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Joyaux de la Couronne de France

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Joyaux de la couronne.
Quelques diamants de la Couronne au musée du Louvre.

Les joyaux de la Couronne de France, ou diamants de la Couronne de France, sont un ensemble de bijoux de la Monarchie française, des Premier Empire et Second Empire, et de la République française dont l'origine remonte à François Ier. Objet d'un vol en 1792 lors de la Révolution, revendue en partie à la fin du XIXe siècle, la collection est aujourd'hui dispersée. La pièce la plus célèbre est le diamant blanc le « Régent », conservé depuis 1887 au musée du Louvre. Le « bleu de France », autre pierre remarquable qui faisait à l'origine partie de ces joyaux, a été volé et retaillé pour devenir le diamant Hope, conservé depuis 1949 au National Museum of Natural History (Washington, États-Unis).

Sommaire

HistoriqueModifier

Origine (XVIe siècle)Modifier

La collection des joyaux de la Couronne est constituée en 1530 par François Ier qui désigne un petit groupe de huit pierres colorées appelées à cette époque « diamants » (terme générique désignant toute belle pièce) et qui sont serties dans des bagues. Il s'agit pour la plupart de parures d'Anne de Bretagne, qui les tenait de sa mère Marguerite de Foix. Le premier inventaire de ce trésor est dressé à Bordeaux, le 15 juin 1530, trois semaines avant le mariage de François Ier avec Éléonore d'Autriche, et des lettres patentes précisent la constitution de la collection, stipulant notamment une clause d'inaliénabilité : les joyaux portés par les reines doivent être remis au trésor royal à la mort de leur mari[1]. De ce premier fonds ne subsiste que la « Côte-de-Bretagne », un spinelle retaillé sous Louis XV pour être serti au centre de la Toison d'or de la parure de couleur. En effet, les difficultés financières dues aux guerres de Religion ont contraint Henri III de les mettre en gage. La collection initiale, excepté le « Côte-de-Bretagne », a ainsi disparu.

Ancien Régime (1610 – 1789)Modifier

Le fonds sera considérablement augmentée par la suite, notamment par Louis XIV (Bleu de France, Sancy)[2].

En 1661, Mazarin lègue à Louis XIV dix-huit diamants magnifiques auxquels on donne son nom. Le plus gros est le « Sancy ». Des autres subsistent le « Mazarin 17 » et le « Mazarin 18 », l'un et l'autre sertis dans la broche-pendentif de l'impératrice Eugénie. Sous le règne de Louis XIV, plusieurs autres pièces viennent s'ajouter. Les pierres sont parfois mises en gage mais elles sont toujours récupérées. Un inventaire en est dressé en 1691.

Louis XVI décide de faire retailler en brillants les diamants, à l'exception de deux parures. Cette retaille est réalisée à Anvers, entre 1786 et 1788.

Révolution (1789 – 1799)Modifier

À la Révolution, les biens de l'État ne sont plus à la libre disposition du roi. Les joyaux de la Couronne, qui se trouvaient à Versailles, sont ramenés au Garde-meuble de la Couronne, place Louis XV (de la Révolution et de la Concorde, ministère de la Marine), administré par Thierry de Ville-d'Avray[3]. Le roi reçoit alors une dotation : la liste civile. Par les décrets des 26, 27 mai et , l'Assemblée nationale constituante décide de faire dresser l'inventaire des diamants et pierreries de la Couronne. L'inventaire compte 9 547 diamants, 506 perles, 230 rubis et spinelles, 71 topazes, 150 émeraudes, 35 saphirs et 19 pierres. Le prix des joyaux est estimé à 23 922 197 livres. Le « Régent » est estimé à 12 millions, le « bleu de France » à 3 millions, et le « Sancy » à 1 million.

Dans la semaine du 11 au 17 septembre 1792, une bande dirigée vraisemblablement par un certain Paul Miette dérobe une partie des diamants, qui se trouvent alors à Paris, à l'hôtel du Garde-Meuble de la Couronne, où le trésor est conservé mais mal gardé. À la suite d'une enquête menée entre 1792 et 1794, les deux tiers des joyaux sont retrouvés, parmi lesquels le « Régent », le « Sancy », et la plupart des « Mazarins ». La collection, déposée à la Trésorerie nationale, est alors estimée à 17 millions de livres.

Sous la Convention, la collection s'enrichit des pierres issues de la confiscation des biens d'émigrés et des joyaux du roi de Sardaigne. Vers 1795 la collection vaut, selon les estimations, 21 millions de livres.

Sous le Directoire, le besoin de ressources se faisant éprouver ; on prend la décision de vendre les pierres à l'étranger.

En 1796, Daubenton, professeur de minéralogie, choisit des pierres pour les déposer au muséum d'histoire naturelle ; parmi ces pierres figure le « Grand Saphir ».

Entre 1797 et 1800, la nécessité de trouver des fonds pour approvisionner l'armée conduit à la mise en gage des diamants.

Reconstitution (1799 – 1870)Modifier

Le Consulat ayant réussi à assainir les finances de l'État, Bonaparte fait revenir en France les joyaux qui avaient été engagés : le « Régent », auprès du banquier Ignace-Joseph Vanlerberghe[réf. nécessaire], d'autres pierres qui étaient en possession du marchand berlinois Treskow, et celles qu'avaient les héritiers du marquis d'Iranda, mais pas le « Sancy », vendu à Manuel Godoy.

Napoléon Bonaparte donne 400 000 francs de bijoux en 1802 et 254 198 francs à Joséphine. La collection est estimée à 13 950 000 francs-or à la fin du Consulat. Elle comprend le « Régent », le « Diamant de la Maison de Guise », le diamant rose « Hortensia », le « Grand Mazarin » et trois autres pierres de Mazarin.

La collection est de nouveau augmentée sous Napoléon, de telle sorte qu'elle comprend en 1814 65 072 pierres et perles, la plupart montées en bijoux, soit 57 771 diamants, 5 630 perles et 1 671 pierres de couleur (424 rubis, 66 saphirs, 272 émeraudes, 235 améthystes, 547 turquoises, 24 camées, 14 opales, 89 topazes).

Le retour des Bourbons va ramener en France le rubis « Côte-de-Bretagne », le « Second Mazarin » et deux autres diamants. L'inventaire qui en est fait en 1823 aboutit à une estimation de 20 319 229 59 francs.

L'estimation faite en 1830 aboutit à la somme de 20 832 874 39 francs.

Lors de la guerre de 1870, à l'annonce des premières défaites, les joyaux de la Couronne sont confiés à un contrôleur de la Banque de France, Léon Chazal, fils d'Antoine Chazal, et ils sont transportés à l'arsenal de Brest, puis transférés sur un bateau de guerre, prêt à appareiller[4].

DispersionModifier

Dans le cadre de la préparation de la loi sur l'aliénation des diamants de la Couronne, le gouvernement nomme en 1882 une commission d'expertise des diamants composée de cinq membres. Une estimation donne une valeur de 21 267 040 francs à la collection, mais juge qu'une partie des diamants ne doit pas être vendue.

Le , Benjamin Raspail fait voter par la Chambre son projet de loi d'aliénation des diamants de la Couronne pour financer une caisse des invalides du travail contre le projet de Jules Ferry qui souhaite que cette vente alimente une caisse de dotation des Musées nationaux. Pour Jules Ferry, donner le produit de la vente aux invalides du travail ne serait « qu'une goutte d'eau dans l'océan ». Le projet est alors porté au Sénat. Plusieurs années de discussion vont alors continuer sur la vente de la totalité ou d'une partie des joyaux, et sur l'affectation du produit de la vente. Le , le Sénat vote la loi sur la vente des joyaux de la Couronne suivant l'amendement Boulanger qui ne fixe pas l'affectation du produit de la vente. Le , la Chambre vote la loi, après avoir accepté le rapport du député Daniel Mérillon, qui propose de reprendre le texte déjà voté par le Sénat.

Une commission est installée le pour décider des mesures à prendre pour les joyaux attribués au musée du Louvre. Elle conclut qu'ils doivent être exposés dans la galerie d'Apollon.

Du 12 au [5] a lieu la vente aux enchères d'une partie des pierres précieuses sous la Troisième République. Le Régent reste au musée du Louvre. La vente des joyaux de la Couronne rapporte 6 864 050 francs, placés à la Caisse des dépôts et consignations. Les discussions vont durer sur l'affectation des fonds dégagés par cette vente : caisse de dotation des Musées nationaux ou caisse des invalides du travail.

En 1887, une partie des gemmes des Joyaux de la Couronne de France est affectée à l'École des mines de Paris[6].

Lors de la vente de , la broche reliquaire de l'impératrice Eugénie, désignée « agrafe rocaille » et constituée de quatre-vingt-cinq diamants montés sur argent doré, qui avait été adjugée aux joaillers Frédéric Bapst et Alfred Bapst, est attribuée au musée du Louvre[7].

En 1890, le Prince Albert von Thurn und Taxis achète le diadème exécuté par le joailler officiel de la Couronne Alexandre-Gabriel Lemonnier (de) pour constituer le cadeau de mariage pour son épouse.

En , devant l'avance des Allemands, le gouvernement part pour Bordeaux ; Albert Dalimier, sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts, emporte dans une sacoche de cuir les joyaux de la Couronne[Note 1].

À partir de 1945 et jusqu'à sa mort en 1953, le Duc de Westminster procède à l'achat des bijoux dispersés de la couronne pour les offrir à Aimée de Heeren.

En 1988, le musée du Louvre acquiert de la couronne de l'impératrice Eugénie – 2 490 diamants et 56 émeraudes, montés sur or –, réalisée en 1855 par le joailler Alexandre-Gabriel Lemonnier[8].

En 1992, la Société des amis du Louvre rachète le diadème de perles de l'impératrice Eugénie – en argent doublé or, 212 perles d'Orient et 1 998 diamants[9] –, réalisé en 1853 par Alexandre-Gabriel Lemonnier, et qui appartenait jusque-là à un ami d'Aimée de Heeren : Johannes Baptista de Jesus Maria Louis Miguel Friedrich Bonifazius Lamoral, 11e prince von Thurn und Taxis (1926-1990), possesseur par héritage d'un très important patrimoine artistique.

En 2008 a pu être racheté le grand nœud de corsage, en diamants, de l'impératrice Eugénie, réalisé en 1855 par le joailler parisien François Kramer, joailler personnel de l'impératrice[10] Le bijou était resté dans la Famille Astor, depuis plus de cent ans[11]. En 2015 a pu être rachetée la broche d'épaule de l'impératrice Eugénie, réalisée en 1853 par le joailler parisien François Kramer[12]. La broche est entrée dans les collections du Louvre le .

Les archives relatives aux joyaux de la Couronne sous le règne de Napoléon III sont conservées aux Archives nationales, au sein du fonds du ministère de la Maison de l'Empereur (sous-série O/5)[13]

Quelques piècesModifier

Pour donner une idée de l'étendue de ce trésor, l'inventaire de 1691 fait état de 5 885 diamants, 1 588 pierres de couleur, dont le plus beau saphir connu du monde – le « Grand Saphir » – et 488 perles, dont la plus belle perle ronde connue en Europe – la « Reine des Perles » –, de 112,25 grains métriques.

À cette époque, les trois principales pierres utilisées par Louis XIV étaient le « Sancy », le « Diamant bleu » et le « Grand Saphir ». Leur valeur totale en 1691, 11 430 481 livres, fait d'eux les plus beaux joyaux d'Europe.

Le « Régent »Modifier

 
Le Régent au Louvre.
Article détaillé : Régent (diamant).

Le « Régent » est un diamant de 140,64 carats. Plus beau joyau de la couronne de France, considéré comme le plus beau et le plus pur des diamants, il devient le symbole de la royauté et de sa magnificence.

Le « Sancy »Modifier

 
Le Sancy au Louvre.
Article détaillé : Sancy (diamant).

Diamant jaune pâle de 55,23 carats, estimé à 600 000 livres en 1691, le « Sancy » est le plus gros et le plus beau des diamants de Mazarin.

D'origine indienne, c'est le premier diamant taillé avec facettes symétriques. Acquis en 1594 en Turquie par Nicolas de Harlay de Sancy, ambassadeur à Constantinople, plus tard surintendant des finances d'Henri IV, il est vendu à Jacques Ier d'Angleterre en 1604, et revendu par la reine Henriette-Marie, épouse de Charles Ier d'Angleterre, au cardinal Mazarin en 1657, qui le lèguera en 1661 à Louis XIV avec dix-sept autres diamants. Louis XIV le portait au chapeau. Il sera racheté par les musées de France en 1976.

Le « diamant bleu de la Couronne » ou « Bleu de France »Modifier

 
La Toison d'or de Louis XIV : au milieu, le spinelle en forme de dragon dit « Côte-de-Bretagne » ; en dessous, le « Bleu de France », désormais connu sous le nom de « Hope ».
Article détaillé : Diamant bleu de la Couronne.
Article détaillé : Hope (diamant).
 
Le Hope en 1974.

Ce diamant bleu de 69 carats fut volé en 1792 puis illégalement retaillé avant 1812. Il est maintenant connu sous le nom de « Hope »[14].

Ce diamant est communément appelé « Diamant bleu de la Couronne de France »[15]. Mais, dans les différentes archives de la Maison du Roi, le nom « diamant bleu de la Couronne de France » n'apparaît jamais, mais bien celui de « Grand diamant violet de Sa Majesté »[16]. Le terme « violet » désigne alors aussi bien le bleu que le violet[14]. Les appellations « Bleu de France » ou « Bleu français » sont en fait des traductions de l'anglais French Blue[16].

C'est vers 1670 que Louis XIV ordonne la retaille d'un diamant taillé à l'indienne d'environ 115,4 carats, ramené des Indes en 1668 par Jean-Baptiste Tavernier. Colbert rachète la gemme à ce dernier pour le compte de la Couronne[16]. Le nouveau diamant pèse 69 carats mais sa taille exceptionnelle renforce sa couleur bleue unique[17]. En 1691, il est estimé à 400 000 livres tournois[18]. Après le « Sancy », le diamant devient le deuxième plus important joyau de la Couronne de France pour les joailliers de l'époque[15], bien qu'il reste le plus gros et le plus rare des diamants du trésor national[16]. En effet, cette gemme est certainement la plus unique de ce fonds, car aucun diamant bleu aussi important et aussi pur ne semble avoir été trouvé depuis[16].

Son unique moulage fut retrouvé en 2008 au muséum national d'histoire naturelle, prouvant de fait sa filiation avec le diamant « Hope »[17]. Ce précieux moulage, ainsi que la réplique de ce diamant perdu sont exposés au muséum national d'Histoire naturelle (jardin des Plantes à Paris)[19] au sein de l'exposition « Trésors de la Terre »[20].

Le « Grand Saphir » de Louis XIVModifier

Ce saphir fut longtemps confondu[21] avec le saphir dit Ruspoli, nom de la famille romaine qui le possédait auparavant. En fait il s'agit de deux saphirs très différents[19]. Le « Grand Saphir » est un saphir bleu transparent, parallélépipédique, que Louis XIV acquit vers 1669[19]. Rien ne prouve qu'il le portait en épingle à cravate[19] comme postulé. C'était le plus beau saphir connu au monde à l'époque, et il devint le troisième plus important joyau de la couronne[16]. Il pèse 27,10 grammes (135,80 carats) et est estimé 40 000 livres en 1691[19]. De récentes analyses spectroscopiques ont montré que la gemme est originaire de Ceylan[22]. Ce saphir unique est actuellement exposé [1] au muséum national d'Histoire naturelle (jardin des Plantes à Paris)[19] au sein de l'exposition « Trésors de la Terre ».

« Une grande chaîne formée de quarante-cinq diamants »Modifier

Décrite dans l'inventaire de 1691, il s'agit d'une chaîne de diamants tous taillés en table, sauf une pointe de 8,5 carats, dont un quart composé de diamants de couleur[15]. Ils étaient sertis dans une série de chatons reliés par des crochets qui portaient quelques-uns des plus beaux diamants de la couronne : le « de Guise », le « Second Mazarin », le « Miroir de Portugal », le « Grand Mazarin »[23], et les « Mazarins » « VIII », « X », « XII », « XIII », « XIV », etc. Ces quarante-cinq diamants de la chaîne étaient évalués à 1 996 000 livres. Ce bijou extraordinaire, perdu lors du vol de l'hôtel du Garde-Meuble de 1792, mais dont certaines pierres furent retrouvées peu de temps après[15], a récemment été reconstitué virtuellement[16].

Le spinelle dit « Côte-de-Bretagne »Modifier

 
« Côte-de-Bretagne ».

Ce spinelle a appartenu à Marguerite de Foix, duchesse de Bretagne, puis à sa fille, Anne de Bretagne, reine de France[15]. C'est la seule pierre d'origine qui subsiste de la liste de François Ier. Elle ne prendra sa forme actuelle que sous Louis XV[15] : la pierre est alors taillée en forme de dragon et montée sur une décoration de l'ordre de la Toison d'Or, en diamants et pierres de couleur[18]. Ce dernier bijou, contenant le « grand diamant bleu de Louis XIV » et le spinelle-dragon, est volé lors du sac de l'hôtel du Garde-Meuble en septembre 1792[15]. Le spinelle sera récupéré par Louis XVIII vers 1796 et versé au fonds reconstitué des joyaux de la Couronne en 1824[15].

Le diamant rose dit « Hortensia »Modifier

 
Le diamant rose dit « Hortensia ».
Article détaillé : Hortensia (diamant).

Ce diamant de couleur pêche (rose orangé) de 21,32 carats acquis par Louis XIV qui le portait à la troisième boutonnière, taillé à cinq pans, d'où son nom originel : « diamant à cinq pans »[16]. D'un facetage rappelant celui du « grand diamant bleu de Louis XIV », mais de facture bien plus simple[16], on ne sait pas quand exactement il fut taillé et acheté par la Couronne, sinon qu'il fut décrit pour la première fois en 1691[16]. Son nom tardif, « Hortensia », est un hommage à la reine de Hollande, Hortense de Beauharnais, qui le porta au début du XIXe siècle[15].

Vol des joyaux de la Couronne (août et septembre 1792)Modifier

Les joyaux ayant la plus grosse valeur marchande contenue dans le trésor de la monarchie française n'ont peut-être pas été volés en septembre 1792 ː

« Le dimanche (5 août) et le lundi (6 août) précédant le (vendredi) 10 août 1792 qui marque la fin de la monarchie, six malles sortent furtivement du Garde-Meuble (National). Elles appartiennent au gendre de Thierry de Ville-d'Avray, Baude de Pont-l'Abbé, et sont acheminées par Azèle, son homme de confiance chez Prévost d'Arlincourt, ex-fermier général (hôtel parisien de la rue Saint-Honoré, no 342) qui, comme la plupart de ses anciens collègues, avait fait passer des fonds en territoire ennemi. »[24],[25].

Marc-Antoine Thierry de Ville-d'Avray, est tué à la prison de l'Abbaye à Paris, le 2 septembre 1792. Jean-Georges-Claude Baude de Pont-l'Abbé émigre et Louis-Adrien Prévost d'Arlincourt est guillotiné le 8 mai 1794 à Paris.

Officiellement, les joyaux de la Couronne sont volés lors du sac de l’hôtel du Garde-Meuble entre les 11 et 16 septembre 1792 malgré la présence de gardes nationaux : leur guérite est à l'opposé de la cour donnant sur la Salle des bijoux, et ils ne font plus de ronde depuis la pose des scellés, après la prise des Tuileries, par le peintre et commissaire de la section des Tuileries, Jean-Bernard Restout (1732-1797). Toutefois, celui-ci réclame des renforts au ministre de l'Intérieur Roland[26], car il estime que le Garde-Meuble de la Couronne est insuffisamment gardé.

La publication et la diffusion de l’inventaire en 1791 par une Première République un peu naïve a certainement fini de convaincre les voleurs d’agir en des temps troublés par la destitution du Roi, les massacres de Septembre et l’invasion par l’est des Austro-Prussiens commandés par le duc Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick et décidés à rétablir la monarchie en France. 9 000 pierres précieuses soit l'équivalent de sept tonnes d'or, ce qui représente un demi-milliard d'euros de bijoux, orfèvrerie et pierreries, sont dérobés pendant cinq nuits par une trentaine de brigands qui, de plus en plus nombreux à chaque « visite », organisent des orgies en faisant venir des femmes légères.

La nuit du 16 septembre à 23 heures, une patrouille de gardes alertée par des bruits suspects repère des voleurs qui, fouillés, ont leurs poches remplies de pierres précieuses. Le ministre de l'Intérieur Roland chargé de l'enquête obtient rapidement la peine capitale pour les voleurs pris sur le fait et les fait passer pour des contre-révolutionnaires. Ces derniers obtiennent le sursis en échange de dénonciations[27]. Les malfrats, avec à leur tête un repris de justice redoutable, Paul Miette, sont essentiellement de petits voleurs relâchés des prisons lors des massacres de Septembre, associés à des rouennais, bande de voleurs professionnels[28]. Douze sont condamnés à mort, cinq sous-fifres sont guillotinés sur le lieu même de leur forfait place de la Révolution[29].

Après deux ans d'enquête, bien que les trois quarts des grandes gemmes royales soient récupérées (dont les diamants Sancy et Régent retrouvés précisément lors du procès de Danton qui est soupçonné d'être impliqué dans ces vols), les plus grands insignes royaux de chevalerie (les joyaux de la Toison d’Or emportés à Londres par les rouennais et Saint-Esprit) ainsi que de nombreux objets majeurs (épée de diamant de Louis XVI, la « chapelle de Richelieu », etc.) disparaissent définitivement[17].

Pour les objets du sacre à Reims, voir Regalia du royaume de France.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Gilbert Guilleminault, La France de la Madelon, Paris, Le Livre de poche, 1966, p. 40.

RéférencesModifier

  1. Jacques Charles, De Versailles à Paris : le destin des collections royales, Centre culturel du Panthéon, , p. 71.
  2. Agnès Callu, La réunion des musées nationaux, 1870-1940, École nationale des chartes, , p. 104.
  3. Jacques Hillairet, Dictionnaire Historique des rues de Paris : Concorde (place de la), t. 1, Paris, les Éditions de Minuit, , 721 p. (ISBN 2 - 7073 - 0092 - 6), p. 376.
  4. Maxime Du Camp, Les Convulsions de Paris, tome deuxième, cinquième édition, p. 155, consultable sur Gallica.
  5. Daniel Alcouffe, « Une catastrophe nationale : la vente des Diamants de la Couronne en 1887 », sur www.latribunedelart.com (consulté le 23 mai 2015).
  6. Source : site du musée de l'École des Mines.
  7. Le Louvre, « Grande broche « agrafe rocaille » de l'impératrice Eugénie », sur cartelfr.louvre.fr (consulté le 23 mai 2015).
  8. Muriel Barbier, « Couronne de l'impératrice Eugénie », sur www.louvre.fr (consulté le 23 mai 2015).
  9. Les amis du Louvre, « Diadème de l'impératrice Eugénie », sur www.amisdulouvre.fr (consulté le 23 mai 2015).
  10. (en) Jeff Miller, « Christie's Negotiates Sale of Empress Eugénie’s Brooch », sur www.diamonds.net (consulté le 23 mai 2015).
  11. (en) Christie's, « The Empress Eugenie brooch, An antique diamond bow brooch, by Kramer », sur www.christies.com (consulté le 23 mai 2015).
  12. [PDF] Le Louvre, « Broche d'épaule de l'impératrice Eugénie », sur www.lelouvre.fr (consulté le 23 mai 2015).
  13. Voir la salle des inventaires virtuelle des Archives nationales https://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/siv/rechercheconsultation/consultation/pog/consultationPogN3.action?nopId=c614wveili3--h3f2htzxn55m&pogId=FRAN_POG_03&search=.
  14. a et b Farges F., « Sur les traces du diamant bleu », Pour la Science, no 398,‎ , p. 54-62.
  15. a, b, c, d, e, f, g, h et i Morel B., Les Joyaux de la Couronne de France. Les Objets du sacre des rois et des reines suivis de l’histoire des joyaux de la couronne de François Ier à nos jours., Anvers-Paris, Fonds Mercator - Albin Michel, , 417 p. (ISBN 978-2226035066).
  16. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Farges F., « Les grands diamants de la Couronne de François I à Louis XVI. », Versalia, no 16,‎ , p. 55-79.
  17. a, b et c Pour la Science, « La poursuite du diamant bleu », no 398, décembre 2010.
  18. a et b Farges F., Sucher S., Horovitz H. et Fourcault J.-M., « Deux découvertes majeures autour du « diamant bleu de la Couronne » », Revue de Gemmologie AFG, no 165,‎ , p. 17-24.
  19. a, b, c, d, e et f F. Farges, N. Benbalagh, « La véritable histoire du « Grand Saphir » de Louis XIV : est-il le « Ruspoli » ? », Revue de Gemmologie AFG, no 185,‎ , p. 61-66.
  20. Exposition Trésors de la Terre.
  21. F. Farges, C. Dubois, « À la recherche du véritable « Ruspoli » », Revue de gemmologie AFG, no 186,‎ , p. 20-30.
  22. G. Panczer, G. Riondet et F. Farges, « Analyses gemmologiques sur site du « Grand Saphir » de Louis XIV. », Revue de Gemmologie AFG,‎ , p. 67-71.
  23. L'extraordinaire diamant Le Grand Mazarin s'envole à Genève
  24. Olivier Blanc, « Enquête sur le vol des diamants de la couronne », L'Histoire, no 75,‎ .
  25. Archives Nationales Police F/7/4661 dos 3 3p DARLINCOURT.
  26. Rapport de Restout concernant sa demande de renforts autour du Garde-Meuble, adressée à Santerre : Archives nationales AN F7-4774-90 V, p. 11.
  27. Franck Ferrand, « 1792, le casse du millénaire » dans Sans l'ombre d'un doute, 4 décembre 2011.
  28. Rapports officiels sur arrestations dans diverses municipalités organisées par le comité de recherches des joyaux : Archives Nationales AN DXXIX, 36, dossier 375.
  29. Agnès Callu, La réunion des musées nationaux, 1870-1940, Librairie Droz, 1994, p. 105.

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • Germain Bapst, Histoire des joyaux de la couronne de France, d'après des documents inédits, Hachette, 1889.
  • Gérard Mabille, Les Diamants de la Couronne, éd. Gallimard, 2001 (ISBN 2070761258), (ISBN 978-2070761258).
  • Agnès Callu, La réunion des musées nationaux, 1870-1940, Genèse et fonctionnement, p. 103-132, École des Chartes, Paris, 1994 (ISBN 2-900791-11-1). Extraits.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier