Siège de Savannah

bataille de la guerre d'indépendance des États-Unis en 1779
Siège de Savannah
Description de cette image, également commentée ci-après
Attaque de Savannah, tableau d'Arthur Keller.
Informations générales
Date 16 septembre-
Lieu Savannah (Géorgie)
Issue Victoire britannique
Belligérants
Drapeau de la France. France
Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau de la Grande-Bretagne. Grande-Bretagne
Commandants
Drapeau des États-Unis. Benjamin Lincoln
Drapeau des États-Unis. Casimir Pulaski
Drapeau de la France. Comte d'Estaing
Drapeau du Royaume-Uni Augustine Prévost
Forces en présence
5 050 hommes
3 500 Français
1 550 Américains
3 200 hommes
Pertes
244 morts
584 blessés
40 morts
63 blessés

Guerre d'indépendance des États-Unis

Batailles

Théâtre sud de la guerre d'indépendance des États-Unis (1775-1779)

Coordonnées 32° 03′ 03″ nord, 81° 06′ 14″ ouest
Géolocalisation sur la carte : États-Unis
(Voir situation sur carte : États-Unis)
Siège de Savannah

Le siège de Savannah est une bataille de la guerre d'indépendance américaine qui s'est déroulée en 1779. Une année auparavant, la ville de Savannah, capitale de la colonie de Géorgie, avait été investie par le corps expéditionnaire britannique du lieutenant-colonel Archibald Campbell (en).

Le siège en lui-même consiste en une tentative franco-américaine de reprise de Savannah allant du au . Le , un assaut majeur contre les Britanniques échoue. L'exilé polonais Casimir Pulaski, combattant pour les États-Unis, tombe durant l'attaque. Avec cet échec, le siège échoue, et les Britanniques conservent le contrôle de la Géorgie jusqu'en 1782.

Opérations navalesModifier

 
Plan du siège de Savannah ; l'attaque française, menée en collaboration avec les Américains, est un lourd échec (carte américaine de d'après un plan d'époque, université de Géorgie, 1874).

Après la bataille navale de la Grenade (), la flotte française du vice-amiral Charles Henri d'Estaing détient la maîtrise de la mer sur les côtes de l'Amérique du Nord et dans les Antilles. Cependant, d'Estaing reçoit l'ordre de détacher deux escadres, sous le commandement de La Motte-Picquet et de Grasse, pour protéger respectivement Saint-Domingue et la Martinique, et de former un convoi de tout ce qu'il pourra rassembler de navires de commerce pour rentrer en France. Cette perspective inquiète beaucoup les insurgés américains car ils n'ont pas de marine et se trouveraient sans couverture alors que les Britanniques, qui tiennent Savannah en Géorgie, ont repris l'avantage et peuvent envahir la Caroline du Nord et du Sud. Sur l'insistance du consul de France à Charlestown et du gouverneur de Caroline, d'Estaing accepte de participer à une opération conjointe avec l'Armée continentale pour prendre Savannah. Le , la flotte de D'Estaing part de Cap-Français, capitale de Saint-Domingue, avec 30 vaisseaux et 3 000 soldats des garnisons de Saint-Domingue et de la Martinique[1]. Elle comprend les unités suivantes :

Le , la flotte entre dans la rivière de Savannah. Son arrivée prend les Britanniques au dépourvu mais, le , un ouragan endommage plusieurs navires. L’Amazone (capitaine La Pérouse), le Sagittaire, la Lively et l'Ellis sont placées en observation sur les différents bras de la rivière de Savannah tandis que l'escadre de La Motte-Picquet prend ses dispositions pour débarquer. Le , elle franchit la barre et s'empare de l'île Tybee mais il lui faut encore 3 jours pour trouver une aire de débarquement convenable ; puis un nouveau coup de vent oblige la flotte à s'éloigner de la côte[3].

Opérations terrestresModifier

En , les Français prennent leurs dispositions pour participer au siège. Le comte d'Estaing déclare plusieurs fois à Benjamin Lincoln, général des troupes américaines, qu'il ne pouvait pas rester à terre plus de dix ou quinze jours pour des raisons liées au ravitaillement et à la dégradation rapide de l'état sanitaire. La prise de Savannah était considérée comme certaine. De ce fait, les troupes de la milice américaine se mirent en campagne avec ardeur. Les Britanniques avaient coulé à fond dans le canal deux vaisseaux armés, quatre transports et plusieurs petits bâtiments. Les vaisseaux de ligne de D'Estaing ne pouvaient s'approcher du rivage au risque de s'échouer et le débarquement ne put s'effectuer que le avec de petits vaisseaux envoyés de Charleston.

Le , la ville de Savannah fut sommée de se rendre aux armes de France. Cette sommation ne fut ainsi faite que parce que l'armée américaine n'était pas encore arrivée, mais les loyalistes en prirent prétexte pour accuser les Français de vouloir faire des conquêtes pour leur propre compte.

L'autorité militaire britannique demanda vingt-quatre heures pour réfléchir à une réponse. Cette demande n'avait d'autre but que de donner le temps à un régiment anglais commandé par le lieutenant-colonel John Maitland de se joindre à l'armée britannique dans Savannah. Cette jonction s'opéra en effet avant l'expiration du délai. Grâce à ce renfort, le général suisse Augustin Prévost, commandant l'armée britannique, fut alors en état de résister à un assaut.

Les Français, obligés de choisir entre une brusque attaque et un siège en règle, se décidèrent pour le premier parti. La distance qui les séparait de la flotte, ainsi que les complications à l'acheminement du matériel, leur firent perdre un temps d'autant plus précieux que leurs adversaires travaillaient avec une grande activité à augmenter leurs moyens de défense.

Plusieurs centaines d'esclaves, sous la direction du major écossais Monkrief, ingénieur en chef de l'armée britannique, perfectionnaient chaque jour les ouvrages de la ville. Ce ne fut que le 23 au soir que les Français et les Américains ouvrirent la tranchée.

Le , le major anglais Graham, à la tête d'un faible détachement des assiégés, fit une sortie sur les troupes françaises, qui le repoussèrent sans difficulté, mais les Français s'approchèrent si près des retranchements de la place, qu'à leur retour ils furent exposés à un feu très vif qui leur tua plusieurs hommes.

La nuit du , une nouvelle sortie eut lieu sous la conduite du major anglais, Mac-Arthur. Elle jeta un tel trouble chez les assiégeants que les Français et les Américains, dans la plus grande confusion, tirèrent quelque temps les uns sur les autres.

Assiégeants et assiégés se canonnèrent sans grand résultat jusqu'au 8 octobre. Ce jour-là, L'Enfant, major de l'armée américaine, emmena 5 hommes et marcha à travers un feu très vif jusque contre les ouvrages de la place pour mettre le feu aux abattis. L'humidité du bois empêcha le succès de cette tentative hardie dans laquelle le major fut blessé.

Sur les instances des ingénieurs français, qui ne croyaient pas à la possibilité d'un succès rapide par un siège en règle, et sur les représentations de ses officiers de marine, qui lui montraient les périls auxquels était exposée la flotte, le comte d'Estaing se détermina à livrer l'assaut.

Le 9 octobre au matin, se trouvent en présence, trois mille cinq cents hommes de troupes françaises, dont 800 hommes du corps expéditionnaire des chasseurs volontaires de Saint-Domingue, aux ordres du marquis de Rouvray et du vicomte de Fontanges, avec le lieutenant Jean-Baptiste Bernard Viénot de Vaublanc, 600 hommes de troupes continentales française et 350 Américains de la milice de Charleston. L'ensemble de ces forces armées étant conduit par le comte d'Estaing et par le général Lincoln, s'avança avec la plus grande intrépidité jusqu'aux lignes ennemies. En même temps, la milice américaine du pays était occupée à deux fausses attaques. Le feu des Britanniques fut si violent et si bien dirigé que le front de la colonne d'attaque fut mis en désordre. Jean Gaspard de Vence, commandant l'avant-garde française à la tête de 80 hommes, était chargé d'attaquer la principale redoute. Il franchit le fossé malgré le feu le plus violent, pénètre dans l'intérieur, se trouve en présence de 500 hommes de l'armée britannique qui font feu. Mais, pour éviter ce feu, les Français ont fait un détour et se sont maladroitement enfoncés dans un marais. Vence repasse le fossé sans la moindre blessure. D'Estaing, blessé, est emporté par le capitaine Vence et ses quelques grenadiers.

En vain le comte Pulaski, général polonais à la tête de 200 cavaliers américains, voulut pénétrer dans la ville en passant au galop entre les redoutes. Il fut atteint d'une blessure mortelle. Enfin les assaillants, après avoir soutenu le feu des ennemis pendant 55 minutes, firent une retraite générale.

Le siège de la bataille de Savannah est commenté par Antoine-Térence O'Connor[4], de la brigade irlandaise[5], capitaine du corps royal français du génie : « Ce fut un carnage affreux… Le général Pulaski est mortellement blessé, le vicomte de Béthisy blessé de deux coups de feu, le vicomte de Fontanges, major-général, chef d'état-major de l'amiral d'Estaing, dangereusement blessé, Monsieur Brown, major du Dillon est tué, le baron de Steding est blessé et peu après Monsieur le général-amiral d'Estaing est blessé au bras. Tout cela répand la plus grande confusion. Les avant-gardes chargent une deuxième fois et sans succès, le désordre augmente, la plupart des chefs sont blessés… Les avant-gardes donnent pour la troisième fois, soutenus par les troupes que le général venait de rassembler. La charge fut longue, le canon des ennemis fit un grand ravage… Monsieur le général, blessé pour la deuxième fois d'une balle qui lui traversa la jambe, témoin du désordre qui commençait à se renouveler, fait battre en retraite à Monsieur le vicomte de Noailles… Cette action n'a pas duré plus d'une heure, elle a été très vive. Il parait que certains déserteurs américains avaient averti la veille les ennemis du point d'attaque. »

Ce témoignage de première main est accompagné d'annotations personnelles de l'amiral d'Estaing : « Le journal du siège de Savannah rédigé par M. Antoine O'Connor étant véridique et me paraissant bien fait, je crois devoir le mettre sous les yeux sans y rien changer et tel qu'il m'a été envoyé par cet ingénieur du roi, seul embarqué avec moi. Il a conduit tous les travaux avec autant d'intelligence que de bravoure. Il s'était déjà très distingué à la prise de la Grenade. »

D'Estaing reçut deux blessures et ne dut son salut qu'au dévouement du lieutenant Laurent Truguet qui lui sauva la vie. 637 hommes de ses troupes et 257 des troupes continentales furent tués ou blessés. Des 350 de la milice de Charleston, quoiqu'ils fussent des plus exposés au feu de l'ennemi, il n'y eut de tué que le capitaine Shepherd et six blessés.

Pendant le jour de la sommation, il n'y avait pas dix canons de montés sur les lignes de Savannah. Aussi la défense britannique de cette place fit-elle le plus grand honneur au général Prévost, au lieutenant-colonel Maitland et au major Moncrief. Celui-ci mit une telle activité dans ses préparatifs de défense, qu'en quelques jours il avait mis plus de 80 canons en batterie.

La garnison comptait de 2 000 à 3 000 hommes de troupes régulières britanniques, avec 150 miliciens seulement. Les pertes qu'elle éprouva furent insignifiantes, car les soldats tiraient à couvert et beaucoup des assaillants n'eurent pas même l'occasion de faire feu.

ConséquencesModifier

Cette bataille est connue dans l'histoire d'Haïti, car une légion de 800 gens de couleur libres en provenance de Saint-Domingue combattent du côté français. Henri Christophe, futur roi de la monarchie constitutionnelle d'Haïti, a fait partie de ces troupes. Parmi les combattants, plusieurs officiers blancs devinrent ensuite des figures des réfugiés français de Saint-Domingue en Amérique.

D'Estaing, gravement blessé et jugeant la saison trop avancée pour de nouvelles opérations, revient à ses premières instructions et ramène la flotte vers les Antilles. Le Magnifique, très endommagé, est renvoyé à la Martinique avec l’Annibal et le Réfléchi : éprouvés en route par les tempêtes, ils y arriveront entre le 20 et le . De Grasse, après avoir s'être approvisionné en farines dans la Chesapeake, repart pour les Antilles avec les Robuste, Fendant, Diadème, Sphinx, Iphigénie et Alceste ; le mauvais temps oblige le Fendant à rentrer dans la Chesapeake et il n'arrivera à la Martinique qu'en . Le reste de la flotte rentre en France en ordre dispersé, soit par Toulon, soit par les ports de l'Atlantique[6].

Immédiatement après l'insuccès de cette entreprise, la milice américaine, forte d'un millier d'hommes, retourne dans ses foyers. Le major général Benjamin Lincoln se retire dans Charleston où il tente de convaincre le congrès de Caroline du Sud de lever de nouvelles troupes : il n'obtient que partiellement satisfaction. En , le général britannique Henry Clinton débarque en Caroline du Sud avec des forces importantes et conduit le siège de Charleston entre mars et  : Lincoln est obligé de capituler. La situation des Américains ne s'améliorera qu'avec l'arrivée du second corps expéditionnaire français en [7].

ArchéologieModifier

En 2006, des archéologues avec le Coastal Heritage Society et le LAMAR Institute ont découvert des portions de fortifications à Spring Hill[8]. Le choc de l'attaque contre les Britanniques du , a été concentré sur ce point. Cette découverte passe pour les premières traces du champ de bataille examinées à l'époque contemporaine.

Notes et référencesModifier

  1. O. Troude, Batailles navales de la France, Volume 2, Paris, 1867, p. 41-42.
  2. O. Troude, Batailles navales de la France, Volume 2, Paris, 1867, p. 42-43.
  3. O. Troude, Batailles navales de la France, Volume 2, Paris, 1867, p. 42-44.
  4. Patrick Clarke de Dromantin, Les réfugiés jacobites dans la France du XVIIIe siècle, Presses universitaires de Bordeaux, 528 p., p. 99
  5. Patrick Clarke de Dromantin, Heurs et malheurs des troupes jacobites au service de la France au XVIIIe siècle, Paris, Revue historique des armées, , 14 p. (lire en ligne), p. 28 42
  6. O. Troude, Batailles navales de la France, Volume 2, Paris, 1867, p. 45-46.
  7. Francis Lieber, Encyclopaedia Americana: A Popular Dictionary of Arts, Sciences ..., Volume 7, Philadelphia, 1854, p. 559.
  8. « The Spring Hill Redoubt Marker - Historic Markers Across Georgia », sur lat34north.com (consulté le 4 février 2019)

Voir aussiModifier

Sources et bibliographieModifier

En français
En anglais
  • (en) Alfred Thayer Mahan, The major operations of the navies in the war of American independence, Boston, Little, Brown, and company, (lire en ligne)
  • (en) William Laird Clowes, The Royal Navy : a history from the earliest times to the present, vol. IV, Londres, Sampson Low, Marston & Co., (lire en ligne)
  • (en) Brian Tunstall, Naval warfare in the age of sail : The Evolution of Fighting Tactics 1650-1815, Londres, Conway Maritime Press, , 278 p. (ISBN 0-85177-544-6)
  • Francis Lieber, Encyclopaedia Americana: A Popular Dictionary of Arts, Sciences ..., Volume 7, Philadelphia, 1854, p. 559 [2]

Article connexeModifier

Liens externesModifier