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Comté de Genève

comté
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Genève (homonymie) et Genevois (province).
Comté de Genève

avant XIe siècle
probablement au IXe siècle – 1401
1416

Blason
Informations générales
Statut Comté du Drapeau du Saint-Empire Saint-Empire
Capitale Genève, puis Annecy et La Roche
Histoire et événements
5 août 1401 Odon de Thoire-Villars vend le comté à Amédée VIII de Savoie.
1564 Jacques de Savoie-Nemours érige le comté en duché.

Entités précédentes :

Le comté de Genève, parfois improprement appelé comté de Genevois[Note 1], désigne une principauté (principatus) du Saint-Empire. Son territoire s'étendait aux terres autour de la cité de Genève, correspondant approximativement au canton suisse homonyme et à la province historique du Genevois en Haute-Savoie (France). Le comté disparaît à la suite de son achat, en 1401, par le comte voisin, Amédée VIII de Savoie. Il devient à partir de 1416 un apanage savoyard.

GéographieModifier

 
Carte du royaume de Haute-Bourgogne (en vert) et le pagus major Genevensis, vers l'an 1000.

Vers le VIe siècle, Genève devient le centre d'un pagus, le pagus major Genevensis ou Comitatus Genevensis, comprenant une partie du diocèse de Genève[2]. L'historien Paul Guichonnet rappelle dans son article consacré à la maison de Genève que la traduction de comes gebennensis est « comte de Genève ». Il rappelle que la forme « comte de Genevois » bien que répandue est fausse[1],[3].

À l’époque rodolphienne, le pagus Genevensis est constitué par le pagus Albanensis ou Albanais ; le pagus Caput lacensis qui correspond au Vieux Chablais ; pagus Verrumensis ou Verromeis (Valromey) ; le pagus Equestricus ou comté équestre et le pagus Dumbensis ou Bresse.

Les droits des comtes de Genève s'étendent sous la rive gauche du Rhône, entre les cités de Genève et de Seyssel[4]. L'ensemble correspond aux environs de Genève, les territoires de la Sémine, l'Albanais, le val du lac d'Annecy ainsi que les vallées de Thônes et la région de la Roche-sur-Foron[4]. La charte de fondation du prieuré de Chamonix de 1090 atteste également des droits sur le Faucigny et le traité de Seyssel de 1124 éventuellement des droits sur le pays de Gex, se trouvant sur la rive droite du fleuve[4].

Le comté est délimité au nord par le lac Léman ; à l'est, le territoire du Faucigny, avec les Bornes comme frontière, et dont les seigneurs étaient vassaux des comtes[5] ; au Sud, la Savoie — pagus Savogensis (Comté de Savoie ou encore Sabaudia ou Savoie Propre) —, à l'ouest, le pays de Gex, dont les seigneurs dépendent des comtes[5].

Le comté de Genève devient l'apanage de Genevois, à la suite de l'acquisition du comté par la maison de Savoie, celui-ci correspond aux limites du comté en 1401, en retirant cependant les mandements de Rumilly, Hauteville et Sallenôves, mais aussi la cité surtout Genève et ses alentours (notamment les châtellenies de Ternier, de Viry et de Gaillard)[6].

HistoireModifier

Articles détaillés : Histoire de Genève et Histoire de la Savoie.

Si l'origine des premiers comes Gebennensis — comte de Genève[1] — est douteuse, mais attestée à partir du XIe siècle[7]. La mention d'un « comté de genève » (pagus ou comitatus Genevensis) remonterait au IXe siècle[8]. Avec le partage de l’Empire (Traité de Verdun, 843), la cité de Genève est attribuée au royaume de Lothaire Ier, et dont le fils, Lothaire II, cède les droits, en même temps qu'avec les cités voisines de Lausanne et Syon, en 859, à l'empereur Louis II le Germanique[8],[9]. À partir de 1034, le comté relève du Saint-Empire[8].

Les comtes de Genève contrôlent un territoire important des Préalpes. Mais il faut relativiser cette domination. Le pouvoir temporel sur la cité genevoise leur échappe à la faveur des évêques de Genève[Note 2], placé sous la suzeraineté de l'empereur du Saint-Empire romain germanique. Il est d'ailleurs le supérieur féodal du comte de Genève. Les seigneurs de Genève, qui ne possèdent que deux districts en périphérie de Genève avec les bailliages de Gaillard et de Ternier, ne détiennent que les pouvoirs d'avoué — « défenseur civil et armé de l'Église » — et celui d'exécutant des sentences criminelles (haute-justice)[3]. Toutefois, ceux-ci possédaient une propriété dans la ville avec le château de Genève dit du Bourg-de-Four (aujourd'hui disparu)[11].

De nombreuses tensions apparaissent donc entre les deux autorités avec des règlements entre 1124 et 1219, où les comtes tentent de regagner le pouvoir temporel sur la cité, mais sans succès[12]. Le 10 octobre 1219, à Desingy, Aymon de Grandson obtient l'hommage de Guillaume II de Genève pour le comté, alors que Humbert de Genève, son frère aîné, est encore comte[12]. Il confisque ainsi le pouvoir et le transmet à ses fils, tandis que les fils de son frère, Pierre et Ebal, émigrent en Angleterre et meurent sans descendance. Il semble qu'à cette période, le comte établit définitivement sa capitale dans la cité d'Annecy[13].

En 1369, l'empereur Charles IV déclare que le comté de Genève, un principatus, est un fief d'Empire, excluant toutes autres relations féodales[14]. Sans le reconnaître officiellement, le comte est perçu comme un prince d'Empire[14]. L'empereur l'avait, cependant, déjà, d'« illustratis » en 1358[14].

Le comté de Genève, passe à la mort du comte Robert (1394) à la branche parente de Thoire et Villars[1]. Humbert de Villars hérite du titre en 1394, puis Odon de Villars en 1400[1],[15]. Odon de Villars vend pour 45 000 francs d'or le comté au comte Amédée VIII de Savoie, le , et entre définitivement dans leurs apanages[1],[15],[16]. Le comte de Savoie ne récupère l'ensemble des châtellenies qu'en 1411 en raison de contestations de cette vente[15].

Noblesse : les comtes de Genève et leurs vassauxModifier

Article détaillé : Liste des comtes de Genève.

À partir du milieu du XIe siècle, dix-sept comtes se succèdent, bien qu'auparavant certains comtes sont mentionnés sans toutefois pouvoir prouver la filiation avec ceux qui forment la dynastie des Géroldiens, plus couramment appelée maison de Genève[1],[17]. Le dernier Robert, fait pape en 1378, hérite en 1392 du titre avant de mourir deux ans plus tard[18],[19]. Son neveu, le seigneur Humbert de Villars reprend le titre jusqu'à sa mort. Sans descendance, c'est son oncle, Odon de Villars, qui hérite du titre et le revendra à Amédée VIII, duc de Savoie, pour 45 000 francs d'or[1].

Parmi les grands feudataires (vassaux) des comtes de Genève, on trouve les seigneurs de Viry, de Gex, de La Roche, de Mornex, de Ternier, de Gaillard ou encore d'Etrembières[20].

Un vieux dictons souligne : « Terny (Ternier), Viry, Compey sont les meillous maisons du Genevey, Salenove (Sallanuvaz) e Menton ne les craignons/cedons pas d'un bouton »[21],[22],[23],[24].

OrganisationModifier

L'organisation du comté en châtellenies, appelées également mandement (mandamentum), remonte au XIIIe siècle[25]. On estime à environ leur nombre à une trentaine, au sein du comté, sachant que les comtes disposaient également de châtellenies en Bugey, en Grésivaudan ou encore en Dauphiné[26],[1]. Le comte est ainsi représenté par un châtelain pour la gestion de ses fiefs[25], il accumule en effet les « attributions juridiques et militaires et représentaient le principe de souveraineté »[27].

Dans cette organisation, il est distingué les mandements comtaux, appartenant directement au comte de Genève[26], les mandements seigneuriaux appartenant à de grands seigneurs[28], enfin, certains mandements sont considérés comme mixtes, car en partie gérés par le comte et un seigneur (exemple de la châtellenie de Duingt)[29].

La liste des châtellenies varient selon les périodes. Léon Ménabréa, dans son ouvrage Des origines féodales dans les Alpes occidentales (1865)[30], donne la nomenclature des mandements ou châtellenies, au XIIe siècle (alors qu'elles ont été mises en place au siècle suivant), suivante :

Châtellenies comtalesModifier

Liste des mandements comtaux au XIVe siècle, selon Pierre Duparc[26] :

Châtellenies seigneurialesModifier

Liste des mandements seigneuriaux, notamment au XIVe siècle, selon Pierre Duparc[28] :

PossessionsModifier

Liste non exhaustive des possessions tenues en nom propre ou à titre de fief des comtes de Genève :

Pour aller plus loinModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Lien externeModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. L'historien Paul Guichonnet rappelle dans son article consacré au « Genève (de) » que la traduction de comes gebennensis est « comte de Genève ». Certains auteurs ont commis l'erreur de parfois le traduire sous la forme « comte de Genevois »[1], notamment le Régeste genevois (1866).
  2. Les évêques de Genève possédaient ainsi les régales, c'est-à-dire des pouvoirs de ban, de la justice, de la seigneurie sur tous les habitants, des droits de gîtes, de plait général, de forage du vin, de rivage, de corvées, de mutation d'immeubles après décès, de marché, de péage, de monnaie, de confiscation de biens criminels. (Plait de Seyssel, de 1124)[10].

RéférencesModifier

  1. a b c d e f g h et i Paul Guichonnet, « Genève (de) » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne.
  2. Pour cette citation et le découpage suivant, organisation décrite par l'ouvrage Jules-Joseph Vernier, Étude historique et géographique sur la Savoie, Le Livre d'Histoire - Res Universis (réimpr. 1993) (1re éd. 1896), 137 p. (ISBN 2-7428-0039-5, ISSN 0993-7129), p. 47-48.
  3. a et b Article d'Édouard Mallet, "Du pouvoir que la Maison de Savoie a exercé dans Genève" (p. 177-290), paru dans Mémoires et Documents de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Genève, Tome VII, 1849 (lire en ligne).
  4. a b et c Histoire de Savoie, 1984, p. 33.
  5. a et b « La vassalité des seigneurs de Faucigny envers le comte genevois se déduit du Plait de Seyssel de 1124, auquel le comte arriva cum comitatu vironim, entre autres Rodulfi de Fulciniaco », note de bas de page de l'article "Du pouvoir que la Maison de Savoie a exercé dans Genève" par E Mallet (p. 181), paru dans Mémoires et Documents de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Genève, Tome VII, 1849, p. 187 (Consulter le livre).
  6. Laurent Perrillat, « Les apanages de Genevois au XVe siècle. quelques résultats de recherches sur les institutions et les hommes », Etudes savoisiennes, no halshs-01023760,‎ (lire en ligne)
  7. Duparc 1955, p. 51 lire en ligne.
  8. a b et c Histoire de Genève, 2014, p. 11 (lire en ligne).
  9. Duparc 1955, p. 359 lire en ligne.
  10. Acte de l'année 1124 publié dans le Régeste genevois (1866), que l'on peut consulter en ligne dans le Répertoire chronologique des sources sur le site digi-archives.org de la Fondation des Archives historiques de l'Abbaye de Saint-Maurice (REG 0/0/1/267)
  11. Louis Blondel, Châteaux de l'ancien diocèse de Genève, vol. 7, Société d'histoire et d'archéologie de Genève (réimpr. 1978) (1re éd. 1956), 486 p., p. 47.
  12. a et b Histoire de Genève, 2014, p. 14-16 (lire en ligne).
  13. Christian Regat et François Aubert, Châteaux de Haute-Savoie : Chablais, Faucigny, Genevois, Cabèdita, , 193 p. (ISBN 978-2-8829-5117-5), p. 20.
  14. a b et c Katharina Koller-Weiss, « Comment devient-on prince d'Empire? L'exemple peu étudie de Louis de Chalon-Arlay », p. 311-329 in J.-D. Morerod, D. Tappy, C. Thévenaz-Modestin et F. Vannotti, La Suisse occidentale et l’Empire. Actes du colloque des 25-27 avril 2002, Mémoires et documents publiés par la Société d'histoire de la Suisse romande, 2004.
  15. a b et c Histoire des communes savoyardes, 1981, p. 12-13.
  16. Bernard Demotz, Le comté de Savoie du XIe au XVe siècle : Pouvoir, château et État au Moyen Âge, Genève, Slatkine, , 496 p. (ISBN 2-05101-676-3), p. 58.
  17. Histoire de la Savoie, 2005, p. 17.
  18. Histoire des communes savoyardes, 1981, p. 11, « Généalogie simplifiée des comtes de Genève ».
  19. Histoire de Savoie, 1984, p. 38.
  20. Guy Gavard (préf. Paul Guichonnet), Histoire d'Annemasse et des communes voisines : les relations avec Genève de l'époque romaine à l'an 2000, La Fontaine de Siloé, coll. « Les Savoisiennes », (ISBN 978-2-8420-6342-9, présentation en ligne), p. 51.
  21. Jean-Louis Grillet, Dictionnaire historique, littéraire et statistique des départements du Mont-Blanc et du Léman, contenant l'histoire ancienne et moderne de la Savoie, vol. 3, t. 2, Chambéry, J.F. Puthod, , p. 28.
  22. Léon Ménabréa, Des origines féodales dans les Alpes occidentales, Imprimerie royale, , 596 p., p. 279.
  23. Histoire des communes savoyardes, 1981, p. 467, « Les Seigneurs de Ternier ».
  24. Abel Jacquet, Sur le versant du Salève : la chartreuse de Pomier. D'après le manuscrit d'André Folliet, Annecy, Académie salésienne, , 210 p. (lire en ligne), p. 7
  25. a et b Pierre Duparc 1955, p.413-414 (lire en ligne).
  26. a b et c Pierre Duparc 1955, p.415-416 (lire en ligne).
  27. Claude-Antoine Ducis, « Le Palais de L'Isle à Annecy », Revue savoisienne, vol. 33,‎ , p. 45 (lire en ligne)
  28. a et b Pierre Duparc 1955, p.420-423 (lire en ligne).
  29. Pierre Duparc 1955, p.423-430 (lire en ligne).
  30. Léon Menabrea, Des origines féodales dans les Alpes occidentales, Imprimerie royale, , 596 p. (lire en ligne), p. 276.
  31. Pierre Duparc 1955, p.373 (lire en ligne).