ouvrage est clair et véridique, évitant l'erreur de prendre la forme d'un roman[n 2].

Un coup d'œil dans ParisModifier

Vaublanc écrit également un ouvrage sur l'architecture de Paris. Publié en 1861, il s'agit d'une critique de l'architecture de Paris, accompagnée d'une série de propositions de changements architecturaux, sous la forme d'une promenade dans la capitale[22]. Le critique E. de Laqueuille[23] écrit « Le livre de M. de Vaublanc est un des meilleurs qu’on ait écrit sur le Paris nouveau. Il renferme, à propos de la reconstruction de la vieille Lutèce, sur le style des monuments contemporains et sur leur décoration intérieure, la critique la plus savante et du meilleur goût que nous connaissions. »

Petit voyage à l'exposition ou causerie sur l'exposition universelle de 1867Modifier

Vers la fin de sa vie, en 1868, après avoir visité l'exposition universelle de 1867, Vaublanc publie une dernière œuvre intitulée Petit voyage à l'exposition ou causerie sur l'exposition universelle de 1867, où il relate l'expérience de sa visite sur un ton humoristique[24]. Selon le bulletin du Bibliophile il s'agit des « Souvenirs d'un homme d'esprit qui n'a pas voulu perdre ses observations, et qui nous les livre sous forme de causeries libres, sans façon et sans pédantisme. On aurait peut-être à reprocher quelques lacunes à M de Vaublanc, mais il en convient lui-même ; ce petit livre, tiré à petit nombre, (...) sera conservé par les curieux qui trouveront peut-être une physionomie plus vivante de l'Exposition dans ces pages légères, que dans bien des ouvrages techniques[25]. »

Liste des œuvresModifier

  • Vicomte Vincent-Victor Henri de Vaublanc, La France au temps des croisades ou recherches sur les mœurs et coutumes des français aux XIIe et XIIIe siècles : État politique et religieux, t. 1, Paris, J. Tichener, , 392 + XXIII p. (lire en ligne).
  • Vicomte Vincent-Victor Henri de Vaublanc, La France au temps des croisades ou recherches sur les mœurs et coutumes des français aux XIIe et XIIIe siècles : État militaire et chevaleresque, t. 2, Paris, J. Tichener, , 381 p. (lire en ligne).
  • Vicomte Vincent-Victor Henri de Vaublanc, La France au temps des croisades ou recherches sur les mœurs et coutumes des français aux XIIe et XIIIe siècles : Sciences, littérature et arts, t. 3, Paris, J. Tichener, , 384 p. (lire en ligne).
  • Vicomte Vincent-Victor Henri de Vaublanc, La France au temps des croisades ou recherches sur les mœurs et coutumes des français aux XIIe et XIIIe siècles : Industrie et vie privée, t. 4, Paris, J. Tichener, , 371 p. (lire en ligne).
  • Vincent-Victor Henri Vicomte de Vaublanc, Un coup d'œil dans Paris ou observations sur des objets d'art et de goût, Techener, , 91 p..
  • Vincent Victor Henri de Vaublanc, Maximilien II roi de Bavière. Fragment de souvenirs intimes, Munich, , 34 p. (lire en ligne).
  • Vicomte de Vaublanc, Petit voyage à l'exposition ou causerie sur l'exposition universelle de 1867, Paris, Léon Techener, , 79 p. (lire en ligne).

DécorationsModifier

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Association d’études fouriéristes, « Cahiers Charles Fourier », Cahiers Charles Fourier, vol. 5 à 7,‎ , p. 69 (lire en ligne).
  • (de) Klaus Bäumler, Henri de Vaublanc: Vorschläge für König Maximilian II, 1851/52 ; Jakob von Bauer: Ästhetische Rundschau über die Stadt München, 1852, München, Franz Schiermeier Verlag, coll. « Materialien zur Kulturgeschichte der Stadt München », , 90 p. (ISBN 978-3-943866-15-5, présentation en ligne).
  • Edmond de Goncourt et Jules de Goncourt, Journal des Goncourt : 1872-1877, (lire en ligne), p. 64.
  • (en) James Hogg et Florence Marryat, « Recollections of Almack's », London Society, Londres,‎ , p. 153 (lire en ligne).
  • Victor Hugo, Œuvres complètes, t. vol. I, Librairie Ollendorff, (lire en ligne), p. 164.
  • De Laqueuille, Les beaux arts revue nouvelle, vol. 3, , p. 218.
  • Pierre Larousse, « VAUBLANC Vincent-Victor-Henri, vicomte DE », dans Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, vol. XV deuxième partie, 1866-1879 réimpression en 1982, 808 p., chap. V-Z.
  • Le Moniteur, L'ami de la religion, journal ecclésiastique, politique et littéraire, t. 130, (lire en ligne), p. 77.
  • Joseph Fr. Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, supplément VAN-VIL, vol. tome 85, , « Vaublanc (Vincent-Marie Vienot de) », p. 170.
  • Paulin Paris, « Revue littéraire », Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire,‎ , p. 280 (lire en ligne).
  • Léon Techener, « Biographie du vicomte de Vaublanc », Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire,‎ , p. 345-371 (lire en ligne).
  • Baron Adolphe Thiébault, Vingt semaines de séjour à Munich, Paris, E. Dentu, , 408 p. (lire en ligne), p. 186-187.
  • Gustave Vapereau, « Vaublanc (Vincent-Victor-Henri vicomte de) », dans Dictionnaire universel des contemporains, vol. 2, , 1795 p. (lire en ligne).
  • (de) Margret Wanetschek, Die Grünanlagen in der Stadtplanung Münchens von 1790-1860, R. Wölfle, , 265 p.

Articles connexesModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Lors de son séjour à Munich, le baron Adolphe Thiébault décrit le rôle de Vaublanc à la Cour dans Vingt semaines de séjour à Munich, notamment le déroulement d'une audience royale avec la reine :

    « Présentation. Avant 3 heures un quart, le baron de Méneval m’accompagna chez la reine. Dans le salon où nous trouvâmes madame de Pillement [Grande maîtresse de la maison de la reine de Bavière] et le vicomte de Vaublanc, il ne fallut pas attendre longtemps. Sa majesté nous reçut dans le troisième salon […] Madame de Pillement, en grande toilette pour dîner, et le vicomte de Vaublanc en petite tenue (uniforme bleu), se tenaient, à quel que distance ; le baron me présenta. […] Sa majesté ayant ce même jour à donner, avant dîner, audience à des dames, ne nous retint pas longtemps. Elle passa, suivie de madame de Pillement, dans d’autres appartements, tandis que le vicomte de Vaublanc nous reconduisait jusqu’à la porte d’escalier. »

  2. Selon le Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire :

    « [...] il y aurait une grande injustice à ne pas reconnaître que La France au temps des Croisades est de l’excellente école à laquelle nous devons déjà l’Histoire des Français des divers états. Même ardeur de la vérité, même passion de tous les souvenirs de la vieille nation française, même opiniâtreté de recherche, même clarté de style, et même nouveauté de résultats. M. de Vaublanc a d’ailleurs évité le principal reproche fait à M. Monteil. Il n’a pas cru nécessaire de donner à ses récits une forme romanesque [...]. »

RéférencesModifier

  1. a b c d e et f Vapereau 1870, p. 1795-1796.
  2. Michaud 1862, p. 170.
  3. Techener 1876, p. 347.
  4. Techener 1876, p. 348.
  5. a et b Hogg, Marryat 1870, p. 153.
  6. a et b Techener 1876, p. 351.
  7. Thiébault 1861, p. 186-187.
  8. Le Moniteur 1846, p. 77.
  9. Hugo 1913, p. 164.
  10. de Vaublanc 1868.
  11. de Goncourt, de Goncourt 1891, p. 64.
  12. Léon Audebert La Morinerie, La noblesse de Saintonge et d'Aunis convoquée pour les États-généraux de 1789, Paris, Charpentier Libraire-Éditeur, 29 rue de Seine, (lire en ligne), p. 222.
  13. Association d’études fouriéristes, « Cahiers Charles Fourier », Cahiers Charles Fourier, vol. 5 à 7,‎ , p. 69 (lire en ligne).
  14. Techener 1876, p. 353.
  15. L’Écho de Fourvière, « L’Écho de Fourvière », L’Écho de Fourvière,‎ .
  16. Bäumler 2012.
  17. Techener 1876, p. 365.
  18. de Vaublanc 1867.
  19. Techener 1876, p. 355.
  20. de Vaublanc 1844.
  21. Paulin 1845, p. 280.
  22. Techener 1876, p. 362.
  23. de Laqueuille 1861, p. 218.
  24. Techener 1876, p. 365.
  25. Léon Techener, « Petit voyage à l'exposition universelle », Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire,‎ , p. 97 (lire en ligne).
  26. (de) Bayern, Hof- und Staatshandbuch des Königreichs Bayern, (lire en ligne), p. 105.
  27. (de) Bavaria, Regierungs-Blatt für das Königreich Bayern, Munich, (lire en ligne), p. 24.
  28. (de) Augsburger Postzeitung, (lire en ligne), p. 1104.
  29. (de) Regensburger Tagblatt: Kampf-Organ für nationale Freiheit und soziale..., (lire en ligne), p. 11.

Liens externesModifier


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