Ouvrir le menu principal

Urtica

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Ortie (homonymie).

Les orties (Urtica) sont un genre de la famille des Urticacées qui regroupe une trentaine d'espèces de plantes herbacées à feuilles velues. On en trouve 11 en Europe dont 5 en France.

En Europe de l'Ouest, les espèces les plus courantes sont la grande ortie (Urtica dioica, 50 cm à 1 mètre, vivace) et l'ortie brûlante (Urtica urens, moins de 50 cm, annuelle). Urtica pilulifera (ortie à pilules, ortie romaine) se rencontre dans le midi et l'ouest de la France, Urtica membranacea (ortie membraneuse) se rencontre dans le midi méditerranéen et Urtica atrovirens uniquement en Corse.

La grande ortie et l'ortie brûlante (feuilles et racines) sont reconnues comme faisant partie des plantes médicinales les plus utiles et les plus efficaces, notamment sous la galénique SIPF[1]. Les feuilles sont couramment utilisées comme toniques, dépuratives, diurétiques, anti-inflammatoires (douleurs rhumatismales)[2]. L'ortie est surtout connue pour ses propriétés vitalisantes et énergétiques[3].

La grande ortie est également très utilisée à des fins alimentaires, industrielles (pour sa fibre) et agricoles (en tant qu'engrais vert et insecticide).

Sommaire

Étymologie et histoireModifier

Le nom d'ortie est issu du latin urtica lui-même dérivé d'uro, « brûler », en référence aux poils urticants[4].

1746 : En botanique, orthie (St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 1746)

1176-1184 : au figuré par opposition à rose pour signifier «le pire» (GAUTIER D'ARRAS, Eracle, éditeur G. Raynaud de Lage, 1268);

1496 : gecter le froc es ortyes (Mystère de St Martin, éd. A. Duplat, 7993 cité ds Z. rom. Philol. t.97, p.445);

1564 : jetter le froc aux orties (THIERRY, s.v. froc)Source [5].

Caractéristiques généralesModifier

 
Fleurs femelles
 
Fleurs mâles

Ce sont des plantes herbacées à feuilles opposées, pétiolées, fortement dentées ou incisées, à stipules libres, sont de forme elliptique. Les plantes sont hérissées de poils raides (appelés scientifiquement trichomes urticants) sécrétant un liquide très irritant. Les espèces sont nitrophiles et rudérales.

Les fleurs mâles et femelles sont séparées, soit sur le même pied (plantes monoïques) soit sur des pieds différents (plantes dioïques).
Les fleurs femelles sont verdâtres et pendantes, réunies en inflorescences plus ou moins serrées, selon les espèces. Le périanthe est à 4 divisions très inégales, les 2 extérieures petites ou nulles. Le style est presque nul, le stigmate est en pinceau.
Les fleurs mâles sont jaunâtres et ont un port plus horizontal et étalé ou en épi. Leur périanthe est à 4-5 divisions. Les 4-5 étamines, à filets longs, repliés, sont pliés dans la corolle, se détendent soudainement lors de la fécondation et répandent un nuage de pollen sur les fleurs femelles
Le fruit est un akène ovoïde-comprimé, renfermé dans le périanthe[6].

Pouvoir urticantModifier

 
Poils en aiguilles urticantes.

Les poils urticants contiennent de l'histamine, de l'acétylcholine et de la sérotonine qui irritent la peau. Des acides formiques (l'arme de défense des fourmis et des abeilles) sont présents mais jouent un rôle mineur dans l'irritation[7]. Ces poils ont à leur extrémité une pointe de silice qui permet de pénétrer la peau des animaux qui s'en approchent trop. Les poils urticants de l'ortie sont aussi fragiles que du verre. Ils se brisent comme l'extrémité des ampoules de médicaments et injectent dans la peau l'histamine (pouvoir histaminolibérateur de l'ortie) à qui serait dû le prurit (sensation de démangeaison) et les troubles de la motricité des vaisseaux responsables de l'érythème, ainsi que les autres composants qui provoquent une sensation de brûlure puis donnent une urticaire de contact (plaques rouges et gonflées d'eau)[8].

Le botaniste Charles Naudin constate en 1874 à Collioure qu'un épisode venteux violent et prolongé a pour effet de faire disparaître durant une semaine la propriété urticante des orties[9].

UtilisationsModifier

Utilisation comme fertilisantModifier

L'ortie permet la fabrication de purin d'ortie, par macération d’orties hachées dans de l’eau ou du purin pendant quelques jours à l’abri de la lumière. Il sert de fongicide (contre le mildiou), d’insecticide (contre les pucerons et acariens) et d’activateur ou de régulateur de croissance des végétaux[10].

La fabrication, l'utilisation et la commercialisation de ce purin sont réglementées en France par l'arrêté du 18 avril 2011[11].

Certaines sources soutiennent que l'ortie, sans nourrir la plante ni lutter contre les insectes, pourrait stimuler sa croissance[12], ce qui pourrait en fait signifier qu'elle favorise l'activité biologique du sol (voir à ce sujet, les travaux de Claude et Lydia Bourguignon).

Utilisation alimentaireModifier

 
Soupe d'ortie.

Les orties sont comestibles. Elles contiennent les huit acides aminés essentiels[13] et des protéines à raison de 8 à 20 % de leur poids frais, 16 à 40 % de leur poids sec (une portion de 300 g d'ortie cuite apporte ainsi la ration journalière de protéines[14]), du fer à raison de 7,8 mg pour 100 gr et du calcium à raison de 630 mg par 100 gr[15].

Elles sont utilisées en soupe, soufflés ou en remplacement des épinards.

Utilisation comme plante médicinale et sanitaireModifier

Différentes propriétés médicinales et sanitaires sont reconnues ou alléguées.

La forme SIPF de l'ortie urtica urens a une efficacité thérapeutique sur la fatigue, au moins égale au Sargenor[16].

C’est un diurétique, soit une substance qui entraîne une augmentation de la sécrétion urinaire dont l’action concerne l'hypertension artérielle, l'insuffisance cardiaque, certains œdèmes, l'hypertension portale ou l'hyperkaliémie[17].

Traitées par lyophilisation, les feuilles peuvent être utilisées pour combattre le rhume des foins[17].

Absorbée, la racine séchée soulage la miction en cas d'inflammation bénigne de la prostate[17].

Appliquée en lotion, elle lutte contre l'acné[17].

En bain de bouche, elle se révèle efficace contre les infections : aphtes, gingivite, angine[17].

Chez la femme enceinte, elle favorise la stimulation de la production du lait maternel[17].

Naturellement riche en vitamines A, B et C, elle est également riche en fer, calcium, magnésium, potassium et phosphore[17]. Plante reminéralisante, elle agit favorablement sur les cartilages usés des personnes souffrant d'arthrose ou de rhumatismes. En cataplasme, associée à l’argile verte, elle agit contre les douleurs liées à ces affections[17].

Le mode de fécondation de l'ortie femelle par l'ortie mâle la rend allergisante par le pollen (cf. Caractéristiques générales), mais par sa consommation, elle possède des vertus anti-allergique.

En résumé, « l'ortie est diurétique, dépurative, antirhumatismale[18], anti-inflammatoire, antalgique, antimicrobienne, anti-ulcéreuse, anti-anémique, hépatoprotectrice, antioxydante, hypoglycémiante, antiallergique, immunostimulante, hypotensive, tonique, galactogène[19]. »

Utilisation comme plante fourragèreModifier

Hachée crue, l'ortie jeune peut être donnée aux volailles ; c'était traditionnellement un régal réservé aux canetons. Jeune et soumise à dessiccation elle peut être donnée au bétail qui l'apprécie.

Principales espèces du genre UrticaModifier

Autres plantes appelées ortieModifier

D'autres espèces de plantes ont aussi reçu le nom vernaculaire d'« ortie » à cause de leur vague ressemblance avec les orties. On connaît ainsi des orties blanches, jaunes, rouges qui appartiennent au genre Lamium (les lamiers) de la famille des Lamiacées. Appelée aussi « fausses orties » ou « orties mortes », ces plantes comestibles se distinguent des vraies orties à leurs feuilles non stipulées, leur tige à section carrée, leurs fleurs colorées zygomorphes aromatiques et leur absence de poils urticants.

Plante hôteModifier

 
Chenille de Arctia caja sur feuille d'ortie

Les papillons de nuit (hétérocères) suivants (classés par famille) se nourrissent d'ortie :

Les orties dans la cultureModifier

 
Les armoiries du Land de Schleswig-Holstein portent à gauche l'écu du Holstein enté en pointe de gueules aux trois clous d'argent posés en pairie et angles d'autant de feuilles d'ortie du même[20].

Dans la mythologieModifier

Dans le panthéon germanique, l'ortie était consacrée à Thor/Donar, dieu du Tonnerre[21].

Dans le langageModifier

  • « jeter le froc aux orties » : renoncer à l'état monacal ou ecclésiastique. Dans sa chanson Le Mécréant, Georges Brassens trouve une soutane dans les orties. Dans cette expression, froc est à prendre au sens ancien du terme qui apparaît vers 1160 pour désigner la partie de l'habit des moines qui recouvre la tête, les épaules et la poitrine. À partir du XVIIe siècle, le mot s'utilise pour nommer l'habit monacal dans son ensemble, mais ce n'est qu'au XXe siècle que l'argot récupère ce mot pour remplacer pantalon. Cette expression tend à tomber en désuétude, compte tenu de la raréfaction des vocations religieuses en France.
  • « Il ne faut pas pousser grand-mère dans les orties », ou « Il ne faut pas pousser mémé dans les orties » signifie : il ne faut pas exagérer. Cette expression sert à avertir quelqu'un qu'il va dépasser les bornes, faire une provocation de trop.

Dans la littérature et la chansonModifier

  • Dans le conte de Grimm KHM 198, Demoiselle Maleen, l'héroïne Maleen, qui s'est échappée de la tour où son père l'avait enfermée, est obligée de se nourrir des feuilles d'un buisson d'orties (Brennettelbusch en dialecte). Par la suite, elle s'adresse à un buisson d'orties en lui rappelant ce fait. Ce conte serait originaire de Scandinavie via le Schleswig-Holstein[22].
  • Un récit traditionnel Corse met en scène le philosophe Sénèque, exilé en Corse (officiellement pour avoir commis l'adultère avec Julia Lavilla, soeur d'Aggripine la Jeune , mais aussi et surtout, tombé en disgrâce politique à la mort de Caligula). Selon la tradition, Sénèque ayant poursuivi de ses assiduités une (ou plusieurs) bergères corses, fut , par vengeance, roulé tout nu dans un buisson d'orties, ce dont témoigne le nom local de l'ortie noire : Urtica di Seneca [23]
  • Le conte KHM 179 (La Gardeuse d'oies à la fontaine) fait également mention d'orties, utilisées comme instrument de punition.
  • Dans le conte d'Andersen intitulé Les Cygnes sauvages, l'héroïne doit tisser des cottes de mailles (ou des hauberts)[24] en fil d'ortie, cueillie dans un cimetière, pour permettre à ses frères, transformés en cygnes, de retrouver forme humaine[25].
  • Victor Hugo mentionne l'ortie dans son poème J'aime l'araignée et j'aime l'ortie, dans lequel il défend les êtres marginaux de la société en les identifiant à l'araignée et l'ortie.
  • Francis Cabrel a également nommé son douzième album et le septième titre de ce dernier Des roses et des orties.

Notes et référencesModifier

  1. Dr Y. Requena, « Traitement des asthénies essentielles et réactionnelles par la suspension intégrale de plante fraîche d’Urtica Dioïca », {{Article}} : paramètre « périodique » manquant,‎ .
  2. (en) Monographie sur l'ortie sur le site Plants for a future
  3. (en) P. Akbay, A.A. Basaran, U. Undeger et N. Basaran, « In vitro immunomodulatory activity of flavonoid glycosides from Urtica dioica L. », Phytotherapy Research (en), vol. 17, no 1,‎ , p. 34-37 (ISSN 0951-418X, PMID 12557244, DOI 10.1002/ptr.1068).
  4. François Couplan, Les plantes et leurs noms. Histoires insolite, Éditions Quae, (lire en ligne), p. 93.
  5. « Ortie », sur cnrtl.fr
  6. Pelt Jean-Marie. Les langages secrets de la nature - la communication chez les animaux et les plantes. Ed. Fayard, Livre de Poche n° 144435, 1996. Chapitre 12 Des plantes mobiles, p. 155.
  7. (en) Gulsel M. Kavalali, Urtica. Therapeutic and nutritional aspects of stinging nettles, CRC Press, (lire en ligne), p. 25.
  8. Michel Botineau, Guide des plantes toxiques et allergisantes, Éditions Belin, (lire en ligne), p. 82.
  9. Fabricio Cardenas, Vieux papiers des Pyrénées-Orientales, Orties inoffensives à Collioure en 1874, 7 mai 2015
  10. Jean-François Lyphout, Purin d'ortie et extraits végétaux, Ulmer, , p. 9
  11. Arrêté du 18 avril 2011.
  12. Christophe Gatineau, « Il ne faut pas pousser mémé dans les orties ! », (consulté le 5 juillet 2013)
  13. Emeline Lavier, Marie-Chantal Canivenc-Lavier, Bien manger pendant un cancer, Hachette Pratique, , p. 59.
  14. François Couplan, Dégustez les plantes sauvages, Editions Ellebore, , p. 230.
  15. Jean-Pol Mostade, L'ortie et ses mille secrets, TheBookEdition, , p. 23.
  16. Étude clinique du SIPF d'ortie dans le traitement des asthénies essentielles ou réactionnelles, Dr. M. Manini - Dr. D. Poulain, 26 janvier 1990, p. 25.
  17. a b c d e f g et h Futura, « Quelles sont les vertus de l'ortie ? » (consulté le 11 septembre 2016).
  18. Des herbes pas si mauvaises..., de Jean-Marie Polese, édition De Borée 2011 (ISBN 978-2-8129-0263-5).
  19. « Ortie », sur Doctissimo.
  20. Christian Cannuyer, Les maisons royales et souveraines d'Europe, Brepols, , p. 163.
  21. (en) Marcel Cleene, Marie Claire Lejeune, Compendium of Symbolic and Ritual Plants in Europe: Herbs, Man & Culture, , p. 413.
  22. Noté par Natacha Rimasson-Fertin, Contes pour les enfants et la maison, tome II, José Corti, 2009 (ISBN 978-2-7143-1000-2).
  23. « SENEQUE », sur Enciclopedia di a Corsica, (consulté le 30 juin 2019)
  24. En danois : Pantserskjorter.
  25. Voir (en) The Wild Swans sur Wikisource.

Voir aussiModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Article connexeModifier

Lien externeModifier