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Laurent Gbagbo

homme politique ivoirien
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Gbagbo (homonymie).

Laurent Gbagbo
Illustration.
Laurent Gbagbo en 2007.
Fonctions
Président de la République de Côte d'Ivoire
[N 1]
(10 ans, 5 mois et 16 jours)
Élection 22 octobre 2000
Premier ministre Pascal Affi N'Guessan
Seydou Diarra
Charles Konan Banny
Guillaume Soro
Gilbert Marie N'gbo Aké
Prédécesseur Robert Guéï
Successeur Alassane Ouattara
Biographie
Surnom Le Woody de Mama
Le boulanger d'Abidjan[N 2]
Date de naissance (74 ans)
Lieu de naissance Mama (AOF)
Nationalité Ivoirienne
Parti politique Front populaire ivoirien
Conjoint Jacqueline Chamois
Simone Ehivet
Nadiana Bamba (deuxième épouse traditionnelle)
Diplômé de Université d'Abidjan
Profession Historien
Professeur
Religion Christianisme

Laurent Gbagbo
Présidents de la République de Côte-d'Ivoire

Laurent Gbagbo, né le à Gagnoa, est un historien, écrivain et homme d'État ivoirien.

Longtemps opposant à Félix Houphouët-Boigny, il est élu à la présidence de la République de Côte d'Ivoire en 2000, face à Robert Guéï. Il occupe cette fonction du au (jusqu'au selon ses partisans). Sa présidence est notamment marquée pendant plusieurs années par une crise politico-militaire qui divise le pays.

À l’issue de élection présidentielle de 2010, qui devait se tenir en 2005 mais qu'il a repoussée à plusieurs reprises, il est donné battu par Alassane Ouattara par la Commission électorale indépendante et la quasi-totalité de la communauté internationale, mais est déclaré vainqueur par le Conseil constitutionnel. Il refuse de quitter le pouvoir, ce qui entraîne une crise de plusieurs mois. Il est finalement arrêté par les forces d'Alassane Ouattara. Incarcéré auprès de la Cour pénale internationale à La Haye, il est acquitté par les juges de première instance en  ; dans l’attente d'un éventuel second procès, il vit en Belgique.

Sommaire

BiographieModifier

Vie privée et familialeModifier

Laurent Gbagbo naît le 31 mai 1945 à Gagnoa, en Côte d'Ivoire. Il voit le jour au sein d'une famille catholique modeste, originaire du village de Mama dans le grand-ouest ivoirien. Son père, Paul Koudou, est sergent de police[1] et sa mère, Marguerite Gado, originaire du village bété de Blouzon, est ménagère. Son père est blessé et fait prisonnier par les troupes allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale[2] et est décoré à ce titre de la « reconnaissance de la Nation française » le [3],[4].

Laurent Gbagbo est marié à Simone Ehivet, avec laquelle il a deux filles.

Il a un fils, Michel, d'un premier mariage avec la Française Jacqueline Chamois.

FormationModifier

Gbagbo commence ses études à l'école primaire publique Plateau, à Agboville, où son père exerce sa profession[1].

Il obtient son baccalauréat au Lycée classique à Cocody, en 1965, puis une licence d'histoire à l'université d'Abidjan en 1969. Il devient en 1970 professeur d'histoire au lycée classique d'Abidjan. Chercheur à l'Institut d'histoire, d'art et d'archéologie africaine (IHAAA) à partir de 1974, il est également titulaire d'une maîtrise d'histoire de la Sorbonne. Il soutient enfin, en juin 1979, une thèse de « docteur d'université » (grade qui pouvait être attribué à un étudiant n'ayant pas suivi les cours de DEA indispensables pour soutenir une thèse de « docteur d'État ») en histoire intitulée Les Ressorts socio-économiques de la politique ivoirienne : 1940-1960 à l'université Paris-Diderot[5].

Ascension politiqueModifier

Opposant à Félix Houphouët-BoignyModifier

Membre du Syndicat national de la recherche et de l'enseignement supérieur (SYNARES), ce syndicaliste actif dans les années 1970 est emprisonné à Séguéla et Bouaké de mars 1971 à janvier 1973. Devenu directeur de l'IHAAA en 1980, il se révèle lors des manifestations étudiantes du , qui provoquent la fermeture des universités et des grandes écoles. C'est durant cette année que naît dans la clandestinité le futur Front populaire ivoirien (FPI).

Parti en exil en France en 1985, il cherche à promouvoir le FPI et son programme de gouvernement visant à lutter contre la dictature du Parti démocratique de Côte d'Ivoire, alors parti unique, et à promouvoir le multipartisme. Idéologiquement proche du Parti socialiste français, il se lie d'amitié avec Guy Labertit, membre du Parti socialiste unifié, du fait de son opposition à Félix Houphouët-Boigny.

Houphouët-Boigny s'inquiète de voir Gbagbo développer un réseau de contacts et trouve que « son remuant opposant serait beaucoup moins encombrant à Abidjan qu'à Paris »[6]. Fortement pressé de rentrer au pays[6], Gbagbo retourne finalement en Côte d'Ivoire le , Houphouët-Boigny ayant implicitement accordé son pardon en déclarant que « l'arbre ne se fâche pas contre l'oiseau »[7]. Devenu secrétaire général du FPI lors du congrès constitutif des 19 et , il se présente à l'élection présidentielle du qui est marquée par la première candidature face à celle du président Félix Houphouët-Boigny ; Gbagbo remporte 18,3 % des suffrages, ce qui lui confère le statut de chef de l'opposition. Les élections législatives du 25 novembre de la même année sont les premières placées sous le signe du multipartisme ; le FPI y obtient neuf sièges sur 175, Gbagbo lui-même étant élu dans la circonscription de Ouaragahio, où se trouve sa ville natale[8].

En mai 1991, puis en février 1992 ont lieu d'importantes manifestations étudiantes. Le 18 février, le premier ministre Alassane Ouattara fait arrêter Laurent Gbagbo, après avoir fait signer la veille au chef de l'État une loi anti-casseurs[9]. Il est condamné le à deux ans de prison[10] ; il est finalement libéré en août de la même année.

Présidence d’Henri Konan BédiéModifier

En 1995, Laurent Gbagbo appelle au boycottage de l'élection présidentielle prévue le 22 octobre en raison de la réforme du Code électoral. Henri Konan Bédié, président de l'Assemblée nationale et successeur constitutionnel du défunt président Félix Houphouët-Boigny, est élu avec 96,44 % des suffrages.

Lors des élections législatives partielles tenues le , Gbagbo est réélu dans sa circonscription, le FPI remportant cinq des huit sièges à repourvoir.

Désigné candidat officiel du FPI lors du troisième congrès du parti, organisé du 9 au , il se présente à l'élection présidentielle du 22 octobre 2000 contre le général Robert Guéï qui a renversé le président Bédié le . Cette élection est marquée par l'élimination par la Cour suprême de plusieurs candidatures, dont celle d'Alassane Ouattara — pour cause de « nationalité douteuse », faux et usage de faux sur la filiation — et de l'ancien président Bédié. Les résultats donnent Gbagbo vainqueur face à Guéï, qui les conteste. Des heurts s'ensuivent[11]. Gbagbo devient président le 26 octobre, Guéï reconnaissant la légitimité de Gbagbo le 13 novembre. Lors des élections législatives du 10 décembre, le FPI apporte à Gbagbo une majorité de 91 sièges, contre 70 au PDCI et seize indépendants[8].

Président de la RépubliqueModifier

 
Laurent Gbagbo et Abedi Pelé en 2007.
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Politique économiqueModifier

Laurent Gbagbo met en œuvre une politique dont l'objectif affiché est de permettre l'enrichissement de l'ensemble des Ivoiriens, et pas seulement certaines catégories aisées, très minoritaires[12]. Il souhaite en outre tourner la page de la croissance sans développement, caractéristique de l'ère de Félix Houphouët-Boigny. Cette politique, dite de « refondation », est fortement teintée de socialisme, de nationalisme identitaire et d'anticolonialisme, particulièrement à l'égard de la France.

Si le bilan de Laurent Gbagbo est considéré comme globalement négatif, des observateurs soutiennent qu'il est compliqué de le juger comme l'unique responsable des difficultés du pays entre et . En effet, d'une part les capacités de gestion des affaires de l’État ivoirien se sont dégradées, avec la partition du pays et l'apparition d'une économie parallèle à grande échelle, et d'autre part la participation de ministres issus d'autres formations politiques tels que le PDCI ou le RDR à plusieurs gouvernements pendant cette période n'a aucunement empêché la mal-gouvernance et la corruption de se développer.

ÉducationModifier

Parmi les réformes majeures, le nouveau gouvernement de Laurent Gbagbo met en place en l'école primaire et secondaire gratuite[13], supprimant les uniformes scolaires et les frais de scolarité (pour les enfants du primaire), et permet la distribution de matériel scolaire pour les familles démunies. Malgré le fait que ces mesures n'ont pas été étendues à l'ensemble du territoire et la pénurie d'enseignants, elles ont contribué à augmenter le taux d'alphabétisation et d'éducation des Ivoiriens en encourageant les parents à envoyer leurs enfants à l'école[14].

Violences et discriminations ethniquesModifier

Les universités publiques ivoiriennes deviennent rapidement le lieu de violences et d'exactions, en particulier de la part de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire, devenue une milice au service du pouvoir en place avec à sa tête Charles Blé Goudé. Ce dernier encouragea des pratiques violentes[15], voire meurtrières tels que l'officieux « article 125 »[16]. Professeurs, élèves et journalistes sont de plus en plus violentés dès lors que le syndicat étudiant ou le pouvoir fait l'objet de remarques ou de critiques. La tricherie, la facilité, la corruption deviennent progressivement le mode d’admission aux examens et aux concours[17],[18].

D'après Human Rights Watch, Laurent Gbagbo a, pendant son mandat, considérablement favorisé les groupes ethniques lui étant loyaux, au détriment des autres groupes ethniques du pays[16],[19]. Il use des concepts d'ethnicité et de citoyenneté dans le but de stigmatiser les Ivoiriens du Nord ou les immigrés d’Afrique de l’Ouest, qui sont alors considérés comme des « étrangers » dangereux par les partisans de Laurent Gbagbo, alors même que ces personnes ont passé toute leur vie en Côte d’Ivoire, souvent dans des villes du Sud comme Abidjan, très éloignées de leur région ethnique d’origine[16],[19].

Dégradation des infrastructures et insalubritéModifier

Pendant l'ensemble du mandat de Laurent Gbagbo, les infrastructures du pays cessent peu à peu d'être entretenues[20] : la plupart des bâtiments, appartenant essentiellement à l'État, se dégradent au fil du temps[21].

Le réseau routier a considérablement vieilli, faute d’entretien pendant plusieurs années, et ce malgré plusieurs initiatives (création de l'Ageroute et du Fond d'entretien routier, prolongement de l'autoroute du Nord, lancement de quelques chantiers par la suite interrompus, faute de crédits). Nombreux sont les nids de poule qui se forment sur les autoroutes et dans les centres-villes sans qu'ils ne soient réparés[17],[22],[23], tandis que certains carrefours ne sont plus praticables les jours de pluie à cause de la désaffection des évacuations d'eaux de pluie.

L'insalubrité urbaine augmente sensiblement, de par une très mauvaise gestion des déchets[24],[25], à cause du fait que les entreprises de nettoyage et de collectes des ordures ne peuvent plus opérer de façon régulière, faute de paiements de la part de l'administration[17],[26],[27]. Vers la fin du mandat, le secteur de l'énergie ne permet plus d'approvisionner l'ensemble du pays en électricité de façon satisfaisante. Les délestages deviennent fréquents, jusqu'à plusieurs fois par jour. Enfin, les services des hôpitaux publics se sont dégradés sensiblement[28],[29] et sont devenus incapables de faire face à la demande, occasionnant parfois des morts par manque de traitement[30],[31]. Les universités publiques ivoiriennes ne sont pas mieux loties, souffrant d'un état de délabrement plus avancé[32].

Amplification de la corruptionModifier

La corruption, implantée depuis longtemps dans le pays, s'amplifie sensiblement notamment dans la filière café-cacao, dont la libéralisation profite finalement aux « barons » et à leur entourage et non aux producteurs[17],[33]. De nombreuses actions sont entreprises sans aucun contrôle de la part de l'État ivoirien, tandis que le pays devient une destination de choix pour le blanchiment d'argent, la création de sociétés-écrans, ou les escroqueries à la Nigériane. Plusieurs milliards de francs CFA sont détournés dans plusieurs entreprises publiques tandis que les sommes perçues par les agents de ces entreprises ne sont pas toujours reversées à l'État. Les pots-de-vin sont également devenus monnaie courante au sein des services publics ivoiriens. Les liens entre Laurent Gbagbo et le député français François Loncle, notamment lorsqu'il était président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, ont permis d'occulter une partie de ces pratiques de corruption[34].

Crise politico-militaire de 2002-2007Modifier

Le , des soldats rebelles, disposant d'un armement de qualité venant notamment du Burkina Faso voisin[35] attaquent des villes du pays pour mener un coup d'État alors que le président est à Rome. La situation tourne rapidement à un conflit entre le Sud (tenu par le gouvernement) et le Nord (tenu par les rebelles), qui s'oppose notamment à la politique d'« ivoirité » introduite sous la présidence Bédié, mais dont les dirigeants en place ont largement contribué au développement notamment dans l'administration et dans l'armée[36].

Après plusieurs mois de combats, les accords de Linas-Marcoussis sont ratifiés début 2003 par les principaux partis politiques ivoiriens et la rébellion à Marcoussis, en France. Une force de paix française (opération Licorne) se déploie pour patrouiller dans une zone de cessez-le-feu. D'après les termes de l'accord, Gbagbo doit rester en fonction (alors que les rebelles ont précédemment exigé sa démission), un gouvernement de réconciliation doit être formé avec un Premier ministre « neutre » ainsi que le désarmement des rebelles doit être accompli. Ce gouvernement inclut le FPI, l'opposition civile et des représentants des groupes rebelles. L'Organisation des Nations unies délègue à une force d'interposition, l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI), la responsabilité d'accompagner un apaisement de la situation en lieu et place de l'opération Licorne.

En novembre 2004, huit lois d'apaisement sur les dix-sept prévues sont effectivement votées. En novembre 2004, Laurent Gbagbo lance une offensive dans le secteur des villes rebelles de Bouaké et Korhogo. En réaction, la France demande au Conseil de sécurité des Nations unies une extension du mandat de l'ONUCI afin qu'elle puisse s'interposer militairement aux combats entre forces gouvernementales et rebelles. Le 6 novembre, les bombardements opérés par deux Soukhoï de l'armée ivoirienne (mais en réalité pilotés par des mercenaires biélorusses) sur la zone de confiance (dénommée aussi « ZOC »), notamment à Man et Bouaké font neuf morts parmi les soldats français. En riposte, l'armée française détruit deux avions de type Soukhoï 25 et les hélicoptères MI-24. Des informations révélées par Wikileaks et des enquêtes de presse suggèrent une manipulation visant à justifier une action militaire contre Gbagbo. En 2016, la juge d’instruction française Sabine Kheris demande le renvoi devant la Cour de justice de la République des anciens ministres Dominique de Villepin, Michèle Alliot-Marie et Michel Barnier, suspectés d'avoir permis l'exfiltration des mercenaires responsables de l'attaque contre les forces françaises[37]. Le 22 mars 2019, la commission des requêtes de la Cour de justice de la République rend son avis indiquant l’abandon des poursuites, rien ne montrant, après enquête, l’implication des anciens ministres[38].

Son mandat prenant théoriquement fin en 2005, Laurent Gbagbo fait repousser d'année en année (à six reprises) le scrutin présidentiel. Du 5 février au , ont lieu à Ouagadougou des rencontres entre les délégations des différentes parties. Un accord politique est signé le 4 mars par Laurent Gbagbo, Guillaume Soro et le président burkinabé, Blaise Compaoré, qui a joué le rôle de facilitateur. En vertu de cet accord, Laurent Gbagbo nomme Guillaume Soro Premier ministre. Dans la foulée, Laurent Gbagbo signe, le 12 avril 2007, une mesure d'amnistie.

Crise de 2010-2011 et départ du pouvoirModifier

 
Laurent Gbagbo en 2008.

Au premier tour, il arrive en tête avec 38 % des suffrages exprimés, devant Alassane Ouattara qui en obtient 32,1 % et l'ancien président Henri Konan Bédié (25,2 %). Tous les pays félicitent les Ivoiriens pour leur forte participation (seulement 16 % d'abstentions).

Le , la Commission électorale indépendante (CEI) se voit physiquement empêchée de proclamer les résultats provisoires par certains de ses membres, favorables au président sortant. Après ces incidents, les chiffres sont finalement communiqués et donnent Alassane Ouattara vainqueur avec 54,1 % des voix[39]. Mais le Conseil constitutionnel, entièrement nommé par le président sortant, considère que les résultats de la CEI sont invalides et annonce des résultats donnant Laurent Gbagbo victorieux après analyse des recours déposés par les partisans de ce dernier[40]. La représentante de la diplomatie de l'Union européenne, le secrétaire général de l'ONU et les présidents Barack Obama et Nicolas Sarkozy, entre autres, considèrent pour leur part que le vainqueur de l'élection est Alassane Ouattara[41].

Laurent Gbagbo est investi le en présence de deux représentants de pays étrangers (l'Angola et le Liban). Le Premier ministre Guillaume Soro, qui ne reconnaît plus Laurent Gbagbo comme chef de l'État, remet sa démission à Alassane Ouattara le [42]. Soro est aussitôt reconduit dans ses fonctions par Alassane Ouattara, qui indique également avoir « prêté serment par courrier » adressé au Conseil constitutionnel « en qualité de président de la République de Côte d'Ivoire »[43]. De son côté, Laurent Gbagbo nomme au poste de Premier ministre un de ses proches, le président de l'université de Cocody, Gilbert Marie N'gbo Aké[44].

Malgré l'isolement croissant de son régime sur la scène internationale[45], Laurent Gbagbo cherche à rester au pouvoir. Il interdit la parution de journaux favorables à Ouattara[46] et place sous la surveillance de l'armée le siège de la Radiodiffusion-Télévision ivoirienne (RTI)[47]. Le 21 décembre, lors de sa première allocution télévisée depuis son investiture, Gbagbo se réaffirme président mais propose la création d'un « comité d'évaluation international » pour sortir de la crise[48]. Des témoignages et enquêtes font état de 50 morts et plus de 200 blessés au 19 décembre 2010, ainsi que d'enlèvements effectués par des bandes armées accompagnées par des éléments des forces de sécurité[49]. La haute-commissaire adjointe aux droits de l'homme de l'ONU estime que « 173 meurtres, 90 cas de tortures et de mauvais traitements, 471 arrestations, 24 cas de disparitions forcées ou involontaires » sont attribuables aux partisans de Laurent Gbagbo en cinq jours seulement[50],[51]. Cette situation inextricable débouche sur une reprise des combats entre l'armée régulière et les Forces nouvelles pro-Ouattara, d'abord à Abidjan à la fin-février 2011, puis dans le reste du pays au début mars, que les troupes de son adversaire conquièrent en quelques jours. Le 31 mars 2011, Abidjan est encerclé. Les défections se multiplient en quelques heures : l'armée et la gendarmerie le lâchent[52]. Laurent Gbagbo et son épouse se retranchent alors au palais présidentiel d'Abidjan, protégés par un dernier carré de fidèles formé notamment par les troupes d'élite de l'armée ivoirienne[53].

Incarcération et procès devant la CPIModifier

Le , après dix jours de combats à Abidjan et de bombardement de la résidence présidentielle par les forces spéciales françaises de la Force Licorne et l'ONUCI, Laurent Gbagbo est arrêté en compagnie de son épouse Simone par les forces d'Alassane Ouattara[54],[55]. Il est placé en état d'arrestation à l'Hôtel du Golf, quartier général de Ouattara[56],[57], puis transféré à Korhogo, dans le nord du pays, où il a été assigné à résidence[58] (son épouse sera, quelques jours plus tard, placée à son tour en résidence surveillée à Odienné, une autre localité du nord ivoirien[59]). Le , il est inculpé et placé en détention préventive pour « crimes économiques » (« vol aggravé, détournement de deniers publics, concussion, pillage et atteinte à l'économie nationale »)[60]. Il est incarcéré huit mois en Côte d'Ivoire[37].

À partir du , à la suite de son inculpation par la Cour pénale internationale (CPI) pour quatre chefs d'accusation de crimes contre l'humanité, il est incarcéré au centre de détention de la Cour, à La Haye (Pays-Bas)[61]. Les avocats de Laurent Gbagbo réclament sa relaxe et parlent de « partialité » de la CPI, lui reprochant de se désintéresser totalement des exactions des forces pro-Ouattara[62]. Amnesty International évoque une « loi des vainqueurs » au sujet du travail de la CPI sur la Côte d'Ivoire[63]. Son procès, conjoint avec celui de Charles Blé Goudé, s'ouvre à La Haye le 28 janvier 2016. D'après Le Monde diplomatique, « aucun des quatre-vingt témoins de l'accusation n'a apporté d’élément probants sur l’existence d'un plan commun et sur la culpabilité de l'ancien chef d’État ivoirien. Leurs propos ont été soit confus, soit contradictoires, et de nombreux témoignages ont tourné à l'avantage des accusés »[37].

Le 18 janvier 2018, Laurent Gbagbo et trois de ses ministres — Gilbert Aké N'Gbo (ex-Premier ministre), Koné Katinan (ex-ministre du Budget) et Désiré Dallo (ex-ministre de l'Économie et des Finances) — sont condamnés par la cour d'assises d'Abidjan à vingt ans de prison et une amende de 329 milliards de francs CFA pour « vol en réunion par effraction portant sur des caves à la BCEAO et des numéraires, complicité de vol en réunion par effraction, destruction d'une installation appartenant à autrui, détournement de deniers publics » en vue d'obtenir des liquidités en pleine crise postélectorale[64].

Il est élu, le 4 août 2018, président de la faction dissidente du Front populaire ivoirien[65].

Le 15 janvier 2019, Laurent Gbagbo est acquitté par la CPI, après plus de sept ans de prison préventive[66]. Son acquittement est salué par le PDCI et le FPI[67]. Le jour même, l'ancien président Henri Konan Bédié (PDCI) annonce une alliance avec Gbagbo en vue des élections de 2020[68]. Le lendemain, la CPI suspend sa remise en liberté, après un nouvel appel déposé par le procureur[69]. Celui-ci doit être examiné sur le fond par la chambre d'appel[70] le 1er février 2019[71]. Libéré le jour même sous conditions[72], Laurent Gbagbo est toutefois tenu de résider en Europe en attendant un éventuel procès en appel. Le 2 février, la Belgique accepte de l'accueillir sur son sol, où réside sa seconde épouse, Nady Bamba[73]. Il s'y rend le 5 février[74].

PublicationsModifier

  • 1971 : Soundjata, lion du Manding
  • 1978 : Réflexions sur la conférence de Brazzaville
  • 1982 : Côte d'Ivoire : Économie et société à la veille de l'indépendance (1940-1960)
  • 1983 : Côte d'Ivoire : Pour une alternative démocratique
  • 1987 : Propositions pour gouverner la Côte d'Ivoire
  • 1989 : Côte d'Ivoire : Histoire d'un retour
  • 1991 : Agir pour les libertés, éd. L'Harmattan, Paris (ISBN 978-2-7384-0769-6)
  • 1995 : Le Temps de l'espoir
  • 2002 : Sur les traces des Bétés
  • 2014 : Laurent Gbagbo et Francois Mattei, Pour la vérité et la justice, éditions du Moment, , 320 p. (ISBN 2354171757 et 978-2354171759)

Notes et référencesModifier

Notes
  1. Jusqu’au 4 décembre 2010 selon les partisans d’Alassane Ouattara.
  2. Surnom attribué pour sa supposée capacité à rouler ses adversaires dans la farine. Voir « Fin de partie pour Laurent Gbagbo, le “boulanger d'Abidjan” », nouvelobs interactif, 11 avril 2011.
Références
  1. a et b Serikpa Benson, « Exposition photos "Seplou" - Agboville accueille la caravane dès vendredi », Notre Voie, 25 février 2008
  2. Dédy Seri, « Diplomatie - Qui se fie à la France fait le sacrifice de sa vie », Le Temps, 22 avril 2009
  3. Communiqué du 6 janvier 2005 (ambassade de Côte d'Ivoire à Dakar)
  4. Titre de Reconnaissance de la Nation (Office national des anciens combattants et victimes de guerre)
  5. Laurent Gbagbo, Les Ressorts socio-économiques de la politique ivoirienne, 1940-1960, thèse sous la direction de Catherine Coquery Vidrovitch, soutenue à l'université Paris Diderot - Paris 7, 1979.
  6. a et b Philippe Duval, Fantômes d'Ivoire, éd. du Rocher, 2003, p. 41
  7. [PDF] Biographie de Laurent Gbagbo (DePaul University) « Copie archivée » (version du 14 septembre 2006 sur l'Internet Archive)
  8. a et b Chronologie de la Côte d'Ivoire (Sciences Po Bordeaux)
  9. Philippe Duval, Fantômes d'Ivoire, éd. du Rocher, 2003, p. 43
  10. Communiqué d'Amnesty International en juillet 1992 « Copie archivée » (version du 8 décembre 2007 sur l'Internet Archive)
  11. Présentation du pays Maison des Français de l'étranger p. 6
  12. Serge-Nicolas Nzi, « La refondation patriotique ivoirienne, pour quel bilan? », sur ConnectionIvoirienne.net
  13. L’école gratuite quoi qu’on en dise fut un succès au point ou écoles publiques et privées se sont multipliées dans le pays, avec à la clé le manque d’enseignants dans le primaire et le secondaire.
  14. Dès sa prise du pouvoir en novembre 2000 dans les conditions sur lesquelles je ne reviendrai pas dans cet article, le gouvernement Gbagbo avait pris une série de mesures dans l’optique d’encourager les parents à envoyer leurs enfants à l’école primaire et secondaire. Au titre de ces mesures, on peut notamment citer la suppression de l’uniforme scolaire au primaire et au secondaire, la suppression des frais de scolarité pour les enfants du primaire, et finalement la distribution de kits et de matériel scolaires aux parents démunis. Ces mesures, même si elles n’ont pas été totalement suivies sur toute l’étendue du territoire pour des raisons diverses, ont dans certaines régions du pays grandement contribué à élever le taux de scolarisation au niveau du primaire.L’école devrait-elle être gratuite en Côte d’Ivoire? - Parlons-en car l'Afrique se meurt
  15. Côte d'Ivoire : Charles Blé Goudé inculpé, fin de cavale pour le "général de la rue" - article de Jeune Afrique publié le 22 janvier 2013.
  16. a b et c Page 5 du rapport de Human Rights Watch d'octobre 2011, « Ils les ont tués comme si de rien n'était » - Texte intégral. Consulté le 20 janvier 2013.
  17. a b c et d Bonne gouvernance, normalisation / Le bilan de Gbagbo contre celui de Ouattara Voici le tableau comparatif, Les forces et faiblesses - L'Intelligent d'Abidjan sur Abidjan.net
  18. « Le FPI comme nous ne l'avons jamais connu », sur LeBanco.net
  19. a et b The melting-pot cracks - article du magazine The Economist tiré d'une édition imprimée datée du 3 octobre 2002.
  20. 48 ans d’indépendance et les infrastructures posent problème - Afrik.com
  21. Abidjan, « fatiguée-fatiguée » - Jeune Afrique
  22. Pays des routes abîmées attend son président - article publié sur le site Acturoutes le 8 novembre 2010.
  23. La Côte d'Ivoire malade de ses routes - article d'Avenue 225 publié le 26 octobre 2010.
  24. Abidjan est trop sale! - article publié sur RéseauIvoire le 14 décembre 2005
  25. Déchets médicaux - Un danger pour la population - article publié par Le Repère sur Abidjan.net le 24 avril 2009.
  26. Ordures ménagères : Les sociétés de ramassage en colère - article de Fraternité Matin publié sur Abidjan.net le 29 janvier 2009.
  27. "Pendant que les pro-Ouattara et les pro-Gbagbo se disputent, Abidjan ressemble à une poubelle" - article publié par France 24 le 4 janvier 2011.
  28. [...] le matériel vétuste parce que depuis plus de 10 ans, il n’y a pas eu de renouvellement. - Chr de Dimbokro : Les interventions chirurgicales suspendues - Le nouveau réveil sur Urgences-ci.net
  29. CHU de Treichville : Insalubrité des toilettes
  30. Dégradation des infrastructures, défaillance du matériel… : Hôpitaux, ces grands sinistrés - Nord-Sud
  31. Le CHU de Treichville : "Des patients à même le sol et des poches de sang accrochées aux murs" - Les Observateurs de France24
  32. Université de Cocody : Des amphis inondés - Fraternité Matin sur Atoo.ci
  33. C’est sous les Refondateurs (idéologues du changement sous l’administration Gbagbo, entre 2000 et 2010) que les planteurs de café et cacao ont été dépouillés de tous leurs revenus au profit d’aigrefins, que la corruption a totalement gangréné notre tissu social. « Tribune: Les partisans de Gbagbo ont la mémoire courte », Slate Afrique,
  34. Hollande l'Africain, de Christophe Bousbouvier, La Découverte, 2015, chapitre 4.
  35. « Entretien avec Marc Le Pape et Claudine Vidal », La Documentation française,
  36. Sylvie Berruet, « Les dirigeants ivoiriens accusés de xénophobie », RFI,
  37. a b et c « Débâcle de l’accusation contre M. Gbagbo », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne, consulté le 24 décembre 2017)
  38. https://www.europe1.fr/politique/info-europe-1-bombardement-de-bouake-alliot-marie-villepin-et-barnier-echappent-aux-poursuites-3900237.
  39. Le résultat annoncé par le site du Le Point.fr
  40. Côte d'Ivoire : Gbagbo déclaré vainqueur avec 51 % des voix. AFP
  41. L'ONU et l'UE s'opposent au coup de force de Gbagbo Le Figaro
  42. Dépêche AFP du 4 décembre 2010
  43. Côte d'Ivoire : Gbagbo et Ouattara ont prêté serment Le Figaro
  44. Article de Ouest-France du 6 décembre 2010
  45. Côte d'Ivoire : l'Angola prône la non ingérence internationale (ministre), www.abidjan net paru le 22 décembre 2010
  46. abidjan.net - Article du 18 décembre 2010
  47. seneweb.com - Article du 15 décembre 2010
  48. Côte d'Ivoire : Gbagbo propose un comité d'évaluation international, www.lemonde.fr, paru le 21 décembre
  49. 20 minutes - Article du 19 décembre 2010
  50. « Côte d'Ivoire: 173 morts selon l'ONU, le camp Ouattara en appelle à la CPI », dépêche AFP, 23 décembre 2010.
  51. « La Côte d'Ivoire sur le chemin de la guerre », Le Figaro, 24 décembre 2010.
  52. Crise post-électorale: Voici pourquoi Philippe Mangou a abandonné Gbagbo - Article de l'Éléphant déchainé sur Ivorian.net
  53. Laurent Gbagbo, retranché dans le palais présidentiel
  54. Le président sortant ivoirien a été arrêté ce lundi par des forces pro-Ouattara, certes, Le jour où Gbagbo a été arrêté - L'Express.fr
  55. Laurent Gbagbo, 65 ans, n'a pas été arrêté par l'armée française, comme annoncé plus tôt, mais par les forces d'Alassane Ouattara, a précisé Jean-Marc Simon, l'ambassadeur de France en Côte d'Ivoire., Gbagbo a été arrêté par les forces de Ouattara (vidéo) - 7sur7.be
  56. « Gbagbo a été arrêté à Abidjan » [archive du ], sur Le figaro.fr,
  57. « Gbagbo sera traité avec humanité », sur Nouvelobs.com,
  58. Article du « Libération » du 15 avril 2011
  59. « Mise en résidence surveillée - Simone Gbagbo transférée à Odienné », sur abidjan.net,
  60. « Laurent Gbagbo inculpé pour “crimes économiques” », nouvelobs interactif, 19 août 2011.
  61. « Laurent Gbagbo: un aller simple pour La Haye », L'Express, 30 novembre 2011.
  62. « Tribune: Les partisans de Gbagbo ont la mémoire courte », Slate Afrique
  63. « Soupçons sur la Cour pénale internationale », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne, consulté le 24 décembre 2017)
  64. « Côte d'Ivoire : Laurent Gbagbo et quatre anciens ministres lourdement condamnés », sur afrique.lepoint.fr, (consulté le 19 janvier 2018)
  65. https://www.voaafrique.com/a/laurent-gbagbo-élu-chef-de-l-aile-dissidente-du-fpi-en-côte-d-ivoire-/4513909.html
  66. « CPI : l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo acquitté de crimes contre l’humanité », sur Le site du Monde, (consulté le 15 janvier 2019)
  67. « Acquittement de Gbagbo: joie chez ses partisans, incertitude sur son retour en Côte d'Ivoire », sur TV5MONDE (consulté le 16 janvier 2019)
  68. « Gbagbo et Blé Goudé acquittés, Abidjan déchiré », sur Libération.fr (consulté le 15 janvier 2019)
  69. « La CPI suspend la libération de Laurent Gbagbo après un nouvel appel », sur Europe 1 (consulté le 16 janvier 2019)
  70. « La libération de Laurent Gbagbo suspendue après un nouvel appel du procureur de la CPI », sur France 24 (consulté le 17 janvier 2019)
  71. « Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé restent en détention – JeuneAfrique.com », sur JeuneAfrique.com (consulté le 19 janvier 2019)
  72. « CPI: Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sortent de prison sous conditions - RFI », sur RFI Afrique (consulté le 2 février 2019)
  73. « [Info RFI] La Belgique accepte d'accueillir Laurent Gbagbo, selon le ministre Mamadou Touré - RFI », sur RFI Afrique (consulté le 17 janvier 2019)
  74. Le Point, magazine, « Liberté conditionnelle en Belgique pour l'ex-président ivoirien Gbagbo », sur Le Point (consulté le 5 février 2019)

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Laurent Gbagbo et François Mattei, Pour la vérité et la justice, éd. du Moment, 2014
  • Guillaume Soro, Pourquoi je suis devenu un rebelle : La Côte d'Ivoire au bord du gouffre, éd. Hachette, Paris, 2005 (ISBN 978-2-01-235858-4)
  • Ernest Duhy, Le pouvoir est un service : le cas Laurent Gbagbo, éd. L'Harmattan, Paris, 2006 (ISBN 978-2-296-00438-2)
  • Viviane Gnakalé, Laurent Gbagbo : pour l'avenir de la Côte d'Ivoire, éd. L'Harmattan, Paris, 2006 (ISBN 978-2-296-00561-7)
  • Waga Agou, Gbagbo et/ou le gâchis ivoirien, éd. Edilivre, Paris, 2010 (ISBN 978-2-8121-3662-7)

FilmographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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