Vaccin

préparation biologique qui stimule le système immunitaire d'un organisme vivant afin d'y développer une immunité adaptative protectrice

Un vaccin est une préparation biologique prophylactique d'un ou de plusieurs antigènes microbiens, qui stimule le système immunitaire d'un organisme vivant afin d'y développer une immunité adaptative protectrice et relativement durable contre l'agent infectieux d'une maladie infectieuse particulière[1]. La substance active d’un vaccin est un agent antigénique à pathogénicité atténuée par une forme affaiblie ou tuée du micro-organisme pathogène, par une de ses toxines ou par une de ses protéines spécifiques. La réaction immunitaire primaire met en mémoire l'antigène menaçant présenté pour que, lors d'une contamination ultérieure, l'immunité ainsi acquise puisse s'activer plus rapidement et plus fortement.

Trois ampoules de verre du vaccin contre le choléra, Paris, France, 1924

Il existe quatre principaux types de vaccins selon leur préparation : agents infectieux inactivés, agents vivants atténués, sous-unités d’agents infectieux ou anatoxines. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) signale que des vaccins homologués sont disponibles pour plus de 20 infections différentes ainsi évitables. Les vaccins les plus connus sont ceux contre la poliomyélite, antidiphtérique, antitétanique, contre la coqueluche, la tuberculose, la rougeole, la grippe saisonnière et le virus Ebola.

Un vaccin est administré lors d'une vaccination à un individu sain. Les mots vaccin et vaccination sont dérivés du mot anglais vaccine (variole de la vache), dans une formulation conçue par Edward Jenner en 1798. En 1881, pour honorer Jenner, Louis Pasteur proposa que ces termes soient étendus pour couvrir les nouvelles inoculations protectrices alors en cours de développement.

CaractéristiquesModifier

Un vaccin est une préparation d'un ou plusieurs antigènes microbiens utilisés pour induire une immunité protectrice et durable de l'organisme, en faisant appel à l'immunité adaptative, par opposition à l'immunité innée.

Le but principal des vaccins est d'obtenir, par l'organisme lui-même, la production d'anticorps et l'activation de cellules T (lymphocyte B ou lymphocyte T à mémoire) spécifiques à l'antigène. Une immunisation réussie doit donc procurer une protection contre une future infection d'éléments pathogènes identifiés. Un vaccin est donc spécifique à une maladie mais pas à une autre[Note 1].

CompositionModifier

Outre le vaccin actif lui-même, les excipients et les composés de fabrication résiduels suivants peuvent être présents ou ajoutés dans certaines préparations vaccinales :

  • des adjuvants, pour stimuler la réponse immunitaire (plus précoce, plus puissante, plus persistante) au vaccin, de façon non spécifique, du système immunitaire inné ; ils permettent de réduire la dose de vaccin, comme[2] :
    • des sels ou gels d'aluminium,
    • une association aluminium-lipides (AS04),
    • des émulsions eau-squalène,
    • des virus végétaux ; début , Denis Leclerc[3] a proposé[4] d'utiliser un virus végétal (qui ne peut se reproduire chez l'homme) comme pseudovirion jouant le rôle d'adjuvant, pour rendre des vaccins plus longuement efficaces contre des virus qui mutent souvent (virus de la grippe ou de l'hépatite C, voire contre certains cancers). Le principe est d'associer à ce pseudovirion une protéine-cible interne aux virus, bactéries ou cellules cancéreuses à attaquer, et non comme on le fait jusqu'ici une des protéines externes qui sont celles qui mutent le plus. Ce nouveau type de vaccin, qui doit encore faire les preuves de son innocuité et de son efficacité, déclencherait une réaction immunitaire à l'intérieur des cellules, au moment de la réplication virale,
  • des produits antimicrobiens :
    • des antibiotiques, pour empêcher la croissance de bactéries pendant la production et le stockage du vaccin,
    • le formaldéhyde, utilisé pour inactiver les produits bactériens des vaccins anatoxines ; Le formaldéhyde est également utilisé pour inactiver les virus indésirables et tuer les bactéries qui pourraient contaminer le vaccin pendant la production,
    • le thiomersal, antimicrobien controversé contenant du mercure qui est ajouté aux flacons de vaccin qui contiennent plus d'une dose pour empêcher la contamination et la croissance de bactéries potentiellement nocives,
  • le glutamate monosodique (MSG) et le 2-phénoxyéthanol sont utilisés comme stabilisants dans quelques vaccins pour aider le vaccin à rester inchangé lorsque le vaccin est exposé à la chaleur, à la lumière, à l'acidité ou à l'humidité ;
  • la protéine d’œuf, présente dans les vaccins contre la grippe et contre la fièvre jaune car ils sont préparés à partir d’œufs de poule ; d'autres protéines peuvent parfois être présentes.

Développement de l'immunitéModifier

L'immunogénicité (ou efficacité sérologique) est la capacité d'un vaccin à induire des anticorps spécifiques. Les anticorps sont produits par des lymphocytes B se transformant en plasmocytes. Le temps nécessaire à l'induction d'anticorps est de 2 à 3 semaines après la vaccination[5]. Cette production d'anticorps diminue progressivement après plusieurs mois ou années. Elle est mesurable et cette mesure peut être utilisée dans certains cas pour savoir si le sujet est vacciné efficacement (vaccin anti-hépatite B et anti-tétanos en particulier).

Le nombre de lymphocytes B mémoire, non sécrétant, mais qui réagissent spécifiquement à la présentation d'un antigène, semble, lui, ne pas varier au cours du temps[6]. Ce qui permet d'induire une protection de longue durée, jusqu'à des décennies (ou tant que le sujet reste immunocompétent), car la réactivation de l'immunité mémoire lors d'une nouvelle infection s'effectue alors en quelques jours[5].

Cependant, certains vaccins ne provoquent pas la formation d'anticorps mais mettent en jeu une réaction de protection d'immunité cellulaire, c'est le cas du BCG (« vaccin Bilié de Calmette et Guérin », vaccin anti-tuberculeux).

EfficacitéModifier

L'efficacité clinique d'un vaccin se mesure par la réduction de la fréquence de la maladie chez les sujets vaccinés (taux de protection effectif de la population vaccinée). Elle est parfois estimée par des marqueurs de substitution (taux d'anticorps connus protecteurs)[2], mais l'efficacité sérologique (mesurée en laboratoire) ne concorde pas toujours avec l'efficacité clinique (mesurée en épidémiologie de terrain).

Le suivi et la surveillance d'une politique vaccinale s'effectuent par l'épidémiologie des maladies vaccinables (surveillance par des réseaux de laboratoire hospitaliers, centres de référence, réseaux sentinelles, notification systématique ou obligatoire…), la surveillance des effets indésirables (pharmacovigilance, registres de suivi…) et par des études séro-épidémiologiques (séroprévalence). Ces études permettent d'évaluer l'immunité collective des populations, dont la situation et la localisation des sujets non-vaccinés, réceptifs ou vulnérables[7].

Selon le type de vaccin, et l'état de santé du sujet, les vaccins peuvent être contre-indiqués ou fortement recommandés.

Effets indésirablesModifier

Lors d'une vaccination, les effets indésirables pouvant être reliés au vaccin administré dépendent d'abord de l'agent infectieux combattu, du type de vaccin (agent atténué, inactivé, sous-unités d'agent, etc), de ses excipients (nature du solvant, adjuvants, conservateurs chimiques antibactériensetc.) utilisés.

Suivant les vaccins, certains effets indésirables, en général bénins, se retrouvent de manière plus ou moins fréquente. L'une des manifestations les plus courantes est la fièvre et une inflammation locale qui traduisent le déclenchement de la réponse immunitaire recherchée par la vaccination. Dans de très rares cas, la vaccination peut entraîner des effets indésirables sérieux et, exceptionnellement, fatals. Un choc anaphylactique, extrêmement rare, peut par exemple s'observer chez des personnes susceptibles avec certains vaccins (incidence de 0,65 par million, voire 10 par million pour le vaccin rougeole-rubéole-oreillons (RRO))[8]. En France, la loi prévoit le remboursement des dommages et intérêts par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux lorsqu'il s'agit de vaccins obligatoires.

Liés à l'hydroxyde d'aluminiumModifier

La myofasciite à macrophages a été associée à la persistance pathologique de l'hydroxyde d'aluminium utilisé dans certains vaccins[9]. Cependant lors de sa réunion de , le Comité consultatif mondial sur la sécurité des vaccins, après avoir examiné les données d’une étude cas témoins réalisée en France, a conclu, en accord avec ses précédentes déclarations, que la persistance de macrophages contenant de l’aluminium au site d’injection d’une vaccination antérieure n’est associée ni à des symptômes cliniques ni à une maladie spécifique[10]. C'est aussi la conclusion à laquelle est parvenue l'agence française de sécurité du médicament, qui ne voit dans la myofasciite à macrophages qu'un phénomène histologique auquel aucun syndrome clinique spécifique ne peut être associé[11].

Ce qui n'est pas un vaccinModifier

Un sérum ne doit pas être confondu avec un vaccin. Mais ils peuvent parfois être associés lors de l'injection : c'est la sérovaccination.

Par abus de langage, le terme de vaccination s'applique parfois à diverses inoculations et injections. Ainsi l'immunocastration des porcs est souvent présentée comme un vaccin (contre l'odeur de verrat). En 1837, Gabriel Victor Lafargue parla de « vaccination morphinique » pour ce qui n'était qu'une injection sous-épidermique[12]. Dans cette catégorie se place également le vaccin de Coley (qui génère une hyperthermie destinée à détruire des tumeurs).

TypesModifier

Les vaccins sont classés en deux grandes catégories les vaccins vivants atténués et les vaccins inactivés.

Nomenclature - ListeModifier

Les abréviations des noms de vaccins se sont relativement harmonisées au niveau mondial mais il n'y a pas encore au début de l'année 2020 de normalisation mondialement partagée. L'OMS, en collaboration avec l'institut norvégien de la santé publique, en propose une nomenclature[13]. Les États-Unis utilisent une autre liste[14],[15].

Plus de vingt vaccins font partie de la liste des médicaments essentiels de l'OMS[16],[17], dans la classe ATC J07, pour les adultes comme pour les enfants[18].

Issus d’agent infectieuxModifier

vivant atténuéModifier

Les agents infectieux sont multipliés en laboratoire jusqu’à ce qu’ils perdent naturellement ou artificiellement, par mutation, leur caractère pathogène. Les souches obtenues ont perdu leur virulence (rendues incapables de développer la maladie), mais elles restent vivantes avec une capacité transitoire à se répliquer chez l'hôte. Ils créent donc une infection a minima[19].

Ce genre de vaccin stimule l'immunité spécifique de façon généralement plus efficace et plus durable que celui composé d’agents infectieux inactivés. Ils peuvent parfois induire après vaccination des réactions locales ou générales qui sont des symptômes mineurs de la maladie qu'ils préviennent[20]. Du fait de ce risque infectieux potentiel, ils sont contre-indiqués en principe chez la femme enceinte et les personnes immunodéprimées[19].

Les vaccins vivants ne contiennent pas d'adjuvants[20] : ils n'en ont pas besoin.

Les principaux vaccins vivants disponibles sont le vaccin BCG (tuberculose) le ROR (Rougeole, Oreillons, Rubéole), le vaccin contre la varicelle, contre le zona, contre la fièvre jaune, le vaccin oral contre la poliomyélite, contre les gastroentérites à rotavirus[20].

inactivéModifier

Les agents infectieux, une fois identifiés et isolés, sont multipliés en très grand nombre puis altérés, chimiquement ou par la chaleur. Ils conservent néanmoins une certaine capacité immunogène (aptitude à provoquer une protection immunitaire) moins ciblée[19]. C'est pourquoi ils nécessitent l'ajout d'adjuvant[20] et font souvent l'objet de plus de rappels de vaccination.

Un vaccin inactivé peut être :

  • entier ou complet, lorsqu'il est composé du micro-organisme complet mais tué ou inactivé ; par exemple, le vaccin « cellulaire » contre la coqueluche. Ces vaccins sont très efficaces mais plus « réactogènes » avec un risque plus élevé de réactions indésirables[19] ;
  • sous-unitaire ou « à sous-unités » lorsqu'il est composé d'une fraction du micro-organisme inactivé. Il peut être obtenu de façon classique ou à partir de biotechnologie ou de biologie de synthèse ; par exemple, le vaccin « acellulaire » contre la coqueluche. Cette fraction peut-être un peptide de surface du germe, un polysaccharide de paroi bactérienne, une anatoxine, une particule pseudo-virale ou tout autre composant immunogène du micro-organisme. Ces vaccins sont moins immunogènes, mais avec moins d'effets secondaires[19].

Les vaccins polyosidiques ou à polysaccharides activent les seuls lymphocytes B. Ils sont inefficaces avant l'âge de deux ans. Par exemple, le vaccin polysaccharidique contre le pneumocoque. Ils ont une faible réponse mémoire et nécessitent plus de rappels[2].

Issus sans l'agent infectieuxModifier

ConjuguésModifier

Les vaccins conjugués se basent sur la liaison d'un polysaccharide (antigène capsulaire) avec une protéine porteuse. Cette conjugaison permet d'induire une bonne réponse mémoire et d'activer les lymphocytes T, ce qui les rend utilisables chez l'enfant de moins de deux ans. Le premier de ce type a été le vaccin contre Haemophilus influenza b ou Hib, agent de méningite purulente du nourrisson. D'autres vaccins conjugés de ce type sont le vaccin contre le méningocoque, le vaccin contre le pneumocoque[21].

AnatoxineModifier

Un vaccin anatoxine est produit par inactivation physique ou chimique de la molécule initialement toxique qui cause la maladie et qui est produite par l'agent infectieux. La molécule ainsi inactivée perd ses propriétés toxiques mais conserve sa structure et des propriétés immunisantes. Les vaccins anatoxines sont connus pour leur efficacité.

Les vaccins antitétaniques et antidiphtériques sont des vaccins à base d'anatoxines.

Sous-unité protéiqueModifier

Une sous-unité protéique, un fragment protéique (ou un assemblage de plusieurs fragments) de la surface du micro-organisme pathogène, peut créer une réponse immunitaire.

Le vaccin contre l'hépatite B, celui contre la grippe saisonnière, ceux contre le papillomavirus humain (HPV), sont des vaccins à sous-unité protéique.

Issus du génie génétique (biologie de synthèse)Modifier

Certaines de ces molécules peuvent être obtenues par génie génétique, et ainsi être produites en grande quantité. La stratégies de développement la plus connue consiste à insérer des gènes microbiens dans des Escherichia Coli, des levures ou des cellules animales en culture, de façon à leur faire produire des protéines microbiennes spécifiques, par exemple l'antigène de surface de l'hépatite B, qui est ensuite utilisée dans le vaccin contre l'hépatite B[22].

D'autres stratégies sont la production de pseudoparticules virales, dépourvues d'ADN viral et incapables de se répliquer (vaccin contre les papillomavirus)[23] ; la recombinaison génétique permet des virus atténués « réassortants » (vaccin contre la grippe, vaccin contre les rotavirus)[22].

Il existe également une recherche sur des vaccins oraux basés sur des plantes (production d'antigènes par des algues)[24].

HétérologueModifier

Un vaccin hétérologue (ou hétérotypique) est fabriqué à partir d’un micro-organisme différent de celui de la maladie à combattre mais ayant des similitudes immunologiques suffisantes pour induire une protection croisée de qualité acceptable.

L'exemple classique est l'utilisation par Jenner du virus de la vaccine (variole de la vache) pour protéger l'humain contre la variole. Un exemple actuel est l'utilisation du vaccin BCG préparé à partir d'une souche atténuée de bacille tuberculeux bovin (Mycobacterium bovis) pour protéger contre la tuberculose humaine.

AutovaccinModifier

L'autovaccin (autogenous vaccine) est un vaccin élaboré à partir d'une souche spécifique de micro-organismes prélevée sur le malade lui-même. Ils connaissent un développement conséquent en médecine vétérinaire dans les élevages de porc notamment[25],[26]. « On entend par autovaccin à usage vétérinaire, tout médicament vétérinaire immunologique fabriqué en vue de provoquer une immunité active à partir d’organismes pathogènes provenant d’un animal ou d’animaux d’un même élevage, inactivés et utilisés pour le traitement de cet animal ou des animaux de cet élevage » (article L 5141-2 du Code de la santé publique).

CombinésModifier

Les vaccins multivalents ou combinés, associent des combinaisons d'antigènes, permettant de cibler plusieurs maladies différentes en un seul vaccin (par exemple Rougeole-Oreillons-Rubéole ou Diphtérie-Tétanos-Poliomyélite-Coqueluche-Hib-Hépatite B). Ces vaccins permettent de diminuer le nombre d'injections et d'augmenter la couverture vaccinale[27].

ExpérimentalModifier

Plusieurs vaccins sont en cours de développement :

Vaccins non humainsModifier

VétérinairesModifier

La vaccination des animaux est utilisée à la fois pour prévenir certaines de leurs maladies infectieuses et pour prévenir la transmission de maladies aux humains. Les animaux de compagnie et les animaux élevés comme bétail sont quasi-systématiquement vaccinés.

En cas de propagation de la rage, la vaccination antirabique des chiens peut être exigée par la loi. Des populations sauvages (renard[29], raton laveur) peuvent également être alors vaccinées.

En plus de celui de la rage, les principaux vaccins canins sont celui contre la maladie de Carré, le parvovirus canin, l'hépatite canine infectieuse, l'adénovirus-CAV2, la leptospirose, la bordatella, la toux de chenil et la maladie de Lyme.

Les vaccins DIVA (pour Differentiation of Infected from Vaccinated Animals), également connus sous le nom de SIVA (pour Segregation of Infected from Vaccinated Animals), permettent de différencier les animaux infectés des animaux vaccinés.

Pour les végétauxModifier

Les vaccins actuels sont essentiellement faits pour les humains et animaux (vaccins vétérinaires) mais on sait maintenant que les plantes ont aussi un système immunitaire, et qu'il est possible de les vacciner. Un premier vaccin commercialisé pour les plantes a été créé en 2001 par la société Goëmar[30].

Grâce à des tests moléculaires permettant d'identifier les siRNA efficaces contre le virus de la tomate (Tomato bushy stunt virus ou TBSV, de la famille des Tombusviridae), un vaccin a pu être produit qui a en laboratoire donné les résultats espérés ; il peut en outre être pulvérisé sur les feuilles (pas besoin d'injection). un projet est de faire un vaccin contre le virus de la mosaïque du concombre (capable de détruire des champs entiers de concombres, citrouilles ou melons). La méthode est aussi plus simple et plus rapide que de concevoir une plante OGM résistant au virus[31].

Développement d'un vaccinModifier

Le développement est un processus très long. Autrefois, ce processus débutait par des expérimentations animales qui se sont révélées décevantes pour prédire l'efficacité d'un vaccin. Actuellement, on débute beaucoup plus tôt l'expérimentation humaine : c'est ce qu'on appelle la médecine expérimentale ou translationnelle. Ce développement doit respecter les différentes phases d'un essai clinique.

Les chercheurs doivent d'abord choisir une voie d'administration : voie nasale, orale ou par injection. Si la voie par injection est choisie, il faut aussi choisir quelle injection : intradermique, sous-cutanée ou intramusculaire. Le choix de la voie d'administration du vaccin peut dépendre du vecteur choisi, de l’antigène, de l'adjuvant ou d'autres paramètres.

L'étape la plus importante avant de tester l'efficacité correspond aux phases 1 et 2, qui permettent d'établir l'innocuité.

L'efficacité d'un vaccin se mesure uniquement à la prévention de la maladie ou l'infection, qu'il est censé empêcher. Il existe plusieurs moyens :

  • La référence absolue pour évaluer l'efficacité d'un vaccin consiste en un essai d'efficacité contrôlé et aléatoire avec des critères cliniques dont le but est de démontrer la diminution de l'infection ou de la maladie après immunisation par rapport au groupe de référence non immunisé.
  • On peut faire aussi une évaluation de l'efficacité par observation, toujours avec des critères cliniques, pour évaluer l'effet protecteur d'un vaccin dans des conditions réelles au sein d'une population ouverte.
  • Dans certains cas, on peut se contenter de critères immunologiques comme par exemple un titrage des anticorps.

Phase IModifier

Dans cette phase, les chercheurs ne s'intéressent pas vraiment à son efficacité mais plutôt à son innocuité. Généralement, pour cette phase, on teste à dose croissante le vaccin sur des petits groupes (rarement plus de 100). Le nombre de doses peut varier en fonction du type de vaccin. Les effets secondaires sont soigneusement répertoriés. Mais à ce stade, certains effets secondaires graves comme la réaction anaphylactique sont rarement détectés en raison du très petit nombre de participant.

Le protocole d'étude doit établir les effets secondaires spécifiquement au vaccin et les quantifier (injection peu douloureuse ou très douloureuse).

Les chercheurs s’intéressent bien entendu à la réponse immunologique (par exemple, le dosage des anticorps). Mais ce dosage n'est pas forcément synonyme d'efficacité du vaccin. On parle d'immunogénicité du vaccin.

Phase IIModifier

Si la phase I est concluante (pas d'effets secondaires graves plus réponse immunitaire satisfaisante), on peut entamer la phase II, où l'on commence d'abord par augmenter la taille du groupe étudié : même protocole que la phase I mais plus de participants (phase II a).

Lorsque le nombre de participants est atteint, on peut commence à tester si la réponse immunitaire peut prévenir la maladie : on teste l'efficacité de la réponse immunitaire.

Beaucoup de vaccins ne passent pas cette phase : ils ont une réponse immunitaire satisfaisante mais celle-ci n'est pas efficace ou suffisante pour empêcher la maladie.

Phase IIIModifier

Cette phase est la plus longue et la plus coûteuse : entre 8 et 13 ans et environ 750 000 000 millions d'euros.

Les tests de sécurité et d'efficacité continuent mais à ce stade s'ajoutent les études d'homogénéité d'un lot à l'autre qui consistent à vérifier l'homogénéité de la fabrication de plusieurs lots cliniques d'un point de vue clinique.

Enfin, des études d'administrations simultanées vérifient l'absence d'interférence significative lorsqu'il est administré concomitamment à un vaccin déjà homologué et inclus dans les programmes courants de vaccination.

Malgré la plus grande taille des groupes étudiés, les effets secondaires très rares ne seront pas connus au cours de la phase III : les essais cliniques de sécurité en phase III sont normalement conçus pour observer les effets indésirables jusqu'à un taux de 1 pour 10 000.

Cette phase va définir le ratio risques/bénéfices qui est obligatoire pour l'enregistrement de ces vaccins.

Phase IVModifier

ProductionModifier

Économie du développementModifier

Le marché mondial des vaccins s'apparente à un oligopole. Quatre producteurs principaux se partageant l'essentiel du marché, même s'il existe à un grand nombre d'autres demandeurs. Suivant les sources, la répartition en part de marché s’établit ainsi :

De nombreuses barrières à l'entrée sont présentes, cela signifie que les entreprises candidates à l’entrée sur ce marché ont un coût de production supérieur à celui des entreprises en place. Effectivement, des gros investissements sont nécessaires quant à la construction d'un laboratoire et à la recherche de nouveaux vaccins.

Les efforts d'investissement dans ce milieu sont principalement concentrés en Europe et en Amérique du Nord. Plus de 50 % des investissements en recherche et développement ont été menés en Europe entre 2002 et 2010.

BrevetsModifier

Le dépôt de brevets sur les processus de développement de vaccins peut parfois être considéré comme un obstacle au développement de nouveaux vaccins. En raison de la faible protection offerte par un brevet sur le produit final, la protection de l'innovation concernant les vaccins se fait souvent par le biais du brevet de certains procédés alors utilisés ainsi que la protection du secret pour d'autres procédés[réf. nécessaire].

Selon l'Organisation mondiale de la santé, le plus grand obstacle à la production locale de vaccins dans les pays moins développés n'a pas été les brevets, mais les exigences substantielles en matière financière, d'infrastructure et de main-d'œuvre nécessaires à l'entrée sur le marché. Les vaccins sont des mélanges complexes de composés biologiques et, contrairement au cas des médicaments, il n'existe pas de vrais vaccins génériques. Le vaccin produit par une nouvelle installation doit subir des tests cliniques complets de sécurité et d'efficacité similaires à ceux subis par celui produit par le fabricant d'origine. Pour la plupart des vaccins, des procédés spécifiques ont été brevetés. Ceux-ci peuvent être contournés par des méthodes de fabrication alternatives, mais cela nécessitait une infrastructure de recherche et développement et une main-d'œuvre qualifiée. Dans le cas de quelques vaccins relativement nouveaux comme le vaccin contre le papillomavirus humain, les brevets peuvent imposer une barrière supplémentaire[réf. nécessaire].

Plantes utilisées comme bioréacteursModifier

Certaines plantes transgéniques ont été identifiées comme des systèmes d'expression prometteurs pour la production de vaccins. Des plantes complexes telles que le tabac, la pomme de terre, la tomate et la banane peuvent avoir des gènes insérés qui leur permettent de produire des vaccins utilisables pour l'homme[34]. Des bananes ont été développées qui permettent de produire un vaccin humain contre l'hépatite B[35].

HistoireModifier

 
Publication marquant en 1896 le centenaire de la découverte de la vaccine par Jenner
 
Tableau d'Albert Edelfelt représentant Louis Pasteur observant dans un bocal une moelle épinière de lapin enragé, suspendue en train de se dessécher au-dessus de cristaux de potasse. C'est le processus qui lui a permis d'obtenir le vaccin contre la rage.
 
Faites préserver vos enfants contre la tuberculose par le vaccin B.C.G.

Avant l'introduction de la vaccination avec des éléments provenant de cas de variole de la vache, la variole pouvait être prévenue par l'inoculation délibérée du virus de la variole, pratique appelée plus tard variolisation pour la distinguer de la vaccination antivariolique. La pratique de l'inoculation de la variole a ses premiers indices au Xe siècle en Chine et la plus ancienne utilisation documentée de 1549, également chinoise[36]. Les Chinois ont alors mis en œuvre une méthode d'« insufflation nasale » administrée en soufflant du matériel de variole en poudre, généralement des croûtes, dans les narines. Diverses techniques d'insufflation ont été enregistrées au cours des XVIe et XVIIe siècles en Chine. Deux rapports sur la pratique chinoise de cette inoculation ont été reçus par la Royal Society de Londres en 1700.

À la fin des années 1760, alors qu'il étudiait son futur métier de chirurgien / apothicaire, Edward Jenner connut l'histoire, courante dans les zones rurales, que les travailleurs laitiers n'avaient jamais la variole humaine, souvent fatale ou défigurante, parce qu'ils avaient déjà contracté la variole de la vache (la vaccine) qui était beaucoup moins violente chez l'homme. En 1796, Jenner a pris du pus de la main d'une laitière ayant la vaccine, l'a gratté dans le bras d'un garçon de 8 ans, James Phipps. Six semaines plus tard, il lui a inoculé la variole humaine : celui-ci ne l'a pas développé. Jenner a rapporté en 1798 que l'inoculation de son produit était sans risque, chez les enfants comme chez les adultes, cette vaccination étant beaucoup plus sûre que l'inoculation de la variole humaine. Cette dernière pratique pourtant alors usuelle, a ensuite été interdite en Angleterre en 1840.

La seconde génération de vaccins a été introduite dans les années 1880 par Louis Pasteur qui a développé des vaccins contre le choléra et contre l'anthrax du poulet. À partir de la fin du XIXe siècle, les vaccins étaient considérés comme une question de prestige national et des lois sur la vaccination obligatoire ont été adoptées.

Le XXe siècle a vu l'introduction de plusieurs vaccins efficaces, notamment ceux contre la diphtérie, la rougeole, les oreillons, le tétanos et la rubéole. Les principales réalisations comprennent le développement du vaccin contre la poliomyélite dans les années 1950. Grâce au vaccin l'éradication mondiale de la variole humaine a été obtenue dans les années 1970. Maurice Hilleman a été le plus prolifique des développeurs de vaccins au XXe siècle. Comme les vaccins sont devenus plus courants, de nombreuses personnes ont commencé à les tenir pour acquis. Cependant, les vaccins restent insaisissables pour de nombreuses maladies importantes, notamment l'herpès simplex, le paludisme, la gonorrhée et le VIH.

Opposition, controverse sur les vaccins et la vaccinationModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Parfois deux bactéries ou virus différents peuvent déclencher la même réponse immunitaire (exemples : vaccine et variole).

RéférencesModifier

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Articles connexesModifier

BibliographieModifier

Liens externesModifier