Henri Rolin

politicien belge
Henri Rolin
Fonctions
Président de l'Institut de droit international
à partir de
Président de l'Institut de droit international
à partir de
Représentant à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (d)
Belgique
-
Président du Sénat belge
-
Ministre de la Justice
13 -
Adolphe Van Glabbeke (d)
Ministre de la Défense
-
Président de la Cour européenne des droits de l'homme
Juge à la Cour européenne des droits de l'homme
Sénateur belge
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 81 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Henri Marthe Sylvie Rolin
Nationalité
Formation
Athénée de Gand, Université de Gand
Activité
Homme politique, avocat, professeur, sénateur, ministre d'Etat, diplomate, juge
Famille
Famille Rollin (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Père
Albéric Rolin
Mère
Sylvie Borreman
Fratrie
Marguerite Rolin , Germaine Rolin , Hippolyte-Charles Rolin, Louis Rolin, Albéric Rolin, Gustave Rolin et Lucie Rolin
Conjoint
Thérèse Lambiotte
Enfant
Claude Rolin, Gabrielle Rolin, Cécile Rolin, Luce Rolin, Sylvie Rolin
Autres informations
A travaillé pour
Parti politique
POB
Membre de
l'Institut de Droit International et du Centre de droit international

Henri Marthe Sylvie Rolin (Gand, - Paris, ), dit Henri-Albéric Rolin pour éviter la confusion avec Henri Eugène Auguste Marie Rolin, son homonyme plus âgé, est originaire d'une famille de bourgeois et juristes gantois. Il fut avocat, sénateur, ministre d'État, juge de la Cour Européenne des droits de l'Homme, diplomate et professeur à l'Université Libre de Bruxelles.

Il est également le frère de Hippolyte, Louis et Gustave Rolin, martyrs de la Première Guerre mondiale, en l'hommage desquels fut érigée la caserne Rolin à Etterbeek (Bruxelles).

Famille RolinModifier

La famille actuelle des Rolin de Belgique descend de Louis Rolin, "le bâtard d'Aymeries", fils de Nicolas Rolin (1376-1462), Chancelier des Ducs de Bourgogne[1].

Le grand-père de Henri Rolin est Hippolyte Rolin, un avocat. Il a notamment défendu les orangistes devant la Cour d'assises de Bruxelles. Il eut également une carrière politique: conseiller communal, échevin, président de l'Association libérale de Gand puis ministre des Travaux publics de 1848-1850. Il épousa la fille de Jean-Baptiste Hellebaut, professeur et avocat réputé. Le couple aura 18 enfants.

Son père, Albéric Rolin, est docteur en droit, il fut avocat et bâtonnier au barreau de Gand. Il enseigna également à l'Université de Gand. Il fut membre et président de l'Institut de droit international. Il publia plusieurs ouvrages sur le droit international et le droit moderne et la guerre.

Son oncle, Gustave Rolin Jaequemyns (1835-1902), a créé l'Institut de droit international et la revue de droit international et de législation comparée. Il était également membre de la Chambre des représentants.

Son cousin, Edouard Rolin Jaequemyns (fils de Gustave Rolin Jaequemyns), fut ministre de l'Intérieur, membre de la Cour permanente de Justice international et aussi président de l'Institut de droit international.

Sa mère, Sylvie Borreman (08/10/1853-29/12/1937), était une femme de caractère qui consacra sa vie à l'éducation de ses enfants. Elle leur inculqua notamment des valeurs comme la solidarité familiale et le sens du devoir. Ils reçurent une éducation chrétienne tout en appartenant à un milieu libéral, ce qui est rare à cette époque. C'est une famille bourgeoise gantoise.

Henri est le sixième d'une famille nombreuse de huit enfants. Ses frères et sœurs sont: Marguerite Rolin (1882-1968), Germaine Rolin (1883-1965), Hippolyte-Charles Rolin (1885-1914), Louis Rolin (1886-1915), Albéric Rolin (1888-1954), Gustave-Marc Rolin (1892-1918) et Lucie Rolin (1894-1921).

Première Guerre mondialeModifier

Trois des cinq frères vont mourir au combat : Hippolyte Rolin, lieutenant, décédé dès les premiers jours de combat. Louis, soldat, mort en 1915 et Gustave, capitaine, grièvement blessé à la colonne vertébrale, il sera presque complètement paralysé. Henri qui appartient à la même unité que son frère depuis le début de l’année, va veiller sur lui mais son état s’aggrave et il meurt le 22 mai 1918.

Dans une lettre à ses parents, il dira qu’il est évidemment atrocement malheureux et inconsolable avant de s’adresser directement à sa mère en disant « tu ne peux t’imaginer comme je l’ai aimé et admiré vraiment, vraiment autant que vous et autant que si j’avais été son père et sa mère ».

Le 10 novembre 1918, l’armée belge atteint l’Escaut, le lendemain une troisième offensive est prévue. À ce moment, Henri reçoit un approvisionnement d’obus toxique, son sang ne fait qu’un tour, il se rend chez son commandant, cet ordre est inexécutable pour lui, pour son supérieur, un ordre est un ordre, il doit être exécuté. Rolin exigera un ordre écrit du général qui en prendrait la responsabilité sans quoi il reste sur sa position et refuse d’exécuter le tir. Le lendemain 11 novembre, l’armistice est annoncé, ce qui rend le débat sans objet.

Henri, bien qu'il eût été blessé à trois reprises, termina commandant du 18e d’artillerie. On dit de lui qu’il se distingue par d’exceptionnelles « qualités d’intelligence et de courage » et est présenté comme un modèle de patriotisme. Il perd la foi mais reste marqué de spiritualité. La mort de ses frères, il l’estime arbitraire par rapport à sa survie.

Des hommages leur sont rendus, notamment avec la caserne d'artillerie Rolin (à Etterbeek) qui fut détruite en 1993. Après la Seconde Guerre mondiale, une promotion de l'école militaire portera le nom Rolin.

Dans une lettre adressée à sa sœur ainée Germaine, il lui dira combien il est fier du sang que ses parents lui ont donné. Il dira aussi être surpris et heureux par le coudoiement quotidien des gens que cette guerre a fait naître, malgré leur classe différente.

MariageModifier

Le 19 mai 1925, il épousa Thérèse Lambiotte. Elle est la fille de Georges Lambiotte qui est, avec ses frères Ludolphe et Auguste, l'un des fondateurs et directeur de l'usine de carbonisation de Prémery (Nièvre). Les Lambiotte possèdent plusieurs usines de carbonisation créées par leur père (grand-père de Thérèse) qu'ils dirigent en famille. Paul Hymans fut son témoin de mariage. Ils eurent cinq filles: Claude Rolin, Gabrielle Rolin, Cécile Rolin, Luce Rolin et Sylvie Rolin.

Études et professionModifier

Henri Rolin fait ses études à l'athénée de Gand puis à l'Université de Gand. Il obtient son doctorat en droit (ce qui correspond aujourd'hui à un master) le 20 octobre 1919. Son mémoire fut consacré à l'idée du droit dans le Contrat social de Jean-Jacques Rousseau. À noter que l'Université de Gand est francophone lorsque Rolin y étudie, elle ne deviendra flamande que plus tard.

En 1918, après la guerre et avant l'obtention de son diplôme, il accompagna Paul Hymans à la conférence de Versailles. Il participa aux travaux de la commission en vue de la signature du Pacte de la société des Nations. Un point important pour lui était la définition des règles de fonctionnement de la SDN. Il veut qu'elle demeure un instrument efficace, capable d'instaurer la paix. Encouragé par Paul Hymans, il fonde l'Union belge pour la défense de la société des nations.

De 1925 à 1926, il fut chef de cabinet du ministre des affaires étrangères, Emile Vandervelde (socialiste). Libéral progressiste au départ, il devient socialiste, un peu parce qu’on le sollicite mais aussi par fidélité à soi-même plutôt qu’à une organisation qui s’éloigne de ses conceptions politiques. Socialiste très modéré au départ, il se retrouvera à la fin de sa vie, mêlé à des causes très radicales défendues surtout par les jeunes.

De 1932 à 1968, il sera sénateur coopté du Parti Ouvrier Belge (POB) et, plus tard, pour le Parti Socialiste Belge (PSB). Le 22 avril 1939, il devient membre de la cour permanente d’arbitrage. Menacé d’arrestation par les Allemands, il s’envola pour Londres en juillet 1941, afin de rejoindre le gouvernement en place qui le nommera sous-secrétaire d’État à la défense nationale jusqu’en 1942. Plus tard, il aidera aux affaires civiles qui préparaient le retour des armées alliées et du gouvernement en Belgique.

En juin 1945, il est délégué à la conférence des Nations-Unies. Il sera également brièvement ministre de la Justice en mars 1946 dans un gouvernement socialiste éphémère. De 1946 à 1957, il sera, à plusieurs reprises, membre de la délégation belge à l’Assemblée générale des Nations-Unies. De novembre 1947 à novembre 1949, il est élu président du Sénat. Il sera également président de la commission de la justice du Sénat et membre de la commission des affaires étrangères. En 1948, il devient ministre d'État (voire la liste des ministres d'état en Belgique).

En 1959, il est délégué de la Belgique à l’Assemblée consultative du Conseil de l’Europe. Il a notamment, avec René Cassin, participé à l'élaboration de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée à Rome le 4 novembre 1950. On lui doit la rédaction de l’article 1er de la Convention qui fit de celle-ci un texte comportant non seulement des devoirs pour les États mais encore des droits invocables par les particuliers. La même année, il est élu juge à la Cour européenne des droits de l’homme. De mai 1965 à septembre 1968, il en fut vice-président et de 1968 à 1971, président.

Il utilisait le droit comme instrument de combat pour promouvoir les idées qui lui tenaient à cœur, pour défendre des causes où le droit international était bafoué comme le Vietnam, où ils estimaient la situation des vietnamiens injuste et indigne, le Congo et l’affaire Royal où il fut un opposant résolu au retour de Léopold III. Il milita toute sa vie contre le fascisme. Il prendra des positions très fermes contre l’annexion de la Mandchourie par le Japon ou les accords de Munich.

Il dira « j’obéis aujourd’hui à cette nécessité morale à laquelle je ne puis résister : la défense du droit, le droit que je ne sépare pas de la paix, le droit sans lequel rien de durable ne sera établi, le droit qui est ma religion, ma profession, le seul pain dont je veuille me nourrir ».

AvocatModifier

Ci-dessous le récit de 3 exemples d’affaires dans la carrière de Henri Rolin.

Affaire CoppéeModifier

Il est reproché aux Coppée, des industriels, d'avoir fourni aux Allemands des explosifs et des machines et ce au-delà des ordres de réquisition. Les poursuites sont interrompues car l'ancien ministre de la guerre et Premier ministre de Broqueville intervient en 1921. Fort de cette situation, les Coppée vont assigner les éditeurs responsables du journal Le Soir (dont il est le conseil) et du Peuple mais également un député socialiste pour des dommages qui leur auraient été infligés par des articles rédigés, qu'ils vont qualifier de diffamatoires et calomnieux.

À l'ouverture du procès, Rolin veut démontrer que dans la soumission envers les Allemands les plaignants ont été au-devant de leur désir. Il parlera de finalité militaire couverte par cette extension d'activité qui portait sur notamment la fabrication d'explosifs. Sur son reproche envers de Broqueville, cela concerne le fait de minimiser le rôle du charbon et du benzol (qui peut servir pour la fabrication de gaz asphyxiant ou de carburant) dans l'industrie d'armement.

Les Coppée diront qu'ils ont été requis. Rolin leur répondra par un minutieux détail de leurs comptes et de leurs documents commerciaux, en disant qu'ils y ont mis du leur.

Aux Coppée, il reproche d'avoir fourni délibérément au-delà de l'inévitable. Il posera une question choc en disant « qui viendra dire que ces gens ne doivent pas passer en cour d'assises et ne doivent pas payer comme les autres ? ». Alors qu'il plaide, le jeune avocat va déclarer que les chiffres de son confrère Renkin sont faux et demande que l'on retienne de nouvelles charges. Le procès civil sera finalement suspendu et l'instruction pénale sera, elle, rouverte.

Cette affaire se conclue sur un acquittement au pénal en 1924. Au civil par contre le 12 février 1925, il y aura une condamnation à 20 millions de francs.

Affaire du « complot communiste »Modifier

En 1923, 15 membres du Parti communiste de Belgique sont poursuivis pour participation active à une grève des mineurs déclenchée spontanément et pour des raisons économiques. L’accusation retient également contre eux leur action contre l'occupation de la Ruhr.

La thèse du complot était peu plausible car le Parti communiste ne comptait que 517 membres. 15 militants sont renvoyés devant la Cour d'assises de Bruxelles du 9 au 26 juillet 1923. 16 avocats vont défendre les accusés. Parmi eux, certains sont très réputés et d'autres sont plus jeunes mais pleins de talent ; on retrouve notamment Paul-Henri Spaak, Jules Destrée etc. Rolin assure la défense de Joseph Lesoil : cet homme avait été volontaire de guerre. Après la guerre, Lesoil a été délégué du PCB au congrès de Moscou, et délégué de son parti à la réunion de protestation tenue à Essen contre l'occupation de la Ruhr. Lors du procès, Rolin se démarque à deux reprises très nettement de l'idéologie de son client. Le ministère public est représenté par le procureur général Servais et l'avocat général Cornil.

Rolin analyse cette notion de complot d’un point de vue strictement juridique et se demande notamment contre qui ce complot est-t-il dirigé ? Comment les décisions sont-elles prises ? Ni l'acte d'accusation ni le réquisitoire n’en parle. Le procès se termine sur un acquittement général.

Affaire de la Cour militaireModifier

Il s'agit de l'accusation d'assassinat accompli par un militaire et donc jugé par la Cour militaire de Bruxelles. En 1923, un major d'artillerie suspecte sa femme d'avoir une liaison avec un médecin. Il va écrire une lettre où il parle de sa détermination à tuer son épouse. Lorsque celle-ci rentre chez elle, il lui ordonne d'écrire ses dernières volontés puis il tue sa femme.

Paul-Emile Janson va défendre le major et Rolin sera choisi par la famille de la victime, Yvonne Wanderpepen. Dans un contexte d’après-guerre, les militaires sont vus comme des héros, les excuses pourraient être facilement données et particulièrement dans une affaire comme celle-ci, où il s'agit de l'honneur viril de l'homme. De plus, les juges étaient les frères d'armes du major, leur position pouvait prédisposer à un excès de tolérance et qui pouvaient être également guidés par une certaine idée de logique machiste.

Rolin sait que les membres de la cour militaire seront prêts à pardonner à un officier qui a souhaité résoudre par le sang ce qu'il tient pour une affaire d'honneur. Face à tous ces éléments, l'avocat s'obstine pour plaider pour l’honneur de la mémoire de la victime sans mettre en cause le droit de juger et d'exécuter que le mari s'est arrogé. Rolin plaide l'absence de toute preuve d'adultère comme si logiquement l’adultère établi aurait donné à l'officier un droit de tuer son épouse.

La décision de la cour sera un acquittement pour le major, décision qui va susciter beaucoup de réactions dans l'opinion publique. Henri Rolin ne plaidera plus ce genre de dossier criminel avant longtemps.

Professeur à l'Université Libre de BruxellesModifier

À partir de 1930, il enseigna le droit des gens (droit international public) à l'ULB. Son prédécesseur était Maurice Bourquin. Il devint professeur ordinaire dès 1933 et sera par la suite titularisé de plusieurs cours tous centrés sur le droit international.

Dans la gestion de l'université, il sera président de la faculté de droit de 1947 à 1950 et il fera partie du conseil d'administration de l'ULB d'abord comme suppléant à partir de 1946. Il sera appelé à donner des cours à l'étranger. En 1927 et en 1950, il donne le grand cours à l'académie de droit international de La Haye le cours ne se donnait que pendant une année, en 1927 sur ‘’la pratique des mandats internationaux ‘’et en 1950 sur les ‘’principes de droit international public." Il enseigne également dans les facultés de droit de Paris, de Toulouse et de Strasbourg.

Il devient professeur honoraire en 1961.

DistinctionModifier

À la suite de la 1re Guerre mondiale, les Rolin seront fait Barons, titre qu’il refusa toute sa vie de porter contrairement à son frère Albéric.

Il reçut également la croix de chevalier de l’Ordre de Léopold

Et en 1949, il fut nommé docteur honoris causa par l’université de Grenoble.

Il reçut la Chaire Francqui dont il donna les enseignements à l'Université de Gand.

Institut de droit internationalModifier

L’institut de droit international fut créée par son oncle, Gustave Rolin-Jaequemyns en 1873 à Gand. La mission de l’institut est de soutenir les efforts visant à éliminer des sociétés les sources de conflit, à codifier le droit international public et à promouvoir les droits de l’Homme.

Il y entra d’abord comme associé en 1924, puis comme membre en 1936, avant de devenir premier vice-président en 1948 et enfin président en 1961.

Centre de droit internationalModifier

Le centre de droit international a été ouvert en 1964. Il était alors un centre de recherche à l’Institut de Sociologie de l’ULB. L’initiative revint à Arthur Doucy. Henri Rolin fut placé à sa tête comme président. Le centre est exclusivement rattaché à la faculté de droit depuis 2001. À la mort d’Henri Rolin, le centre ajouta à sa dénomination son nom, il se nomme alors, aussi, Centre Henri Rolin.

Après Henri RolinModifier

Il participe à un débat à la télévision belge le soir du mercredi 18 avril 1973. Dans la nuit du jeudi au vendredi, il est terrassé par une crise cardiaque alors qu'il faisait un court séjour à Paris. Ses funérailles ont été très simples : pas de musique, pas de discours. Le contraste de l’énorme foule présente était frappant entre les sénateurs en jaquette d'un côté et des jeunes militants pacifistes en jeans de l'autre. Il est enterré au cimetière d'Ixelles.

Walter Ganshof Van der Meersch, Paul Foriers et tant d’autres créèrent l’ASBL « les amis d’Henri Rolin » aujourd’hui dissoute, dont Ganshof fut le président. Le centre de droit international créa également un fonds, une chaire et un prix Henri Rolin.

BibliographieModifier

Notes et référencesModifier

Liens externesModifier