Prise du Fort Ticonderoga

Prise du Fort Ticonderoga
Description de cette image, également commentée ci-après
Gravure de 1875 par John Steeple Davis donnant une représentation idéalisée et inexacte d'Ethan Allen demandant la reddition du fort.
Informations générales
Date
Lieu Ticonderoga (New York)
Issue Victoire américaine
Belligérants
Milices du Vermont
et du Connecticut
Flag of Great Britain (1707–1800).svg British Army
Royal Marines
Commandants
Ethan Allen
Benedict Arnold
William Delaplace
Forces en présence
8348
Pertes
048 capturés

Guerre d'indépendance des États-Unis

Batailles

Guerre d'indépendance des États-Unis

Coordonnées 43° 50′ 29″ nord, 73° 23′ 17″ ouest
Géolocalisation sur la carte : États-Unis
(Voir situation sur carte : États-Unis)
Prise du Fort Ticonderoga
Géolocalisation sur la carte : New York
(Voir situation sur carte : New York)
Prise du Fort Ticonderoga

La prise du Fort Ticonderoga est un événement du début de la guerre d'indépendance américaine ; le , les colonels Ethan Allen et Benedict Arnold s'emparent du Fort Ticonderoga, dans l'État de New York, qui était aux mains des Britanniques. Les canons pris après la bataille seront utilisés lors du siège de Boston (1775-1776).

ContexteModifier

En 1775, la position de Fort Ticonderoga n'apparaît pas aussi importante du point de vue stratégique qu'elle ne l'a été durant la guerre de la Conquête, quand les Français l'ont fameusement défendu contre une force britannique beaucoup plus importante lors de la bataille de Fort Carillon en 1758, avant sa capture par les Britanniques l'année suivante. Après le Traité de Paris de 1763, dans lequel les Français cèdent aux Britanniques certains de leurs territoires en Amérique du Nord, le fort n'est plus à la frontière de deux grands empires et ne garde plus la principale voie navigable entre eux deux[1]. Les Français ont de plus fait sauter la poudrière du fort lorsqu'ils l'ont abandonné, et il s'est délabré depuis lors.

En 1775, il n'est occupé que par un petit détachement du 26e Regiment of Foot, composé de deux officiers et quarante-six hommes, dont nombre d'« invalides » (des soldats avec un service limité à cause d'invalidités ou de maladie). Vingt-cinq femmes et enfants y vivent également. À cause de son importance passée, Fort Ticonderoga a toujours une haute réputation comme la « porte d'entrée du continent » ou le « Gibraltar d'Amérique », mais en 1775, il est d'après l'historien Christopher Ward, « davantage un village reculé qu'un fort[2]. »

Avant même les premiers échanges de tirs dans la guerre d'indépendance américaine, les patriotes américains étaient intéressés par Fort Ticonderoga. Le fort est un atout précieux pour plusieurs raisons. Dans ses murs se trouve un ensemble de pièces d'artillerie lourde incluant des canons, des obusiers et des mortiers, des types d'armement qui manquent aux Américains[3],[4]. Le fort est situé sur les rives du lac Champlain, une route d'importance stratégique entre les Treize colonies et les Provinces du nord contrôlées par les Britanniques. Les forces britanniques qui y sont stationnées pourraient exposer les forces coloniales de Boston à une attaque par l'arrière[3]. Après que la guerre a commencé avec les batailles de Lexington et Concord le , le général britannique Thomas Gage se rend compte que le fort aurait besoin d'être fortifié, et plusieurs colons ont l'idée de capturer le fort.

Gage, écrivant de la ville assiégée de Boston à la suite des batailles de Lexington et Concord, demande au gouverneur du Québec, le général Guy Carleton, de réhabiliter et de refortifier les forts de Ticonderoga et Crown Point[5]. Carleton ne reçoit pas cette lettre avant le , bien après que le fort a été capturé[6].

Benedict Arnold s'est fréquemment rendu dans la région autour du fort et connaît son état, ses hommes et son armement. En route pour Boston à la suite des nouvelles des événements du , il mentionne le fort et son état aux membres de la milice de Silas Deane[7]. Le comité de liaison du Connecticut agit sur la base de cette information ; de l'argent est « emprunté » des coffres de la province et des recruteurs sont envoyés dans le nord-ouest du Connecticut, l'ouest du Massachusetts et dans les New Hampshire Grants (actuel Vermont) pour rassembler des volontaires pour une attaque du fort[8].

Lorsque Arnold arrive à l'extérieur de Boston, il parle au comité de sécurité du Massachusetts des canons et des autres équipements militaires présents au fort faiblement défendu. Le , le comité donne à Arnold une commission de colonel et l'autorise à mener une « mission secrète », qui consiste à capturer le fort[9]. Il reçoit 100 £, de la poudre, des munitions et des chevaux et est chargé de recruter jusqu'à 400 hommes, marcher sur le fort et ramener au Massachusetts tout ce qu'il pense pouvoir être utile[10].

Rassemblement des forces colonialesModifier

 
Fort Ticonderoga depuis Mount Defiance.

Arnold part immédiatement après avoir reçu ses instructions. Il est accompagné par deux capitaines, Eleazer Oswald et Jonathan Brown, qui sont chargés de recruter les hommes nécessaires. Arnold atteint la frontière entre le Massachusetts et les Grants le , où il prend connaissance des efforts de recrutement du comité du Connecticut et apprend qu'Ethan Allen et les Green Mountain Boys sont déjà en route vers le nord. Chevauchant furieusement vers le nord, il arrive au quartier général d'Allen à Bennington le lendemain[11]. À son arrivée, Arnold est informé qu'Allen est à Castleton, à 80 km au nord, attendant des provisions et davantage d'hommes. Il est également prévenu que, bien que la démarche d'Allen n'a pas de valeur officielle, il est fort probable que ses hommes ne veuillent servir sous quiconque d'autre. Partant de bonne heure le lendemain, Arnold arrive à Castleton à temps pour participer à un conseil de guerre, où il plaide pour mener l'expédition sur la base de son autorisation officielle d'agir du comité du Massachusetts[12].

La force qu'Allen a rassemblée à Castleton inclut à peu près 100 Green Mountain Boys, environ 40 hommes réunis par James Easton et John Brown à Pittsfield, et 20 hommes supplémentaires du Connecticut[13]. Allen est élu colonel, avec Easton et Seth Warner pour lieutenants[12]. Lorsque Arnold arrive sur place, Samuel Herrick a déjà été envoyé à Skenesboro et Asa Douglas à Panton avec des détachements afin de sécuriser les bateaux. Le capitaine Noah Phelps, membre du « comité de guerre pour l'expédition contre Ticonderoga et Crown Point », a été reconnaître le fort déguisé en colporteur cherchant un rasoir. Il vit que les murs du fort étaient délabrés, apprit du commandant de la garnison que la poudre des soldats était humide, et qu'ils attendaient des renforts à tout moment[14],[15]. Il rapporte ces renseignements à Allen, à la suite de quoi ils planifient un assaut à l'aube[14].

De nombreux Green Mountain Boys s'opposent au souhait de commandement d'Arnold, soutenant qu'ils préfèrent rentrer chez eux plutôt que de servir sous quiconque d'autre qu'Ethan Allen. Arnold et Allen parviennent à s'arranger, mais il n'existe aucune preuve écrite concernant l'accord. D'après Arnold, il lui a été donné un commandement conjoint de l'opération. Certains historiens ont soutenu l'affirmation d'Arnold, tandis que d'autres suggèrent qu'il lui a simplement été donné le droit de marcher aux côtés d'Allen[note 1].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Pell 1929, p. 81 affirme qu'il n'y a pas de preuve écrite. Boatner 1974, p. 1101-1102 note que bien que Ward pense qu'Arnold a simplement eu le droit de marcher à côté d'Allen, Allen French voit les choses autrement dans The Taking of Ticonderoga in 1775. Bellesiles 1995, p. 117, affirme qu'Allen offrit à Arnold le droit de marcher en tête de la colonne afin d'apaiser Arnold.

RéférencesModifier

  1. Randall 1990, p. 86.
  2. Ward 1952, p. 69.
  3. a et b Ward 1952, p. 64.
  4. Drake 1873, p. 130.
  5. Gage 1931, p. 397.
  6. Lanctôt 1967, p. 49.
  7. Randall 1990, p. 85.
  8. Randall 1990, p. 87.
  9. Ward 1952, p. 65.
  10. Nelson 2006, p. 15.
  11. Randall 1990, p. 86–89.
  12. a et b Randall 1990, p. 90.
  13. Smith 1907, p. 124-125.
  14. a et b Randall 1990, p. 91.
  15. Phelps 1899, p. 204.

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

  • (en) Michael A. Bellesiles, Revolutionary outlaws : Ethan Allen and the struggle for independence on the early American frontier, Charlottesville, University Press of Virginia, , 428 p. (ISBN 978-0-8139-1603-3, OCLC 472722632).
  • (en) Mark Mayo Boatner, Encyclopedia of the American Revolution, Mechanicsburg, Stackpole Books, , 3e éd. (1re éd. 1966), 1290 p. (ISBN 978-0-8117-0578-3, OCLC 29595553).
  • (en) Francis S. Drake, Life and correspondence of Henry Knox : major-general in the American Revolutionary Army, Boston, S.G. Drake, , 160 p. (OCLC 2358685, lire en ligne).
  • (en) Thomas Gage, The correspondence of General Thomas Gage, volume 1, Yale University Press, (ISBN 978-0-208-00812-1).
  • (en) Charles A. Jellison, Ethan Allen : frontier rebel, Syracuse, Syracuse University Press, , 360 p. (ISBN 978-0-8156-2141-6, OCLC 28329).
  • (en) Gustave Lanctôt, Canada and the American Revolution, 1774–1783, Harvard University Press, (OCLC 70781264).
  • (en) James L. Nelson, Benedict Arnold's navy : the ragtag fleet that lost the Battle of Lake Champlain but won the American Revolution, Camden, McGraw-Hill, , 386 p. (ISBN 978-0-07-146806-0, OCLC 64510314, lire en ligne).
  • (en) John Pell, Ethan Allen, Boston, Houghton Mifflin, (ISBN 978-0-8369-6919-1).
  • (en) Oliver Seymour Phelps et Andrew T. Servin, The Phelps family of America and their English ancestors, with copies of wills, deeds, letters, and other interesting papers, coats of arms and valuable records (two volumes), Pittsfield, Massachusetts, Eagle Publishing Company, (OCLC 39187566).
  • (en) Justin Harvey Smith, Our Struggle for the Fourteenth Colony : Canada, and the American Revolution,, vol. 1, New York, G.P. Putnam's Sons, (OCLC 259236, lire en ligne).
  • (en) Willard Sterne Randall, Benedict Arnold : patriot and traitor, New York, Morrow, , 667 p. (ISBN 978-1-55710-034-4, OCLC 21163135).
  • (en) Christopher Ward, The War of the Revolution, Volume 1, The Macmillan Company, .