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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Salomon.
Charlotte Salomon
Charlotte Salomon painting in the garden about 1939.jpg
Charlotte Salomon dans le jardin de la villa L'Ermitage à Villefranche-sur-Mer vers 1939, photographie anonyme, Amsterdam, musée historique juif.
Naissance
Décès
(à 26 ans)
Auschwitz
Nationalité
Activité
Formation
Mouvement
Père
Albert Salomon (en)Voir et modifier les données sur Wikidata

Charlotte Lotte Salomon, née à Berlin le et morte à Auschwitz le , est une artiste peintre allemande.

Sommaire

BiographieModifier

EnfanceModifier

 
Autoportrait (1940), Amsterdam, musée historique juif.
 
Paula Lindberg (à gauche) avec Marjon Lambriks en 1980.

Enfant et fille unique d'Albert Salomon (en) (1883-1976) et de Fränze (Franziska) Grunwald, Charlotte Salomon grandit dans une famille aisée de la communauté juive berlinoise, son père étant médecin et professeur à l'université Humboldt de Berlin.

En 1926, on lui annonce la mort de sa mère à la suite d'une mauvaise grippe. C'est en réalité un suicide. En septembre 1930, en secondes noces, son père épouse l'artiste lyrique Paula Lindberg (de) (1897-2000)[1].

Antisémitisme et campsModifier

En janvier 1933, après la nomination d'Adolf Hitler au poste de chancelier, se produisent les premières persécutions de ce que les nazis considèrent comme les « ennemis du peuple allemand » : les communistes, les sociaux-démocrates, les socialistes, les francs-maçons et surtout les juifs sont interdits d'exercer certaines professions ou fonctions.

En septembre 1933, en raison de l'antisémitisme ambiant, Charlotte Salomon quitte le lycée un an avant l'Abitur (le baccalauréat allemand) et intègre l'Académie des arts de Berlin où elle commence à étudier l'art. Là encore, elle souffre de l'antisémitisme et doit interrompre ses études après s'être vu refuser le premier prix d'un concours d'art en raison de ses origines juives.

Son père, le professeur Salomon reçoit l'interdiction de professer à l'université et ne peut plus exercer la médecine qu'auprès des populations juives. En 1936, il est arrêté par les nazis et est interné à titre provisoire dans le camp de concentration de Sachsenhausen.

En janvier 1939, peu après la Nuit de Cristal (Reichskristallnacht, ), Charlotte Salomon quitte Berlin pour rejoindre ses grands-parents maternels partis d'Allemagne dès 1934 pour Rome puis le sud de la France à Villefranche-sur-Mer. Ils résident alors avec d'autres réfugiés dans la propriété d'Ottilie Moore, une Américaine.

Au mois de mars suivant, son père et sa belle-mère parviennent à quitter l'Allemagne pour Amsterdam aux Pays-Bas.

De la déclaration de la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939 jusqu'à la défaite et l'Armistice de juin 1940, nombre de Juifs allemands ou autrichiens fuyant les persécutions raciales du IIIe Reich se sont réfugiés plus à l'ouest dans des pays plus sûrs à leurs yeux. En France, leurs nationalités d'origine les rangeant parmi les ennemis, la plupart d'entre eux sont internés dans divers camps de « regroupement » ayant parfois précédemment servi à recevoir des Espagnols ayant fui leur pays passé sous le régime franquiste.

Sa grand-mère s'étant suicidée en mars 1940, Charlotte Salomon est internée avec son grand-père dans les Basses-Pyrénées au camp de Gurs. Ils en sont libérés quelques mois plus tard en raison du mauvais état de santé du grand-père et parviennent à regagner la Côte d'Azur, alors en Zone d'occupation italienne en France depuis l'armistice de juin 1940 où les Italiens, quoique vaincus sur leur front franco-italien des Alpes, ont reçu une part du territoire français au titre d'alliés des vainqueurs allemands.

En octobre 1941, leur hôtesse américaine, dont le pays n'est pas encore entré en guerre, quitte la France pour les États-Unis. Un peu plus tard, la même année, Charlotte Salomon intègre la pension La Belle Aurore à Saint-Jean-Cap-Ferrat.

Le , en réponse au débarquement anglo-américain du 9 novembre en Afrique du nord, les Allemands franchissent la ligne de démarcation définie par l'armistice du 22 juin 1940 et envahissent la totalité du territoire métropolitain français à l'exception de la Zone d'occupation italienne en France ; l'Italie fasciste bénéficie de ses bonnes relations avec l'Allemagne pour augmenter cette zone d'occupation et envahir la Corse restée jusque-là sous administration de l'État français. Le Rhône constitue grosso modo depuis Genève jusqu'à la Méditerranée, une frontière germano-italienne, Toulon et sa rade étant toutefois partagés entre les deux armées d'occupation.

Fin 1942, Charlotte Salomon part rejoindre son grand-père à Nice, car elle ne peut rester en France que sur la base de son statut de personne responsable de son grand-père. Cependant son œuvre laisse deviner que leurs relations sont teintées d'abus de la part du grand-père[2] : Charlotte confesse que ce qu'elle doit faire pour son grand-père lui fait honte, et qu'il lui demande de partager sa chambre. Elle raconte aussi dans Vie ou théâtre que dix nuits dans un train bondé lui sont moins pénibles qu'une seule avec son grand-père. En 2015, une de ses lettres de 35 pages rendue publique révèle qu'elle a empoisonné son grand-père[3] en lui préparant une omelette au véronal[4] en février 1943. Elle dessine son portrait pendant que le poison agit[5],[6].

Le , à Nice, Charlotte Salomon épouse Alexander Nagler, né le à Czernowitz[7], un autre réfugié juif de nationalité autrichienne qui aurait été un amant d'Ottilie Moore.

Après l'invasion de la majeure partie de l'Italie par les Armées alliées, la destitution de Mussolini par le roi Victor-Emmanuel III d'Italie et son remplacement par le maréchal Badoglio, le nouveau gouvernement italien signe le avec les Alliés un armistice retirant de facto puis de jure les troupes italiennes du camp de l'Axe (la majeure partie des troupes italiennes était en effet favorable au nouveau gouvernement de Badoglio). L'armée allemande envahit alors la Zone d'occupation italienne en France. En outre, elle impose ses lois raciales, de police (Gestapo) et de terreur. Commence alors, pour les juifs de la zone italienne, la déportation.

Les arrestations de juifs et de proscrits s'opèrent avec plus d'efficacité que du temps de l'occupation italienne. Les dénonciations se multiplient et c'est à la suite de l'une d'elles que Charlotte Salomon et son mari sont arrêtés. À cause d'une absence de justification lors de leur mariage leur non-judaïcité et d'une déclaration de résidence en tant que juifs, leur cas est rapidement signalé à la Gestapo. D'abord emmenés à l'hôtel Excelsior — siège niçois de la Gestapo — le 21 ou le 24 septembre, ils sont transférés à Drancy d'où le 7 octobre, par le convoi no 60, ils sont acheminés vers Auschwitz. Le 10 octobre, immédiatement à son arrivée, Charlotte, enceinte de quatre mois, est envoyée à la mort via l'une des chambres à gaz d'Auschwitz-Birkenau. Son époux meurt à son tour le 1er janvier suivant.

ŒuvreModifier

 
Gouache tirée de la série Est-ce la vie ou du théâtre ? (vers 1940-1942), Amsterdam, musée historique juif.

Charlotte Salomon, que tous les événements relatifs aux persécutions, aux arrestations, à la guerre et à sa propre histoire ont plongée dans une crise profonde, commence à peindre pour lutter contre le désespoir. De la fin 1940 à la mi-1942, elle se consacre à son œuvre autobiographique Leben? oder Theater? qui pourrait se traduire par Est-ce la vie ou du théâtre ? En 18 mois, elle peint environ 1 325 gouaches ou aquarelles à partir des trois seules couleurs primaires : rouge, jaune et bleu. Elle choisit de n'en terminer vraiment qu'un peu plus de 800.

Ces images montrent sa famille et ses amis, mettent en scène son enfance et sa jeunesse mais aussi les événements qu'elle a traversés. C'est une œuvre complexe s'accompagnant parfois aussi de texte et de musique. Les textes sont simples, parsemés de citations de la littérature allemande, Charlotte Salomon les insère dans ses tableaux, un peu à la manière d'une bande dessinée.

Peu avant son arrestation, en lui disant « Gardez-les bien, c’est toute ma vie », elle confie les gouaches de Leben? oder Theater?[8] à un ami proche, le docteur Moridis, afin qu'il les remette plus tard à Ottilie Moore.

De retour en Europe en 1946, cette dernière reçoit du Dr Moridis l'ensemble de l'œuvre pictural de Charlotte Salomon et le transmet en 1947 aux parents Salomon. Albert Salomon, rescapé après s'être évadé d'un camp de concentration à Westerbork aux Pays-Bas, et son épouse Paula ont survécu au conflit.

Totalement ignorants de l'existence de l'œuvre de leur fille, ils la conservent dans cinq boîtes soigneusement entourées de tissu. Ils n'en parlent qu'à leur ami Otto Frank, le père d'Anne Frank, venu leur demander leur avis concernant la biographie de leur fille[3]. En 1959, ils en signalent l'existence au Stedelijk Museum d'Amsterdam et plusieurs expositions s'ensuivent.

Le , Albert Salomon (mort en 1976) et son épouse (morte en 2000) donnent au musée historique juif (Joods Historisch Museum), le musée d'histoire juive d'Amsterdam, cette œuvre autobiographique et unique en son genre.

PublicationModifier

  • Charlotte Salomon, Vie ? ou Théâtre ?, Paris, Le Tripode, 2015 (ISBN 978-2370550682).

ExpositionsModifier

HommagesModifier

MusiqueModifier

 
L'opéra Charlotte Salomon au Festival de Salzbourg en 2014.

DanseModifier

RomanModifier

Charlotte roman de David Foenkinos qui s'inspire de la vie de Charlotte Salomon.

ThéâtreModifier

Charlotte libre adaptation de "Vie ? ou Théâtre ?" de Charlotte Salomon, et "Charlotte" de David Foenkinos, conception et mise en scène de Muriel Coulin, créé en 2019 au Théâtre du Rond-Point[17].

StolpersteineModifier

Des Stolpersteine, pavés enchâssés dans la chaussée créés par Gunter Demnig, notamment en Allemagne en mémoire aux victimes des nazis, rendent hommage à Charlotte Salomon et ses proches.

Notes et référencesModifier

  1. , surnommée par Charlotte « Paulinka » dans son œuvre Vie ou Théâtre.
  2. (en-US) « The Painter Charlotte Salomon Killed Her Grandfather. Then the Nazis Killed Her. », Jewniverse,‎ (lire en ligne, consulté le 16 septembre 2017).
  3. a et b « L’art, la vie, le poison », L'Humanité,‎ (lire en ligne, consulté le 16 septembre 2017).
  4. Toni Bentley, « The Obsessive Art and Great Confession of Charlotte Salomon », The New Yorker,‎ (ISSN 0028-792X, lire en ligne, consulté le 16 septembre 2017).
  5. Natalie Levisalles, « Charlotte Salomon, éclats de gouache », Libération.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 16 septembre 2017).
  6. (en-US) « Holocaust Victim Charlotte Salomon's Intensely Personal Oeuvre Will Be Showcased for the First Time in Amsterdam », artnet News,‎ (lire en ligne, consulté le 16 septembre 2017).
  7. Klarsfeld, 2012.
  8. Voir sur jhm.nl.
  9. www.jhm.nl
  10. Charlotte Salomon.
  11. Voir sur forumopera.com.
  12. http://www.theaturtle.com/charlotte.html
  13. https://luminatofestival.com/2017/Events/Charlotte-A-Tri-Coloured-Play-with-Music
  14. http://www.wsd2017.com/news/detail/226
  15. http://www.jewishrenaissance.org.uk/blog/review-theatre-charlotte-a-tri-coloured-play-with-music/
  16. http://myscena.org/newswire/isabel-bader-centre-performing-arts-queens-university-presents-charlotte-tri-coloured-play-music/
  17. https://www.theatredurondpoint.fr/spectacle/charlotte/

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier