Bibliothéconomie

La bibliothéconomie est l'ensemble des techniques de gestion et d'organisation des bibliothèques. Il ne s’agit pas seulement de la collecte et de la conservation des supports documentaires, mais également des pratiques visant à les rendre disponibles au public de façon à ce qu’il puisse les consulter.[1]

Salle de lecture de la bibliothèque Sainte-Barbe, à Paris.

Le terme de bibliothéconomie est de plus en plus souvent délaissé au profit des expressions « science des bibliothèques » ou « sciences de l'information et des bibliothèques » (SIB). Bien que la bibliothéconomie soit de plus en plus référencée comme une sous-catégorie, une spécialisation des sciences de l'information, elle reste bel et bien une discipline théorique et professionnelle qui est, à ce jour, toujours enseignée et pratiquée. La bibliothéconomie a ses propres champs d'expertise, dont tirent parti les autres sciences de l'information. [2]

Cet article aborde l’histoire de la bibliothéconomie, à travers ses figures de proue, Melville Louis Kossuth Dewey, Shiyali Ramamrita Ranganathan et les ouvrages ayant construit la science des bibliothèques en elle-même, puis la déclinaison de domaines bibliothéconomiques spécialisés.

DescriptionModifier

Le positionnement de la bibliothéconomie au sein de la classification décimale universelle permet de dresser des contours plus nets de son acception. De fait, elle se positionne dans la classe numéro 02 et se décompose en sous-catégories telles que :

  • Les fonctions de la bibliothèque (relation entre les bibliothèques et son environnement, le dépôt légal, la législation, leur catégorisation…) ;
  • L'aménagement (les locaux, la salle de lecture, la salle de consultation, l'organisation de l'espace, le libre-accès au fonds…) ;
  • L'administration (le personnel, le lecteur, le règlement…) ;
  • La gestion technique de la bibliothèque (accroissement, catalogage, les étapes clés de la chaîne documentaire, l'entretien du livre, la reliure…).

En suivant ce découpage catégoriel, qui reflète la conception de la bibliothéconomie à l'origine, ce champ disciplinaire porte sur le régime des techniques et des savoir-faire relatifs à la gestion d’une bibliothèque dans les divers aspects du fonctionnement : la politique documentaire, la politique de services, la gestion des ressources (humaines, financières, matérielles), les processus de traitement et de communication des documents, l’automatisation des tâches, etc[3],[4].

Dans la foulée de la mutation numérique, la bibliothéconomie concerne aussi désormais les savoir-faire et les techniques liés aux divers supports documentaires de même que la gestion de leurs contenus : structuration des données bibliographiques et des catalogues, gestion du circuit documentaire, politique d’acquisition et de conservation des collections et ressources, organisation d’espaces documentaires ; la médiation de ces contenus avec des publics fait également partie de cette description[3].

La bibliothéconomie comme domaine des sciences de l’information s’inscrit dans une démarche scientifique. Au sens large, elle s’intéresse à la manière de répondre aux besoins informationnels de diverses collectivités à travers des pratiques et des services relatifs aux bibliothèques.[5]

HistoireModifier

Personnages importantsModifier

 
Une partie du système Dewey Decimal Classification

Melville Louis Kossuth Dewey (1851-1931) : Il inventa en 1873 le système de classification décimale qui porte son nom, conçu alors qu'il travaillait en bibliothèque. Ce système est basé sur les recherches et connaissances de Francis Bacon, William Torrey Harris et Natale Battezzati[6]. Il est aujourd'hui le plus utilisé au monde, dans plus de 183 pays, et mis fréquemment à jour par l'OCLC[7] . C'est une classification "permettant de ranger et de trouver des documents en se basant sur une classification thématique, universelle et décimale"[8].

Eugène Morel (1869-1934) : Écrivain et bibliothécaire important dans l'histoire de la bibliothèque publique. Il mènera un long combat pour la littérature publique en France ainsi que pour l'accessibilité des bibliothèques au grand public. Pour lui, la bibliothèque publique doit être neutre, libre[9], et au service de l'usager[10]. En 1908, il rédigea l'ouvrage Bibliothèques[9] qui est considéré comme " l'un des textes les plus importants pour le fondement du métier de bibliothécaire".(référence nécessaire) Il joua également un grand rôle dans l'évolution de l'enseignement de la bibliothéconomie auprès de bibliothécaires[10]. En 1910, il publia un autre ouvrage important pour la bibliothéconomie, La Librairie publique[11].

Shiyali Ramamrita Ranganathan 1892-1972 : Mathématicien, bibliothécaire et créateur du système de classement à facettes multidimentionnelles[12]. En tant que bibliothécaire, il avait comme valeur de rendre la connaissance et la bibliothèque accessibles.[13] "Ses recherches philosophiques et scientifiques l'on mené à créer les cinq lois des sciences de la bibliothéconomie : 1. Les livres sont faits pour être utilisés ; 2. À chaque lecteur son livre ; 3. À chaque livre son lecteur ; 4.Il faut sauver du temps au lecteur ; 5. La bibliothèque est un organisme en constante évolution"[14].

Suzanne Briet 1894-1989: Pionnière dans le domaine des sciences de l’information et dans la modernisation des bibliothèques. Elle est responsable de nouveaux d’outils qui se rapportent à la documentation, tels que la première salle de bibliographie de la bibliothèque de la Sorbonne et la salle des catalogues et bibliographies de la Bibliothèque nationale de France.[15] Elle est aussi à la base de la promotion d’une bibliothéconomie spécialisée et non encyclopédique. Auteure de Qu’est-ce que la documentation? un manifeste de 48 pages qui a eu une influence considérable sur la définition de document. Selon ce texte, un document est de l’information fixée sur un support sur lequel un utilisateur peut en comprendre le sens ou les savoirs.[15] Elle a eu une influence importante aux États-Unis, particulièrement dans les écoles de bibliothéconomie et de sciences de l’information, au sujet de ce qui constitue un document.[15]

Ouvrages importantsModifier

Le premier ouvrage de bibliothéconomie en français est de Gabriel Naudé[16]. C'est l'Advis pour dresser une bibliothèque ; publié pour la première fois en 1627, il contient des recommandations sur le fonctionnement d'une bibliothèque.

GéographieModifier

Au CanadaModifier

Avant l'ouverture du cours de bibliothéconomie à l'Université de McGill en 1904, la formation scolaire en bibliothéconomie se donnait aux États-Unis. Des années 30 aux années 60 plusieurs écoles de bibliothéconomies sont ouvertes au Canada. Dans les années 70, la discipline évolue, le diplôme permettant d'être bibliothécaire est maintenant de niveau de la maitrise dans plusieurs universités canadiennes.[17]

Au QuébecModifier

Des cours d'été en bibliothéconomie sont proposés par l'Université McGill dès 1904. Le professeur Charles Henry Gould gère ce programme pour lequel Melvil Dewey enseignera dès la première année[18]. Il faudra attendre 1931 pour que le baccalauréat dans cette discipline fasse partie de l'offre de programmes[19].

De son côté, l'École de bibliothécaires est fondée en 1937 et offre un baccalauréat en bibliothéconomie dès 1945. En 1961, elle change de nom pour l'École de bibliothéconomie et s'affilie à l'Université de Montréal[19].

Bibliothéconomie jeunesseModifier

La bibliothéconomie jeunesse relève de la science des bibliothèques et se définit comme un champ interdisciplinaire ou multidisciplinaire qui applique les approches théoriques, les pratiques et les outils de la gestion, des technologies de l'information, de l'éducation et d'autres secteurs reliés aux bibliothèques jeunesse, aux collections, à l'organisation, la préservation, la diffusion et la médiation des ressources en matière d'information pour les jeunes.

Bibliothéconomie scolaireModifier

La bibliothéconomie scolaire se spécialise non seulement dans l'obtention, la rétention et la conservation de supports et de l'information qu'ils contiennent, mais également dans la transmission de cette information à des buts éducatifs. [20] Comme il s'agit de l'application de pédagogie dans la pratique des bibliothécaires et techniciens et techniciennes en bibliothéconomies, la science de bibliothéconomie en milieu scolaire ne relève pas uniquement de la formation en sciences de l'information.[21]

Bibliothéconomie universitaireModifier

La formation en bibliothéconomie, en tant que science de l'information appliquée, permet aux étudiants et étudiantes des milieux universitaires, le corps professoral et professionnel ainsi que les chercheurs et chercheuses de profiter d'une efficacité et efficience générale dans la recherche d'information en milieux bibliothécaires mais également dans tout autre domaine d’information. [22]

L'accessibilité à une information fiable et spécialisée est une valeur reconnue par l'ensemble de la population universitaire comme nécessaire à la bonne conduite des études et de la recherche; c’est ce sur quoi se penche la bibliothéconomie en milieu universitaire.[23]

Bibliothéconomie publiqueModifier

La bibliothéconomie publique concerne la science des bibliothèques publiques, son histoire, ses missions, ses services[24].

Notes et référencesModifier

  1. « Bibliothéconomie | Enssib », sur www.enssib.fr (consulté le 15 octobre 2020)
  2. Guillaume Delaunay, « La place de la bibliothéconomie dans l'organisation des connaissances et les classifications », sur enssib, (consulté le 15 octobre 2020)
  3. a et b « Bibliothéconomie », sur www.enssib.fr (consulté le 2 septembre 2018)
  4. Samuel Rothstein; Karen Adams, « Culture: Bibliothèques et bibliothéconomie » dans L'Encyclopédie canadienne, Historica Canada, 1985–. Publié le 6 mai 2015. (consulté le )..
  5. Guylaine Beaudry, Profession bibliothécaire, Presses de l’Université de Montréal, (ISBN 978-2-7606-3117-5 et 978-2-8218-5053-8, DOI 10.4000/books.pum.399, lire en ligne)
  6. « Biographie de Melvil Dewey », sur OCLC, (consulté le 3 février 2020)
  7. ASTED, « Introduction à la Classification décimale Dewey », sur https://asted.org/, (consulté le 3 février 2019)
  8. Bulco, Bibliothèques universitaires, « Méthodologie documentaire: La classification Dewey », sur www.univ-littoral.fr, (consulté le 3 février 2020)
  9. a et b « Annexe III », dans Eugène Morel et la lecture publique : Un prophète en son pays, Éditions de la Bibliothèque publique d’information, coll. « Études et recherche », (ISBN 978-2-84246-225-3, lire en ligne), p. 204–210
  10. a et b Lydie Ducolomb, « Eugène Morel et la section des Bibliothèques modernes », sur bbf.enssib.fr, (consulté le 4 février 2020)
  11. « Annexe III », dans Eugène Morel et la lecture publique : Un prophète en son pays, coll. « Ã‰tudes et recherche », (ISBN 978-2-84246-225-3, lire en ligne), p. 204–210
  12. « Savoirs CDI: Shiyali Ramamrita Ranganathan », sur www.reseau-canope.fr (consulté le 4 février 2020)
  13. (en-US) « The Life and Work of S.R. Ranganathan | USC MMLIS », sur USC Library Science Degree Online, (consulté le 4 février 2020)
  14. K. S. Raghavan, « Shiyali Ramamrita Ranganathan », sur www.isko.org, (consulté le 4 février 2020)
  15. a b et c Sylvie Fayet-Scribe, « Connaissez-vous Suzanne Briet ? », sur bbf.enssib.fr, (consulté le 4 novembre 2020)
  16. (en-US) « Britannica Academic », sur academic.eb.com (consulté le 25 janvier 2018)
  17. « CultureBibliothèques et bibliothéconomie | l'Encyclopédie Canadienne », sur www.thecanadianencyclopedia.ca (consulté le 11 février 2020)
  18. Marcel Lajeunesse, « Le bibliothécaire québécois : d’un homme de lettres à un professionnel de l’information », Documentation et bibliothèques, vol. 51, no 2,‎ , p. 139–148 (ISSN 0315-2340 et 2291-8949, DOI https://doi.org/10.7202/1030095ar, lire en ligne, consulté le 4 février 2020)
  19. a et b Éric Leroux, « Brève chronologie de l’histoire des bibliothèques et de la bibliothéconomie au Québec : des débuts aux années 1960 » (consulté le 12 janvier 2020)
  20. Réal Messier, « Les bibliothèques à double allégeance : évolution du concept », Documentation et bibliothèques, vol. 23, no 4,‎ , p. 197–201 (ISSN 0315-2340 et 2291-8949, DOI 10.7202/1055207ar, lire en ligne, consulté le 15 octobre 2020)
  21. Paulette Bernhard, « La vraie nature des bibliothèques scolaires », Documentation et bibliothèques, vol. 40, no 4,‎ , p. 197–204 (ISSN 0315-2340 et 2291-8949, DOI 10.7202/1033492ar, lire en ligne, consulté le 15 octobre 2020)
  22. Yves Tessier, « Apprendre à s’informer : les fondements et les objectifs d’une politique de formation documentaire en milieu universitaire », Documentation et bibliothèques, vol. 23, no 2,‎ , p. 75–84 (ISSN 0315-2340 et 2291-8949, DOI 10.7202/1055248ar, lire en ligne, consulté le 15 octobre 2020)
  23. Mohamed Laghzali, « La formation documentaire en milieu universitaire », Documentation et bibliothèques, vol. 31, no 3,‎ , p. 119–124 (ISSN 0315-2340 et 2291-8949, DOI 10.7202/1052780ar, lire en ligne, consulté le 15 octobre 2020)
  24. McCook, Kathleen de la Peña,, Introduction to public librarianship (ISBN 978-0-8389-1506-6 et 083891506X, OCLC 1008765421, lire en ligne)

BibliographieModifier

Ouvrages historiquesModifier

  • Gabriel Naudé, Advis pour dresser une bibliothèque, Paris, Klincksieck, , XXIV + 164 p. (ISBN 2-252-02730-4).
    Reproduction photomécanique de l'édition de 1644, Paris, Rolet le Duc. Précédée de L'Advis, manifeste de la bibliothèque érudite, par Claude Jolly.
  • Léopold-Auguste Constantin (pages choisies et présentées par Noë Richter), Bibliothéconomie : nouveau manuel complet pour l'arrangement, la construction et l'administration des bibliothèques, Bernay, Société d'histoire de la lecture, coll. « Matériaux pour une histoire de la lecture et de ses institutions » (no 18), (1re éd. 1839), 70 p. (ISBN 2-912626-17-X).

ÉtudesModifier

  • Bénédicte Grailles, Patrice Marcilloux, Valérie Neveu et Véronique Sarrazin (dir.), Classer les archives et les bibliothèques : mise en ordre et raisons classificatoires, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , 244 p. (ISBN 978-2-7535-4063-7).
  • Adrienne Cazenobe, Les collections en devenir : typologie des documents, politique et traitement documentaire, Paris, Electre-Editions du Cercle de la Librairie, coll. « Bibliothèques », , 304 p. (ISBN 978-2-7654-0981-6).
  • Yves Alix (dir.) et Association des bibliothécaires de France, Manuel du bibliothécaire, Paris, Electre-Editions du Cercle de la Librairie, coll. « Bibliothèques », , 565 p. (ISBN 978-2-7654-1397-4).

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Lien externeModifier