Logiciel abandonné

Un logiciel abandonné, ou abandogiciel, ou par anglicisme un abandonware, est un logiciel (le plus souvent un jeu vidéo, voire un utilitaire[1],[2],[3],[4],[5]) considéré comme abandonné sous prétexte qu'il n'est plus en vente ou mis à jour par son éditeur ou ayant droit, si bien que certains utilisateurs prennent des libertés par rapport à la législation sur la propriété intellectuelle en l'utilisant, le reproduisant et le partageant gratuitement bien qu'il soit encore protégé[6].

Logo de l'abandonware, détournement du tidy man.

Le terme logiciel abandonné est large, et englobe de nombreux types de vieux logiciels. Les définitions du terme logiciel abandonné varient, mais en général, c'est comme tout objet abandonné - il est ignoré par le propriétaire, et en tant que tel, le support du produit et éventuellement l'application du droit d'auteur sont également abandonnés[7].

La notion d'abandonware n'a pas de base légale (tant que l'éditeur n'a pas libéré les droits).

ÉtymologieModifier

Créé par Peter Ringering en 1997 pour son webring Abandonware Ring Central[8], le néologisme anglais abandonware, formé par l'amalgame de « abandon » (« abandonner, délaisser ») et de « ware » (produits), pour « software » (produits logiciels) ou pour « game ware » (jeux)[note 1], s'est répandu à partir de 1997 à la suite de la banalisation de l'Internet et de la mise en ligne de sites mettant illégalement du contenu protégé à la disposition des internautes. Par la suite, certains de ces sites, dits de warez, se spécialisèrent dans les jeux passés de mode, adoptant les vocables oldwarez ou abandonwarez. Enfin la dénomination perdit le z terminal pour s'arrêter à abandonware par souci de ses adeptes de se différencier des sites de pirates[9].

Si les termes français correspondants sont « logiciel abandonné » ou « logiciel orphelin », le terme le plus couramment employé par les francophones reste « abandonware »[réf. souhaitée].

En 2001, l'Office québécois de la langue française proposa les synonymes « abandogiciel », « abandoniciel » et « abandongiciel », trois différentes contractions de « abandon » et « logiciel », laissant à l'usager le soin de faire son choix[1]. Certains dictionnaires par la suite ont donné la préférence à « abandogiciel ».

PrésentationModifier

Le logiciel abandonné est un compromis entre les maisons d'édition du logiciel, les ayants droit et les utilisateurs. Le principe est de ne pénaliser personne ; même avec une durée de droit d'auteur de 70 ans, si le logiciel n'est plus commercialisé depuis longtemps, et que le service après-vente a été lui aussi abandonné, il devient de manière tacite un orphelin. Il peut donc se voir proposé en libre téléchargement. Cela ne le caractérise pas indéfiniment, et un logiciel recommercialisé par son éditeur ne doit plus être considéré comme abandonné.

Pour savoir si un logiciel est abandonné (car il est difficile de prouver que quelque chose n'existe pas, surtout quand les développeurs et/ou les éditeurs ont disparu), il faut postuler qu'il l'est. Alors le propriétaire fera peut-être valoir ses droits d'auteur et le logiciel ne sera plus un orphelin. Mais le plus simple reste de demander aux ayants droit (s'ils existent) la permission.

Ce phénomène, inauguré par des utilisateurs nostalgiques, donne un second souffle à des logiciels introuvables dans le commerce et que les amateurs achèteraient pourtant s'ils le pouvaient. Certains éditeurs l'ont compris, comme LucasArts qui a réédité ses plus grands jeux d'aventure de type « pointer-et-cliquer » sur CD-ROM. Ces jeux ne sont donc pas abandonnés.

La plupart des utilisateurs de logiciels abandonnés sont des nostalgiques qui souhaitent retrouver les jeux et programmes de leur jeunesse. Ce qui impose de nombreuses contraintes techniques, un vieux jeu ne fonctionnant pas forcément sur les ordinateurs récents. De nos jours de nombreux émulateurs ont donc été développés afin de permettre le fonctionnement de ces vieux logiciels en simulant l'environnement d'anciens systèmes d'exploitation, consoles et périphériques (souris, carte son, carte graphiques). Les émulateurs ont rendu le retrogaming possible jusqu'aux consoles de sixième génération. D'autres utilisateurs se replongent dans l'histoire du logiciel et des jeux vidéo pour comparer la production et la créativité d'hier à celles d'aujourd'hui. Ainsi, il a été possible de refaire fonctionner le tout premier tableur (VisiCalc) jamais écrit, qui tenait sur 27,5 ko (26,9 kio), l'éditeur Lotus ayant donné son accord.

Le logiciel abandonné remet en question la durée des droits d'auteur en informatique qui est de 70 ans. On s'aperçoit qu'en moins de 10 ans la vente et le service après-vente ne sont plus assurés pour la très grande majorité des logiciels. Ce qui s'explique en partie par l'évolution très rapide des ressources en mémoire et de la puissance de calcul des machines. Il y a actuellement une disproportion entre la durée légale et la durée de vie constatée.

TypesModifier

Logiciel commercial non supporté mais appartenant toujours à une entreprise viableModifier

La disponibilité du logiciel dépend de l'attitude de l'entreprise à son égard. Dans de nombreux cas, l'entreprise qui détient les droits sur le logiciel n'est pas forcément celle qui l'a créé, ou ne reconnaît pas sa propriété. Certaines entreprises, comme Borland, mettent certains logiciels à disposition en ligne[10], sous forme de freeware. D'autres, comme Microsoft, ne mettent pas d'anciennes versions à disposition pour une utilisation gratuite et ne permettent pas aux gens de copier le logiciel.

Logiciel commercial appartenant à une société qui n'est plus en activitéModifier

Lorsqu'il n'existe plus d'entité propriétaire d'un logiciel, toutes les activités (vente, support, mise à jour, etc.) en rapport avec ce logiciel ont cessé. Si les droits d'un logiciel sont irrécupérables dans les limbes juridiques (œuvre orpheline), les droits du logiciel ne peuvent pas être achetés par une autre société, et il n'y a aucune société pour faire respecter le droit d'auteur. Un exemple de ceci est le compilateur PL/I de Digital Research pour DOS[11], qui a été considéré pendant de nombreuses années comme sans propriétaire ; Micro Focus, qui a acquis Novell, qui avait racheté les actifs de Digital Research, est propriétaire de cet ancien compilateur PL/I, mais dispose d'une offre PL/I plus récente[12].

Shareware dont l'auteur le rend encore disponibleModifier

Trouver des anciennes versions peut toutefois s'avérer difficile car la plupart des archives de sharewares suppriment les anciennes versions avec la sortie des nouvelles. Les auteurs peuvent ou non rendre les anciennes versions disponibles. Certains sites Web archivent et proposent au téléchargement d'anciennes versions de shareware, de freeware et d'applications commerciales. Dans certains cas, ces sites ont dû supprimer des versions antérieures de logiciels, en particulier si la société produisant ces logiciels en assure toujours la maintenance, ou si des versions ultérieures introduisent la gestion des droits numériques (GDN), les anciennes versions pouvant être considérées comme un contournement de la GDN.

Programmes open source et freeware qui ont été abandonnésModifier

Dans certains cas, le code source reste disponible, ce qui peut constituer un artefact historique. C'est le cas de PC-LISP, que l'on trouve encore en ligne, et qui met en œuvre le dialecte Franz Lisp. Le PC-LISP basé sur DOS fonctionne toujours bien dans les émulateurs et sous Microsoft Windows.

Code orphelinModifier

Le code source ou l'exécutable est peut-être encore disponible, mais l'auteur est inconnu ou seulement identifié par une adresse électronique morte ou un équivalent, et il n'y a aucune perspective réaliste de trouver le propriétaire de la propriété intellectuelle.

ImplicationsModifier

Si un logiciel arrive en fin de vie et est abandonné, les utilisateurs sont confrontés à plusieurs problèmes : absence de possibilité d'achat (excepté pour des logiciels usagés) et absence de services d'assistance, par exemple les correctifs de compatibilité pour les matériels et les systèmes d'exploitation plus récents. Ces problèmes sont exacerbés si le logiciel est lié à un support physique dont la durée de vie est limitée (disquettes, disques optiques, etc.) et si les sauvegardes sont impossibles en raison de la protection contre la copie ou de la législation sur le droit d'auteur. Si un logiciel n'est distribué que sous une forme numérique, verrouillée par la gestion des droits numériques[13] ou en tant que SaaS, l'arrêt des serveurs entraînera une perte du logiciel. Si le logiciel n'a pas d'alternative, la non disponibilité du logiciel devient un défi pour l'utilisateur qui en dépend.

Une fois qu'un logiciel a été abandonné, il y a un risque élevé que le code source soit perdu ou irrécupérable, même pour les développeurs d'origine, comme l'ont montré de nombreux cas[14]. L'un des nombreux exemples est la fermeture d'Atari à Sunnyvale, en Californie, en 1996, lorsque les codes sources de plusieurs jalons de l'histoire des jeux vidéo (tels que Asteroids et Centipede) ont été jetés à la poubelle. Certains ont heureusement été récupérés par la suite[15],[16].

La non-disponibilité des logiciels et du code source associé peut également constituer un obstacle à l'archéologie logicielle et à la recherche sur les logiciels[17].

Réponse à l'abandon des logicielsModifier

Premiers sites Web d'abandonwaresModifier

En réponse à l'abandon des logiciels, des personnes ont distribué de vieux logiciels depuis peu après l'avènement des ordinateurs personnels, mais cette activité est restée discrète jusqu'à l'avènement d'Internet. L'échange de vieux jeux a pris de nombreux noms et formes, le terme abandonware a été inventé par Peter Ringering à la fin de l'année 1996[18]. Ringering a trouvé des sites Web de jeux classiques similaires au sien, a contacté leurs webmestres et a formé le premier Abandonware Ring (anneau d'abandonwares) en février 1997[18]. Ce premier anneau de sites n'était guère plus qu'une collection de sites renvoyant à adventureclassicgaming.com. Un autre site indexait le contenu des sites pour fournir une fonction de recherche rudimentaire. En octobre 1997, l'Interactive Digital Software Association a envoyé des mises en demeure à tous les sites de l'Abandonware Ring, ce qui a entraîné la fermeture de la plupart d'entre eux. Cette situation a eu pour conséquence involontaire d'inciter d'autres personnes à créer de tels sites et organisations d'abandonware, qui ont fini par dépasser en nombre les membres de l'anneau initial. Parmi les sites créés après la disparition de l'Abandonware Ring, citons Abandonia (en), Bunny Abandonware et Home of the Underdogs (en).

Plus tard, les sites Web consacrés aux logiciels abandonnés ont activement acquis et reçu des autorisations de la part des développeurs et des détenteurs de droits d'auteur (par exemple, Jeff Minter, Magnetic Fields[19],[20] ou Gremlin Interactive[21]) pour la redistribution légale des œuvres abandonnées[22] ; un exemple est le site World of Spectrum qui a obtenu l'autorisation de nombreux développeurs et a réussi à se sortir d'un procès intenté par la Digital Millennium Copyright Act (DMCA)[23],[24],[25],[26].

ArchivesModifier

Plusieurs sites Web archivent des logiciels abandonnés à télécharger, y compris d'anciennes versions d'applications qui sont difficiles à trouver par d'autres moyens. La plupart de ces logiciels correspondent à la définition de logiciel qui n'est plus d'actualité, mais qui présente toujours un intérêt, mais la frontière entre l'utilisation et la distribution d'un logiciel abandonné et la violation du droit d'auteur est floue, et le terme logiciel abandonné pourrait être utilisé pour distribuer un logiciel sans en informer correctement le propriétaire.

L'Internet Archive a créé des archives de ce qu'elle décrit comme des logiciels vintage, afin de les préserver[27]. Le projet a plaidé en faveur d'une exemption de la loi américaine Digital Millennium Copyright Act (Loi sur le droit d'auteur du millénaire numérique) pour leur permettre de contourner la protection contre la copie. Cette exemptioon a été approuvée en 2003 pour une période de trois ans[28]. L'exemption a été renouvelée en 2006 et, depuis le 27 octobre 2009, a été prolongée indéfiniment dans l'attente de nouvelles règles[29].

L'Internet Archive ne propose pas ce logiciel en téléchargement, car l'exemption est uniquement à des fins de préservation ou de reproduction archivistique d'œuvres numériques publiées par une bibliothèque ou une archive[30]. Néanmoins, en 2013, l'Internet Archive a commencé à fournir des jeux anciens sous forme d'émulation jouable par navigateur via MESS, par exemple le jeu Atari 2600 E.T. the Extra-Terrestrial[31].

Depuis le 23 décembre 2014, l'Internet Archive offre via une émulation DOSBox basée sur un navigateur des milliers de jeux sur ordinateur personnel DOS[32],[33],[34],[35] à des fins académiques et de recherche uniquement[36].

À partir de 2006 environ, la Library of Congress a commencé à préserver à long terme les jeux vidéo avec la liste Game canon (en)[37],[38]. En septembre 2012, la collection comptait près de 3 000 jeux de nombreuses plateformes et également environ 1 500 guides de stratégie[39],[40]. Par exemple, le code source du jeu inédit sur PlayStation Portable Duke Nukem: Critical Mass a été découvert en août 2014 et est conservé à la Library of Congress[41],[42],[43].

Depuis environ 2009, l'International Center for the History of Electronic Games (en) (ICHEG) a adopté une approche en cinq volets pour la préservation des jeux vidéo : le logiciel et le matériel d'origine, le matériel de marketing et les publications, les archives de production, les captures d'écran de jeu et enfin le code source[44]. En décembre 2013, l'ICHEG a reçu un don de plusieurs jeux vidéo de Strategic Simulations, par exemple Computer Bismarck, y compris le code source[45],[46]. En 2014, une collection de jeux de Brøderbund Software[47] et une collection de code source et d'équipements d'arcade Atari virtuellement complète ont été ajoutées aux archives du ICHEG[48],[49].

En 2010, le Computer History Museum (Musée de l'Histoire de l'ordinateur) a commencé à préserver le code source de logiciels importants, en commençant par MacPaint 1.3 d'Apple[50],[51],[52]. En 2012, le langage de programmation APL a suivi[53]. Adobe a fait don du code source de Photoshop 1.0.1 à la collection en février 2013[54],[55]. Le code source est mis à la disposition du public sous une licence propriétaire non commerciale. Le 25 mars 2014, Microsoft a suivi avec le don des variantes de MS-DOS ainsi que de Word pour Windows 1.1a sous sa propre licence[56],[57]. Le 21 octobre 2014, le code source et d'autres ressources de Xerox Alto ont suivi[58].

En 2012, un groupe de musées et d'organisations européennes a créé la Fédération européenne des archives, musées et projets de préservation des jeux vidéo afin d'unir leurs forces pour « préserver l'héritage du jeu »[59],[60] Au Japon, l'archivage des logiciels de jeux vidéo se fait aussi depuis plusieurs années[61].

En 2012, le MoMA a commencé à archiver des jeux vidéo et tente explicitement d'en obtenir le code source[62].

Il existe également des cas où le code source de jeux a été donné à une communauté de fans pour une conservation à long terme, par exemple plusieurs titres de la série de jeux vidéo Wing Commander (jeu vidéo)Wing Commander[63],[64],[65] ou Ultima IX: Ascension de la série Ultima[66].

Soutien communautaireModifier

En réponse à l'absence de support logiciel, il arrive que la communauté des utilisateurs du logiciel commence à fournir un support (corrections de bogues, adaptations de compatibilité, etc.), même sans code source disponible, sans documentation et sans les outils de développement originaux[67]. Les méthodes utilisées sont le débogage, la rétro-ingénierie, et le piratage des exécutables. Les résultats sont souvent distribués sous forme de correctifs non officiels. Des exemples notables sont Fallout 2[68], Vampire: The Masquerade - Bloodlines[69] ou encore Windows 98[70]. Par exemple, en 2012, lorsque le jeu multijoueur Supreme Commander: Forged Alliance est devenu un abandonware sans support, le serveur et le support officiels ayant été fermés[71],[72], la communauté du jeu a elle-même pris le relais un serveur et un client pour permettre la survie du jeu[73],[74],[75],[76].

Rééditions par distribution numériqueModifier

Avec la nouvelle possibilité de distribution numérique apparue au milieu de l'année 2000, la distribution commerciale de nombreux titres anciens est redevenue possible, car les coûts de déploiement et de stockage ont considérablement baissé[77]. Un distributeur numérique spécialisé dans la sortie de vieux jeux de l'état d'abandon est GOG.com (anciennement appelé Good Old Games) qui a commencé en 2008 à rechercher les détenteurs de droits d'auteur de jeux classiques pour les sortir à nouveau légalement et sans gestion des droits numériques[78],[79]. Par exemple, Conquest: Frontier Wars a été, après dix ans d'indisponibilité, réédité par gog.com, incluant également le code source[80],[81].

Arguments pour et contre la distribution de logiciels abandonnésModifier

Les partisans de la distribution des logiciels abandonnés soutiennent qu'il est plus éthique de faire des copies de ces logiciels que de faire des copies de nouveaux logiciels qui sont encore commercialisés. Ceux qui ne connaissent pas la loi sur le droit d'auteur croient à tort que la distribution de logiciels abandonnés est légale, bien qu'aucun logiciel écrit depuis 1964 ne soit assez vieux pour que le droit d'auteur ait expiré aux États-Unis[82]. Même dans les cas où l'entreprise d'origine n'existe plus, les droits appartiennent généralement à quelqu'un, même si personne n'est en mesure de retracer le propriétaire actuel, y compris le propriétaire original lui-même.

Les défenseurs de la distribution des logiciels abandonnés citent aussi fréquemment la préservation historique comme raison de la distribution de logiciels abandonnés[18]. Les anciens supports informatiques sont fragiles et sujets à une détérioration rapide, ce qui nécessite le transfert de ces matériaux vers des supports plus modernes et stables et la génération de nombreuses copies pour s'assurer que le logiciel ne disparaîtra pas. Les utilisateurs d'anciens systèmes informatiques encore fonctionnels défendent la nécessité des logiciels abandonnés parce que la réédition des logiciels par les détenteurs de droits d'auteur visera très probablement des systèmes modernes ou des supports incompatibles, empêchant ainsi l'achat légal de logiciels compatibles.

Ceux qui s'opposent à ces pratiques font valoir que la distribution prive le titulaire du droit d'auteur de ventes potentielles, sous la forme de titres réédités, d'émulation officielle, etc. De même, ils affirment que si les gens peuvent acquérir gratuitement une ancienne version d'un programme, ils seront peut-être moins enclins à acheter une version plus récente si l'ancienne version répond à leurs besoins.

Certains développeurs de jeux ont manifesté leur sympathie pour les sites Web de logiciels abandonnés, qui préservent leurs titres de jeux classiques :

[...] personnellement, je pense que les sites qui prennent en charge ces vieux jeux sont une bonne chose tant pour les consommateurs que pour les détenteurs de droits d'auteur. Si les options sont (a) d'avoir un jeu perdu pour toujours et (b) de l'avoir disponible sur un de ces sites, je voudrais qu'il soit disponible. Cela dit, je pense qu'un jeu n'est abandonné que longtemps après avoir été épuisé. Et le fait qu'un livre soit épuisé ne me donne pas le droit d'en imprimer une copie pour mes amis.
- Richard Garriott[83] ;
Est-ce du piratage ? Oui, bien sûr. Mais alors quoi ? La plupart des fabricants de jeux ne vivent plus des revenus de ces vieux jeux. La plupart des équipes créatives à l'origine de tous ces jeux ont depuis longtemps quitté les sociétés qui les ont publiés, et il est donc impossible que les personnes qui le méritent perçoivent encore des royalties sur ces jeux. Alors allez-y, volez ce jeu ! Répandez l'amour !
- Tim Schafer[83] ;
Si je possédais les droits d'auteur de Total Annihilation, j'autoriserais probablement sa diffusion gratuite à l'heure actuelle (quatre ans après sa sortie initiale).
- Chris Taylor[84].

DroitModifier

Dans la plupart des cas, les logiciels abandonnés ne sont pas dans le domaine public, car leurs droits d'auteur initial n'ont jamais été officiellement révoqués et une société ou un individu peut encore les détenir. Bien que le partage d'un tel logiciel soit généralement considéré comme une violation du droit d'auteur, dans la pratique, les détenteurs de droits d'auteur font rarement valoir leurs droits sur les logiciels abandonnés pour un certain nombre de raisons - principalement parce que le logiciel est technologiquement obsolète et n'a donc aucune valeur commerciale, ce qui rend l'application du droit d'auteur futile. Par défaut, cela peut permettre au produit de tomber de facto dans le domaine public étant donné que le droit d'auteur n'est pas défendu[85].

Il est rare qu'une affaire de logiciel abandonné soit portée devant les tribunaux, mais il est toujours illégal de distribuer des copies de logiciels et de jeux protégés par le droit d'auteur, avec ou sans compensation, dans tout pays signataire de la Convention de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques[86].

Défense du droit d'auteurModifier

Les droits d'auteur anciens ne sont généralement pas défendus. Cela peut être dû à une non-application intentionnelle par les propriétaires en raison de l'âge ou de l'obsolescence du logiciel, mais cela résulte parfois du fait qu'une société détentrice du droit d'auteur a fait faillite sans transférer explicitement la propriété du droit d'auteur, ne laissant à personne la connaissance du droit d'auteur et la possibilité de le défendre.

Même si le droit d'auteur n'est pas défendu, la copie d'un tel logiciel est toujours illégale dans la plupart des juridictions où le droit d'auteur est encore en vigueur. Les logiciels abandonnés sont copiés en partant du principe que les ressources nécessaires pour faire respecter les droits d'auteur dépassent les bénéfices qu'un détenteur des droits pourrait réaliser en vendant des licences des logiciels. En outre, les partisans des logiciels abandonnés soutiennent que la distribution de logiciels pour lesquels il n'y a personne pour défendre le droit d'auteur est moralement acceptable, même si elle n'est pas soutenue par la loi actuelle. Les entreprises qui ont fait faillite sans transférer leurs droits d'auteur en sont un exemple ; de nombreuses entreprises de matériel et de logiciels qui ont développé d'anciens systèmes ont cessé leurs activités depuis longtemps et la documentation précise des droits d'auteur peut ne pas être facilement disponible.

La disponibilité de logiciels abandonnés sur Internet est souvent liée à la volonté des détenteurs de droits d'auteur de défendre ces derniers. Par exemple, les vieux jeux pour ColecoVision sont nettement plus faciles à trouver sur Internet que les vieux jeux pour l'Intellivision de Matel, en grande partie parce qu'il existe encore une société qui vend des jeux Intellivision alors qu'il n'en existe aucune pour la Colecovision.

DMCAModifier

Le Digital Millennium Copyright Act (DMCA) peut constituer un problème pour la préservation des anciens logiciels car il interdit l'utilisation de techniques requises pour préserver les anciens logiciels. En octobre 2003, le Congrès américain a adopté 4 clauses au DMCA qui autorisent la rétro-ingénierie des logiciels en cas de préservation.

« 3. Les programmes informatiques et les jeux vidéo distribués dans des formats qui sont devenus obsolètes et qui nécessitent le support ou le matériel original comme condition d'accès. ...Le registraire a conclu que dans la mesure où les bibliothèques et les archives souhaitent faire des copies de préservation de logiciels et de jeux vidéo publiés qui ont été distribués dans des formats qui sont maintenant obsolètes (soit parce que le support physique sur lequel ils ont été distribués n'est plus utilisé, soit parce que l'utilisation d'un système d'exploitation obsolète est requise), cette activité est une utilisation non contrefaisante couverte par la section 108(c) du Copyright Act. »
- Exemption à l'interdiction de contournement des systèmes de protection du droit d'auteur pour les technologies de contrôle d'accès[87]

En novembre 2006, la Bibliothèque du Congrès a approuvé une exemption à la DMCA qui autorise le contournement de la protection contre la copie sur les logiciels qui ne sont plus vendus ou pris en charge par leur détenteur de droits d'auteur afin qu'ils puissent être archivés et conservés sans crainte de représailles[88],[89].

Loi américaine sur le droit d'auteurModifier

Actuellement, la législation américaine sur le droit d'auteur ne reconnaît pas le terme ou le concept de logiciel abandonné, alors que le concept général d'œuvres orphelines est reconnu (voir Œuvres orphelines aux États-Unis (en)). Il existe depuis longtemps un concept d'abandon dans le droit des marques, conséquence directe de la durée infinie de la protection des marques. Actuellement, un droit d'auteur peut être libéré dans le domaine public si le titulaire le fait clairement par écrit ; toutefois, ce processus formel n'est pas considéré comme un abandon, mais plutôt comme une libération. Les personnes qui ne sont pas titulaires d'un droit d'auteur ne peuvent pas simplement prétendre à l'abandon du droit d'auteur et commencer à utiliser des œuvres protégées sans l'autorisation du titulaire du droit d'auteur, qui pourrait alors engager un recours juridique.

L'hébergement et la distribution de logiciels protégés par le droit d'auteur sans autorisation sont illégaux. Les détenteurs de droits d'auteur, parfois par l'intermédiaire de l'Entertainment Software Association, envoient des mises en demeure, ce qui a amené certains sites à fermer ou à supprimer les logiciels en infraction. Cependant, la plupart des efforts de l'association sont consacrés aux nouveaux jeux, car ce sont les titres qui ont le plus de valeur[90].

Le droit européenModifier

En 2012, l'Union européenne a adopté une directive sur les œuvres orphelines (Directive 2012/28/EU (en)), qui a été transposée dans les lois des États membres. Bien que la terminologie comporte des ambiguïtés concernant les logiciels et en particulier les jeux vidéo, certains spécialistes soutiennent que les jeux vidéo abandonnés relèvent de la définition des œuvres audiovisuelles qui y est mentionnée[91].

Expiration du droit d'auteurModifier

Une fois que le droit d'auteur sur un logiciel a expiré, celui-ci tombe automatiquement dans le domaine public. Un tel logiciel peut être distribué légalement sans restrictions. Cependant, en raison de la durée des droits d'auteur dans la plupart des pays, cela ne s'est pas encore produit pour la plupart des logiciels. Tous les pays qui respectent la convention de Berne appliquent la propriété du droit d'auteur pendant au moins 50 ans après la publication ou le décès de l'auteur. Cependant, certains pays ont choisi de faire respecter les droits d'auteur pour des périodes plus longues. Aux États-Unis, la durée du droit d'auteur est déterminée en fonction de l'authorship. Pour la plupart des œuvres publiées, la durée est de 70 ans après la mort de l'auteur. Toutefois, pour les œuvres anonymes, les œuvres publiées sous un pseudonyme ou les œuvres réalisées à titre onéreux, la durée est de 120 ans après la création ou de 95 ans après la publication, selon la première éventualité. En France, la durée du droit d'auteur est de 70 ans après la date pertinente (date du décès de l'auteur ou de la publication) pour les deux catégories.

Cependant, en raison de la durée d'application du droit d'auteur dans la plupart des pays, il est probable qu'au moment où un logiciel passera par défaut dans le domaine public, il sera depuis longtemps devenu obsolète, sans intérêt ou incompatible avec tout matériel existant. En outre, en raison de la durée de vie commerciale et physique relativement courte de la plupart des supports numériques, il est tout à fait possible qu'à l'expiration du droit d'auteur d'un logiciel, celui-ci n'existe plus sous aucune forme. Toutefois, comme le plus grand risque lié aux logiciels abandonnés est celui de la distribution, il peut être quelque peu atténué par des utilisateurs privés (ou des organisations telles que l'Internet Archive) qui font des copies privées de ces logiciels, qui seraient alors légalement redistribuables au moment de l'expiration du droit d'auteur.

Abandon volontaireModifier

Certains éditeurs distribuent gratuitement sur leur site web leurs jeux les plus anciens, à l'image de Grand Theft Auto (1997) et Grand Theft Auto 2 (1999) et Wild Metal Country (1999), que Rockstar Games mit en ligne en 2003 et 2004[92] ; ou encore de Command and Conquer (1995) qu'Electronic Arts mit en ligne le pour célébrer le douzième anniversaire de la sortie du jeu[93].

D'autres éditeurs font eux passer leurs jeux sous licence libre et/ou publient leur code source. C'est par exemple le cas d'id Software avec ses anciens moteurs de jeu, ou de Beneath a Steel Sky (1994) dont Revolution Software donna le code source à ScummVM le . De même, pour permettre le portage du jeu sur le projet One Laptop per Child, SimCity parut sous licence GNU GPL 3 le [94] et fut renommé Micropolis[95].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Le terme anglais se rencontre aussi sous les formes abandon-ware et abandon ware (en deux mots séparés), abandoned ware, abandoned software et abandon software, certaines plus répandues que d'autres.

RéférencesModifier

  1. a et b « logiciel abandonné », Le Grand Dictionnaire terminologique, Office québécois de la langue française (consulté le ) : « Il arrive que les abandogiciels soient des utilitaires, mais plus rarement. Il s'agit le plus souvent de jeux vidéo ».
  2. (en) Eric Goldman, « The Challenges of Regulating Warez Trading », Social Science Computer Review, vol. 23, no 1,‎ , p. 24–28 (DOI 10.1177/0894439304271531, lire en ligne) : « ... abandonware enthusiasts collect and distribute software (especially gaming software)... ».
  3. (en) Aaron Schwabach, Internet and the Law : Technology, Society, and Compromises, Santa Barbara, ABC-CLIO, , 395 p. (ISBN 1-85109-731-7 et 1-85109-736-8, lire en ligne), « Abandonware », p. 2 : « Old spreadsheets, word processing programs, and the like are of interest only to a limited number of enthousiasts. ».
  4. (en) Matthew G. Kirschenbaum, Mechanisms : New Media and the Forensic Imagination, Cambridge, Mass., MIT Press, , 296 p. (ISBN 978-0-262-11311-3, lire en ligne), p. 210 : « Abandonware sites... are... repositories... for... such products, most often games. ».
  5. (en) Kevin Savetz, « Can "Abandonware" Revive Forgotten Programs? », sur byte.com, 17 septembre 2001 : « Many (if not most) abandonware sites focus on games, but there are plenty such as Underdogs and Prophet's Abandonware that offer applications and utilities, too. ».
  6. (en) « The Abandonware FAQ v6: I. A. The definition of abandonware », sur The Official Abandonware Ring, 1997 / 2006 (consulté le ).
  7. Kosta Krauth, « Abandonware: Princess Maker 2 », PC Zone, no 160,‎
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    « Computer programs and video games distributed in formats that have become obsolete and that require the original media or hardware as a condition of access, when circumvention is accomplished for the purpose of preservation or archival reproduction of published digital works by a library or archive. A format shall be considered obsolete if the machine or system necessary to render perceptible a work stored in that format is no longer manufactured or is no longer reasonably available in the commercial marketplace. »

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    « The end goal is to acquire the game’s original source code, which can be quite difficult to pry away from secretive gamemakers. If that’s not possible at first, Antonelli at least wants to wedge her foot in the door. “We’re going to stay with them forever,” she said. “They’re not going to get rid of us. And one day, we’ll get that code.” »

  63. « BIG NEWS: Wing Commander I Source Code Archived! » [archive du ], wcnews.com, (consulté le ) : « Thanks to an extremely kind donation from an anonymous former EA/Origin developer, the source code to the PC version of Wing Commander I is now preserved in our offline archive! Because of our agreement with Electronic Arts, we're not allowed to post recovered source code for download--but rest easy knowing that the C files that started it all are being kept safe for future reference. Our offline archive contains material that has been preserved but which can't be posted, including other source code and budget data from several of the games. »
  64. « Wing Commander III - The Source Code » [archive du ], wcnews.com, (consulté le ) : « As we celebrate Wing Commander III's first widespread retail availability since the late 1990s, we would like to mention for anyone that we have the game's source code in our offline archive. We know it's frustrating for fans, who could do amazing things with this, to read these updates... but it's also in everyone's best interests to remind EA that we have the raw material from which they could port Wing Commander III to a modern computer or console. Just let us know! »
  65. « Wing Commander IV: Source Code » [archive du ], wcnews.com, (consulté le ) : « As with Wing Commander I and Wing Commander III, we are pleased to announced that an extremely kind former EA/Origin employee has provided a copy of the Wing Commander IV source code for our preservation efforts! We can't offer it for download at this time, but it is now preserved for future use. »
  66. WtF Dragon, « Ultima 9: The Source Code » [archive du ], ultima codex, (consulté le ) : « "As we continue to mark the occasion of Ultima 9’s fifteenth anniversary, I’m pleased to announced that the seemingly dormant Ultima Source Code Offline Archival Project (USCOAP) has finally borne some fruit: the Ultima Codex has added the source code for Ultima 9 to its offline archive." »
  67. Voyager, « Ultima The Reconstruction - Fanpatches » [archive du ], reconstruction.voyd.net, (consulté le ) : « Fan patches are those packages released by an Ultima fan to either repair bugs in a game that were never fixed by Origin, solve platform compatibility issues, or enhance the gaming experience. »
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  69. Alec Meer, « Undying: Vampire Bloodlines Patched Anew » [archive du ], Rock, Paper, Shotgun, (consulté le ) : « Bloodlines [...] was essentially abandoned by its publisher after its developer closed a few months after release, but the fans have just kept on going, fixing things, improving things, digging up locked away extra content [...] »
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  71. GPGNet Services Update 2 (GPGnet has been shutdown) « https://web.archive.org/web/20140903143132/http://forums.gaspowered.com/viewtopic.php?f=67&t=57459 »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), on gaspowered.com
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  77. John Walker, « RPS Exclusive: Gabe Newell Interview » [archive du ], Rock, Paper, Shotgun, (consulté le ) : « Gabe: The worst days [for game development] were the cartridge days for the NES. It was a huge risk – you had all this money tied up in silicon in a warehouse somewhere, and so you’d be conservative in the decisions you felt you could make, very conservative in the IPs you signed, your art direction would not change, and so on. Now it’s the opposite extreme: we can put something up on Steam, deliver it to people all around the world, make changes. We can take more interesting risks.[...] On Steam there’s no shelf-space restriction. It’s great because they’re a bunch of old, orphaned games. »
  78. Frank Caron, « First look: GOG revives classic PC games for download age » [archive du ], Ars Technica, (consulté le ) : « [...] [Good Old Games] focuses on bringing old, time-tested games into the downloadable era with low prices and no DRM. »
  79. Tom Bennet, « How GOG.com Save And Restore Classic Videogames » [archive du ], rockpapershotgun.com, (consulté le ) : « Preservation of old games involves more than just an extra patch. The journey from dusty unplayable relic to polished, cross-platform installer is a minefield of technical and legal obstacles. The team at Good Old Games remain the industry leaders in the restoration of classic PC games, tasked with reverse engineering code written more than 20 years ago [...] “Source and game code is an extremely rare commodity for us,” explains Paczyński. “Older titles have often gone through so many different hands that no one knows who has the original code anymore, or it no longer exists in any usable form.” With source files lost forever, the team’s only recourse is to retrofit retail code taken from a boxed copy of the game. »
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Voir aussiModifier

Articles connexesModifier