Ouvrir le menu principal

Groupe topologique

groupe dont la loi de composition interne et dans lequel le passage à l'inverse sont des applications continues

En mathématiques, un groupe topologique est un groupe muni d'une topologie compatible avec la structure de groupe, c'est-à-dire telle que la loi de composition interne du groupe et le passage à l'inverse sont deux applications continues.

L'étude des groupes topologiques mêle donc des raisonnements d'algèbre et de topologie. La structure de groupe topologique est une notion essentielle en topologie algébrique.

Définition et propriété caractéristiqueModifier

Définition —  Un groupe topologique est un groupe   muni d'une topologie pour laquelle les applications

 

sont continues (le carré cartésien G2 étant muni de la topologie produit).

Les deux axiomes de la définition peuvent être remplacés par un seul :

Théorème —  Un groupe   muni d'une topologie est un groupe topologique si et seulement si l'application

 

est continue.

Un morphisme de groupes topologiques est un morphisme de groupes continu.

Mesure de HaarModifier

Sur tout groupe topologique localement compact, il existe une et une seule mesure de Borel quasi-régulière non nulle (à coefficient multiplicateur près) invariante par les translations à gauche (xyx) : la mesure de Haar.

Exemples de baseModifier

Théorème — Tout sous-groupe de (ℝ, +) est soit dense, soit de la forme a, pour un unique a ≥ 0[1].

Le cercle S1, qui peut être considéré comme le groupe multiplicatif des nombres complexes de module 1 ou comme le groupe des rotations de centre fixé dans un plan euclidien. Tout sous-groupe de S1 est soit fini soit dense[2].

Un groupe discret (groupe muni de la topologie discrète).

Tout groupe produit (muni de la topologie produit) d'une famille de groupes topologiques. Par exemple   (l'espace de Cantor, muni de sa structure naturelle de groupe produit).

Quelques propriétés généralesModifier

  • Dans un groupe topologique, les translations
     
    sont des homéomorphismes.
  • La topologie est déterminée par la donnée des voisinages de l'élément neutre e.
  • Un groupe topologique G est séparé si et seulement si le singleton {e} est fermé dans G. Également, G est séparé si et seulement si l'intersection des voisinages de e est réduite à {e}.
  • Si U est un ouvert et A une partie quelconque alors UA est un ouvert (puisque qu'il s'écrit  ) et de même, AU est un ouvert.
  • Tout groupe quotient G/H d'un groupe topologique G par un sous-groupe normal H est encore un groupe topologique, lorsque G/H est muni de la topologie quotient. De plus, G/H est séparé si et seulement si H est fermé.
  • Un groupe topologique est naturellement muni de deux structures uniformes (à droite et à gauche) qui induisent sa topologie, et qui coïncident si le groupe est commutatif. Un groupe topologique séparé est par conséquent complètement régulier. Tout morphisme de groupes topologiques est uniformément continu pour les structures uniformes à droite (resp. gauche) associées[3].
  • Théorème de Birkhoff[4]-Kakutani[5] : tout groupe topologique séparé à bases dénombrables de voisinages est métrisable par une distance invariante par translations à gauche[6]. Plus généralement, tout groupe topologique (non nécessairement séparé) à bases dénombrables de voisinages est pseudométrisable par un écart invariant par translations à gauche[7].

Groupes linéairesModifier

Dorénavant, nous omettrons le signe .

Une classe importante de groupes topologiques est formée par les sous-groupes du groupe linéaire GL(n, K), avec K = ℝ ou ℂ. On les munit de la topologie induite par celle de End(Kn).

Ces exemples sont des exemples fondamentaux de groupes de Lie réels ou complexes. Ils ont en commun la propriété suivante : il existe un ouvert contenant l'élément neutre et ne contenant aucun sous-groupe non trivial.

Topologie p-adiqueModifier

Si   est un groupe abélien et si   est une suite de sous-groupes de   telle que :

 

alors la suite   induit une topologie sur   dans laquelle les voisinages de   sont les parties de   contenant un des ensembles  .

Si de plus l'intersection des   est réduite à   où 0 est l'élément neutre de  , le groupe est séparé.

Un cas particulier de groupe topologique de cette forme est le groupe muni de la topologie p-adique : si   est un entier naturel, la suite   est définie (en notation additive) par  .

Distance induiteModifier

On peut définir une distance sur   muni de la topologie induite par   si l'intersection des   est bien réduite à   :

 

  est le premier entier tel que   et

  si pour tout entier  ,   appartient à  .

ComplétéModifier

Si   est un groupe abélien séparé muni de la topologie déterminée par la suite  , on peut définir dans   des suites de Cauchy. Une suite   est de Cauchy si et seulement si, pour tout voisinage   de 0, il existe un entier   tel que

 

Sur cet ensemble de suites de Cauchy noté   on peut définir une relation d'équivalence :

 

Le groupe quotient   est alors un espace complet. Le groupe   est alors isomorphe à un sous-groupe dense de  .

L'exemple le plus important d'une telle construction est celui des nombres p-adiques : on fait cette construction à partir de   et de la multiplication par un nombre premier  .

Cette construction du complété se généralise, dans le cadre uniforme, à tout groupe topologique abélien séparé[8].

Notes et référencesModifier

  1. Pour une démonstration, voir par exemple cet exercice corrigé de la leçon de topologie sur Wikiversité.
  2. Pour une démonstration, voir par exemple l'exercice corrigé suivant de la leçon de topologie sur Wikiversité.
  3. N. Bourbaki, Éléments de mathématique, livre III : Topologie générale [détail des éditions], p. 19-21.
  4. (en) Garrett Birkhoff, « A Note on Topological Groups », Compositio Mathematica, vol. 3,‎ , p. 427-430 (lire en ligne).
  5. (de) Shizuo Kakutani, « Über die Metrisation der topologischen Gruppen », Proc. Imp. Acad., vol. 12, no 4,‎ , p. 82-84 (lire en ligne).
  6. (en) Terence Tao, « The Birkhoff-Kakutani theorem », 2011.
  7. (en) Lawrence Narici et Edward Beckenstein, Topological Vector Spaces, CRC Press, , 2e éd. (lire en ligne), p. 38.
  8. Bourbaki, p. 26.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier