Manifestations de 2022 en Iran

Mouvements de protestation civiques suite à la mort de Mahsa Amini
Manifestations de 2022 en Iran
Description de cette image, également commentée ci-après
Manifestations à Téhéran (boulevard Keshavarz), en septembre 2022
Caractéristiques
Types de manifestations À la suite de la mort de Mahsa Amini du fait de la police des moeurs iraniennes
Bilan humain
Morts entre 40 et 76[1]

Les manifestations iraniennes de sont une série de manifestations en Iran qui commencent le après la mort de Mahsa Amini, décédée après avoir été détenue par la « police de la moralité » islamique d'Iran[2]. Les manifestations s'étendent dans les jours qui suivent dans plusieurs villes de la province du Kurdistan, dont la capitale Sanandadj, puis plus largement plusieurs des principes villes du pays, dont Téhéran et Machhad[3],[4].

ChronologieModifier

Arrestation et mort de Mahsa AminiModifier

Les manifestations se déclenchent à la suite de la mort de Mahsa Amine, jeune femme originaire du Kurdistan iranien, en voyage à Téhéran pour rendre visite à sa famille. Elle est arrêtée le par la police des mœurs pour « port de vêtements inappropriés » alors qu'elle était avec son frère à l'entrée d'une station de métro[5],[6].

Alors que la police indique à son frère qu'elle serait emmenée au centre de détention pour suivre un "cours d'information" et libérée dans une heure, elle est emmenée plusieurs heures plus tard à l'hôpital de Kasra en ambulance[7],[8]. Elle reste deux jours dans le coma à l'hôpital Kasra de Téhéran, pendant laquelle se produit une première manifestation contre la police de la moralité et la loi sur le hijab[9].

Elle décède dans l'unité de soins intensifs le [10]. À la suite de la mort de Mahsa Amini, des manifestations sont organisées pendant plusieurs jours, et coordonnées sur les réseaux sociaux, en utilisant notamment le hashtag #mahsa_amini ou مهسا امینی# en persan.

Mahsa Amini est enterrée le à Saqqez, sa ville natale, qui est alors le théâtre de rassemblements, ainsi qu'à Sanandadj, la capitale de la province iranienne du Kurdistan[11].

ManifestationsModifier

Des manifestations sont organisées à Sanandadj le 18 septembre, où plusieurs femmes enlèvent leur hijab en signe de protestation, ainsi que dans la capitale où des étudiants de l'Université de Téhéran défilent pancartes à la main[12], scandant notamment « Femme ! Vie ! Liberté ! »[13].

Le 19 septembre, l'accès à Internet mobile est coupé dans le centre de Téhéran. Selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, les manifestations se poursuivent dans le centre-ville de Téhéran, la ville septentrionale de Rasht, la ville centrale d'Ispahan, ainsi que sur le territoire kurde occidental[14]. Les manifestants scandent notamment « Mort au dictateur »[14]. Le même jour, trois manifestants sont tués par les forces de sécurité dans la province du Kurdistan[15], et un homme de 23 ans nommé Farjad Darvishi est aussi tué par la police alors qu'il manifestait dans la ville de Waliasr à Urmia, en Iran[16].

Le 20 septembre, des vidéos publiées sur les réseaux sociaux et recensés par Voice of America montrent des manifestations antigouvernementales dans au moins 16 des 31 provinces iraniennes, dont « Alborz, l'Azerbaïdjan oriental, le Fars, Gilan, le Golestan, Hormozgan, Ilam, Ispahan, Kerman, Kermanshah, le Kurdistan, Mazandaran, Qazvin, Razavi Khorasan, Téhéran et l'Azerbaïdjan occidental »[17]. Le même jour, les médias d'État iraniens rapportent la mort d'un assistant de police parmi les manifestants dans la ville méridionale de Chiraz[15]. Des femmes sont filmées en train de retirer leur hijab et de couper leur queue de cheval lors de manifestations. Certains témoins interrogés qualifient les manifestations de la journée de "manifestations éclairs" qui cherchaient à se former puis à se disperser rapidement avant que les forces de sécurité ne puissent intervenir[18].

Au soir du , le raccordement internet de l'Iran au reste du monde est très fortement perturbé, empêchant l'usage de sites comme WhatsApp et Instagram, qui permettent aux manifestants de se coordonner[19],[20],[21]. Au , au moins huit manifestants avaient été tués[22],[15].

Dans la journée du 22, deux journalistes travaillant pour la presse locale, Niloufar Hamedi et Yalta Moayeri, ainsi qu'un militant réformateur, Mohammad-Réza Jalaïpour, sont arrêtés par la police[23],[24]. La journaliste Elaheh Mohammadi, qui avait publié une interview du père de Mahsa Amini dans laquelle il réaffirmait que la police iranienne est responsable de la mort de sa fille, a également subi une perquisition et vu ses pièces d'identité et son matériel confisqués. Dans le même temps et malgré le prolongement du blocage d'Internet dans le pays, les manifestations continuent, notamment à Téhéran, où sont incendiés plusieurs commissariats et voitures de police mais aussi dans un plus grand nombre de villes de tailles moyennes et petites dans la plupart des 31 provinces d'Iran[25]. Toujours le 22, le nombre des morts parmi les manifestants atteint 22 personnes[26].

Le 23, les manifestations se poursuivent dans l'ensemble du pays. Certains médias rapportent au moins 30 personnes tuées parmi les manifestants, et il est confirmé que la police tire à balle réelle[27]. Des contremanifestations sont aussi organisées par le régime[28].

Le 24 septembre, d'importantes manifestations dans la ville contestée d'Ochnavieh se poursuivent, ainsi qu'à Chiraz et à Téhéran, notamment devant l'université de Téhéran[29]. Les Iraniens vivant à l'étranger défilent dans différentes villes du monde telles qu'Erbil, Berlin, Stuttgart et Melbourne pour soutenir le peuple iranien[30],[31],[32]. Le même jour, dans la province de Gilan, la police et les gardiens de la révolution iraniens arrêtent 739 personnes, dont au moins 60 femmes[33]. 88 armes à feu sont trouvées et confisquées dans la province du Khuzestan[34]. Les gardiens de la révolution procèdent à plusieurs arrestations à Kerman[35]. Le New York Times rapportent que les forces de sécurité « ouvrent le feu sur la foule » dans plusieurs villes et déclare : « Les vidéos mises en ligne et l'ampleur de la réponse des autorités sont difficiles à vérifier de manière indépendante, mais les vidéos et les photographies envoyées par des témoins connus au New York Times étaient globalement conformes aux images largement diffusées en ligne. »[36] Le Comité pour la protection des journalistes signale qu'au moins onze journalistes ont été arrêtés, dont Niloofar Hamedi, le journaliste qui avait à l'origine révélé l'histoire de Mahsa Amini[37].

Le 26 septembre, le bilan du nombre de mort passe à près de 76 personnes selon l'ONG Iran Human Rights, alors que le bilan officiel fait état de 41 morts[1]. Dans le même temps, les manifestations se poursuivent dans 30 des 31 provinces du pays, et le mouvement s'étend à plusieurs universités, qui décident d'arrêter les cours en exigeant la libération des étudiants arrêtés[38].

Le 27 septembre, les affrontements entre la police et les manifestants se poursuivent dans plusieurs villes. Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, exhorte les dirigeants religieux iraniens à « respecter pleinement les droits à la liberté d'opinion, d'expression, de réunion pacifique et d'association ». Shamdasani ajoute que des rapports précisent que « des centaines de personnes ont également été arrêtées, dont des défenseurs des droits humains, des avocats, des militants de la société civile et au moins 18 journalistes »[39]. Le Conseil d'organisation des travailleurs contractuels du pétrole avertit le gouvernement que si la répression contre les manifestants se poursuit, il appellerait à la grève, une décision qui pourrait paralyser un secteur majeur de l'économie iranienne[40]. L'ONG Iran Human Rights confirme que les forces de sécurité tirent à balles réelles sur les manifestants. Dans le même temps, l'Iran rapporte l'arrestation de Faezeh Hachemi Rafsandjani, la fille d'Akbar Hachemi Rafsandjani, président de 1989 à 1997[41].

Le 28 septembre, Elaheh Mohammadi, journaliste qui avait couvert la mort et l'enterrement de Mahsa Amini, est arrêtée. La police anti-émeute est déployée sur les places principales de Téhéran visant à empêcher les manifestants de scander des slogan anti-régimes[42].

Articles connexesModifier

Notes et référencesModifier

  1. a et b « Depuis la mort de Mahsa Amini en Iran, des dizaines de morts et plus de sept cents arrestations »  , sur Le Monde,
  2. « Mort de Mahsa Amini en Iran : ce régime "tue ses propres ressortissants en toute impunité", accuse une sociologue spécialiste du pays », sur Franceinfo, (consulté le )
  3. (en) « EU concern over woman who died after being stopped by morality police », sur euronews, (consulté le )
  4. (en) Reuters, « Protests flare across Iran in violent unrest over woman's death », Reuters,‎ (lire en ligne, consulté le )
  5. (en) The New Arab Staff & Agencies, « Iran: Woman in coma after arrest by Tehran's morality police », sur https://english.alaraby.co.uk/, (consulté le )
  6. (en) « (Video) Mahsa Amini is the latest victim of the misogynist mullahs’ regime in Iran », sur AP NEWS, (consulté le )
  7. (en-GB) « Fury in Iran as young woman dies following morality police arrest », BBC News,‎ (lire en ligne, consulté le )
  8. (en) Reuters, « Iran woman's death after morals police arrest sparks protests », Reuters,‎ (lire en ligne, consulté le )
  9. (en-US) Arezou Saaberi, « Mahsa Amini: Arrested For Islamic Guidance, Ended Up Brain Dead! », sur IranTrue, (consulté le )
  10. (en) « Father of Kurdish woman killed in Iran says daughter was beaten », sur rudaw.net (consulté le )
  11. (fa) کیهان لندن et کیهان لندن, « خاکسپاری مهسا امینی با سرکوب مسلحانه شهروندان؛ «ژینا جان تو نمی‌میری، نامت یک نماد می‌شود» » (consulté le )
  12. (fa) « تظاهرات در سنندج، مهاباد و کرج در اعتراض به مرگ مهسا امینی؛ ادامه واکنش‌های گسترده », sur رادیو فردا (consulté le )
  13. « Manifestations en Iran : "La colère traverse les classes sociales, c'est inédit", estime l'historien Jonathan Piron », sur Franceinfo, (consulté le )
  14. a et b (en) The Associated Press, « Iranians protested in Tehran over a woman's death in police custody », NPR,‎ (lire en ligne, consulté le )
  15. a b et c (en-GB) « Iran unrest: Women burn headscarves at anti-hijab protests », BBC News,‎ (lire en ligne, consulté le )
  16. ROJINFO, « Les forces iraniennes tuent une femme dans les manifestations à Kermanshah », sur RojInfo, (consulté le )
  17. (en) « Iran Protests Against Woman’s Death in Hijab Case Spread to 16 Provinces », sur VOA (consulté le )
  18. (en) Jessie Yeung,Ramin Mostaghim,Jomana Karadsheh,Mostafa Salem,Jennifer Deaton, « Iranian women burn their hijabs as hundreds protest death of Mahsa Amini », sur CNN, (consulté le )
  19. « En Iran, la foule ne décolère pas, le gouvernement coupe l'accès aux réseaux sociaux », sur LEFIGARO, (consulté le )
  20. i24NEWS, « Iran: l'accès à Instagram perturbé au moment où les manifestations contre le pouvoir s'intensifient », sur I24news (consulté le )
  21. « Mort de Mahsa Amini en Iran : 11 morts en six jours de manifestations », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  22. « Iran: les manifestations se multiplient après le décès d'une jeune femme, huit morts », sur LaProvence.com, (consulté le )
  23. « Iran : l’accès aux réseaux sociaux bloqué pour « étouffer la liberté d’expression » », Sud-Ouest,‎ (lire en ligne, consulté le )
  24. « En Iran, une répression à huis clos », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  25. (en) Parisa Hafezi, « Iran's Raisi warns against 'acts of chaos' over Mahsa Amini's death », Reuters,‎ (lire en ligne, consulté le )
  26. (fa) « خشونت علیه معترضان در ایران؛ تعداد کشته‌شدگان به ۲۲ نفر رسید - BBC Persian », sur BBC News فارسی (consulté le )
  27. (en) « Videos show Iran’s violent crackdown as protests intensify », sur Washington Post, (consulté le )
  28. « "Punissez ces criminels ": à Téhéran, des contre-manifestations organisées pour défendre le port du voile », sur BFMTV (consulté le )
  29. (fa) « تداوم اعتراضات سراسری مردم ایران؛ حضور معترضان در خیابان با شعارهایی علیه حکومت », sur ایران اینترنشنال (consulté le )
  30. (fa) « تداوم اعتراضات در ایران؛ کشته شدن حدیث نجفی، دختر ۲۰ ساله، در کرج », sur رادیو فردا (consulté le )
  31. (en) Reuters, « Kurdish protesters rally in Erbil over Mahsa Amini's death », Reuters,‎ (lire en ligne, consulté le )
  32. (en) « Protests Erupt Around The World Following Death Of Mahsa Amini While In Custody In Iran », sur RadioFreeEurope/RadioLiberty (consulté le )
  33. (fa) پایگاه خبری روز پلاس | roozplus.com, « دستگیری ۷۳۹ ‌اغتشاشگر‌ در گیلان/ کشف انواع سلاح گرم و سرد از آشوبگران », sur fa,‎ ۱۴۰۱/۰۷/۰۲ - ۱۲:۱۷ (consulté le )
  34. (fa) « ۸۸ قبضه سلاح غیرمجاز در خوزستان کشف شد », sur خبرگزاری موج (consulté le )
  35. (fa) « بازداشت یکی از تحریک‌کنندگان ‌تخریب اموال عمومی در اغتشاشات کرمان- اخبار کرمان - اخبار استانها تسنیم | Tasnim », sur خبرگزاری تسنیم | Tasnim (consulté le )
  36. (en-US) Farnaz Fassihi, « Iran Protests Surge to Dozens of Cities », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
  37. « Iran protests surge to dozens of cities | The Spokesman-Review », sur www.spokesman.com (consulté le )
  38. « Dans les rues d’Iran, la liberté et la rage de la jeunesse : « Je me bats, je meurs, je récupère l’Iran » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  39. (en) Parisa Hafezi, « Iran security forces clash with protesters over Amini's death », Reuters,‎ (lire en ligne, consulté le )
  40. (en) « Iranian Oil Workers Warn Of Strike If Government Doesn't End Crackdown », sur RadioFreeEurope/RadioLiberty (consulté le )
  41. (en-GB) « Iran protests: Death toll rises to 76 as crackdown intensifies - rights group », BBC News,‎ (lire en ligne, consulté le )
  42. (de) « Nach dem Tod von Mahsa Amini: Berlin zeigt Solidarität mit den Menschen im Iran », sur bild.de (consulté le )