Château d'Eu

château français

Le château d'Eu est une demeure, du XVIe siècle, construit à l'emplacement d'un château fort du Xe siècle, qui se dresse sur la commune française d'Eu dans le nord du département de la Seine-Maritime, en région Normandie. Il abrite à la fois les services de la mairie et le musée Louis-Philippe, labellisé « musée de France ».

Château d'Eu
Image dans Infobox.
La façade ouest du château, donnant sur les jardins
Présentation
Type
Fondation
XVIe siècle-XIXe siècleVoir et modifier les données sur Wikidata
Architectes
Commanditaire
Usage
Patrimonialité
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Localisation
Adresse
Coordonnées

Le château fait l’objet d’une protection partielle au titre des monuments historiques[1].

LocalisationModifier

Le château d'Eu est situé au nord-ouest du bourg, dans le département français de la Seine-Maritime.

Au Moyen Âge, le château primitif était un des éléments essentiels pour la défense du duché de Normandie sur sa frontière nord, face au comté de Flandre[2].

HistoriqueModifier

Château médiévalModifier

Le château d'Eu (castrum Auga) est cité dès 925 dans les annales du clerc rémois Flodoard[3]. À cette date Rollon, aurait pourvu la forteresse de mille soldats normands[4].

Vers 1050, Guillaume Busac, comte d'Eu, un cousin du duc de Normandie, Guillaume le Bâtard, tente de se révolter contre l'autorité du duc qui vint assiéger la place jusqu'à la reddition de la garnison[2]. En 1050 ou 1051, c'est dans cette forteresse, que le duc Guillaume de Normandie aurait épousé Mathilde, une cousine éloignée, fille du puissant comte de Flandres, Baudouin, et petite-fille de Geoffroy, duc de Bretagne et d'Adenige, sœur de Richard II, duc de Normandie[5].

En décembre 1430, Jeanne d'Arc, prisonnière des Anglais, séjourne dans la prison du château.

En 1475, Louis XI ayant appris que le comte d'Eu avait promis de livrer son château à Édouard IV, roi d'Angleterre, ordonne la destruction complète de la place[6].

Cinq ans après, en 1480, un modeste manoir est élevé sur les ruines du vieux castel. Un siècle entier s'écoulera avant la construction d'un vaste et somptueux château.

Château moderneModifier

Le bâtiment actuel fut commencé entre 1581 et 1583 après le mariage d'Henri de Guise, duc de Guise dit le Balafré avec Catherine de Clèves, comtesse d'Eu, puis terminé en 1665 après que Anne-Marie-Louise d'Orléans dite la Grande Mademoiselle, cousine germaine du roi Louis XIV, en eut pris possession le .

Il se compose d'un corps de logis prolongé à chacune de ses extrémités, par deux pavillons. La partie centrale est presque rectiligne, les pavillons des extrémités étant en retrait côté cour et en saillie côté parc. L'ensemble est édifié en brique et pierre et couvert de combles en ardoise.

En 1693, le domaine d'Eu devient la propriété de Louis Auguste de Bourbon, duc du Maine (1670 † 1736), avec lequel il entre dans la descendance du roi Louis XIV et de la marquise de Montespan.

Il passe, après lui, à son fils, autre Louis Auguste de Bourbon, comte d'Eu (1700 † 1755), puis au frère de celui-ci, Louis Charles de Bourbon, également comte d'Eu (1701 † 1775), lesquels, morts sans descendance, laissent pour héritier leur cousin-germain, Louis Jean Marie de Bourbon, duc de Penthièvre.

À la Révolution, le duc de Penthièvre quitte le château d'Eu pour se retirer près de Vernon, au château de Bizy, où il meurt le . Il laisse une fille unique, Marie-Adélaïde de Bourbon, duchesse d'Orléans, qui doit s'exiler en 1797.

Le château d'Eu est alors séquestré. Au début du Premier Empire, il est affecté à la sénatorerie de Rouen et habité un temps par le titulaire de celle-ci, Antoine Guillaume Rampon. À cette époque est démolie l'aile en retour donnant au nord, sur la Bresle, qui abritait un grand escalier, une galerie, une salle des gardes et une cuisine[7].

En 1811, le château est intégré au domaine de la couronne impériale. L'architecte Pierre Fontaine y dirige alors quelques travaux pour Napoléon[8].

À la première Restauration, en 1814, ses domaines sont restitués à la duchesse d'Orléans, qui ne vient à Eu qu'en 1818. Elle meurt en 1821 et a pour successeur à Eu son fils, Louis-Philippe d'Orléans.

Celui-ci s'intéresse au château qu'il fait restaurer aussi par l'architecte Pierre Fontaine[9].

Lorsque Louis-Philippe devient, en 1830, le Roi des Français, le château d'Eu devient l'une de ses résidences royales.

Pendant son règne, jusqu'en 1848, il y reçoit à deux reprises la reine Victoria d'Angleterre en 1843 et 1845, initiant ainsi l'Entente cordiale entre la France et le Royaume-Uni.

Après la Révolution de 1848, la Maison d'Orléans doit s'exiler et se retire outre-Manche, jusqu'en 1871.

Rentré alors en France, Philippe d'Orléans, comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe, reprend possession de son château d'Eu, où il fait faire d'importants travaux, dirigés, à partir de 1872, par l'architecte Eugène Viollet le Duc, jusqu'à à la mort de ce dernier, en 1879[10], puis par ses élèves[11].

En 1886, une nouvelle loi d'exil oblige le comte de Paris à quitter à nouveau la France, jusqu'à sa mort, en 1894.

Après celle-ci, son fils, Philippe, duc d'Orléans, vend le château d'Eu au cousin-germain de son père, Gaston d'Orléans, à qui son aïeul, Louis-Philippe, avait attribué le titre de comte d'Eu.

Le château d'Eu devient alors l'habitation des prétendants au trône impérial du Brésil, Gaston d'Orléans, jusqu'à sa mort en 1922, et son épouse, Isabelle de Bragance, héritière du trône impérial du Brésil, puis leur fils Pierre d'Alcantara d'Orléans Bragance, mort en 1940, et sa famille.

En novembre 1902, la plus grande partie du corps de logis central et l'aile sud du château d'Eu subissent un incendie, qui n'en laisse que les murs. L'aile nord est épargnée.

L'édifice est ensuite restauré, à l'exception d'une partie des décors intérieurs.

À cette époque, la famille d'Orléans conserve aussi la forêt d'Eu, d'une superficie de 9 300 hectares. En 1913, cet important domaine lui est acheté par l'État (pour 9/10) et par le département de la Seine-Inférieure (pour 1/10)[12].

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands occupent le château.

En 1954, la famille d'Orléans Bragance vend le château, dont, après de multiples péripéties, la ville d’Eu se porte acquéreur en 1964.

En 1973, la municipalité y installe la mairie, dans la partie sud, alors que le musée Louis-Philippe est créé dans la partie nord. Celui-ci conserve, notamment, de nombreux souvenirs de la maison d'Orléans.

À l'intérieur du château, on remarque en particulier la Galerie des Guise, au décor entièrement reconstitué au début du XXIe siècle pour servir d'écrin à une exceptionnelle collection de 46 portraits représentant des personnages liés à l'histoire du château. La restauration de cette galerie a été inaugurée en 2014.

Une partie de l'ancien domaine du château reste privée et s'est transmise aux héritiers d'Isabelle d'Orléans-Bragance, comtesse de Paris, née à Eu en 1911, ses fils Michel et Jacques d'Orléans, ainsi qu'un de ses petits-fils, Robert d'Orléans, fils du défunt prince Thibault († 1983).

Souvenir de la table royale

Un service de déjeuner en porcelaine dure de Sèvres (vers 1844) comprenant un grand plateau ovale à décor de vues du château et de son parc, et les autres pièces ornées de portraits peints « en camée » de membres la famille d'Orléans a été présenté lors de l'exposition intitulée Napoléon Ier et Sèvres - L'art de la porcelaine au service de l'Empire (200 pièces) à la galerie Aveline à Paris en septembre - [13].

DescriptionModifier

Côté SudModifier

 
Carlo Marochetti, Monument au duc d'Orléans, château d'Eu.
  • Monument à Ferdinand-Philippe, prince royal (fils aîné du roi Louis-Philippe) et duc d'Orléans, par Carlo Marochetti, érigé devant la grille de la cour. Une réplique du monument est installée sur la place du duc d'Orléans à Neuilly-sur-Seine (elle se trouvait à l'origine à Alger).

Côté NordModifier

 
Le talus de la rue des Fontaines.

Au Nord, l'édifice, la cour et le jardin surplombent la rue des Fontaines ; au sommet d'un talus assez raide, court un mur de brique.

ProtectionsModifier

Sont inscrits par arrêté du [1] :
à l'Est :

  • les façades et toitures de l'aile des logements ;
  • les grandes écuries, les remises et la sellerie ;
  • les façades et toitures du bâtiment dit ancienne maison Gilliot ou pavillon des Ministres avec son passage et de ses écuries et remise ;
  • l'aile sur la Bresle dite aile des Ministres ;
  • les façades et toitures du fourneau économique, du logement de l'instituteur et de l'école ;
  • la fontaine accolée au flanc sud de la collégiale Saint-Laurent

au Nord :

  • le pavillon des Fontaines

au Sud :

  • la table des Guise ;
  • la glacière ;
  • le pont enjambant la route du Tréport.

ainsi que :

  • les façades et toitures des trois bâtiments de la ferme modèle ;
  • les façades et toitures des grandes écuries ouest du pavillon de Joinville.

Sont classés par arrêté du [1] :

  • le château, y compris les parties souterraines ;
  • la cour d'honneur avec sol, clôture, statues, saut-de-loup et balustrade ;
  • le jardin à la française avec murs de soutènement ;
  • les dépendances au nord du château : roue motrice ;
  • l'éolienne ;
  • les façades et toitures de l'usine à gaz et de l'émissaire des sources ;
  • les dépendances dans le parc : façades et toitures du pavillon Montpensier et de la maison des portiers ;
  • les façades et toitures de la maison du jardinier ainsi que le portail d'entrée et les murs de clôture ;
  • les façades et toitures du pavillon de Joinville, des grandes et petites écuries, du four à pain et du poulailler.

Site naturelModifier

Lieu de tournageModifier

En 2015, une équipe de l'émission Secrets d'Histoire a tourné plusieurs séquences au château dans le cadre d'un numéro consacré à Anne-Marie-Louise d'Orléans, intitulé La Grande Mademoiselle : une rebelle sous Louis XIV et diffusé le sur France 2[16].

D'autres séquences furent tournées également en septembre 2018 dans le cadre d'un numéro consacré à l'empereur Pedro II, intitulé Pedro II, le dernier empereur du Brésil. L'émission fut diffusée le 8 août 2019 sur France 2[17].

Notes et référencesModifier

  1. a b et c « Ancien domaine royal », notice no PA00100651, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. a et b Stéphane William Gondoin, « Les châteaux forts au temps de Guillaume le Conquérant », Patrimoine normand, no 94,‎ juillet-août-septembre 2015, p. 41 (ISSN 1271-6006).
  3. William Gondoin, p. 36.
  4. Bernard Beck, Châteaux forts de Normandie, Rennes, Ouest-France, , 158 p. (ISBN 2-85882-479-7), p. 17.
  5. André Davy, Les barons du Cotentin, Condé-sur-Noireau, Éditions Eurocibles, coll. « Inédits et introuvables du patrimoine Normand », , 319 p. (ISBN 978-2-91454-196-1), p. 91.
  6. Abbé J.-J. Bourasse, Les Châteaux Historiques de France, Tours, Alfred Mame et Fils, , p. 390.
  7. J. Vatout, Histoire et description du château d'Eu, Paris, Firmin-Didot & Gosselin, , 430 p., p. 385-386.
  8. Vatout 1839, p. 386-387.
  9. Vatout 1839, p. 388-392.
  10. Abbé Albert Tougard, La Normandie monumentale et pittoresque, Seine-Inférieure, Le Havre, Lemale et Cie, imprimeurs, éditeurs, (lire en ligne), p. 345-348.
  11. Alban Duparc, Histoire d'une restauration, Viollet le Duc et le château d'Eu, Eu, Musée Louis-Philippe, , 54 p., p. 14.
  12. « H. Decencière Ferrandière, Origine des forêts domaniales, in Revue Forestière Française, avril 1960, p. 240. »
  13. Éléments du service reproduits en couleur dans La Gazette Drouot no 31 du , p. 148.
  14. « L'ancien domaine royal d'Eu », sur Carmen - L'application cartographique au service des données environnementales (consulté le )
  15. « Le parc du château d'Eu », sur Carmen - L'application cartographique au service des données environnementales (consulté le )
  16. « Secrets d'histoire ce mardi : La Grande Mademoiselle, une rebelle sous Louis XIV », sur Blogtvnews, (consulté le )
  17. « Une émission diffusée jeudi 8 août sur France 2 : Des scènes de Secrets d'histoire tournées au Château d'Eu », sur actu.fr (consulté le )

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • Jean Vatout, Histoire et description du château d'Eu, 1839, Paris, Firmin-Didot & Gosselin ; rééd. éditions La Vague verte, Woignarue, en 2002 , 430 p.
  • Alban Duparc, Histoire d’une restauration, Viollet-le-Duc et le château d’Eu, 2014, Abbeville : Leclerc Imprimerie, 54 p. ;
  • Alexia Brossaus, Voyage en terre littéraire, Plongée dans les collections de la bibliothèque du château d’Eu 2014, Alençon, Bemo Graphic ;
  • Alban Duparc, Donation Albert Court, 2013, Abbeville : Leclerc Imprimerie ;
  • François Terrade, Visite de la Reine Victoria au Roi Louis-Philippe au château d'Eu, 2013, Eu : Association des Amis du Musée Louis-Philippe ;
  • Xavier Dufestel, Les villages de Liberté d'Isabelle, 1999, Eu, Bulletin des Amis du Vieil Eu.
  • Louis-Philippe à Eu - Un Château privé royal, 2016, Paris, éditions Paul Bert Serpette, 135 p. (ISBN 978 2 7590 2675 3)

Articles connexesModifier

Liens externesModifier