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Sōka Gakkai
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Cadre
Forme juridique

O.N.G.
Sōka Gakkai

Internationale
Association à but non lucratif
A.C.S.B.N.
But Promotion du Bouddhisme de Nichiren
Zone d’influence 192 pays
Fondation
Fondation Drapeau du Japon Japon, 1930
Fondateur Tsunesaburō Makiguchi
Jōsei Toda
Identité
Siège Sōka Gakkai Internationale (SGI)
Drapeau du Japon Japon, Shinanomachi 32, Shinjuku, Tokyo 160-8583
Structure Drapeau de la France France - Consistoire Sōka composé de :
- A.C.S.B.N.
- A.C.S.F.
- A.C.E.P.
Personnages clés Tsunesaburō Makiguchi
Jōsei Toda
Daisaku Ikeda
Président Minoru Harada
Financement Dons
Membres 12 millions de fidèles
Site web A.C.S.B.N.
(en) S.G.I.

La Sōka Gakkai (創価学会?, littéralement « Société pour la création de valeurs ») (Soka Gakkaï) est un mouvement bouddhiste contemporain fondé en 1930 au Japon par Tsunesaburo Makiguchi et Josei Toda. Dans le contexte japonais, il est classé parmi les « nouvelles religions » (shinshukyo), mais il se réclame dans son enseignement d'une des branches du bouddhisme présentes au Japon, le Bouddhisme de Nichiren, plus particulièrement de la tradition transmise par l'école monastique Nichiren Shōshū, à laquelle Sōka Gakkai était liée institutionnellement jusqu'en 1991. Comme le mouvement s'est répandu dans le monde, son troisième président Daisaku Ikeda crée la Sōka Gakkai Internationale en 1975. Il s'étend désormais sur 192 pays et revendique près de 12 millions de fidèles.

Le mouvement a été classé en France comme secte par certains spécialistes français, comme l'UNADFI qui considère la Sōka Gakkai comme un mouvement intégriste, totalitaire, coercitif et manipulateur[1].

L'organisation s'est séparé de l'institution monastique Nichiren Shoshu et ce sont des laïcs qui accomplissent toutes les cérémonies religieuses.

Les principales activités des fidèles consistent en la pratique du gongyo, matin et soir (récitation d'extraits du Sûtra du Lotus), la récitation du mantra Nam Myoho Renge Kyo), l'étude des écrits de Nichiren et des textes de son leader actuel, Daisaku Ikeda, .

Sommaire

HistoriqueModifier

 
Tsunesaburō Makiguchi.
 
Jōsei Toda.
 
Daisaku Ikeda en 2010.

Le mouvement est fondé en 1930 sous le nom de Sōka Kyōiku Gakkai (創価教育学会?) par Tsunesaburō Makiguchi (牧口 常三郎?), éducateur et directeur d’école primaire. Littéralement cette dénomination signifie « Société pour une éducation créatrice de valeurs ».

Inspiré par plusieurs auteurs occidentaux, Tsunesaburō Makiguchi cherche à développer une méthode pédagogique originale basée sur l’individu et son rapport à l’environnement. Converti au bouddhisme de Nichiren transmis par la Nichiren Shoshu de l'époque, il rapproche ses théories pédagogiques des enseignements de Nichiren.

Persécutés pendant la seconde guerre mondiale par le gouvernement Japonais, Tsunesaburō Makiguchi et Jōsei Toda (戸田 城聖?), son disciple, sont arrêtés en 1943 pour crime de lèse-majesté (pour refus de se plier au shintoïsme d'État obligatoire). La Sōka Kyōiku Gakkai est déclarée hors la loi et dissoute. Ses principaux responsables sont également incarcérés. Le temple principal de la Nichiren Shōshū est réquisitionné et transformé en garnison. En 1944, à l’âge de 74 ans, Makiguchi meurt pendant son incarcération.

Après la capitulation du Japon,les Etats-Unis occupent le pays, ravagé par la guerre, les prisonniers politiques sont libérés et Jōsei Toda est le dernier membre encore incarcéré, refusant toujours de se plier au shintoïsme. Malgré un état de santé difficile, il reconstruit une nouvelle organisation qui s'appellera la Sōka Gakkai, littéralement Société pour la création de valeurs et engage une campagne de Shakubuku (voir controverse Shakubuku et prosélytisme), vaste programme de transmission de l'enseignement de Nichiren à travers tout le pays qui vise à faire connaître la pratique du Bouddhisme de Nichiren.

Entre 1946 et 1958, la Sōka Gakkai a permis la remise du Gohonzon de Nichiren à 750 000 foyers et gagné en influence au sein de la société japonaise. Elle est devenue un mouvement religieux laïc[2]. Lorsque Toda meurt le 2 avril 1958, à l’âge de 58 ans, la Nichiren Shoshu est l’une des premières confessions bouddhistes du Japon.

À partir de 1960, c’est Daisaku Ikeda (池田 大作?), proche disciple de Jōsei Toda, qui devient président de la Sōka Gakkai. Il lance une campagne internationale pour faire connaître le mouvement et ses idéaux hors des frontières du Japon. En 1975 à Guam, il fonde la Sōka Gakkai internationale qui a pour mission de superviser les activités de toutes les organisations déjà créées dans de nombreux pays occidentaux. Il fonde également plusieurs institutions à vocation artistique et culturelle, ainsi que des universités et écoles Sōka. En 1983, l’ONU lui décerne la médaille de la paix[réf. souhaitée]. En 1979, Daisaku Ikeda démissionne de son poste de président de la Sōka Gakkai mais reste président de la SGI. Hiroshi Hojo devient le 4e président de la Sōka Gakkai (au Japon). En 1981 Einosuke Akiya devient le 5e président puis en 2006 c'est Minoru Harada qui lui succède et devient le 6e président.

En 1983 l'activisme du président Ikeda sur la scène diplomatique depuis les années 60 (voir bibliographie dialogues avec des personnalités politiques) et le développement à l'international de la Sōka Gakkai, sont reconnus par l'ONU qui lui donne le statut d'ONG à titre consultatif.

Jusqu'en 1991 la Soka Gakkaï soutenait la Nichiren Shoshu malgré plusieurs différends (l'acceptation de l'amulette shinto en 1943..) jusqu'à ce que son grand patriarche, Nikken Abe, décident d’exclure l’ensemble des membres et des croyants de la Sōka Gakkai. Cette dernière se retrouve dès lors indépendante de l'organisation monastique. La majorité des croyants ayant suivi le mouvement laïc, la Nichiren Shōshū perd une bonne partie de ses effectifs, au Japon et sur le plan international.

Aujourd’hui, la Sōka Gakkai internationale revendique douze millions d'adeptes dans plus de 190 pays dont 8 millions de pratiquants au Japon. A l'exception du Japon, elle est considérée comme un mouvement religieux et s’implique dans de nombreuses initiatives culturelles, artistiques et patrimoniales. Elle organise des actions humanitaires et entretient des échanges avec des institutions académiques, universitaires et gouvernementales.

Croyances et pratiquesModifier

La Sōka Gakkai (et ses membres) fondent leur action et leur pratique religieuse sur les enseignements du moine japonais Nichiren (1222-1282). Moine bouddhiste de l'école Tendai, Nichiren a proposé une approche simplifiée de la pratique bouddhique. Elle s'appuie sur une liturgie comprenant une pratique rituelle bi-quotidienne, appelée gongyo, composée de la récitation du chapitre II et de la partie versifiée du chapitre XVI du sutra du Lotus et de la récitation d'une durée libre d'un mantra tiré du titre japonais du Sutra du Lotus (nam-myoho-renge-kyo, ou Daimoku) devant le mandala (Gohonzon), de l'étude des enseignements bouddhiques (Sutras et commentaires) selon la classification chinoise de Tendai, et de la profession de foi par le principe dit de « la conversion antagoniste » (en japonais : Shakubuku) ou transmission bienveillante de la Loi (法 ou Dharma).

Aujourd'hui, la pratique religieuse au sein de la Sōka Gakkai bien que proche de celle instituée par la Nichiren Shōshū (dénomination monastique créée en 1912 à partir d’une mouvance plus large connue sous le nom d’« Ecole Fuji », créée par Nikkō Shonin (1246-1333), un des premiers disciples de Nichiren) s'est transformée pour s'adapter à la vie quotidienne des laïcs. Pour le gongyo la partie récitée des chapitre II et du chapitre XVI du Sutra du Lotus a été réduite, l'ordre de récitation des prières silencieuses et leur contenu ont été modifiés, le type de mandala conféré aux croyants n'est plus un facsimilé du gohonzon du patriarche de la Nichiren Shoshu mais celui de Nichikan Shonin (moine réformiste et administrateur de l'école Fuji 1665-1726) marquant ainsi une volonté de se démarquer de la Nichiren Shoshu.

Depuis 1991 et le schisme avec son école bouddhique de référence, la Nichiren Shōshū, la Soka Gakkaï a supprimé le rôle de l'ordre monastique dans la pratique, la référence au Grand Patriarche et organise elle-même certains rites religieux comme les cérémonies funéraires ou les mariages bouddhiques. La croyance continue à s'articuler autour du mandala objet de vénération appelé Gohonzon, du Daimoku (Titre-mantra du Sûtra du Lotus) et de l'étude du Gosho (recueil des enseignements de Nichiren).

Structures et fonctionnementsModifier

La Sōka Gakkai InternationaleModifier

La Sōka Gakkai Internationale (SGI) fédère l'ensemble des organisations locales au sein d'une ONG ayant un statut consultatif auprès du Conseil économique et social et du Département de l'information publique des Nations unies. Au travers de plusieurs associations culturelles et pédagogiques (Ecoles et Universités Sōka, concerts Min-on, musées Fuji, institut de philosophie orientale, etc.), elle entretient des échanges culturels avec des institutions universitaires. Elle participe également aux actions humanitaires internationales menées par les institutions de l'ONU.

Au JaponModifier

Au Japon, la Sōka Gakkai dispose d'un poids financier important, d'un groupe de presse et d'édition comprenant le Seikyo Shinbun (3e quotidien national japonais), et elle est à l'origine d'une formation politique présente dans les deux Chambres de la Diète japonaise. Ce parti, le Nouveau Kômeitô, est composé de membres de la Sōka Gakkai et représente la troisième force politique du Japon. Daisaku Ikeda et le Komeito ont joué un rôle important dans le rétablissement des relations diplomatiques entre le Japon et la Chine en 1972. Le Komeito s'oppose, entre autres, à la révision de la Constitution en vue de l'établissement du droit d'autodéfense collective — c'est-à-dire le rétablissement d'une armée japonaise. Les élections de juillet 2007 à la Chambre des Conseillers, ont divisé la Diète, avec d’un côté la coalition au pouvoir de centre droit Parti libéral-démocrate–Nouveau Komeito qui contrôlait plus des deux tiers des sièges à la Chambre des Représentants et de l’autre l’opposition qui détenait la majorité à la Chambre des Conseillers[3]. En septembre 2009, la victoire du DPJ (Democratic Party of Japan) aux élections législatives a vu s'opérer un renversement historique du gouvernement en faveur de l'opposition qui a obtenu la majorité dans les deux Chambres. Le Nouveau Komeito a alors perdu un tiers des sièges qu'il détenait. Aux élections législatives de 2012, il a retrouvé le pouvoir après la large victoire du Parti libéral-démocrate. En septembre 2014, pour marquer son cinquantième anniversaire, le parti a décidé de ne plus s'appeler "Nouveau", mais simplement Kōmeitō[4].

En FranceModifier

HistoireModifier

Dans les années 1960, des Japonais vivant en France (Eichi Yamazaki, ShinsaÏ Haruta, Shoïchi Hasegawa..) commencent à diffuser les préceptes du bouddhisme de Nichiren Daishonin et organisent des réunions de discussion (zadankai). Le mouvement commence à se structurer sous l’appellation Nichiren Shoshu France (N.S.F.) puis, après la rupture avec la Nichiren Shoshu et l'excommunication par le grand Patriarche Nikken, prend le nom de Soka Gakkaï France (S.G.F.). En 2007 il applique le modèle associatif en vigueur pour les associations religieuses et s'organise en trois associations spécialisées : l'A.C.S.B.N. (Association cultuelle Soka du bouddhisme de Nichiren), l'A.C.S.F. (Association culturelle Soka de France) et l'A.C.E.P. (Association de commerce, d'édition et de Prestation)[5] qui vend les articles religieux (autels et accessoires) et les publications, Valeurs Humaines (ancien 3ème Civilisation), Cap sur la paix.. Il sépare ainsi formellement ses activités cultuelles de ses activités commerciales. Cette distinction repose essentiellement sur la nécessité d'être reconnue comme association cultuelle à part entière.

Pour maintenir une unité d'action entre ces trois composantes, les trois associations sont placées sous la tutelle d'une autorité morale, le Consistoire Soka du Bouddhisme Nichiren. Cette entité assure la représentation nationale des intérêts du culte du bouddhisme de Nichiren. Les trois associations sont dirigées par des dirigeants français, d'origine française pour la plupart. Cette nouveauté a sans doute pour objectif de contrer les accusations qui désignaient la Sōka Gakkai comme une émanation locale d'un culte strictement japonais mais peut être aussi considéré en 2007 (plus de 30 ans après l'apparition des premiers pratiquants en France) comme une évolution naturelle.

OrganisationModifier

Depuis les années 60 selon le modèle japonais, le mouvement  s'est organisé autour d'un réseau de réunions de discussions tenues par les fidèles (ou pratiquants, c'est la terminologie qu'ils utilisent pour se désigner), qui ont lieu chez des particuliers. Ces réunions, ouvertes à tous et libres d'accès, sont reliées selon une structure établie en quartiers ou villes, puis regroupés au sein de chapitres, puis de districts, puis de régions ou centres régionaux selon l'importance des populations concernées et le maillage des réunions. Ces réunions ont lieu  une à deux fois par mois et rassemblent les pratiquants, les amis ou de simples visiteurs autour d'une thématique d'étude ou d'un sujet d'ordre général. Les participants sont invités à relater leur expérience de la pratique quotidienne, qu'elle soit ou non liée au sujet.

Les réunions de discussion sont animées par les fidèles eux-même appuyés par des responsables locaux ou même régionaux. À chaque échelon, une équipe supervise et soutient l'échelon inférieur. Ces équipes sont constituées de responsables, cooptés et nommés par les équipes des échelons supérieurs. Cette organisation par la multiplicité des réunions peut être vue extérieurement comme coercitive et elle a sans doute été en partie à l'origine des polémiques et des controverses en France mais elle est aussi pour les fidèles le garant de proposition de rencontres qui s'adaptent à leurs mode de vie et l'expression d'une solidarité.

Les fidèles peuvent adhérer à l'A.S.B.N. et participer à la gestion de l'organisation selon leur degré d'implication dans le mouvement mais ils n'ont pas de statut officiel, et n'ont pas de représentants élus. Leur lien avec l'organisation reste informel et ne repose que sur la réception de l'objet de culte (le Gohonzon) qui intervient après quelques semaines ou quelques mois, et leur participation aux réunions de discussion.

Le réseau tient essentiellement sur des contacts personnels, des rencontres informelles et des réunions mensuelles qui ont lieu dans les centres au cours desquelles les responsables locaux et régionaux dynamisent les pratiquants (cinq centres Soka en France, Sceaux, Trets, Nantes, Chartrettes et Paris Alesia). Les fidèles s'encouragent mutuellement à une pratique biquotidienne (gongyo, récitation d'extraits du Sutra du Lotus), à réciter un mantra (Nam Myoho Renge Kyo), mais aussi à inviter des connaissances ou des amis en réunion de discussion ou à s'engager dans l'organisation des activités.

Les responsables sont cooptés sur la base de leur engagement, mais aussi selon leur expérience bouddhique (résolution de problèmes personnels par la pratique) ou leur connaissance du Bouddhisme par l'expérience. Les décisions d'orientation sont prises entre les responsables représentant des différents départements (homme, femme, jeunesse) . L'organisation des activités (de pratique, d'étude, les séminaires..) se rapproche du fonctionnement de la Soka Gakkaï (Japon) et les pratiquants peuvent se retrouver selon leur localisation (département, régions), leur sexe (ex: cours d'été femmes..) leur âge (ex: Jeunes hommes, Jeune filles) ou plus rarement selon leur secteur d'activité professionnelle (ex: groupe santé, groupe des artistes).

FinancementModifier

Ne disposant pas d'une structure associative de membres avec cotisations, l'organisation repose sur les dons libres pour constituer son budget de fonctionnement. Ces dons libres sont encouragés pendant la période du printemps, mais sont également possibles lors événements importants : remise des Gohonzons, la Cérémonie du nouvel An. Le budget couvre l'entretien du patrimoine immobilier de l'organisation, les frais de fonctionnement et une vingtaine de salaires. Il couvre aussi certains événements annuels tels que conférences, exposition, etc. L'essentiel des activités (réunions, déplacements, festivités, encadrement, accueil, etc.) est donc assuré par les pratiquants eux-même (bénévoles non-rémunérés).

Après plus de cinquante ans de présence sur le territoire français, la Sōka Gakkai, rebaptisée ACSBN (Association Cultuelle Sōka du Bouddhisme de Nichiren) revendique entre 10 000 et 20 000 participants à ses réunions mensuelles[6].

Aux États-UnisModifier

En 2006, Henry Johnson, dit Hank, membre de la Soka Gakkai, est élu comme démocrate à la Chambre des Représentants du Congrès des États-Unis, représentant une circonscription de Géorgie, le premier élu bouddhiste de Nichiren au Congrès américain. Le Washington Post commente cette élection comme une expression de la nouvelle diversité religieuse[7].

Controverses et polémiquesModifier

Au JaponModifier

Bien que les différents courants se réclamant de Nichiren soient anciens, aucun d'eux n'a connu de réel essor avant la fin de la deuxième guerre mondiale. Les organisations laïques bénéficièrent des dispositions législatives mises en place par l'administration américaine, et connurent alors un fort développement. La Sōka Gakkai fondée par Josei Toda, comme de nombreuses autres organisations laïques, ont su tirer profit de ces dispositions qui ont mis un terme à la consubstantialité institutionnelle entre la tradition shintoïste et l'autorité impériale.

La Sōka Gakkai dispose d'un puissant groupe d'édition qui lui permet d'entretenir une image publique positive et de mener plusieurs campagnes médiatiques au sein de la sphère publique japonaise. En 2000, la sociologue Florence Lacroix déclarait que « La Soka Gakkai, c'est […] une fortune estimée entre 500 et 700 milliards de francs, ce qui en fait la secte la plus riche au monde. » Elle concluait en affirmant que « la Soka Gakkai, première secte au monde par sa logistique et le degré de sophistication de sa stratégie, me semble être le prototype des sectes à venir. ».

La Sōka Gakkai est, depuis sa création, au cœur de nombreuses controverses politiques et financières. Ces controverses sont évoquées par les principaux organes de presse et de télévision japonais. Certains observateurs reprochent à la Sōka Gakkai un manque total de transparence et, paradoxalement, un désintérêt pour les rouages de la communication institutionnelle dans un pays où la collusion entre pouvoir politique, pouvoir économique et médias est régulièrement citée comme un modèle du genre[8].

En 2009, Junya Yano membre de la SGI pendant plus de cinquante ans et ancien secrétaire général du New Komeito de 1986 à 1989 dépose plainte contre X auprès de la police et demande une protection policière. La procédure aboutira en 2009 par la reconnaissance une première fois en appel puis en cassation des arguments du plaignant[9]

En FranceModifier

En France, la Soka Gakkai a été l’objet de diverses controverses relayées dans les médias, surtout à partir de la fin des années 1980. Pour chaque point de controverse, les différents avis contradictoires sont ici présentés.

Controverse concernant la pratique religieuseModifier

  • En 1999, la récitation du mantra présentée dans un article du Dauphiné Libéré comme une obligation, a été décrite comme « dangereuse et objectivement déshonorante » pour la Sōka Gakkai par le tribunal de grande instance d'Annecy, qui l'a donc déboutée sur le fond d'une plainte pour diffamation déposée en 1999[10]. Ce tribunal a même repris à son compte d'autres jugements du journaliste[réf. nécessaire] que l'organisation attaquait comme diffamatoires : outre les « effets aliénants » et « déséquilibre psychologique » générés par le mantra, « l'intolérance de la doctrine ajoutée aux sentiments de persécution » qui « envahit peu à peu les adeptes »[Note 1].
  • Pour sa part, la Soka Gakkai indique clairement qu'il n'existe aucune obligation de durée dans la pratique religieuse, qui est laissée « à l’appréciation de chacun »[11]. De plus, la récitation d’un mantra (auquel peut s’assimiler le daimoku) est une pratique religieuse courante dans les traditions bouddhistes et hindouistes et reconnue pour ses vertus bénéfiques. Des pratiques analogues à la récitation de mantras se retrouvent dans de nombreuses religions, par exemple, la prière du cœur des Chrétiens orthodoxes[12].

Accusations de prosélytisme et d’intoléranceModifier

  • Au niveau social et local, la profession de foi par la réfutation des autres doctrines religieuses (Jap. Shakubuku) est un trait du mouvement fréquemment dénoncé par ses opposants. La réfutation systématique et le prosélytisme militant des débuts du mouvement en France, son exclusivité doctrinale, entretiennent la méfiance et l'hostilité du public vis-à-vis de la Sōka Gakkai française et de son action. Dans le cadre des commissions d'enquête parlementaires sur les sectes en France, le rapport de la MILS en 1995 stipule que : « la Sōka Gakkai prétend enseigner (malgré le schisme de 1990 [en fait, 1991] avec Nichiren Shoshu) la doctrine de Nichiren, moine bouddhiste du XIIIe siècle qui professait une version nationaliste et intolérante du bouddhisme ».
  • À l’inverse, un certain nombre de sociologues signalent la capacité d’ouverture et d'acculturation de la Soka Gakkai[13]. Ainsi, le caractère « nationaliste » et « intolérant » du bouddhisme de Nichiren est contesté par Raphaël Liogier, sociologue et directeur de l'Observatoire du religieux, qui l’impute à une erreur d’interprétation. Il écrit : « Il est remarquable (...) que la Soka Gakkai, qui est une organisation activement pacifiste et qui est devenu objectivement antinationaliste, est représentée dans notre pays comme une organisation « sectaire » nationaliste nippone. »[14] À l’origine de ce malentendu, la confusion de l’enseignement de Nichiren avec ses interprétations nationalistes par des courants politiques japonais dits « nichiréniens », au début du XXe siècle, comme le soulignent les sociologues Jacqueline Stone et Ruben Habito[15].

Pour ce qui est des accusations de prosélytisme, la Soka Gakkai indique que la transmission des enseignements bouddhiques fait partie intégrante de la pratique religieuse du Mahayana, tout en soulignant le respect de la liberté d’autrui qu’une telle action comporte[16]. Quant aux suspicions d’intolérance, la Soka Gakkai a, depuis plusieurs années, initié des rencontres et dialogues interreligieux, au niveau international[17]. En France, elle organise ce type de rencontres depuis 2002 et entretient un dialogue suivi et ouvert avec d'autres écoles bouddhiques[18].

Accusations de dérives sectairesModifier

  • La Soka Gakkaï apparaît à plusieurs reprises dans les rapports de la MILS puis de la Miviludes dans le cadre de la commission d'enquête parlementaires sur les sectes en France Dans son rapport de 1999[19], la MILS indique : « la Sōka Gakkai est, par sa richesse, la troisième secte implantée en France : son patrimoine, acquis en partie grâce aux apports venant de l'organisation mère, représente 240 millions de francs [env. 36 millions d'euros], et son budget annuel atteint, certains exercices, une vingtaine de millions de francs [env. 3 millions d'euros] ». La Sōka Gakkai est également désignée comme secte par l'UNADFI[19],[20],[21],[22].

La suspicion qui entoure l'organisation conduit des associations anti-sectes comme l'UNADFI à déclarer : « La paix dans le monde est l’un des thèmes de base de la campagne de communication mise en place par la Sōka Gakkai dans le cadre de sa stratégie d’expansion mondiale. Afin de cultiver cette image, elle s’appuie sur l’ONU dont elle est une ONG, comme d’autres grands mouvements sectaires, et elle finance des projets culturels et éducatifs. »

  • Le président de la MIVILUDES Jean-Michel Roulet aurait déclaré que la Soka Gakkai « ne posait plus de problème aujourd'hui. »[Note 2] Cependant, en 2017, le rapport de l'organisation fait état que ce sont «  toujours les mêmes mouvements qui suscitent des inquiétudes » et prend comme exemple, en particulier, l'association cultuelle Soka du bouddhisme Nichiren (nouveau nom du mouvement)[23].

Comme l'affirme un récent article du Monde des religions, les accusations de dérives sectaires seraient caduques, la Soka Gakkai ayant entrepris une série de réformes allant dans le sens de la transparence[24].

  • Sur le plan financier : un audit réalisé en mai 2007 par le cabinet Grant Thornton sur la provenance des dons perçus par les différentes associations concluerait à la régularité juridique, fiscale et financière de la Soka Gakkai[25]. La Soka Gakkai dément toute fraude fiscale et affirme qu'en 2007 un contrôle fiscal sur l'ensemble de ses associations n'aurait donné lieu a aucun redressement[26].
  • Sur le plan sociologique : une étude nationale, réalisée sous l'égide du consistoire Soka avec contrôle d'huissier en décembre 2006, révèlerait des tendances et des pratiques sociales tout à fait similaires à celles observées sur la moyenne des Français, ainsi qu’un niveau élevé d’intégration sociale. Elle démontrerait que les enfants ne présenteraient aucun isolement ni stigmatisation sociale, qu'ils « suivent une vie sociale tout à fait similaire à celle des autres enfants et adolescents, et restent libres de pratiquer ou non la religion de leur choix ». Seulement 15,5 % des pratiquants seraient mariés avec un conjoint bouddhiste selon la Soka[27].

Notes et référencesModifier

RéférencesModifier

  1. « La Soka Gakkaï | UNADFI », sur UNADFI (consulté le 25 novembre 2018)
  2. Richard H. Seager, Encountering the Dharma: Daisaku Ikeda, Soka Gakkai, and the Globalization of Buddhist Humanism, University of California, 2006.
  3. Ambassade du Japon en France.
  4. K. Ijekiri, 50-year-old New Komeito drops 'New' from its English name, The Asahi Shimbun 26 septembre 2014
  5. Voir publications au Journal Officiel.
  6. Thierry Mathé, Le Bouddhisme des Français..., L'Harmattan, 2005
  7. Article du Woshington Post (Eng)
  8. Takesato Watanabe, Sōka Gakkai et les médias japonais, in Citoyens du monde, sous la direction de D. Machacek et B. Wilson, 2000, L'Harmattan.
  9. « La Soka Gakkai et la critique », Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l’Individu Victimes de Sectes (UNADFI).
  10. Sôka Gakkaï, Jugement du 13 décembre 2001, Annecy.
  11. Cf. Présentation générale du culte du bouddhisme de Nichiren en France, p. 46, paragraphe V.2.2 : « Rien ne dicte la durée de cette récitation – autrement dit, la durée du Gongyo (cérémonie de prière) est laissée à l’appréciation de chacun. »
  12. Tiré de l'article mantra.
  13. Cf. Karel Dobbelaere, Raphaël Liogier, Jacqueline Stone
  14. Cf. p. 9 de son essai Sur L’émergence d’un bouddhisme européen.
  15. Cf. Revisiting Nichiren, numéro spécial du Japanese Journal of Religious Studies, édité par Jacqueline Stone et Ruben Habito, automne 1999.
  16. Cf. Présentation générale du culte du bouddhisme de Nichiren en France, p. 47, paragraphe V.2.2 : « Que la personne à qui nous transmettons le bouddhisme décide de le pratiquer ou non n’est pas le plus important, cela relève de sa liberté individuelle absolue. »
  17. Cf. [1]
  18. référence nécessaire
  19. a et b Rapport parlementaire de 1999
  20. Rapport parlementaire de 1996
  21. Soka Gakkai sur le site de l'UNADFI
  22. Soka Gakkai sur le site de l'UNADFI
  23. « Rapport 2017 MIVILUDES »
  24. M. Mégevand, « Soka Gakkai, le Bouddha en soi », Le Monde des Religions, septembre-octobre 2009, également en ligne sur le site du Monde des Religions
  25. Cf. Annexe 18, p.44-48 des Annexes (partie 2) du document Pour une évaluation équitable du bouddhisme de Nichiren en France [2]
  26. [PDF] Cf. Pour une évaluation équitable du bouddhisme de Nichiren en France, p. 21, paragraphe III.3 [3].
  27. Soka Réponses, Étude de la vie familiale des pratiquants du culte du bouddhisme de Nichiren en France.

NotesModifier

  1. Extrait du jugement du Tribunal de Grande Instance d'Annecy :

    « Attendu que le paragraphe consacré à l'éducation des enfants ne peut être qualifié de diffamatoire dans la mesure où il reprend des extraits du magazine « Troisième civilisation » édité par la Sōka Gakkai.

    Attendu par contre que les méfaits de la pratique par la répétition à l'infini des mantras et la dénonciation de leur effet aliénant provoquant une rupture radicale des membres de l'association avec leur famille et des déséquilibres psychologiques appuyés par des interviews constituent des faits précis de nature à porter atteinte à la considération et contraires à l'honneur puisqu'elles renvoient aux pratiques des sectes dangereuses pour les libertés individuelles.

    Attendu qu'il en va ainsi de la répétition des mantras décrite comme un « phénomène d'hypnose auto-suggestive qui crée des accoutumances et peut produire des effets aliénants », du « déséquilibre psychologique » qui résulte de la fréquentation de la Sōka Gakkai, de l'adhésion à cette religion qui « provoque, presque à coup sûr, ce genre de rupture radicale » avec les proches non pratiquants, de « l'intolérance de la doctrine ajoutée aux sentiments de persécution » qui conduit les membres au « rejet de toute forme d'opposition. Petit à petit, la Sōka Gakkai envahit complètement leur vie. »

  2. Dans un courrier adressé au Consistoire Soka, daté du 21 mai 2008, M. Jean-Michel Roulet écrit : « Ainsi que je vous l'ai dit au cours de cet entretien, j'ai eu l'occasion, en réponse à une question qui m'était posée par un journaliste à propos de la pertinence de la liste figurant dans le rapport de la Commission d'Enquête parlementaire de 1995 (Commission GEST - les sectes), de citer votre mouvement comme exemple d'organisation qui pouvait avoir soulevé des questions à une époque mais qui ne posait plus de problème aujourd'hui. » (annexe 14 de Pour une évaluation équitable du bouddhisme de Nichiren

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

Travaux de chercheurs sur la Sōka GakkaiModifier

  • Karel Dobbelaere, La Sōka Gakkai, un mouvement de laïcs de l'école bouddhiste de Nichiren devient une religion, 2001, Elledici, Turin.
  • Louis Hourmant, « La relation à l'objet sacré dans un culte néo-bouddhique. La Sôka Gakkai française », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 12, 1993.
  • Louis Hourmant, « La Soka Gakkai, un bouddhisme « paria » en France ? », in F. Champion et M. Cohen, Sectes et Démocratie, Paris, Seuil, 1999.
  • Louis Hourmant, « Transformer le poison en élixir. L'alchimie du désir dans un culte néo-bouddhique, la Soka Gakkai française », in Françoise Champion, Danièle Hervieu-Léger, (dir.), De l'émotion en religion. Renouveaux et traditions, Paris, le Centurion. 1990, pp. 71-119.
  • David Machacek, Bryan Wilson, Citoyens du monde, le mouvement bouddhiste Sōka Gakkai au Japon, 2004, L'Harmattan, Paris.
  • Thierry Mathé, Le bouddhisme des Français : Le bouddhisme tibétain et la Sōka Gakkaï en France, contribution à une sociologie de la conversion, 2005, L’Harmattan, Paris.
  • Bruno Etienne, Raphaël Liogier, Être bouddhiste en France aujourd'hui, 1997, Hachette, Paris.

Travaux de chercheurs étrangersModifier

  • Richard Causton (2011). Buddha in Daily Life: An Introduction to the Buddhism of Nichiren Daishonin, Random House, (ISBN 1446489191)
  • Richard Hughes Seager, Encountering the Dharma: Daisaku Ikeda, Soka Gakkai, and the Globalization of Buddhist Humanism, 2006, University of California Press.
  • David Machacek et Bryan Wilson (sous la direction de), Global Citizens: The Soka Gakkai Buddhist Movement in the World, 2001, Oxford University Press.
  • Daniel A. Metraux, The International Expansion of a Modern Buddhist Movement: The Soka Gakkai in Southeast Asia and Australia, 2001, University Press of America.
  • Phillip Hammond et David Machacek, Soka Gakkai in America--Accommodation and Conversion, 1999, Oxford University Press.
  • The English Buddhist Dictionary Committee (2002). The Soka Gakkai Dictionary of Buddhism, Tokyo, Soka Gakkai, (ISBN 4-412-01205-0)

Ouvrages de référenceModifier

  • Gaston Renondeau, Histoire des moines guerriers au Japon, 1957, PUF
  • Gaston Renondeau, La doctrine de Nichiren, 1953, PUF
  • Henri-Charles Puech (sous la direction de), Histoire des religions, 1976, Gallimard (Pléïade)

Liens externesModifier

Sites officielsModifier

Sites critiquesModifier

Travaux de chercheursModifier