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Histoire du terme Valaque

L’histoire du terme Valaque commence avec le mot gotique Walh qui dans les langues germaniques signifiait "non-germain". Walh lui-même provient du même substrat lexical que les Volsques, nom ayant servi à désigner dans l'Antiquité des populations différentes, celtiques en Gaule ou italiques dans le Latium[1]. De Walh dérivent Wales, Walcheren, Wallons, Walchen, Welschen ou Walachen en allemand, Vlachs ou Wallachians en anglais, Oláhok ou Vláchok en hongrois, Vlahoi en grec moderne, Iflaklar en turc et aussi, par emprunt lexical dans le Proto-slave aux alentours du VIIe siècle, les mots slaves Wołochy (polonais), Volokhy (russe) ou Vlasi (serbe, bulgare).

La plus ancienne source écrite utilisant le mot Vlachoi (Βλάχοι) est l'historien byzantin Georges Cédrène au milieu du XIe siècle. Auparavant, les byzantins n'avaient pas de mot spécifique pour les citoyens romanophones de l'Empire qui, comme les hellénophones, étaient désignés comme « Romées » (Ῥωμαίοι). Au Moyen Âge le mot Vlachoi prend différentes formes dans les langues occidentales : Velaci ou Valacchi (italien), Valaques (français), Vlachs ou Wallachians (anglais), Velascos (espagnol), tandis que des variantes grecques apparaissent (moshovlahoi, koutsovlahoi, mavrovlahoi ou "morlaques", tsintsaroi...). Selon le philologue Ilie Gherghel, c'est par l'intermédiaire des Varègues que Vlachoi serait passé dans ces langues[2].

Sémantique et synonymesModifier

Dans les langues slaves et en hongrois, des termes semblables désignent les Italiens : Włochy en polonais, Olászok en hongrois ; quant aux termes Wołochy, Volokhy, Vlasi, Oláhok, Vlahoi ou Iflaklar, ils servent à identifier les populations de langues romanes orientales avec lesquelles les Slaves, les Magyars, les Grecs et les Turcs ont été en contact. Mais le fait que les Valaques aient jadis principalement vécu de pastoralisme itinérant, aient été assimilés et soient progressivement devenus minoritaires au sud du Danube au milieu des populations slaves ou grecques, a fait évoluer la portée sémantique du mot dans la plupart des langues. Dans certaines, il est devenu synonyme de berger, ou de nomade, ou encore de chrétien orthodoxe (par opposition à catholique ; dans d'autres cas, le terme s'est transformé en toponyme géographique (Vlahina, Vlašina, Vlasina, Stari Vlah, Vlachoklissoura, Vlaşca, Vlãsia, Vlãhiţa, etc).

Des Valaques à Constantinople ?Modifier

D'après quelques chercheurs, le quartier Blachernae (Blachernes) mentionné au VIe siècle à Constantinople pourrait tirer son nom des Vlachoi réfugiés dans la capitale pour fuir les invasions des Avares et des Slaves[3],[4],[5] mais cette hypothèse est discutée.

Usage actuelModifier

Avant que la Roumanie n'émerge comme État (1859), les Roumains des Principautés danubiennes étaient désignés en français comme Moldo-valaques, en anglais comme Moldo-Wallachians, tandis que ceux d'Autriche-Hongrie étaient désignés comme Valaques (Walachen, Oláhok), ceux de l'Empire russe comme Volokhs (Волохи). Dans un sens non pas historique, mais géographique et actuel, le terme Valaque sert aujourd'hui à désigner les habitants de la Valachie, région méridionale de la Roumanie. En russe, Volokhs (Волохи) a été remplacé au XIXe siècle par Moldaves (Молдавянинъ, Moldavianiny rendu en anglais par Moldavians et en allemand par Moldauer, sens géo-historique) puis, au XXe siècle en Union soviétique et dans la CEI qui lui a succédé, par une nouvelle forme de Moldaves (Молдаване, Moldavane, rendu en anglais par Moldovans et en allemand par Moldawier, sens ethnique)[6].

Langue Forme Sens
Bulgare влах Roumain / Aroumain
Bulgare влах personne originaire de Valachie
Bulgare влах éleveur, berger
Macédonien влав éleveur, berger
Polonais włoch Italien
Polonais wołoch Roumain
Polonais wałach personne originaire de Transylvanie, et, par extension de Hongrie
Vieux russe волохъ personne parlant une langue romane
Russe валах Transylvain / Valaque (par opposition à Молдавань Moldave)
Serbe влах citoyen de la République de Raguse
Croate, Bosniaque, Serbe, Monténégrin влах, vlah Roumain / Aroumain
Croate, Bosniaque, Serbe, Monténégrin влах, vlah personne originaire de Valachie
Serbe (dialecte d'Užice) старовла(х) habitants des anciennes romanies populaires de Stari Vlah et Mala Vlaška
Croate vlah Istro-Roumain
Croate (dialecte de Dubrovnik) vlah personne originaire d'Herzégovine (péjoratif)
Croate (dialectes occidentaux) vlah Italien (péjoratif)
Croate, Bosniaque, Serbe, Monténégrin (médiéval) влах, vlah éleveur, berger nomade
Croate (dialectes d'Istrie) vlah immigrant (péjoratif)
Croate (dialectes de Dalmatie) vlah personne de basse extraction, naïve ou mal dégrossie (péjoratif)
Croate (dialectes insulaires de Dalmatie) vlah personne originaire du continent (péjoratif)
Croate (dialecte occidentaux et septentrionaux) vlah chrétien orthodoxe, habituellement serbe (péjoratif)
Croate (dialectes de Podravina) vlah catholique qui parle le chtokavien (péjoratif)
Bosniaque vlah non-musulman vivant en Bosnie-Herzégovine, habituellement serbe (péjoratif)
Bosniaque vlah catholique (péjoratif)
Slovaque valach personne originaire de Valachie
Slovaque valach personne originaire de la Valaquie morave
Slovaque valach berger
Slovaque valach personne originaire de Transylvanie, et, par extension de Hongrie
Slovaque vlach Italien
Slovène lah Italien (péjoratif)
Dialectes slovènes occidentaux lah Frioulan
Slovène vlah Immigré serbe (péjoratif)
Tchèque valach personne originaire de Valachie
Tchèque valach personne originaire de la Valaquie morave
Tchèque valach berger
Tchèque valach personne originaire de Transylvanie, et, par extension de Hongrie
Tchèque valach paresseux
Tchèque vlach Italien
Ukrainien волох Transylvain / Valaque (depuis le XIXe siècle, par opposition à Молдавань Moldave)

Exonymes et endonymesModifier

Le terme Valaque est à l’origine un exonyme. On utilise en outre, dans la littérature ethnographique et linguistique, les noms d’Aroumains, Aromans, Aromounes ou Zinzares, d’Istriens, Istro-romans, Istro-roumains ou Çiçiens, et de Moglenites, Mégléno-romans, Mégléno-roumains ou Mégléniotes. Les Valaques utilisaient divers termes pour parler d'eux-mêmes : armâni, armãnj, arumâni, çipani, çinçari, grãmuşteni, fãrșeroți, rrãmãni, români, rumâni ou rumâri (endonymes), voire Vlaşi (exonyme adopté par certains groupes). Mais il y a eu, depuis le XXe siècle, des évolutions :

  • la majorité des Aroumains de Grèce utilisent, dans la langue grecque, plus souvent Βλάχοι (Vlachoi: "Valaques") qu’Αρμάνοι (Armanoi : "Aromans" ou Armâni : "Aroumains") : ce sont les partisans de l’appartenance à la "communauté nationale hellénique" (Ελληνική εθνική κοινονία) ; une minorité anti-grecque, pro-roumaine ou protochroniste, se rattache à d’autres identités et se désigne respectivement soit comme des "Roumains hors-frontières", soit comme Makedorromânji ("Macédoroumains", dérivé du surnom donné en Roumanie aux Aroumains) revendiquant descendre directement des Macédoniens antiques latinisés.
  • la minorité romane de Serbie vivant en Timočka Krajina[7], bien qu’elle parle un dialecte du roumain standard, se désigne elle aussi, majoritairement, comme Vlachs. Dans les recensements yougoslaves, les Aroumains de Macédoine et les Roumains de Serbie sont tous deux classés comme Valaques: c’est le Vlaquisme, par opposition au Roumanisme qui lui, s’identifie comme "minorité roumaine hors-Roumanie" ;
  • les Mégléno-Roumains sont le seul groupe qui utilisait exclusivement le terme Valaque (Vlaşi) pour s'auto-désigner : chez eux, la fin de l'usage d'un nom dérivé de Romanus est arrivée dès le début du XIXe siècle, avec l'islamisation et l'intégration progressive à l'ensemble Turc;

Notes et référencesModifier

  1. R. Rohlfs in : Dictionnaire étymologique P.U.F., Paris, 1950
  2. Ilie Gherghel, (ro) Câteva consideraţiuni la cuprinsul noţiunii cuvântului "Vlah"., Convorbiri Literare, Bucarest 1920.
  3. Eugen Lozovan, Dacia sacra, Ed. Saeculum, Bucuresti, 2015, p.93
  4. G. Popa Lisseanu, Continuitatea românilor în Dacia, Editura Vestala, Bucuresti, 2014, p.78
  5. Ilie Gherghel, Câteva considerațiuni la cuprinsul noțiunii cuvântului "Vlach", București: Convorbiri Literare, 1920, p. 4-8
  6. Gheorghe Negru, La politique ethnolinguistique en Moldavie, éd. Prut Internațional, Chișinău 2000, (ISBN 9975-69-100-5).
  7. mais pas ceux du Banat, voir Voïvodine
  8. Comme Ion Luca Caragiale l'a déjà relevé et brocardé au XIXe siècle, les snobs roumains actuels trouvent ringard d'utiliser les formes roumaines des mots, comme Vlah ou centru comercial et leur préfèrent des formes étrangères comme Valah ou mall

Voir aussiModifier

Liens internesModifier

Liens externesModifier

BibliographieModifier

  • (ro) Steriu T. Hagigogu, Romanus şi valachus sau Ce este romanus, roman, român, aromân, valah şi vlah, Bucarest, 1939
  • (en) Victor A. Friedman, La minorité Vlah en Macédoine in Selected Papers in Slavic, Balkan and Balkan Studies, Université de Helsinki, Helsinki, 2001, p.26-50 [lire en ligne]
  • (en) Yaron Matras, Romani in Contact: The History, Structure and Sociology of a Language, John Benjamins, Philadelphia, 1995.
  • (en) Danijela Gavrilović , Elements of ethnic identification of the Serbs, in Philosophy, Sociology and Psychology Vol. 2, N°10, Faculty of Philosophy, Niš, 2003, pp. 717 - 730. [lire en ligne]