Didier Raoult

infectiologue et virologue français

Didier Raoult
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Fonctions
Président
Fondation Méditerranée Infection
depuis
Directeur
Unité de Recherche sur les Maladies Infectieuses et Tropicales Emergentes (d)
-
Philippe Parola (d)
Président d'université
Université de la Méditerranée - Aix-Marseille II
-
Claude Mercier (d)
Biographie
Naissance
(68 ans)
Dakar
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Didier Raoult, né le à Dakar au Sénégal, est un infectiologue et professeur de microbiologie français. Il est spécialiste des maladies infectieuses tropicales émergentes à la faculté des sciences médicales et paramédicales de Marseille et à l'IHU Méditerranée Infection.

Lauréat du grand prix de l'Inserm en 2010, il décrit, avec son équipe marseillaise, des virus complexes. Il est l'un des chercheurs français les plus cités, avec de nombreuses publications scientifiques à son actif.

Connu pour son franc-parler et ses prises de position iconoclastes, il acquiert une notoriété médiatique internationale en 2020 quand, avec son équipe, il affirme avoir trouvé un traitement contre la maladie à coronavirus 2019.

Situation personnelleModifier

Le père de Didier Raoult est médecin militaire normand, fondateur de l'organisme de recherches sur l’alimentation et la nutrition africaines (Orana)[1],[2] et sa mère infirmière bretonne. La famille s'installe à Marseille en 1961.

Il effectue une partie de sa scolarité dans un lycée de Nice, puis dans un internat à Briançon[3]. Mauvais élève[2],[4], Didier Raoult part travailler à 17 ans[4], pendant deux ans, sur des bateaux (paquebot[4] et navire de la marine marchande[5]).

En 1972, il passe un baccalauréat littéraire en candidat libre puis s'inscrit en faculté de médecine[Laquelle ?] car « c’étaient les seules études que son père acceptait de financer »[2]. Il réussit l'internat et obtient un doctorat.

Marié en 1982 avec Natacha Caïn, psychiatre, il est père de trois enfants[6].

Carrière professionnelleModifier

Didier Raoult découvre un moyen de cultiver les rickettsies[2], ce qui lui permet de les étudier[7] et en 1983, il crée l'Unité des rickettsies[4]. Devenu professeur, il dirige des thèses sur les maladies infectieuses à la faculté des sciences médicales et paramédicales de Marseille[8]. Il est président de l'université de la Méditerranée Aix-Marseille II de 1994 (où il est élu face à Michel Fougereau)[9] à 1999[10].

Il dirige de 2008 à 2017 l'Unité de recherche sur les maladies infectieuses et tropicales émergentes (Urmite) à Marseille et à Dakar au sein du campus de Hann, de l'Institut de recherche pour le développement (IRD) et de l'université Cheikh-Anta-Diop (UCAD)[11].

Son équipe est à l'origine de la création de quelques start-ups[12]. Toutefois, en butte à des problèmes de financement, il critique le système « égalitariste » français et demande des évaluations individuelles[13].

Le , il reçoit le grand prix Inserm 2010 pour l’ensemble de sa carrière[14].

Grâce à la subvention la plus élevée accordée en France pour la recherche médicale (72,3 millions d’euros portés par l’ANR[15] dans le cadre du PIA (Programme investissements d'avenir)[16],[17], Didier Raoult fait construire un nouveau bâtiment pour accueillir l'IHU Méditerranée Infection, inauguré en 2018[18]. Cet institut est dédié au diagnostic, à la prise en charge et à l’étude des maladies infectieuses y compris les soins, la recherche et l’enseignement[19]. L'IHU Méditerranée Infection a pour membres fondateurs : université d'Aix-Marseille, Assistance publique - Hôpitaux de Marseille, BioMérieux, l'Établissement français du sang, l'IRD, le Service de santé des armées[20]. Il bénéficie de l'aide de l'Union européenne et du Fonds européen de développement régional ainsi que de nombreux partenariats[21].

Champs de rechercheModifier

Microbiologie cliniqueModifier

Didier Raoult s'est investi dans la microbiologie clinique[22],[23].

Son équipe a été une des premières à utiliser un séquenceur d'ADN dans un laboratoire de microbiologie clinique pour obtenir le séquençage de l'ARN ribosomique 16S afin d’identifier les bactéries[24].

Son laboratoire a ensuite été le premier à utiliser systématiquement le MALDI-TOF pour l’identification des bactéries en routine[25]. Puis Didier Raoult a été le premier à installer un laboratoire de Point of care (en) dans un hôpital[26],[27].

L’équipe de Didier Raoult rapporte des cas d'endocardites à hémoculture négative et déterminé les étiologies de bactéries fastidieuses ou détruites par les antibiotiques[28]. Elle a proposé un traitement spécifique des endocardites à hémocultures négatives[29] et présente également une nouvelle référence dans la prise en charge des endocardites[30]. Concernant les péricardites, l’équipe de Didier Raoult a rapporté des séries de péricardites permettant le diagnostic étiologique de ces infections et la découverte de virus jusque-là inconnus dans cette situation[31].

L’équipe de Didier Raoult travaille depuis 1984 sur les maladies transmises par les tiques et a produit un grand nombre de publications sur les domaines concernant les rickettsioses, les borrélioses et les bartonelloses.

Virus géantsModifier

Concernant les virus géants, il a identifié avec Bernard La Scola un virus géant d’amibe, mimivirus[32]. Depuis les recherches sur mimivirus se poursuivent avec la publication de son génome[33], la découverte de Spoutnik le premier virophage, c'est-à-dire un virus capable d'infecter un autre virus pour se reproduire[34]; la mise en évidence dans mimivirus d'un mécanisme de défense empêchant l’implantation du virophage dans l’usine à virus (MIMIVIRE)[35]; et enfin la mise en évidence que ce virophage pouvait s’intégrer aux cellules sous forme de pro-virophage et qu’il pouvait être associé à des transposon-like structures appelées transpovirons (en)[36]. Une équipe chinoise a prouvé en 2018 que l'activité enzymatique de MIMIVIRE est comparable à celle de CRISPR[37].

Par ailleurs, son équipe a découvert les Marseillevirus[38] et les Faustovirus (en)[39],[40]. Sa co-découverte (avec l'équipe de Jean-Michel Claverie et Chantal Abergel[41],[42]) des virus géants remet profondément en cause la classification des virus. Didier Raoult a plusieurs fois rapporté qu'il considérait que les virus géants sont d’une nature différente des autres virus et qu'ils constituent une 4e branche des microbes connue sous le nom de TRUC pour Things Resisting Uncompleted Classifications soit en français « choses résistantes aux classifications incomplètes »[43],[44].

En 2018, l'équipe en collaboration avec des chercheurs français, brésiliens et suédois, découvre deux souches de nouveaux virus géants, les Tupanvirus, les virus les plus longs de la virosphère actuellement connue, et qui présentent une nouvelle étape vers la compréhension du monde des virus géants[45].

Bactéries nouvellesModifier

Depuis les années 1990, il a identifié et décrit avec son équipe une centaine de nouvelles bactéries pathogènes[46]. Deux bactéries ont reçu son nom : Raoultella planticola (en) et Rickettsia raoultii (en)[47].

Rickettsies, bartonella, fièvre QModifier

Avec son équipe, il a identifié dix nouvelles espèces de Rickettsies pathogènes pour l'homme. Il a dirigé et coécrit deux revues de références[48],[49] et il a en particulier montré qu’à côté de la transmission par les poux, les puces et les tiques, une rickettsie est aussi susceptible d’être transmise par les moustiques, c'est le cas de Rickettsia felis (en) qui est l'espèce la plus commune sous les tropiques[50].

Le laboratoire est un centre national de référence (partenariat avec l'Institut de veille sanitaire) et centre collaborateur de l'OMS.

Pour les Bartonellas, l'équipe a été la première à identifier leur rôle dans les endocardites[51].

Pour la fièvre Q, maladie transmise par l'agent bactérien Coxiella burnetii, il a été amené à en redéfinir les critères de diagnostic, à décrire tous les aspects de la maladie et à mettre en évidence le rôle de la bactérie dans la genèse des lymphomes non hodgkiniens[52].

Il a mis en évidence, avec son équipe, le rôle des anticorps anti-phospholipide dans les endocardites à Coxiella burnetii[53] et dans les thromboses. Il a récemment décrit les endocardites aiguës[54] et redéfini les endocardites persistantes. Il a mis au point les stratégies thérapeutiques actuellement utilisées par le monde médical (doxycycline et hydroxychloroquine) en utilisant pour la première fois le plaquenil pour alcaliniser la vacuole acide dans laquelle vivent les bactéries afin de permettre l’activité des antibiotiques inhibés par cette acidité[55].

Maladie de WhippleModifier

Tropheryma whipplei, l'agent causal de la maladie de Whipple, décrite en 1907 par le docteur Georges Hoyt Whipple, a été isolé pour la première fois dans le laboratoire de Didier Raoult[56]. Son équipe est une des deux équipes mondiales à avoir séquencé le génome de la bactérie[57]. La découverte de Tropheryma whipplei a montré que la bactérie est relativement commune dans l'environnement ou sur les muqueuses des patients, sans nécessairement être associée à la pathologie[58].

Pour la maladie de Whipple il a mis en place le traitement devenu le traitement de référence par doxycycline et hydroxychloroquine[59] et décrit les formes aiguës de la maladie qui incluent les pneumopathies[60].

PaléomicrobiologieModifier

En collaborant avec des équipes d'anthropologues, Didier Raoult, Michel Drancourt et Gérard Aboudharam sont parmi les premiers à s’intéresser à la paléomicrobiologie. Ils ont développé une technique d'extraction d'ADN de la pulpe dentaire et établi le premier diagnostic rétrospectif de la peste du Moyen Âge dont une résurgence avait eu lieu à Marseille au début du XVIIIe siècle[61] puis la confirmation, sur des prélèvements de la peste du XIVe siècle, que Yersinia pestis est l'agent causal de la peste noire[62]. Ce travail a fait l’objet d’une contestation par Marcus Thomas Pius Gilbert (en)[63].

L’équipe de Didier Raoult a également mis en évidence que la peste justinienne était due elle-aussi à Yersinia pestis et son équipe a postulé que la transmission extrêmement rapide de cette bactérie était due à l’infection du pou qui a probablement joué le rôle de relais dans cette épidémie[64].

Ces techniques ont également conduit à la mise en évidence de la cause de la mort d'une partie des soldats de l'armée de Napoléon Ier au cours de la retraite de Russie à partir des fosses communes découvertes à Vilnius[65].

MicrobiogénomiqueModifier

En 1999, Didier Raoult décide de démarrer un nouveau programme de génomique et de l'appliquer à la microbiologie et aux maladies infectieuses. L'équipe a commencé avec Rickettsia conorii[66].

Culturomique microbienneModifier

La « culturomique microbienne »[67] est un champ d'étude ayant donné lieu à des publications par l’équipe de Didier Raoult (J.C. Lagier), recensées à partir de 2012[68]. Ces recherches ont été menées pour exprimer la multiplication des techniques de culture, identification par MALDI-TOF et confirmation par séquençage de l'ARN ribosomique 16S. L'équipe du professeur Raoult, qui a inventé le terme, l'a décrite dans un encart de la revue Science de mars 2018[69].

Cette nouvelle approche de la biodiversité est appliquée aux microbiotes humains. Ainsi dans l'étude décrite dans la revue Nature Microbiology (en) en 2016[70], près de 1 000 échantillons provenant du tube digestif humain (selles, estomac, intestin grêle et colon) ont été analysés, 1 170 bactéries différentes présentes dans le tube digestif ont pu être cultivées, dont 247 espèces de bactéries entièrement nouvelles. Par ailleurs, ont été isolées pour la première fois chez l'homme 269 bactéries qui étaient connues uniquement dans l’environnement et 250 bactéries qui avaient déjà été isolées chez l’homme mais jamais dans le tube digestif. L’ensemble de ces nouvelles espèces de bactéries sont disponibles dans des collections de souches internationales (Collection de Souches de l’Unité des Rickettsies, et Deutsche Sammlung von Mikroorganismen und Zellkulturen).

Après un travail réalisé par le laboratoire et publié dans Clinical Microbiology and Infection en septembre 2012[71], l'équipe considère que cette approche du microbiote digestif a amené à repenser le rôle du microbiote dans la malnutrition[72].

Selon lui ou son équipe, cette production à haut débit d’espèces nouvelles, a rendu obligatoire la création d’une nouvelle approche de la description des espèces appelée Taxonogénomique[73],[74].


Culturomics, microbiotes et cancerModifier

Didier Raoult développe entre 2015 et 2018, en collaboration avec d'autres équipes, des recherches sur les relations entre microbiote et cancer, en particulier sur les modifications du système immunitaire selon la composition du microbiote intestinal[75],[76]. En effet, la structure du microbiome peut induire des modifications du système immunitaire et moduler la pharmacodynamique des médicaments chimiothérapeutiques et ainsi la réponse des malades aux thérapies[69].

Étude sur les probiotiquesModifier

L'un des champs de recherche développé par Didier Raoult est très controversé, mais représente selon lui une question majeure de santé publique. Il concerne les manipulations de la flore intestinale et l'obésité[77].

Dans la revue scientifique Nature Reviews Microbiology[78] de septembre 2009, Didier Raoult indique : « les yaourts et les boissons lactées aux probiotiques, depuis près de vingt ans, auraient leur part de responsabilité dans l'épidémie d'obésité… »

Il affirme que « les probiotiques sont utilisés comme promoteurs de croissance dans le secteur agricole. De nouvelles études devraient être effectuées pour confirmer qu'ils soient sûrs pour l'usage chez l'homme ».

VIH en route vers l'endogénéisationModifier

Un travail conduit par Didier Raoult et publié en 2014 fait l’analogie entre l’évolution de rétrovirus du koala (en)[79] actuellement en cours d’endogénéisation et une apparente guérison spontanée de l’infection par le VIH chez deux patients jamais traités par antirétroviraux et n’ayant aucun symptôme clinique lié au VIH ni aucun acide nucléique VIH détectable dans le sang par les tests diagnostics standards. Les séquences VIH obtenues chez ces deux patients à l’aide de techniques modernes de séquençage ont montré que les gènes VIH étaient inactivés par le remplacement des codons tryptophane par des codons-stop, ce qui est probablement dû à l’action d’une enzyme cellulaire, APOBEC (en)[80].

Prises de positionModifier

Les prises de position de Didier Raoult, médecin sûr de lui[81] multipliant les interventions sur les médias, sont qualifiées de parfois iconoclastes, mais à coup sûr de polarisantes, ce qui lui vaut de soutiens hétéroclites, dont celui de nombreux conspirationnistes et autres amateurs de la théorie du complot[82],[83].

Actualité politiqueModifier

Le professeur Didier Raoult intervient régulièrement dans les médias. Il anime une chronique, où il commente entre autres l’actualité politique, dans le journal Le Figaro de 1998 à 2001[84], puis dans le magazine Le Point[85] de 2011 à 2018[86] et depuis 2017, environ trimestriellement, dans le quotidien Les Échos[87].

Hiérarchisation des risques : ce qui arrive contre ce qui pourrait arriverModifier

Lors de ses interventions dans le débat public, Didier Raoult plaide pour une hiérarchisation des risques, en donnant moins de priorité aux risques « qui pourraient arriver », fruits de modèles prédictifs (épidémie mondiale, bioterrorisme, crises liées au réchauffement climatique), et plus de priorités aux risques « qui arrivent » tels les décès liés au sucre, au sel, au tabac. Il consacre son ouvrage Votre santé à cette question[88].

Par exemple, dans un article du 25 janvier 2015, il compare la mortalité des déplacements à vélo, selon lui plus importante que celles qui ont une place de choix dans les médias, telles que « la crise de la vache folle, la grippe aviaire, Ebola, le bioterrorisme, le Chikungunya, le SRAS et le coronavirus du Moyen-Orient »[89].

Pandémie de Covid-19Modifier

Le , sur la chaîne YouTube de l'IHU, Didier Raoult relativise la portée la pandémie de maladie à coronavirus de 2020 en France en affirmant : « Il y a trois Chinois qui meurent et ça fait une alerte mondiale. L’OMS s’en mêle, on en parle à la télévision et à la radio. Tout cela est fou, il n’y a plus aucune lucidité »[3],[90]. Début février dans le JDD, il persiste : « ce virus n'est pas si méchant »[91],[92].

Il annonce la « fin de partie » pour le coronavirus le , estimant que l'hydroxychloroquine (un médicament apparenté à l'antipaludéen chloroquine) est « probablement le traitement le moins cher et le plus simple pour traiter le coronavirus de la Covid-19 »[92],[93],[94]. Sa prise de position[95] fait suite à deux communications chinoises : la première le faisait état d'une grande efficacité in vitro, la seconde le de résultats préliminaires positifs sur une centaine de malades[96]. Elle fait l'objet de nombreuses mises en garde[97], en raison de nombreux échecs à traiter d'autres virus suite à des résultats in vitro pourtant prometteurs, de l'absence de données cliniques et de contre-indications, effets secondaires, risques de surdosage et problèmes d'interactions médicamenteuses connus[92],[98]. Le , une première étude randomisée chinoise effectuée sur une petite cohorte de patients ne démontre pas l'efficacité de l'hydroxychloroquine sur le Covild 19[99]. Le ministère de la Santé affirme alors qu’aucune étude rigoureuse, publiée dans une revue internationale à comité de lecture indépendant, ne démontre l’efficacité de la chloroquine pour soigner le coronavirus[100].

Didier Raoult reçoit des menaces de mort, les et , pour le dissuader de préconiser la chloroquine[101].

Le , Didier Raoult devient l'un des 11 experts choisis pour faire partie du conseil scientifique Covid-19, chargé d'éclairer les décisions à prendre par les autorités pour lutter contre la pandémie en France[102], mais il n'assiste à aucune des séances et annonce le 24 mars qu'il refuse d'y participer[103],[104],[105]. Il se positionne rapidement à contre-courant de la politique de faible dépistage et se désolidarise des mesures de confinement prises en France[106], jugeant que la mortalité due à la maladie est peu significative eu égard à sa faible létalité enregistrée, et qui concerne alors dans sa zone géographique (PACA) seulement deux personnes de plus de 87 ans pour cent vingt cas confirmés. Il blâme l'intense surmédiatisation du virus sans base scientifique, en comparant ces chiffres à ceux du Diamond Princess[107].

Le , il diffuse une vidéo enregistrée devant ses étudiants dans laquelle il annonce les résultats positifs de sa propre étude clinique[92],[108],[109], qui seront publiés le .

Dans un premier temps, l'hydroxychloroquine ne fait pas partie des médicaments testés dans le premier essai clinique national annoncé le . La justification alors donnée est le risque d'interaction médicamenteuse avec les traitements de réanimation, les effets secondaires et l'absence de l'hydroxychloroquine sur la liste des traitements prioritaires recommandés par l’OMS[110]. Néanmoins, le , le ministre de la santé Olivier Véran, jugeant « prometteurs » les résultats de Didier Raoult et son équipe, donne l'autorisation pour que d'autres équipes entreprennent un essai plus vaste dans « les plus brefs délais »[111].

Le , Donald Trump déclare qu'il a « approuvé » le recours à l'hydroxychloroquine qui a selon lui « montré des résultats préliminaires très encourageants » pour lutter contre la Covid-19[112]. Selon toute vraisemblance il fait référence et a été influencé par les travaux de Didier Raoult[113]. Il est immédiatement tempéré par la FDA, qui souhaite prendre plus de temps pour évaluer ce traitement et lancer « un essai clinique étendu »[114],[115].

Le , les résultats préliminaires de cette expérimentation sont publiés sous le titre « Hydroxychloroquine and Azithromycin as a treatment of COVID-19: preliminary results of an open-label non-randomized clinical trial », sous forme d'une « pré-publication » non validée par les pairs sur le site MedRxiv[116], et dans le journal International Journal of Antimicrobial Agents[117]. Des critiques principalement axées sur la faiblesse méthodologique de l'étude sont émises par la communauté scientifique[3],[118],[119],[120], par le conseil scientifique Covid-19[121], et commentées sur le site PubPeer[122].

L'hydroxychloroquine rejoint de nombreux essais cliniques rigoureux[92], y compris l'essai clinique européen Discovery[123],[124] dont elle avait été exclue dans un premier temps[125],[126]. Les annonces de Didier Raoult compliquent leur réalisation, des patients exigeant d'être traités à l'hydroxychlorine[127].

L'équipe de Raoult annonce le qu'elle proposera à tous les patients infectés un traitement en associant l'hydroxychloroquine et l'antibiotique azithromycine, hors AMM[128],[129]. Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) recommande de ne pas utiliser cette molécule dans ce contexte, à l’exception de formes graves hospitalières de la maladie[92]. Le 23 mars, le ministre de la Santé français annonce qu'il autorise l'usage de l'hydroxychloroquine hors AMM pour la Covid-19 dans ses « formes graves, hospitalières, sur décision collégiale des médecins et sous surveillance stricte » (autorisation effective le 26 mars 2020[130],[131]). Elle reste déconseillée dans les autres cas, dans l'attente de preuves de son efficacité[132].

La semaine du 23 mars, Didier Raoult et l'hydroxychloroquine envahissent les médias et les réseaux sociaux[133].

Didier Raoult continue de défendre le traitement qu'il propose pour « les cas modérés à sévères. Quand les patients sont en réanimation, c’est trop tard »[134]. Le 27 mars, il publie sur le site de l’IHU le résultat de sa nouvelle étude sur l'effet de l'association hydroxychloroquine + azithromycine sur 80 patients dont une majorité avec un faible score d'alerte précoce (en) au moment de l'admission, étude qui selon lui démontre l'efficacité du protocole[135],[136] ; elle est rapidement critiquée, d'une part parce que la majorité des patients se remettent de la maladie avec ou sans traitement, d'autre part parce qu’elle ne comporte pas de comparaison avec un groupe de contrôle[124],[137]. Rony Brauman, directeur d'études et ancien président de Médecins sans frontières, considère alors que « la façon dont Didier Raoult a présenté la chloroquine comme un médicament miracle appartient plus à un prophète qu'à un spécialiste de santé. [...] Didier Raoult a un passé de chercheur sérieux, mais son personnage de génie autoproclamé n'incite pas à la confiance. Quant à la validité de son essai, elle a été très précisément analysée »[138].

Certains médecins, comme l’ancien ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy[139] ou le chef de service des urgences de l'hôpital européen Georges-Pompidou Philippe Juvin[140], apportent leur soutien à Didier Raoult et demandent la généralisation de l'utilisation du Plaquenil en ville. Néanmoins, la Revue Prescrire signale que l'hydroxychloroquine pourrait aggraver la Covid-19[141], tandis que des centres de pharmacovigilance font état d'intoxications cardiaques mortelles dues à l'utilisation du Plaquenil en automédication ou à l’hôpital[142],[143].

ControversesModifier

Changement climatiqueModifier

En 2013, Didier Raoult publie un article où il fait part de son scepticisme face aux modèles mathématiques de prédiction du climat[144]. Il dit notamment que les modèles mathématiques sont la version moderne de la divination. Dans un article du [145], il note ironiquement, à propos de la « pause » constatée dans le réchauffement climatique depuis la fin des années 1990, que « la nature a oublié d’obéir aux prédictions. » Dans la même publication, au sujet d'un article paru peu avant dans la revue Nature et selon lequel la température globale de la Terre ne serait plus le bon indicateur du réchauffement climatique, il fait ce commentaire : « Il vaut mieux casser le thermomètre qui vous contredit ! »

Dans Le Point, en juin 2014, il estime qu’« après une poussée thermique notable dans les années 1990, la Terre a globalement arrêté de se réchauffer depuis 1998. » Il conclut que « le réchauffement climatique est incertain et la responsabilité de l’homme discutable[146]. »

Stéphane Foucart, journaliste scientifique au Monde, le critique comme faisant partie de ceux qui propagent les « hoax climatiques »[147].

Accusations de fraudes scientifiquesModifier

Selon plusieurs journalistes scientifiques, plusieurs articles publiés par Didier Raoult et ses équipes à partir de 2005 présentent des problèmes de méthodologie et de falsification ou manipulation des données. Une de ces études, concernant le typhus, vaut en 2006 aux cinq auteurs de l'article, dont Didier Raoult, d'être bannis de publication une année durant de toutes les revues éditées par la Société américaine de microbiologie[148],[149],[150],[90].

Accusations de sexisme au sein de son unitéModifier

Dans une lettre anonyme, datée du et adressée aux comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de l'Inserm, du CNRS, et de l'université d'Aix-Marseille, douze ingénieurs et personnels techniques mettent en évidence de graves dysfonctionnements au sens de l'Urmite et de ses unités filles, et dénoncent des conditions de travail déplorables et une situation « insupportable et dégradante ». En outre, ils dénoncent l'absence totale de reconnaissance et de considération, le comportement inapproprié, par des humiliations, altercations verbales et menaces répétées, de certains personnels et directeurs de recherche, l'absence de représentants élus, ainsi que des conditions de travail « en dehors de toute règles »[151],[152],[153],[154].

Le 23 novembre 2017, la CGT-FERC dénonce des pratiques de gestion du personnel bien ancrées, à l'origine du mécontentement de certains membres du personnel, citant, encore une fois, le manque de reconnaissance envers les personnels techniques, dont l'avis et l'expertise sont souvent ignorés, ou encore des décisions prises unilatéralement et en dehors de toute règle élémentaire d'hygiène et de sécurité. La CGT-FERC dénonce en outre la peur de représailles, et le sentiment d'impunité chez certains cadres de l'unité. En particulier, ce communiqué souligne qu'à la connaissance du syndicat, au moins six femmes ont eu à subir, au sein de l'Urmite, des faits de harcèlement sexuel, et dénonce que Didier Raoult n'ait ni fait remonter les faits à sa hiérarchie (conformément à l'article 40), ni même séparé la victime de son agresseur, installées dans des laboratoires contigus[155].

Didier Raoult nie la présence de tout climat malsain au sein de son unité. D'après lui, ces accusations seraient le résultat d'une minorité de détracteurs, jaloux du succès du l'IHU[152],[156]. En ce qui concerne les accusations de harcèlement et agressions sexuelles, il affirme avoir réglé le problème et dénonce que le CNRS aie voulu rendre justice lui-même en révoquant le chercheur accusé de harcèlement[157].

Après enquête, les CHSCT de l'Inserm, du CNRS, de l'université d'Aix-Marseille, et de l'Institut de recherche pour le développement (IRD) confirment les faits dénoncés par le personnel de l'unité, mentionnant notamment un harcèlement quotidien de la part de Didier Raoult et de ses collaborateurs, des conditions de travail déplorables, au niveau des amplitudes de travail, des locaux et des rapports hiérarchiques, ainsi que des manquements graves et répétés aux règles de sécurité, pourtant extrêmement strictes en ce qui concerne les agents pathogènes manipulés dans ce genre d'installations[158],[159].

Relations avec les institutionsModifier

Didier Raoult attribue à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) la perte d'influence de la recherche médicale française dans le monde considérant que « l’Inserm ne finance pas la recherche médicale, mais la recherche à propos de la médecine ». Ses tribunes dans la presse ont augmenté de violence avec la nomination d'Yves Lévy à la tête de l'organisme en 2014. Depuis longtemps Didier Raoult critique l'engagement de fonds colossaux dans la recherche d'un vaccin contre le sida, domaine d'expertise d'Yves Lévy. La nomination d'Agnès Buzyn, épouse d'Yves Lévy, au poste de ministre de la Santé est suivie d'une décision ministérielle le visant à ramener les Instituts hospitalo-universitaires (IHU) dans le giron de l'Inserm tout en divisant leurs crédits par deux, le tout selon les critères demandés par son mari, alimentant le soupçon de conflit d'intérêts. Raoult, très attaché au statut de « fondation » des IHU, est soutenu par le neuroscientifique Richard Frackowiak qui démissionne « avec fracas » le de la présidence du jury international des IHU déclarant : « J'avais vu les liens entre le ministère et l'Inserm. J'ai alors présenté ma démission en défendant le modèle des IHU et les 200 millions qu’on nous prenait. Finalement j’ai obtenu gain de cause car leur position était intenable » [160],[161].

En 2018, le label de l'Inserm est refusé aux unités de recherches de Dider Raoult, en raison d'une mauvaise évaluation par le Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (HCERES) et d'accusations de harcèlement à l'IHU[3]. Ni Agnès Buzyn, ni Frédérique Vidal ne sont présentes à l'inauguration des nouveaux locaux[157]. Cette non-labellisation de ses unités de recherche et le mépris qu'il affiche à l'encontre d'un certain monde de la recherche médicale pourraient expliquer que son annonce du de résultats « prometteurs » de la chloroquine sur la maladie à coronavirus 2019 ait été largement ignorée[161].

Publications et ouvragesModifier

Didier Raoult est classé parmi les dix premiers chercheurs français par la revue Nature pour le nombre de publications (plus de deux mille à son actif) comme pour le nombre de citations reprenant ses travaux[13]. Par ailleurs, selon la source ISI Web of Knowledge Didier Raoult est un des chercheurs qui publie le plus en France[162]. Rien que pour l'année 2013, il signe 185 publications, soit une tous les deux jours environ.

Début 2019, sur Google Scholar citations, il cumule plus de 135 397 citations et un indice h de 166[163].

Il figure par ailleurs dans la liste des « Highly Cited Researchers » de Clarivate Analytics[164], qui répertorie les chercheurs qui influencent le plus la recherche dans leurs domaines, et dont les publications sont parmi les 1 % les plus consultées dans les revues académiques. Il y apparaît comme l'un des 99 microbiologistes mondiaux et l'un des 73 scientifiques français les plus hautement cités[165],[166].

Il fait également partie de la liste des 400 auteurs les plus cités du domaine biomédical[167].

Selon l'analyse des publications de 2007 à 2013, par Kathleen Gransalke, pour Labtimes en février 2017, Didier Raoult apparaît au sommet du classement européen avec 18 128 citations[168].

À la demande du ministre de la Santé, Jean-François Mattei, il rédige un rapport, publié en juillet 2003, visant à élaborer un plan d’action en cas d’attaque bioterroriste ou de retour d’épidémies[169]. Selon celui-ci, la France n'est pas préparée « à un problème d'épidémie massive »[170].

Livres publiésModifier

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  • Arrêtons d'avoir peur ! : santé, environnement, climat, flux migratoires et société : la science vous aide à y voir clair, Neuilly-sur-Seine, Éditions Michel Lafon, , 347 p. (ISBN 978-2-7499-3003-9, notice BnF no FRBNF45031036, lire en ligne)
  • Mieux vaut guérir que prédire : santé, société, vivre ensemble, Neuilly-sur-Seine, Éditions Michel Lafon, , 280 p. (ISBN 978-2-7499-3149-4, notice BnF no FRBNF45184038, lire en ligne)
  • Didier Raoult et Olivia Recasens, La vérité sur les vaccins : tout ce que vous devez savoir pour faire le bon choix, Neuilly-sur-Seine, Éditions Michel Lafon, , 221 p. (ISBN 978-2-7499-3136-4, notice BnF no FRBNF45424036, lire en ligne)
  • Hervé Vaudoit, L'IHU méditerranée infection - Le défi de la recherche et de la médecine intégrée, Éditions Michel Lafon, , 267 p. (ISBN 9782749933832, lire en ligne [Kindle])
  • Didier Raoult, Epidémies : vrais dangers et fausses alertes, Éditions Michel Lafon, (ISBN 9782749944241)

DistinctionsModifier

Prix et récompensesModifier

DécorationsModifier

RéférencesModifier

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