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Chlorpyriphos-éthyl

composé chimique
(Redirigé depuis Chlorpyrifos)

Chlorpyriphos
Image illustrative de l’article Chlorpyriphos-éthyl
Identification
No CAS 2921-88-2
No ECHA 100.018.969
No CE 220-864-4
PubChem 2730
SMILES
InChI
Apparence cristaux incolores[1].
Propriétés chimiques
Formule brute C9H11Cl3NO3PS  [Isomères]
Masse molaire[2] 350,586 ± 0,02 g/mol
C 30,83 %, H 3,16 %, Cl 30,34 %, N 4 %, O 13,69 %, P 8,83 %, S 9,15 %,
Propriétés physiques
fusion 41 à 42 °C[1]
Solubilité 1,12 mg·l-1 eau à 24 °C
Masse volumique 1,398 g·cm-3 à 43,5 °C[1]
Pression de vapeur saturante à 25 °C : 2,4×10-3 Pa[1]
Précautions
SGH[3]
SGH06 : ToxiqueSGH09 : Danger pour le milieu aquatique
Danger
H301, H410,
Transport
-
   2783   
Écotoxicologie
DL50 60 mg·kg-1 souris oral
120 mg·kg-1 souris peau
192 mg·kg-1 souris i.p.

Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

Le chlorpyriphos-éthyl (ou chlorpyrifos-éthyl) est une substance active de produit phytosanitaire (ou produit phytopharmaceutique, ou pesticide), qui présente un effet insecticide, et qui appartient à la famille chimique des organophosphorés organochlorés.

En France, cette molécule entre dans la composition du Pyristar[4] utilisé dans la culture des épinards[5], pour lutter contre les insectes (pucerons, chenilles et mouche des semis).

Quand on parle dans les médias du chlorpyriphos, il s'agit habituellement du chlorpyriphos-éthyl, à distinguer du chlorpyriphos-méthyl, aux propriétés bien différentes.

HistoriqueModifier

La molécule est commercialisée depuis cinquante ans principalement par la firme multinationale américaine Dow Chemical, le plus gros vendeur de chlorpyriphos dans le monde[6].

En 1995 et en 2005, Dow Chemical a été condamnée à 732 000 dollars puis 2 millions de dollars d'amende, pour avoir dissimulé pendant 30 ans aux autorités, 249 cas d'empoisonnement au chlorpyrifos, insecticide phare de la compagnie[7],[8].

Une étude scientifique américaine publiée en avril 2012 par le Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), une revue scientifique américaine publiant les comptes-rendus de l'académie américaine des sciences, montre des anormalités importantes causées par le chlorpyriphos-éthyl sur le développement du cerveau d'enfants dont les mères ont été exposées pendant leur grossesse en milieu urbain[9]. Lors d'une autre étude publiée par le PNAS en avril 2012, des liens avec l'autisme ont aussi été établis[10].

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a prévu de rendre un rapport sur l’usage du chlorpyriphos-éthyl en France en février ou en mars 2015 au plus tard. Elle s’est saisie de ce dossier en 2015 après la réévaluation par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) de cette substance et sa révision à la baisse des valeurs toxiques admissibles de cette molécule[9].

En 2016, suite à un reportage accablant du magazine télévisé Cash Investigation, le Ministère de l'Agriculture envisage l'interdiction du Chlorpyriphos[11]. Cette interdiction devient effective, sauf pour la culture de l'épinard[12].

Utilisant la loi suédoise d'accès aux informations, une équipe dirigée par Philippe Grandjean (Harvard School of Public Health, université du Danemark du Sud) parvient à se procurer les études utilisées pour obtenir la commercialisation du produit. Leur article publié le dans la revue Environmental Health montre des résultats biaisés sur de nombreux points pour dissimuler les effets du produit[12],[13].

RéglementationModifier

Sur le plan de la réglementation des produits phytopharmaceutiques :

  • pour l’Union européenne : A mi-2019, huit pays interdisent l'utilisation du produit pour un usage agricole[14]. Cette substance active est en révision en vue de l'inscription à l’annexe I de la directive 91/414/CEE.
  • pour la France : cette substance active est autorisée (en 2016) dans la composition de préparations bénéficiant d’une autorisation de mise sur le marché. En fait, à mi-2019, la France ne permet plus qu’une exception pour les épinards, ceci depuis 2016[15]
  • pour les USA : à mi-2019, l'insecticide est autorisé au niveau fédéral et plusieurs états ont annoncé leur intention d'interdire le produit (Californie, Hawaï, Oregon, New York, Connecticut, New Jersey)[15].

Caractéristiques physico-chimiquesModifier

Les caractéristiques physico-chimiques dont l'ordre de grandeur est indiqué ci-après, influencent les risques de transfert de cette substance active vers les eaux, et le risque de pollution des eaux :

ÉcotoxicologieModifier

Sur le plan de l’écotoxicologie, les concentrations létales 50 (CL50) dont l'ordre de grandeur est indiqué ci-après, sont observées :

Des synergies toxiques sont possibles avec d'autres polluants présents dans les sols ou sédiments, dont avec le mercure[16].

Pollution accidentelleModifier

  • Le 10 décembre 2004, 60 litres de matière active (fuite dans une cuve de 34 m3) de chlorpyriphos-éthyl ont été perdus par la SOFT dans l’étang de Bages-Sigean[17].

Toxicité pour l’hommeModifier

Le chlorpyriphos-éthyl est un neurotoxique, inhibiteur de l’acétylcholinestérase.

Sur le plan de la toxicité pour l’Homme, la dose journalière admissible (DJA) est de l’ordre de : 0,001 mg·kg-1·j-1(EFSA 2014[18]).

En 2006, la revue américaine Pediatrics montre un risque de retard mental décuplé pour les enfants les plus exposés à cette substance[12].

Au cours d'une campagne de mesure en région d'arboriculture (Maine-et-Loire), il a été mis en évidence que le captane et le chlorpyriphos-éthyl représentent 83 % de la concentration totale de pesticides détectés dans l'air, les concentrations pouvant atteindre 30 ng/m3[19].

En 2011, la revue américaine Environmental Health Perspectives fait état d'une perte de 7 points de QI pour les enfants les plus exposés à cette substance[12]. Sur cette base, la revue Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism estime en 2015 qu'un enfant né en Europe en 2010 perd 2,5 points de QI en raison des pesticides organophosphorés, tel le chlorpyriphos[12].

Les résultats d'une étude scientifique américaine, publiée en avril 2012 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences[9], une revue scientifique américaine publiant les comptes-rendus de l'académie américaine des sciences, montrent des anormalités importantes causées par le chlorpyriphos-éthyl sur le développement du cerveau d'enfants dont les mères ont été exposées pendant leur grossesse en milieu urbain (jardins, parcs, terrains de golf).

Des liens avec l'autisme ont aussi été établi lors d'une étude publiée en avril 2012 par le PNAS[9].

Produits à base de chlorpyriphos-éthyl vendus en FranceModifier

Le site du ministère de l'agriculture présente une liste complète des produits contenant du chlorpyriphos[20].

Par exemple, le Pyrinex ME de Makhteshim Aga contient du chlorpyriphos-éthyl. En 2017, le fabricant été contraint de retirer ce produit du marché, étant donnés les risques pour la santé humaine[21].

Notes et référencesModifier

  1. a b c et d CHLORPYRIFOS, fiche(s) de sécurité du Programme International sur la Sécurité des Substances Chimiques, consultée(s) le 9 mai 2009
  2. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  3. Numéro index 015-084-00-4 dans le tableau 3.1 de l'annexe VI du règlement CE N° 1272/2008 (16 décembre 2008)
  4. « 20100721000000000296 | ephy », sur ephy.anses.fr (consulté le 15 novembre 2018)
  5. « 20100601000000013597 | ephy », sur ephy.anses.fr (consulté le 15 novembre 2018)
  6. « Qu’est-ce que le chlorpyriphos-éthyl dont Le Foll veut limiter l’usage ? », Anaelle Grondin, Les Échos.fr, 3 février 2016 (consulté le 9 février 2016).
  7. © Chlorpyrifos Insecticide, « Chlorpyrifos - The Lawsuits »
  8. New York State Attorney General, Press Releases, December 15th 2003, « Dow Subsidiary To Pay $2 Million For Making False Safety Claims In Pesticide Ads »
  9. a b c et d (en) Virginia A. Rauh, Frederica P. Perera, Megan K. Horton, Robin M. Whyatt, Ravi Bansal, Xuejun Hao, Jun Liu, Dana Boyd Barr, Theodore A. Slotkin et Bradley S. Peterson, « Brain anomalies in children exposed prenatally to a common organophosphate pesticide », Proceedings of the National Academy of Sciences,‎ (DOI 10.1073/pnas.1203396109, résumé)
  10. (en) http://www.pnas.org/content/109/20/7871.abstract
  11. « Qu’est-ce que le chlorpyriphos-éthyl dont Le Foll veut limiter l’usage ?. », Les Échos
  12. a b c d et e Stéphane Foucart, « Le chlorpyriphos, pesticide sur la sellette, a été autorisé sur la foi de recherches biaisées », sur lemonde.fr, (consulté le 17 novembre 2018)
  13. Axel Mie, Christina Rudén, Philippe Grandjean, "Safety Evaluation of Pesticides: developmental neurotoxicity of chlorpyrifos and chlorpyrifos-methyl" in Environmental Health ()
  14. EU Pesticides database, Commission européenne
  15. a et b Chlorpyrifos : les dangers ignorés d’un pesticide toxique, Le Monde, 18 juin 2019.
  16. Steevens JA, Benson WH (1999) Toxicological interactions of chlorpyrifos and methyl mercury in the amphipod, Hyalella azteca. Toxicol Sci 52:168-177
  17. Gilles Bocquené, IFremer, Présentation ; Les pesticides en milieu marinDépartement Biogéochimie et EcotoxicologieIfremer Nantes, Séminaire « Phytosanitaires et Lagunes », Réseau de Suivi Lagunaire - Séminaire phytosanitaire ; 5 décembre 2006 - Espace Odysséum Montpellier
  18. « EFSA 2014 », European Food Safety Authority
  19. « mesures de produits phytosanitaires dans l’air en zone arboricole et en milieu urbain, campagne de mesure printemps-été 2007 », Air Pays de la Loire
  20. « 20100721000000000296 | ephy », sur ephy.anses.fr (consulté le 26 novembre 2017)
  21. « Information règlementaire : décision de retrait des spécialités Pyrinex®ME/Cuzco® », ADAMA France s.a.s

Voir aussiModifier