Henri d'Eu

comte d'Eu

Henri d’Eu (vers 1075 – , abbaye d'Eu), fut comte d'Eu dans le duché de Normandie et lord d'Hastings dans le royaume d'Angleterre.

Henri d'Eu
Henry I d'Eu.png
Titre de noblesse
Comte d'Eu
-
Prédécesseur
Successeur
Biographie
Naissance
Vers Voir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Sépulture
Activité
Père
Mère
Béatrice de Builly (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Margaret de Blois, Dame de Sully (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfant

BiographieModifier

Henri d’Eu appartient aux Richardides, famille descendant du duc de Normandie Richard Ier. Son père Guillaume II meurt en 1096. Il s'était révolté contre le roi d'Angleterre Guillaume le Roux. Défait, il doit subir un duel judiciaire qu'il perd face à Geoffroi Baynard. En conséquence, le roi le condamne à l'aveuglement et à l'émasculation. Il ne survit que peu de temps à ses blessures[1].

Étant son fils aîné, Henri d’Eu lui succède comme comte d'Eu et lord du rape d'Hastings. En 1101, il semble soutenir le duc de Normandie Robert Courteheuse contre son frère Henri Beauclerc qui vient de ravir le trône anglais. En effet, Robert est parti du Tréport, domaine du comté d'Eu, pour envahir l'Angleterre[2]. Orderic Vital rapporte qu'en 1104 en Normandie, Henri se soumet au roi anglais[3] et qu'il fait partie de ses points d'appui dans le duché[4]. Il combat pour ce dernier, le à la bataille de Tinchebray, où le duc est fait prisonnier.

Par la suite, il épouse la cause de Guillaume Cliton, le fils du duc Robert et de la coalition composée des comtes Baudouin VII de Flandre et Foulque V d'Anjou, et du roi Louis VI le Gros. Vers 1117, le roi Henri Ier d'Angleterre le fait arrêter à Rouen avec Hugues de Gournay[5]. Il ne les fait libérer que sur l'insistance de Guillaume (II) de Warenne, et sur la promesse de leur bon comportement[5]. Pourtant cela n'empêche pas les deux hommes, accompagnés d'Étienne d'Aumale, de devenir les meneurs de la rébellion dans le nord-est du duché[5] et de soutenir militairement le comte Baudouin de Flandre[5]. La rébellion dans cette partie du territoire s'arrête en , quand le comte Baudouin est gravement blessé[5]. Henri d'Eu revient alors aux côtés du roi Henri Ier[6]. Le comte Baudouin meurt en , et son cousin et successeur Charles le Bon choisit de rester en paix avec son voisin[5].

Quelques mois plus tard, le , Henri est l'un des nombreux barons qui accompagnent Henri Ier lorsqu'une rencontre fortuite des armées royales normandes et françaises donne lieu à la bataille de Brémule[7]. Les Français sont balayés, et Louis VI doit s'enfuir et se réfugier dans la forteresse des Andelys. Le mois suivant, il prend part[réf. nécessaire] à la défense de la ville de Breteuil, qui est attaquée par le roi français et son allié Amaury III de Montfort[7]. Encore une fois, les Français doivent s'enfuir[7].

En 1124, Guillaume de Grandcourt, l'un de ses fils cadets, participe à l'embuscade de Bourgthéroulde comme chevalier de la maison royale. Il capture Amaury III de Montfort, le comte d'Évreux, mais choisit de déserter plutôt que de le remettre à Henri Ier[8]. D'après Orderic Vital, en 1127 le comte soutient de nouveau ouvertement Guillaume Cliton[3].

Il se remarie en troisièmes noces avec Marguerite de Sully, petite-fille d’Étienne II de Blois et Adèle d'Angleterre, la fille de Guillaume le Conquérant. Étienne, son oncle par alliance, devient roi d'Angleterre en 1135.

En Angleterre, les moines de Fécamp doivent veiller sur leurs intérêts. Vers 1130-1131, ils se disputent avec le comte d’Eu au sujet de droits de péage perçus à Winchelsea[9],[10]. L’accord se fait dans la cour du roi, mais au prix fort : le roi obtient une somme considérable pour son intervention aussi bien que sa part des péages.[réf. nécessaire]

Il réside pendant longtemps au château d'Eu[11], et fait des dons en faveur d'établissements monastiques en Normandie (abbaye du Tréport)[12]. Il est plus que probable que le château d'Hastings est négligé, et tombe en ruine pendant la dernière moitié du XIIe siècle ou le commencement du XIIIe du fait de la préférence d'Henri pour ses autres châteaux[11].

La ville du Tréport doit au comte Henri l'accroissement de sa population et un commencement de prospérité, notamment en faisant bâtir un quai pour le port, avec des entrepôts[13]. Le cours de la Bresle, qui baigne alors le pied des huttes du village de Mers, aux confins de la Picardie, est par lui détourné et dirigé le long du Tréport vers l'occident[14]. La ville d'Eu lui serait redevable de ses premiers privilèges, que le comte Jean d'Eu, fils d'Henri, augmente notablement par une charte datée de 1151, qui reprend les mêmes coutumes que la ville de Saint-Quentin (Aisne) [15]. Henri donne, vers 1106, sa seigneurie de Hooe (Sussex de l'Est) à l’abbaye Notre-Dame du Bec[16]. Henri échange les chanoines réguliers de l’église Notre-Dame d’Eu pour des séculiers en 1130[17].

Il fonde l'abbaye savignienne de Foucarmont en 1129[18]-1130[19], avec des moines vennant de l'abbaye de Savigny. Elle est implantée au Fond Théodoric ou Théodore (aujourd'hui appelé La fontaine Saint Martin), un petit vallon au fond duquel coule la rivière l’Yères, et du gros bourg de Foucarmont. L'abbaye devient cistercienne après l'affiliation de la congrégation de Savigny à cet ordre. Outre les donations du fondateur l’abbaye est attributaire de nombreux dons provenant des seigneurs des environs. Notre-Dame et Saint-Jean-Baptiste est le lieu de sépulture des comtes d'Eu jusqu'au milieu du XIVe siècle.[réf. nécessaire]

Henri d'Eu embrasse lui-même la vie religieuse en devenant chanoine augustinien de l'abbaye Notre-Dame d'Eu[20]. Sa mort est marquée au 12 juillet dans la nécrologie de l'abbaye de Foucarmont, où il est enterré.

Mariages et descendanceModifier

Henri épouse en premières noces Mathilde ou Maud ou bien Mahaut, morte en 1107 ou 1109, puis en secondes noces Hermentrude. Il se remarie en troisièmes noces avec Marguerite de Sully, fille de Guillaume de Blois et d'Agnès de Sully, petite-fille d’Étienne II de Blois et d'Adèle d'Angleterre, la fille de Guillaume le Conquérant. Étienne (1097-1154), son oncle, devient roi d'Angleterre en 1135. Le comte Henri laisse :

  • Jean († 1170), qui succède à son père ;
  • Étienne ;
  • Guillaume de Grandcourt, qui combat à Bourgthéroulde en 1124 ;

Guillaume de Jumièges ne donne au comte Henri qu'une fille, et trois fils, sans les nommer.

Notes et référencesModifier

RéférencesModifier

  1. Orderic Vital explique que Guillaume fut provoqué en duel judiciaire par son beau-frère même Hugues d'Avranches. Ce dernier l'accusait de faire étalage de ses relations extra-maritales et/ou d'avoir utilisé sa sœur dans sa révolte. David Crouch, The Normans. The History of a dynasty, Continuum International Publishing Group, 2006, p. 149 ; C. P. Lewis, « Avranches, Hugh d', first earl of Chester (d. 1101) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.
  2. Judith A. Green, « Robert Curthose reassessed », Christopher Harper-Bill, Anglo-Norman Studies XXII : Proceedings of the Battle Conference, Boydell & Brewer, 2000, p. 112
  3. a et b Judith A. Green, The Government of England Under Henry I, Cambridge University Press, 1989, p. 114.
  4. Daniel Power, The Norman Frontier in the Twelfth and Early Thirteenth Centuries, Cambridge University Press, 2004, p. 370.
  5. a b c d e et f C. Warren Hollister, Henry I, édité et complété par Amanda Clark Frost, Yale University Press, 2001, p. 244-251. (ISBN 9780300098297).
  6. Hollister, Henry I, op. cit., p. 257.
  7. a b et c Hollister, Henry I, op. cit., p. 264-266.
  8. Marjorie Chibnall, « Mercenaries and the Familia Regis under Henry I », Anglo-Norman warfare: studies in late Anglo-Saxon and Anglo-Norman military organization and warfare, éditeur : Matthew Strickland, Boydell & Brewer, 1992, p. 120.
  9. W. Farrer, « An Outline Itinerary of King Henry the First (Continued) », The English Historical Review, vol. 34, no 136 (1919), p. 558.
  10. Frederick William Brooks, The English naval forces, 1199-1272, H. Pordoes, 1962, p. 85.
  11. a et b Selon William Durrant Cooper, « Hasting rape, Castle and Town », dans Sussex archeologicil collections illustrating the history and antiquities of the county, vol. 2, Londres : Sussex archeological society, 1849, p. 166 : « The fifth, sixth and seventh Earls of Eu resided for a long time at their Chateau d'Eu and founded many monastic establishments in Normandy and it is most probable that Hastings Castle was neglected and fell into decay during the latter half of the twelfth century or the commencement of the thirteenth ».
  12. David Crouch, The image of aristocracy in Britain, 1000-1300, 1992p. 312.
  13. Abbé Albert Legris, Le Livre rouge d'Eu, 1151-1454: avec introduction, notes et table, Rouen : Lestringant, 1911, p. xxvii.
  14. Dany LaurentLe Livre rouge d'Eu, 1151-1454: avec introduction, notes et table, Le Tréport et ses gens de mer aux XVIIe et XVIIIe siècles : étude d'histoire démographique et sociale d'un port normand (aspects généraux), Le Tréport, 2007, p. 15.
  15. François Neveux, « Le problème des communes dans les villes épiscopales de Basse-Normandie (XIIe – XVe siècles) », dans Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, 1985, vol. 16, p. 218, et note 5, d'après : Suzanne Deck, Une commune normande au Moyen Âge. La ville d'Eu. Son histoire, ses institutions (1141-1475), Paris : Champion, 1924.
  16. Marjorie (McCallum Morgan) Chibnall, The English lands of the Abbey of Bec, Oxford, 1946 (rééd. 1968) p. 143 d'après la charte originale : Kings College de Cambridge, Dd 35 (Carta de manerio de Hou).
  17. David Crouch, The image of aristocracy in Britain, 1000-1300, 1992, p. 312, d'après B.n.F., Paris, Ms. Lat. 13904 (Cartulaire des contes d'Eu), fol. 34r-36r.
  18. Véronique Gazeau, Normannia monastica: Princes normands et abbés bénédictins (Xe – XIIe siècle), Publications du CRAHM, 2007, p. 303.
  19. Lindy Grant, « The Architecture of the Early Savigniacs and Cistercians in Normandy », Anglo-Norman Studies X: Proceedings of the Battle Conference 1987, éditeur : R. Allen Brown, Boydell & Brewer, 1988, p. 132.
  20. David Crouch, The Reign of King Stephen, 1135-1154, Harlow ; New York : Longman, 2000, p. 312.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier