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Mademoiselle Raucourt

actrice française
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Mademoiselle Raucourt
Pajou Raucourt.jpg
Buste de Mademoiselle Raucourt par Augustin Pajou, coll. particulière.
Fonction
Sociétaire de la Comédie-Française
Biographie
Naissance

Paris
Décès
(à 58 ans)
Paris
Sépulture
Nom de naissance
Françoise-Marie-Antoinette Saucerotte
Nationalité
Activités
Autres informations
Membre de
Tombe raucourt1.JPG
Tombe au Père-Lachaise.

Françoise-Marie-Antoinette Saucerotte, dite Mademoiselle Raucourt ou Françoise Raucourt, née le à Paris rue de La Vieille Boucherie[1] et morte à Paris le , est une actrice française.

Sommaire

Une tragédienneModifier

Fille d'un comédien de Lorraine, elle a débuté à Rouen avec succès dans la tragédie.

Elle fut appelée à la Comédie-Française en 1772 et devient sociétaire l'année suivante ; elle y fut l'élève de Brizard. Son premier rôle dans ce théâtre fut Didon. Elle s'acquit de prime abord un renom éclatant, qu'elle dut à sa beauté autant qu'à son talent. Son organe trop puissant se prêtait mal à l'expression de la sensibilité, mais elle avait au plus haut degré la noblesse, la dignité, l'ironie, la véhémence et excellait dans les fortes passions, dans les rôles de Cléopâtre, Cornélie, Agrippine, Athalie, Médée ou Sémiramis. En 1776, elle est emprisonnée pour dettes, puis congédiée de la Comédie-Française. Protégée de Marie-Antoinette elle put rejouer dans ce théâtre.

Très opposée à la Révolution, elle subit six mois de prison Sainte-Pélagie en 1793, et vit fermer par ordre du Directoire un second Théâtre-Français qu'elle avait fondé (salle Louvois).

Elle reparut sur la scène en 1799, fut richement pensionnée de Bonaparte, qui la chargea d'organiser les troupes de comédiens français qui devaient parcourir l'Italie, puis revint vivre dans la retraite à Paris.

Lesbienne, elle se montrait avec ses conquêtes dont Madame Souk de son vrai nom Jeanne Françoise Marie Sourques, alias Madame Sallate de Sourque.

Mathieu-François Pidansat de Mairobert dans son ouvrage: L'Observateur anglais fait d'elle la Présidente de la Loge Androgyne, sorte de loge maçonnique réservée aux dames, de même que dans la Correspondance littéraire du baron Melchior Grimm.

C'est pour elle que fut publié l'Épître à une Jolie Lesbienne[2] ou À celle qui se reconnaîtra dans : Les Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la république des Lettres, ouvrage attribué à Louis Petit de Bachaumont, mais qui semble bien être de Pidansat de Mairobert ; ce poème est parfois attribué au marquis de la Villette ou à Dorat, fils d'un auditeur de la Cour des Comptes. Mayeur de Saint-Paul prétendit que l'acteur Movel en était l'auteur.

DramaturgeModifier

Le , Mlle Raucourt fit représenter un drame de sa création, en 3 actes et en prose, sur la scène de la Comédie-Française, intitulé Henriette ou La Fille déserteur. Elle y interpréta le rôle principal, travestie en militaire. La pièce raconte l’histoire d’une jeune veuve qui, pour suivre un colonel qu’elle aime sans qu’il le sache, se fait passer pour un soldat dans son régiment. Le premier acte a paru froid, le deuxième a suscité de longs et fréquents applaudissements ; le troisième a également été applaudi, quoiqu’avec moins d’enthousiasme. Cette pièce, simple dans sa marche et dans son style, valait à peu près toutes celles du même genre qui l’avaient précédée à la Comédie-Française. Y jouant elle-même, Mlle Raucourt a paru mieux en homme qu’en femme, et a été demandée après la pièce, et très applaudie quand elle est venue en costume de soldat remercier le public, qui l’a reçue avec transport. On a néanmoins voulu lui voler le mérite de cet ouvrage, en lui donnant Durozoy pour prête-plume[3].

Mlle Raucourt dans son châteauModifier

 
Château de La Chapelle Saint-Mesmin.
 
Catalogue.

En 1801, la célèbre tragédienne loua le Château des Hauts, situé à l’est d’Orléans, en bordure de la Loire, au village de La Chapelle Saint-Mesmin (Loiret). Son parc de douze hectares contenait de nombreuses plantes rares et exotiques, certaines provenant d’échanges avec le jardin de Joséphine à Malmaison. Le catalogue des fleurs et plantes édité après sa mort comporte 463 lots (dont un baobab, un frangipanier…).
En 1844, le château est racheté par l’évêque d’Orléans. Un ami lui demanda : « Vraiment, Monseigneur, vous allez bâtir un séminaire dans ce parc et habiter vous-même le château qui ont été souillés par la présence de la comédienne ? » - « Oh, rassurez-vous », dit l’évêque, « on a changé les draps !... »[4].

Son successeur, le fameux Dupanloup vendit les derniers vestiges de son ancienne propriétaire et fut très étonné quand un antiquaire parisien lui offrit 10 000 francs pour le bureau de l’illustre tragédienne[5].

L'enterrement de Mlle RaucourtModifier

Claude-Marie Marduel, curé de l'église Saint-Roch refusa l'entrée de l'église à son corps parce qu'elle avait été comédienne mais peut-être aussi pour son homosexualité affichée[6], la foule enfonça les portes et introduisit de force son cercueil. Cela se transforma en émeute[7]. Cet événement est aujourd'hui reconnu par de nombreux spécialistes comme l'exemple même de la politique religieuse maladroite de la monarchie de la Restauration.

Sa tombe se trouve au Père-Lachaise, division 20[8],[9]. Dans les années 2000, son buste a été subtilisé, ne laissant plus que le piédestal au milieu d'un massif[10].

ThéâtreModifier

Carrière à la Comédie-FrançaiseModifier

Entrée en [11]
Nommée 166e sociétaire en

Notes et référencesModifier

  1. Auguste Jal, Dictionnaire critique et biographique : « Le mercredi 3 mars 1756, Marie-Antoinette-Joseph, née d’aujourd’hui, fille de François Saucerotte, bourgeois de Paris, et d’Antoinette De La Porte, son épouse, demeurant rue de la vieille boucherie… registre de Saint-Severin. »
  2. Poèmes : Épître à une jolie lesbienne et autres couplets.
  3. Revue des théâtres français, de l’opéra, de l’opéra-comique national, de Louvois, de l’opéra-buffa et du vaude-ville : faisant suite à l’ouvrage publié sous le même titre en germinal an XI, t. 2, Paris, Martinet, , 306 p. (lire en ligne), p. 124.
  4. Émile Huet, Histoire du Séminaire de la Chapelle, cité par François Veillon, La comédie française au château de La Chapelle, Groupe d’Histoire de la Chapelle, no 2.
  5. Adolphe Brisson, Portraits intimes (Henri Lavedan)
  6. « Tour à tour adulée et détestée, elle était aussi connue du tout-Paris pour son homosexualité […]. Le refus d'obsèques religieuses par le curé de Saint-Roch, l'abbé Marduel, tient sans doute autant à cette « fama publica » qu'à son statut d'actrice » - Emmanuel Fureix, La France des Larmes, Champ Vallon, 2009, p. ?.
  7. L'Enterrement de Mlle Raucourt] (Voir « Fz4TAAAAQAAJ » (sur Google)), p. 286-300.
  8. Henry Jouin, « La Sculpture dans les cimetières de Paris : Cimetière de l'Est (Le Père-Lachaise) », Nouvelles Archives de l'art français, Paris, vol. 13,‎ , p. 152 (lire en ligne)
  9. Raimbault France, Le Père-Lachaise : Guide du flâneur, A. Sutton, (ISBN 284910423X et 978-2-84910-423-1, OCLC 71799248).
  10. http://www.appl-lachaise.net/appl/article.php3?id_article=2251
  11. Base documentaire La Grange sur le site de la Comédie-Française
  12. Distribution sur Les Archives du spectacle.net

SourcesModifier

  • Jean de Reuilly, La Raucourt et ses amies, Paris, 1909. Étude historique de mœurs saphiques au XVIIIe siècle.
  • Patrick Cardon, Les Enfans de Sodome à l'Assemblée Nationale (1790), Lille, Question de Genre/GKC, 2005. Chapitre « La Liberté ou Mlle Raucourt ».
  • Olivier Blanc, Les Libertines, Perrin, 1997, p. 51-71.
  • Claude Hartmann, « Françoise Marie Antoinette Saucerotte, dite Mademoiselle Raucourt », (lire en ligne, p. 79-89.
  • Émile Huet, Histoire du Petit Séminaire de La Chapelle Saint-Mesmin, Orléans, Paul Pigelet & Fils, 1913, 450 p. Réédité en 2010 par Kessinger Publishing ( (ISBN 1166792625) et 978-1166792626)

IconographieModifier

  • Augustin Pajoude Mlle Raucourt, vers 1789, buste en marbre , collection privée[réf. nécessaire].
  • Portrait de l'actrice exposé au Salon de peinture qui donna lieu à un couplet satirique inséré dans Choix de pièces fugitives et piquantes qui ont circulé dans les sociétés en 1786 et 1787, localisation inconnue.

Liens externesModifier