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Zone d'occupation italienne en France

Organisation défensive des frontières en 1939-1940.
Avancée des armées allemandes entre le 13 et le 25 juin 1940 et tentative d'attaque italienne à partir du 21 juin.
Zones d'occupation en France de 1940 à 1944 :
• initialement en juillet 1940, le pays est coupé en quatre : zone occupée (dont une petite partie italienne), zone libre (séparation par une ligne de démarcation), Alsace-Moselle annexée de facto par le Reich, et deux départements du Nord sous l'administration militaire allemande de Bruxelles ;
• en novembre 1942 la zone occupée allemande s'étend : à la zone initiale (dite « zone nord ») s'ajoute la majeure partie de la zone libre (dite « zone sud » à partir de novembre 1942) ; simultanément l'Italie occupe la plupart des territoires à l'est du Rhône et la Corse ;
• en octobre 1943 les Italiens se retirent, la zone occupée allemande s'étend à tout le pays, mais simultanément la Corse se libère ;
• durant l'été 1944, à partir du 6 juin, la plus grande partie du territoire est libérée par les forces Alliées et celles de la Résistance.

Une zone d’occupation italienne en France lors de la Seconde Guerre mondiale (bataille de France) a été instituée par l’armistice du 24 juin 1940 signé entre les représentants de la France et de l’Italie. Ce nouvel armistice est signé peu après l’armistice du 22 juin 1940 entre la France et l’Allemagne.

Armistice de la villa IncisaModifier

L’armistice du 24 juin 1940 a été signé à la villa Incisa, à Olgiata (it), près de Rome.

Après la bataille des Alpes, la zone d’occupation italienne en France concerne initialement plusieurs zones frontalières attribuées aux Italiens. En effet, Hitler a rencontré Mussolini le 18 juin à Munich pour le convaincre de s’en tenir à ses vues[1]. Le Duce exigeait la flotte et l’aviation françaises, et voulait occuper la France jusqu’au Rhône, annexer Nice, la Savoie, la Corse, la Tunisie, Djibouti, les villes d’Alger, d’Oran et de Casablanca. Hitler considérait ces prétentions démesurées et de nature à compromettre la signature de l’armistice et la future « satellisation » de la France[1], d’autant que les Français protestent énergiquement contre les prétentions italiennes, la France n’ayant pas été vaincue par l’Italie, et « les hostilités n'[ayant] pratiquement jamais été ouvertes »[2].

C’est pourquoi, initialement, la zone d’occupation italienne est réduite : 800 km2, 28 000 habitants[3], mais comprend tout de même l’essentiel des fortifications bâties par la France sur sa frontière alpine : la « Ligne Maginot alpine ». Quatre départements sont ainsi partiellement occupés : Alpes-Maritimes, Basses-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence depuis 1970), Hautes-Alpes, Savoie[3]. En outre, une zone démilitarisée était établie en territoire français sur une largeur de 50 km à vol d’oiseau à partir de la nouvelle frontière ou de la limite des zones d’occupation italienne en France[4].

Outre cette zone occupée, certains petits territoires sont annexés par l’Italie, sans que cela soit officiellement reconnu par la France (pas plus que l’annexion de l’Alsace-Moselle par l’Allemagne) : Menton est la plus peuplée de ces zones[5]. Les occupants s'efforcent de re-italianiser Menton[5] : l'italien redevient la langue officielle et obligatoire[5]. L'enseignement est redonné en italien. La signalisation des rues est en italien. De nouvelles bornes kilométriques indiquent la distance avec Rome. Les habitants reçoivent une carte d'identité italienne et utilisent des timbres-poste italiens. Un nouveau journal, Il Nizzardo, est créé. La lire italienne est la monnaie légale.

Les deux départements de Savoie et le département de la Corse restent français : durent cette première période, ils ne furent ni annexés, ni occupés, ni démilitarisés, à l’exception d’une bande de territoire en Haute-Savoie[6].

Invasion de la zone libreModifier

 
Peloton de l'armée d'occupation italienne en France passée en revue par un général italien, un préfet maritime et un amiral français en 1942.

Les autres territoires revendiqués par Mussolini à la frontière entre la France et l'Italie sont occupés par l’armée italienne à partir du , en concordance avec l’invasion par les Allemands de la zone libre, antérieurement non occupée, en représailles au débarquement allié en Afrique du Nord[7],[8]. La ville de Nice par exemple est occupée par les Italiens dès le 11 novembre 1942[9]. Une zone d’occupation italienne en France bien plus conséquente est alors établie[8], par voie d'accords entre l'Allemagne nazie et l’Italie fasciste, jusqu’à la rive gauche du Rhône et en Corse (sans pour autant que cette dernière soit officiellement annexée)[9],[10].

Selon Éric Alary, « le Rhône sert de frontière entre les deux pays de l’Axe. Le tracé commence au sud-ouest de Genève, suivant une voie ferrée de la frontière suisse jusqu’à Bellegarde-sur-Valserine, Châtillon-en-Michaille et Nantua (Ain), avant de rejoindre Maillat, Poncin (Ain), La Verpillière, Heyrieux, Vienne (Isère) et Ambérieu (Rhône). La nouvelle limite épouse ensuite le cours du Rhône, jusqu'en amont d'Avignon où elle s’infléchit vers l’est jusqu'à la côte méditerranéenne au niveau de l'arsenal de Toulon, occupé conjointement. Bien que situées en partie ou en totalité à l'est du Rhône, Lyon, Avignon, Aix, Marseille, La Ciotat se trouvent en zone allemande[11]. »

Durant les onze mois d’existence de leur zone d’occupation élargie, les autorités italiennes protégèrent les Juifs de la persécution des nazis et du régime de Vichy[12],[13],[14] — grâce à l'action du banquier juif italien Angelo Donati, du capucin Père Marie-Benoît et du comité Dubouchage —, . Des milliers de Juifs furent mis en « résidence forcée » dans la zone de Vence et de Saint-Martin-Vésubie. Ces centres de « résidence forcée » étaient en réalité destinés à protéger les Juifs[5], qui purent s’échapper vers l’Italie après l’armistice entre les Italiens et les Alliés le 3 septembre 1943[15]. Le général Mario Vercellino (it), commandant en chef de l'armée d'occupation italienne, refusa de livrer les Juifs, pendant que l'évêque de Nice, Mgr Paul Rémond (reconnu Juste parmi les nations)[16], avec le réseau Marcel, sauva des centaines de personnes[17],[18],[19],[20].

Pour sa part, le maréchal Ugo Cavallero, chef d'État-Major général des armées italiennes, manifesta, début novembre 1942, sa désapprobation concernant certains aspects de la politique allemande, notamment envers les Juifs[21]. Il déclara aux Allemands[22] : « Les violences contre les Juifs ne sont pas compatibles avec l'honneur de l'armée italienne. »

D'autres raisons, moins idéalistes et plus intéressées pécuniairement, sont toutefois évoquées par l'historien Davide Rodogno[23].

Fin de l'occupation italienne en FranceModifier

Le , à la suite de la signature de l’armistice de Cassibile entre l'Italie et les Alliés, les Allemands prennent le contrôle des territoires jusque-là occupés par les Italiens en France. Les territoires annexés de facto par l’Italie (Menton…) reviennent sous administration du régime de Vichy. Les troupes italiennes présentes sur le territoire français ne se considèrent plus comme des troupes d’occupation et regagnent progressivement l’Italie[5]. Alors que dans le Nord de l’Italie, se met en place une République sociale italienne (RSI) vassale de l’Allemagne, les troupes italiennes qui n’ont pas évacué à temps la France sont désarmées par la Wehrmacht et envoyées dans des camps de prisonniers en Allemagne.

La LibérationModifier

Entre le 8 septembre et le , les Allemands et le régime de Vichy tentent de reprendre le contrôle de la Corse, mais grâce au concours des Alliés (opération « Vésuve » coordonnée, depuis Alger, par le général Giraud), les résistants locaux et une partie des troupes italiennes font de l’île le premier département français métropolitain libéré ; les Italiens pro-Alliés perdent 600 hommes dans ces combats[24]. Le reste des territoires de l’ancienne zone d’occupation italienne est libéré des Allemands en septembre 1944, par les troupes américaines et françaises débarquées en Provence à partir du , entre Hyères (à l’est de Toulon) et Cannes.

Notes et référencesModifier

  1. a et b Eberhard Jäckel, Frankreich in Hitlers Europa – Die deutsche Frankreichpolitik im Zweiten Weltkrieg, Deutsche Verlag-Anstalg GmbH, Stuttgart, 1966 ; traduction : La France dans l'Europe de Hitler (préface de Alfred Grosser, traduction de Denise Meunier), éd. Fayard, coll. « Les grandes études contemporaines », 1968, 554 p., p. 55-58.
  2. Eberhard Jäckel, La France dans l'Europe de Hitler, op. cit., p. 64-65.
  3. a et b Jacques Delperrié de Bayac, Le Royaume du maréchal – Histoire de la zone libre, Éditions Robert Laffont, 1975, p. 14.
  4. Frédéric le Moal et Max Schiavon, Juin 1940, La Guerre des Alpes [1].
  5. a b c d et e Jean-Louis Panicacci, « Occupation italienne », nicerendezvous.com.
  6. Carte intitulée « La France compartimentée (1940-1943) », 3e page insérée entre les pages 326 et 327, dans Éric Alary, La Ligne de démarcation – 1940-1944, éd. Perrin, Paris, 2003, 429 p. (ISBN 2-262-01598-8 et 978-2262015985).
  7. Giorgio Rochat (trad. Anne Pilloud), « La campagne italienne de juin 1940 dans les Alpes occidentales », Revue historique des armées, no 250, 2008, p. 77-84, sur le site du Service historique de la Défense, rha.revues.org. Mis en ligne le 6 juin 2008, consulté le 24 octobre 2008.
  8. a et b [PDF]« L’occupation italienne », sur le site resistance-en-isere.com, consulté le 24 octobre 2008.
  9. a et b (en) Winston Churchill, The Second World War, Plon, 1948-1954 ; rééd. La Deuxième Guerre mondiale, Le Cercle du Bibliophile, 12 vol. , 1965-1966, tome huitième, « Le tournant du destin - L’Afrique sauvée, 1942-1943 », chap. XI : « La torche est allumée », p. 221-222.
  10. Jean-Rémy Bézias et Jean-Louis Panicacci, L’occupation italienne. Sud-Est de la France, juin 1940 - septembre 1943 in : Cahiers de la Méditerranée n° 86, 2013, [2] mis en ligne le 13 décembre 2013, consulté le 14 février 2019 (préf.: Jean-Marie Guillon), Presses Universitaires de Rennes.
  11. Éric Alary, La Ligne de démarcation – 1940-1944, op. cit., p. 265.
  12. « Italie », Encyclopédie multimédia de la Shoah, sur le site memorial-wlc.recette.lbn.fr.
  13. Robert O. Paxton, La France de Vichy 1940-1944 (préface de Stanley Hoffmann, traduction Claude Bertrand), Éditions du Seuil, 1973 ; rééd. 1997 ; réimp. Seuil, coll. « Points Histoire », novembre 1999, 475 p. (ISBN 978-2-02-039210-5), p. 426-427 :
    « Il était naturellement beaucoup plus facile de cacher des Juifs dans le midi de la France que dans le ghetto d'Amsterdam par exemple. […] Il n'en reste pas moins qu'en 1943 ce furent les Alpes occupées par les Italiens qui offrirent le refuge refusé par Vichy. »
  14. Simone Veil, Une vie, éd. Stock, Paris, 2007 (ISBN 978-2234058170) ; rééd. Stock/ Le Livre de Poche, Paris, 2009, 343 p. (ISBN 978-2-253-12776-5), p. 34-36 :
    « […] Nice ne cessait d'accueillir des réfugiés juifs qui fuyaient le Nord de la France […] phénomène qui s'accentua encore avec l'occupation du Midi par les troupes italiennes, fin 1942. […] Il convient de souligner que les Italiens avaient une attitude de tolérance à l'égard des Juifs français. Paradoxalement ils se montraient plus libéraux à notre égard que les autorités de notre pays ne l'avaient été. Les Allemands […] ne tardèrent d'ailleurs pas à condamner la relative bienveillance des Italiens, mais en pure perte. De sorte que, jusqu'à l'été 1943, le Sud-Est de la France constitua un refuge pour les Juifs […]. Nice vit ainsi sa population s'accroître de près de trente mille habitants en quelques mois seulement. […] Après le chute de Mussolini, dans l'été 1943, les Italiens […] quittèrent la région. On entra dans la tragédie. Le 9 septembre 1943, la Gestapo débarquait en force à Nice, avant même les troupes allemandes. […] Les arrestations massives commencèrent aussitôt. Elles étaient conduites par Alois Brunner […] »
  15. (en) Lucio Monaco (trad. Corey Dimarco), « Borgo San Dalmazzo », Fondazione Memoria della Deportazione, sur le site deportati.it.
  16. « Remond Paul », Comité français pour Yad Vashem, yadvashem-france.org, consulté le 10 avril 2010.
  17. Céline Marrot-Fellague Ariouet, Les enfants cachés pendant la seconde guerre mondiale aux sources d'une histoire clandestine – « Chapitre I – Le réseau Marcel – Sauvetage des enfants juifs dans la région de Nice », mémoire de maîtrise sous la dir. de Marie-Anne Matard-Bonucci et de Pascal Ory, Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, octobre 1998, sur le site lamaisondesevres.org, consulté le 13 avril 2010.
  18. « Le réseau Marcel », sur le site de l'association « Les Enfants et Amis Abadi », moussa-odette-abadi.asso.fr, consulté le 13 avril 2010.
  19. « Le réseau Marcel, histoire d'un réseau juif clandestin », sur le site cndp.fr, consulté le 13 avril 2010.
  20. Jean Kleinmann, « Les politiques antisémites dans les Alpes-Maritimes de 1938 à 1944 », Cahiers de la Méditerranée, no 74, 2007, p. 305-319, mis en ligne le 15 novembre 2007, consulté le 5 février 2015.
  21. (en) Jonathan Steinberg, All Or Nothing – The Axis and the Holocaust, 1941-43,  éd. Routledge, Londres, 2002, 336 p. (ISBN 978-0-203-20034-6) (en) [présentation en ligne sur books.google.fr (page consultée le 11 avril 2010)], p. 67 :
    « [...] Cavallero told Pirelli [Alberto Pirelli] that Mussolini would have to make clear to their German ally' our disagreement on three points: treatment of the occupied countries, excesses towards Jews, and relation with the Papacy. »
  22. (it) Giorgio Bocca, Storia d'Italia nella guerra fascista 1940-1943,  éd. A. Mondadori, Milan, 1997 (1re édition 1969) (ISBN 978-8804426998), p. 414.
  23. « Les Juifs dans la zone d'occupation italienne », Cercle d'étude de la déportation et de la Shoah – Amicale d'Auschwitz, sur le site cercleshoah.org.
  24. « Septembre 1943, la libération de la Corse », sur le site cheminsdememoire.gouv.fr, consulté le 24 novembre 2008.

BibliographieModifier

AnnexesModifier