Hôtel de Crillon

hôtel de luxe dans le 8e arrondissement de Paris

L’hôtel de Crillon est un établissement hôtelier situé au no 10 place de la Concorde, dans le 8e arrondissement de Paris.

Hôtel de Crillon
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La façade de l'hôtel de Crillon rehaussée d'ornements : grand appareil à refends au rez-de-chaussée, balustrade qui souligne l'étage noble, guirlandes sous les appuis de fenêtre du second étage couronné d'un fronton[1].
Localisation
Pays
Commune
Paris
Adresse
Coordonnées
Architecture
Type
Construction
Ouverture
1909
Architecte
Style
Patrimonialité
Équipements
Étoiles
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Chambres
81 chambres et 43 suites
Gestion
Propriétaire
Gestionnaire
Membre de
Site web

Construit en 1765 par l'architecte Louis-François Trouard, derrière une façade édifiée par l'architecte Ange-Jacques Gabriel en 1758, il est transformé en hôtel à partir de 1907, par l'architecte Walter-André Destailleur.

Depuis 2010, le Crillon est la propriété du prince Moutaïb ben Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, membre de la famille royale saoudienne[2] et est géré par le groupe Rosewood Hotels & Resorts.

Fermé en pour travaux, l'hôtel fait sa réouverture le [3]. Le , il reçoit la distinction « palace » et devient ainsi le 25e palace en France.

HistoireModifier

En 1758, le roi Louis XV commande à son architecte Ange-Jacques Gabriel la réalisation sur ce qui est alors la place Louis XV[4], de deux façades identiques de part et d'autre de la rue Royale. La façade orientale est d'emblée occupée par l'hôtel du Garde-Meuble, tandis que la façade occidentale est vouée à être occupée par l'hôtel des Monnaies. L'emplacement de ce dernier est en définitive jugé trop éloigné du quartier des affaires et un arrêt du Conseil décide que le nouvel édifice doit s'élever à son emplacement actuel sur le quai de Conti. Le terrain situé derrière la colonnade occidentale est alors divisé en quatre lots qui sont cédés à des particuliers, à charge pour eux d'élever des hôtels particuliers derrière la façade de Gabriel.

En 1765, le lot le plus à l'ouest, faisant angle avec la rue Boissy d'Anglas, est acquis par le duc Louis-Marie-Augustin d'Aumont[5], qui engage l'architecte et contrôleur général des Bâtiments du roi, Louis-François Trouard, proche de Gabriel, pour la construction de son hôtel. Il en confie la décoration intérieure à Pierre-Adrien Pâris[6], ainsi qu'aux sculpteurs Broccardi, André Mézière[7] et Radelle et aux ciseleurs Jean-Claude Duplessis, Gaillard et Pierre Gouthière[8].

La légende veut que la reine Marie-Antoinette soit venue prendre ses leçons de piano dans cet hôtel[9].

Le duc y décède le , ses descendants vendent l'hôtel au comte Félix de Berton des Balbes de Crillon en 1788. Un an plus tard, la Révolution éclate et le comte est emprisonné à Gournay-en-Bray. Pendant la Terreur, l'hôtel est confisqué, puis transformé en hôtel de voyageurs. Le comte est libéré mais quitte néanmoins Paris par précaution, et ne revient résider dans son hôtel qu'en 1798. Devenu pair de France le , puis duc-pair le , le duc s'éteint dans l'hôtel le .

L'hôtel revient à son fils, Louis-Félix-Prosper Berton des Balbes de Crillon, qui le transmet à son tour à sa fille, Marie-Louise-Amélie, qui épouse Jules-Armand de Polignac. Leur fils, Héracle de Polignac, vend l'hôtel à la société du Louvre en 1907[10], qui acquiert également deux bâtiments contigus donnant sur la rue Boissy-d'Anglas.

Un hôtel de prestigeModifier

À la suite de cet achat, les trois bâtiments subissent alors une longue rénovation qui dure deux ans, sous la conduite de l'architecte Walter-André d'Estailleur[11].

Dans le bâtiment principal, ce dernier laisse intact l'escalier d'honneur, et édifie les façades sur cour dans le style de Gabriel, mais fait démonter la plupart des décors intérieurs d'origine. Ainsi, dans le salon des Aigles du premier étage, modèle de salle à l'antique conçue par Pâris, il ne laisse en place que la sculpture du plafond mais fait copier les boiseries, les six portes monumentales, leurs encadrements et la glace, œuvre de l'ébéniste Bellangé, tandis que les originaux sont réinstallés dans l'hôtel de La Tour d'Auvergne, avenue de La Motte-Picquet. D'autres boiseries se trouvent au Metropolitan Museum of Art de New York, à Middlebury College dans le Vermont et à la villa Ephrussi de Rothschild à Saint-Jean-Cap-Ferrat.

 
L'hôtel de Crillon, pavillon d'angle à l'extrémité d'un portique de douze colonnes d'ordre corinthien. Il présente, sur trois travées, un portique dont les quatre colonnes supportent un entablement couronné d'un fronton. Les trumeaux extérieurs possèdent des niches destinées à des statues qui n'ont pas été placées, des médaillons et des trophées en guise de couronnement[1]
 
Relève de garde de soldats allemands, pendant l'Occupation de Paris (octobre 1940).

À son inauguration le , l'hôtel de Crillon est le premier grand « hôtel de prestige » parisien doté d'une emplacement exceptionnel, d'un confort luxueux et d'une renommée qui attire au fil des ans la préférence des têtes couronnées et des chefs d'États. C'est au Crillon qu'est élaboré, du 3 février au , par le président américain Woodrow Wilson et les délégués alliés, le pacte constitutif de la Société des Nations (une plaque commémorative y a été apposée à ce sujet).

Le , alors que commence l'Occupation de Paris, le général Bogislav von Studnitz, commandant la 87e division d’infanterie, prend possession des lieux. Il y convoque le préfet de police Roger Langeron et l'informe qu'il veut que l'ordre règne dans Paris. Le , l'hôtel est officiellement réquisitionné afin d'abriter la Feldgendarmerie, le Quartiermeister-Abteilung (département hébergement des troupes d’occupation) et loger des officiers du tribunal militaire de la Kommandantur. Des galas de bienfaisance au bénéfice des prisonniers de guerre y sont par ailleurs donnés. Lors de la Libération de Paris (1944), des francs-tireurs allemands tirent depuis les fenêtres du Crillon et un char de la 2e DB riposte, faisant s'effondrer une colonne de l'hôtel du Plessis-Bellière, voisin, sur une voiture garée en dessous. La colonne est reconstruite l'année suivante[12].

En 1973, les hôtels de prestige que sont Le Crillon, Le Lutetia, Le Louvre à Paris ou Le Martinez à Cannes sont réunis au sein de la filiale Concorde Hotels & Resorts du Groupe Taittinger (une des filiales hôtelières du Groupe du Louvre détenue majoritairement par la famille Taittinger).

Une grande rénovation a lieu de 1980 à 1982, qui coûte alors la somme de 5 millions de francs et voit l'inauguration du sol en marbre de l'entrée, jaune ivoire de Sienne et noir de Portor, du comptoir du bar réalisé par le sculpteur César (style Art déco) et du restaurant L'Obé[13].

Le groupe Taittinger et la Société du Louvre sont vendus en 2005 par la famille Taittinger au groupe américain Starwood Capital Group, qui le cède à son tour au prince Moutaïb ben Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, pour la somme de 250 millions d'euros, en [14].

Du fait de l'augmentation de la concurrence dans l'hôtellerie de luxe à Paris dans les années 2010 et de la création de la distinction « palace » en France, que convoite le Crillon, une fermeture complète pour quatre ans de travaux intervient le [15].

Les travaux sont conduits par l'architecte Richard Martinet et la décoratrice Aline d'Amman[2]. Karl Lagerfeld y participe également[16]. Un grand nombre de pièces du mobilier (de style Louis XV) et de services sont alors vendues aux enchères, comme le comptoir du bar réalisé par le sculpteur César, adjugé par Me François Tajan pour la somme de 311 594 euros[17], la console en cristal de Philippe Starck, des lits, des bergères, des draps de bains, des couverts, ainsi qu'une partie des vins de la cave. Le projet de réaménagement, piloté par l'architecte libanaise Aline d'Amman, prévoit notamment moins de chambres, une piscine en sous-sol et un spa, mais celle-ci précise, à propos de l'hôtel : « On ne le casse pas. On crée une architecture à la hauteur de son mythe ».

Restent notamment en place l'éléphant-armoire à liqueur en cristal de Baccarat, tout comme les deux fontaines marbres qui viennent probablement du château de Versailles.

À la suite d'un accord signé avec la CGT, syndicat majoritaire au sein du comité d'entreprise, les 360 salariés obtiennent le maintien de leur poste et le versement de leur salaire pendant les travaux, sans contrepartie[13]. L'hôtel rouvre le .

 
L'hôtel de Crillon sur la place de la Concorde à Paris.
 
Le fronton représente l'allégorie de l'Agriculture sous la forme d'une femme « couronnée d'épis de blé. Elle enlace de son bras gauche une corne d'abondance et tient dans sa main droite un bouquet d'épis et de fleurs des champs. Des enfants jouent au milieu d'instruments agricoles, charrue, faucille et de gerbes de blé[18] ».

En 2020, du fait de la pandémie de Covid-19, le Crillon ferme durant plusieurs mois, comme de nombreux hôtels parisiens[19].

L'hôtelModifier

Chambres et suitesModifier

Avant la rénovation des années 2010, l'hôtel dispose de 103 chambres et 44 suites. Depuis 2017, il offre 81 chambres et 43 suites[2]. Les suites les plus connues se situent au cinquième étage de l’hôtel : la suite Bernstein et la suite Louis XV donnant sur la place de la Concorde. Ces deux suites, associées à la chambre 552, forment la Grande Bernstein.

Les suites présidentielles du troisième étage peuvent toutes communiquer et possèdent également une vue sur la place.

Restaurants et barModifier

  • L'Écrin - restaurant gastronomique 1 étoile au guide Michelin - dirigé par le chef Boris Campanella
  • Brasserie d'Aumont
  • Jardin d'hiver - salon de thé sous la houlette du chef pâtissier Matthew Carlin
  • La Cave - salle à manger privée, dirigé par le chef sommelier Xavier Thuizat
  • Bar Les Ambassadeurs

DirectionModifier

Vincent Billiard succède à Marc Raffay à partir de janvier 2020[20].

Événements et personnalitésModifier

Personalités politiques, stars de cinéma ou de la chanson, hommes d'affaires et riches héritiers descendent au Crillon :

En 2000, l'équipe de France de football, vainqueur du championnat d'Europe des Nations (Euro 2000, organisé en Belgique et aux Pays-Bas cet été là), salue la foule depuis le balcon du salon Marie-Antoinette[13].

Plusieurs scènes de l'épisode 5 de la saison 4 de la série télévisée Dix pour cent (2020) sont tournées à l'hôtel de Crillon.

Associations importantesModifier

L'hôtel de Crillon est le lieu d’accueil historique du Bal des débutantes, classé par le magazine Forbes comme l'un des dix événements les plus prestigieux au monde, de 1992 à 2012.

Si les prix de littérature sont traditionnellement reliés aux restaurants, le jury du prix Femina présente ses lauréats à l'hôtel de Crillon, au début du mois de novembre. Les prix sont attribués à la fin d'un repas consacré à cet événement.

ProtectionModifier

L'hôtel de Crillon est classé au titre des monuments historiques, une première fois, pour ses façades, en 1900, puis une seconde fois, pour l'ensemble de ses toitures, du Salon des Aigles et du Salon Louis XVI, par arrêté du [21].

CuriositésModifier

 
Ancienne plaque de rue sous verre indiquant « PLACE LOUIS XVI ».

À l’angle de la rue Boissy-d’Anglas et de la place de la Concorde, au-dessus de la plaque actuelle, une plaque indique son ancien nom de place Louis XVI, qui fut le sien pendant quatre ans à partir de 1826.

En 2013, Éric Abergel, voiturier au Crillon, sort un album de rock sur son métier : Le Roi du palace[13].

RéférencesModifier

  1. a et b Encyclopaedia universalis, vol. 7, Encyclopaedia universalis France, , p. 427.
  2. a b et c Marion Tours, « Hôtel de Crillon : J - 2 », lepoint.fr, 3 juillet 2017.
  3. « Paris : l'hôtel de Crillon annonce sa réouverture pour le 5 juillet après quatre ans de travaux », France Bleu,‎ (lire en ligne, consulté le 15 mai 2017)
  4. Rebaptisée « place de la Révolution » après le 10 août 1792, l'ancienne place Louis-XV prend sa dénomination actuelle sous le Directoire en 1795.
  5. Lucien Lambeau, « Rapport présenté sur l'hôtel de Crillon in Procès Verbaux de la Commission municipale du vieux Paris, 1905, p. 92-96 », sur Gallica, (consulté le 8 novembre 2020)
  6. David Watkin, Palaces et grands hôtels d'Europe, Flammarion, , p. 98.
  7. André Mézière.
  8. Marie Juliette Ballot, Le décor intérieur au XVIIIe siècle à Paris et dans la région parisienne, G. van Oest, , p. 105.
  9. Marie-Eudes Lauriot-Prévost, « Univers. À l’Hôtel de Crillon à Paris », sur pointdevue.fr, .
  10. Pascal Payen-Appenzeller, France Clément, Promenons-nous dans Paris, Princesse, , p. 141.
  11. Jean-François Barrielle, Thérèse Castieau, Antoinette Le Normand-Romain, Champs-Elysées Faubourg Saint honoré Plaine Monceau, Paris, Henri Veyrier, (ISBN 2-85199-246-5), p. 47-49
  12. « La 5ème colonne », liberation-de-paris.gilles-primout.fr, consulté le 23 février 2018.
  13. a b c et d Valérie Sasportas, « Le Crillon en 3500 pièces », Le Figaro, encart « Culture », jeudi 21 février 2013, page 28.
  14. Un Saoudien rachète le Crillon au Groupe du Louvre, La Tribune, 23 décembre 2010.
  15. « L'Hôtel de Crillon ne fermera pas ses portes avant mars 2013 », L'Express,‎ (lire en ligne, consulté le 5 août 2020).
  16. Karl Lagerfeld, interviewé par Élisabeth Lazaroo, « Karl Lagerfeld : "Brigitte Macron a les plus belles jambes de Paris" », parismatch.com, 21 juillet 2017.
  17. Valérie Sasportas, « Le Crillon : le bar César vendu 311 594 euros », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  18. Solange Granet, Images de Paris. La Place de la Concorde, Gallimard, , p. 43.
  19. Mathilde Visseyrias, « Les palaces parisiens tentent de rouvrir après le cauchemar estival », Le Figaro Économie,‎ 22-23 août 2020, p. 24 (lire en ligne).
  20. « Crillon : Vincent Billiard devient le plus jeune directeur de palace parisien », sur L'Echo Touristique, (consulté le 12 décembre 2020)
  21. « Hôtel Crillon », notice no PA00088825, base Mérimée, ministère français de la Culture.

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

Liens externesModifier