Tchao Pantin

film de Claude Berri, sorti en 1983
Tchao Pantin
Description de l'image Tchao Pantin Logo.jpg.

Réalisation Claude Berri
Scénario Claude Berri
Alain Page
Musique Charlélie Couture
Acteurs principaux
Sociétés de production Renn Productions
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Drame
Durée 100 minutes
Sortie 1983


Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Tchao Pantin est un film dramatique français écrit et réalisé par Claude Berri, sorti en décembre 1983. Adaptation cinématographique du roman du même nom d'Alain Page, dont il a écrit les dialogues, le film narre l'histoire d'un pompiste alcoolique et dépressif décidé à venger la mort du jeune trafiquant de drogue avec lequel il s'était lié d'amitié, assassiné à la suite d'un règlement de comptes.

Le film met en scène Coluche dans un rôle à contre-emploi[1],[2] et le premier dans un registre dramatique, mais aussi Richard Anconina, dont c'est le premier rôle important, Agnès Soral et Philippe Léotard. Tchao Pantin est tourné entre mai et juin 1983 dans un climat lourd[3], alors que Coluche traverse une période difficile dans sa vie personnelle, qui a toutefois permis à l'acteur de livrer une intense performance. Le long-métrage rencontre un énorme succès public avec près de quatre millions d'entrées, mais aussi critique.

Nommé dans douze catégories à la 9e cérémonie des César, le film est l'un des plus primés avec cinq récompenses, dont le César du meilleur acteur pour Coluche, en mars 1984.

Résumé détailléModifier

À Paris dans le 18e arrondissement. Homme d'âge mur n'ayant pas d'attaches et noyant sa solitude dans l'alcoolisme et la dépression, Lambert travaille comme pompiste de nuit dans une station-service. Un soir, il fait la connaissance de Youssef Bensoussan, un jeune marginal mi-juif mi-arabe, qui vivote en revendant des petits doses de drogue, venu se réfugier dans la station-service afin de se faire ravitailler mais aussi pour éviter une patrouille de police qui le prenait en filature. Le courant passe entre les deux hommes, qui se lient rapidement d'amitié et se retrouvent tous les soirs dans la station-service pour discuter, Lambert se permettant même de donner des conseils au jeune Bensoussan, bien que parfois maladroits, notamment sur sa relation avec la jeune punk Lola, rencontrée dans un bar tabac alors qu'il se déplaçait avec la moto de Rachid. Bien que ne tolérant pas les activités du jeune homme, Lambert s'est toutefois attaché à ce dernier et veut le protéger car Benoussan n'hésite pas à prendre des risques, quitte à se faire tabasser par les hommes de main de son pourvoyeur, Rachid, notamment pour avoir emprunté sa moto afin de frimer auprès de Lola.

Un soir, après que Bensoussan s'est fait voler sa marchandise, Lambert se propose de l'aider financièrement pour rembourser Rachid. Plus tard, Bensoussan, poursuivi par les hommes de Rachid venus le corriger, débarque paniqué à la station-service pour demander de l'aide à Lambert, qui ne peut empêcher le jeune homme de se faire tuer sous ses yeux. Sous le choc du meurtre de Benoussan, Lambert se met en congés et décide de venger celui qui est devenu son ami après avoir compris qu'il a été la victime d'un règlement de comptes. Lors d'une visite de l'inspecteur chargé de l'enquête, Bauer, à son domicile, il est révélé que Lambert fut autrefois un inspecteur de police qui a tout plaqué suite au décès de son fils d'une overdose qu'il n'a pas su éviter. Pour cela, il retrouve la piste de Lola et la persuade de l'aider dans sa quête. Bien qu'au début réticente, Lola met Lambert sur la piste de Mahmoud, l'un des assassins de Bensoussan. Lambert abat Mahmoud, tandis que Lola, tout aussi paumée que l'était Benoussan, n'hésite pas à suivre le pompiste, auquel elle commence à s'attacher.

Tout en étant aidé indirectement par Bauer, prêt à tout pour démanteler le réseau dont faisait partie Bensoussan et après avoir appris qu'il est devenu une cible après que le collègue qu'il a remplacé a été torturé et tué à sa place, Lambert se rend au bistrot de Rachid et le tue d'un coup d'arme à feu avant de mettre le feu au bar et de quitter les lieux. Bien que Lambert soit devenu le principal suspect des exécutions de Mahmoud et Rachid, Lola lui fournit un alibi lors d'une nouvelle visite de Bauer. Bien que Lola tente de l'en empêcher, Lambert se rend chez le grossiste du réseau, Sylvio, mais se résout à ne pas l'éliminer.

Lambert retourne chez lui et retrouve Lola, avec laquelle il passe la nuit. Ce dernier lui fait part des raisons de sa solitude, causé par le chagrin de la perte de son fils. Alors qu'il s'apprête à fuir avec Lola, Lambert est abattu de deux balles devant la porte de son appartement, sous le regard bouleversé de la jeune femme, qui s'empare de l'arme de Lambert et commence à tirer.

Fiche techniqueModifier

DistributionModifier


ProductionModifier

DéveloppementModifier

En 1982, lors d'un voyage en train, le producteur Christian Spillmaecker lit plusieurs romans, dont Tchao Pantin d'Alain Page, récemment publié[4]. Spillmaecker est emballé par l'histoire de Lambert, ancien flic dépressif devenu pompiste porté sur la boisson, résolu à retrouver les assassins d'un petit dealer qu'il identifie à son fils[4]. Le producteur passe in extremis le livre à Claude Berri. Bien que peu enthousiaste, Berri entrevoit en Lambert un rôle pour Coluche, avec lequel il avait tourné Le Pistonné et Le Maître d'école (Berri a également produit quelques films avec Coluche) et achète les droits du roman[4]. Il passe le sujet à l'acteur qui dans un premier temps refuse un rôle aussi noir[4].

Selon Fred Romano, la compagne de Coluche à l'époque, ce dernier « était bourré de complexes » et ne « voulait pas être attrapé dans un jeu où il n'aurait pas les commandes »[4]. Toutefois, Coluche devant une importante somme d'argent aux impôts, il signe pour jouer Lambert, mais le cœur n'y est pas. En effet, l'acteur traverse une mauvaise passe : sa femme Véronique l'a quitté avec ses deux enfants et son ami Patrick Dewaere s'est suicidé avec la carabine qu'il lui avait offerte[4]. Rongé par le remords et le chagrin amoureux, miné par les dettes, Coluche plonge dans la drogue[4]. Cette mauvaise passe va renforcer le caractère du personnage[4].

Le rôle du jeune Bensoussan, petit dealer qui va se lier d'amitié avec Lambert, est confié à Richard Anconina, alors peu connu du grand public. Pour le rôle de Lola, jeune punk qui s'est entichée de Bensoussan puis de Lambert, le rôle est confié à Agnès Soral, qui avait tourné sous la direction de Berri dans Un moment d'égarement. Le policier chargé de l'enquête, est incarné, quant à lui par Philippe Léotard.

TournageModifier

Le tournage débute le à Paris[5] avec les décors qui sont assurés par Alexandre Trauner. La station-service, aujourd'hui disparue[6] (éclairée au néon, sur l'idée du chef-opérateur Bruno Nuytten), se trouve rue Pajol, à deux pas du métro La Chapelle[7]. Le film est également tourné à Belleville[7].

Tourné de nuit dans une ambiance volontairement cafardeuse, le film est compliqué par Coluche dont l'état oblige parfois à le filmer de dos[4]. De plus, l'acteur ne quitta pas sa veste de pompiste hors tournage[8]. Soral, pour se fondre dans son rôle, vit pour sa part en punk et se laisse maigrir[4]. L'actrice, dans une interview au Figaro plus de trente ans après la sortie du film, dira avoir vécu une « histoire d'amitié » avec Coluche[9]. D'après Soral, pour qui son mal-être était encore inconscient mais existait durant le tournage, les acteurs étaient en souffrance : outre Coluche, Anconina sortait d'une histoire d'amour, tout comme Léotard, qui venait de se séparer avec Nathalie Baye, mais aussi Berri qui vivait un épisode sentimental compliqué[9].

En ce qui concerne la gifle que Coluche donne à Richard Anconina, ce dernier a indiqué qu'elle était bien réelle[10]. Dans un premier temps toutefois, Coluche n'avait pas osé le frapper suffisamment fort et ce dernier lui avait alors demandé de lui donner une vraie gifle[10],[11].

La séquence du concert de punk se tient au « Gibus » (qui s'appelait alors « Le Petit Gibus », décrit dans le film comme « un bar de punks à République »), minuscule salle de concert parisienne connue à l'époque pour être le CBGB's parisien. Le groupe qui joue dans le film est un célèbre groupe de punk des années 1980, La Horde, et son chanteur Gogol Premier[11],[12].

Les prises de vues dans les coins malfamés du nord de Paris ne se font pas sans encombre, en raison de la gêne que représente l'équipe de tournage pour les petits trafics, mais des arrangements sont finalement trouvés[4].

Le film a été tourné à Paris :

Sortie et réceptionModifier

Claude Berri lui-même a insisté pour que le film, tourné en , sorte dès le mois de décembre de la même année afin de pouvoir concourir aux Césars de mars 1984 : il pressentait que Coluche serait récompensé[8].

Sorti en salles le en France, Tchao Pantin démarre en troisième position du box-office la semaine de sa sortie avec plus de 433 000 entrées, derrière Blanche-Neige et les Sept Nains et Les Compères[13]. La semaine suivante, le film reste toujours en troisième place, tout en étant vu par 851 188 entrées depuis sa sortie, dont 417 690 entrées à cette période[14]. La semaine du , Tchao Pantin monte en seconde place derrière Rue Barbare, qui vient de sortir, avec 383 850 entrées, permettant au film d'enregistrer un total de 1 235 038 entrées[15]. Le long-métrage atteint les 2 millions d'entrées début [16]. Alors qu'il poursuit de manière modeste sa carrière en salles tout le mois de février, Tchao Pantin remonte à la neuvième place à la suite de son triomphe aux Césars en , qui lui permet de s'approcher des 2 400 000 entrées[17]. La semaine suivante, il remonte à la troisième place du box-office avec 224 565 entrées, portant le total à 2 600 970 entrées[18]. Le film passe le cap des 3 millions d'entrées la semaine du , avant de quitter le top 30 fin [19]. Le film bénéficie d'une reprise en salles à l'été 1986, suite au décès de Coluche, qui lui permet de retourner dans le top 30 hebdomadaire passer le cap des 3,5 millions d'entrées la semaine du 25 juin 1986, seulement quelques jours après la mort de l'acteur[20]. Début août 1986, le film est toujours dans le top 30 et a atteint le 3,7 millions d'entrées[21].

Au final, il rencontre un succès commercial avec 3 829 139 entrées, dont 856 133 entrées à Paris, se classant à la huitième position des films ayant fait le plus d'entrées l'année de sa sortie[22].

Box-office détaillé des premiers mois d'exploitation du film, semaine par semaine, en France
Sources : « BO hebdo France 1983» et « BO hebdo France 1984 » sur Les Archives du box-office , d'après le CNC.
Semaine Rang Entrées Cumul no 1 du box-office hebdo.
1 du 21 au 3e 433 123 433 498 Blanche-Neige et les sept nains (reprise)
2 du au 3e 417 690 851 188 Blanche-Neige et les sept nains (reprise)
3 du 4 au 2e 383 850 1 235 038 Rue Barbare
4 du 11 au 4e 252 453 1 487 491 Canicule
5 du 18 au 4e 216 649 1 704 140 Le Bon plaisir
6 du 25 au 6e 172 495 1 876 635 Le Joli Cœur
7 du 1er au 9e 133 795 2 010 430 Le Joli Cœur
8 du 8 au 14e 103 731 2 114 161 Gwendoline
9 du 15 au 14e 88 745 2 202 906 Emmanuelle 4
10 du 22 au 14e 70 736 2 273 642 L'Ascenseur
11 du 29 février au 9e 102 763 2 376 405 L'Ascenseur
12 du 7 au 3e 224 565 2 600 970 Vive les femmes !
13 du 14 au 6e 178 898 2 779 868 L'Enfer de la violence
14 du 21 au 8e 143 501 2 923 369 Merlin l'enchanteur (reprise)
15 du 28 mars au 9e 112 604 3 035 973 Les Morfalous
16 du 4 au 10e 91 495 3 127 468 Les Morfalous
17 du 11 au 15e 52 357 3 179 825 Aldo et Junior
18 du 18 au 23e 24 181 3 204 006 Viva la vie
19 du 25 au indeterminé Viva la vie
20 du 2 au indeterminé Viva la vie
21 du 9 au indeterminé Fort Saganne
22 du 16 au indeterminé Fort Saganne
23 du 23 au indeterminé Fort Saganne
24 du 30 au indeterminé Fort Saganne
25 du 6 au indeterminé Pinot, simple flic
26 du 13 au indeterminé Pinot, simple flic
27 du 20 au indeterminé Pinot, simple flic
28 du 26 au indeterminé Pinot, simple flic
29 du 3 au 28e 14 363 3 298 983 Cannonball 2
30 du 11 au 25e 20 494 3 319 477 À la poursuite du diamant vert
31 du 18 au 21e 23 867 3 343 344 À la poursuite du diamant vert
32 du 25 au indeterminé À la poursuite du diamant vert
33 du 1er au indeterminé À la poursuite du diamant vert
34 du 8 au 25e 23 755 3 396 355 Liste noire
35 du 15 au 29e 18 296 3 414 651 À la poursuite du diamant vert

DistinctionsModifier

Tchao Pantin a reçu cinq Césars en 1984 :

Autour du filmModifier

  • L'expression « Tchao Pantin », désormais tombée en désuétude, était une expression populaire au début des années 1980 (l'équivalent de « salut mon pote »). Dans le film, cette phrase est prononcée par Bensoussan à l'adresse de Lambert avant son agression et finalement sa mort.
  • Le film donne également une image du Paris « crasseux » des années 1980 (Barbès, République ou Bastille), aujourd'hui rénové et réhabilité mais qui a perdu son caractère populaire historique.
  • Deux titres de l'album Hagda du groupe Raïna Raï furent utilisés dans la bande originale.


Notes et référencesModifier

  1. « Patrick Stewart, Coluche, Kidman : les meilleurs contre-emplois du cinéma », sur Le Point, (consulté le 23 juin 2020).
  2. Rania Hoballah, « 3 choses à savoir sur "Tchao Pantin", ce lundi soir sur Arte », sur Lci.fr, (consulté le 23 juin 2020).
  3. « Tchao Pantin : pourquoi Coluche était au plus mal pendant le tournage (...) », sur Toutelatele.com, (consulté le 23 juin 2020).
  4. a b c d e f g h i j et k Olivier Petit, « Tchao Pantin » : un film culte né dans la douleur, Télé Star, N° 2032, , p. 63 (lire en ligne).
  5. Fiche BiFi
  6. http://www.parisfaitsoncinema.com/autour-du-cinema/les-classiques/coluche-pompiste-tragique-du-18eme-arrondissement-dans-tchao-pantin.html
  7. a et b Jacques Morice, « “Tchao Pantin” : le rôle d'une vie, le rôle d'une ville », sur Télérama, 7 mai 2017 (m-à-j le 1er février 2018 (consulté le 20 avril 2019)
  8. a et b Thierry Chèze, « Coluche, le maître du comique en 11 films », sur L'Express, (consulté le 6 avril 2014)
  9. a et b Bertrand Guyard, « Agnès Soral : Pendant « Tchao Pantin », Coluche souffrait », sur Le Figaro, (consulté le 20 avril 2019).
  10. a et b « Richard Anconina raconte la gifle de Coluche dans "Tchao Pantin" », sur Europe1, (consulté le 20 avril 2016).
  11. a et b Critique du film
  12. Thomas Janua, « Tchao Pantin : 5 anecdotes sur le film culte avec Coluche [Photos] », Télé Star,‎ (lire en ligne, consulté le 23 juin 2020).
  13. FabriceBO, « BO France - 27 décembre 1983 », sur Les Archives du Box-office, (consulté le 2 avril 2020).
  14. FabriceBO, « BO France - 3 janvier 1984 », sur Les Archives du Box-office, (consulté le 2 avril 2020).
  15. FabriceBO, « BO France - 10 janvier 1984 », sur Les Archives du Box-office, (consulté le 2 avril 2020).
  16. FabriceBO, « BO France - 7 février 1984 », sur Les Archives du Box-office, (consulté le 9 avril 2020).
  17. FabriceBO, « BO France - 6 mars 1984 », sur Les Archives du Box-office, (consulté le 9 avril 2020).
  18. FabriceBO, « BO France - 13 mars 1984 », sur Les Archives du Box-office, (consulté le 9 avril 2020).
  19. FabriceBO, « BO France - 24 avril 1984 », sur Les Archives du Box-office, (consulté le 9 avril 2020).
  20. Box-office Hebdo - 1er juillet 1986
  21. BO Hebdo - 12 août 1986 (consulté le 24 juillet 2020).
  22. « Tchao Pantin : box-office », sur Jp's box-office (consulté le 6 avril 2014)

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier