Ana Gomes

politicienne et diplomate portugaise

Ana Gomes
Illustration.
Fonctions
Députée européenne

(14 ans, 11 mois et 11 jours)
Élection 13 juin 2004
Réélection 7 juin 2009
25 mai 2014
Législature 6e, 7e et 8e
Groupe politique PSE (2004-2009)
S&D (2009-2019)
Ambassadrice du Portugal en Indonésie

(2 ans, 8 mois et 10 jours)
Successeur José Manuel Santos Braga
Biographie
Nom de naissance Ana Maria Rosa Martins Gomes
Date de naissance (67 ans)
Lieu de naissance Lisbonne
Nationalité Portugaise
Parti politique PS
Diplômée de Université de Lisbonne

Ana Gomes, née le à Lisbonne, est une diplomate et femme politique portugaise, membre du Parti socialiste portugais.

Diplomate de carrière depuis 1980, Ana Gomes a exercé de nombreuses fonctions, y compris au sein de l'Organisation des Nations Unies à Genève et à New York. Elle est ambassadrice du Portugal à Jakarta de 2000 à 2003.

Députée européenne de 2004 à 2019, elle est particulièrement active au Parlement européen sur les sujets diplomatiques, liés aux droits humains, à la sécurité et à la défense, au développement international et à l'égalité des sexes.

Soutenue par le Parti socialiste, elle se présente sans succès à l'élection présidentielle de 2021 face au président sortant, Marcelo Rebelo de Sousa.

BiographieModifier

Ana Maria Rosa Martins Gomes naît le à Lisbonne.

Étudiante en droit à l'Université de Lisbonne, elle obtient une licence en 1979 avant d'intégrer l'Institut national de l'administration où elle suit le cours de droit communautaire européen.

Ses études sont marquées par la révolution des Œillets, lors de laquelle elle milite au Parti communiste des travailleurs portugais, aux côtés notamment de José Manuel Barroso.

Veuve du diplomate António Franco (1944-2020), elle a une fille, Joana Gomes Cardoso, née de sa première union avec l'historien António Monteiro Cardoso (1950-2016)[1].

Carrière diplomatiqueModifier

Admise en 1980 au concours du Ministère des Affaires étrangères portugais, elle commence sa carrière diplomatique comme conseillère du président de la République Ramalho Eanes de 1982 à 1986. Elle est notamment chargée de préparer l'entrée imminente du Portugal dans l'Union européenne.

Elle est ensuite secrétaire de la représentation permanente portugaise à l'Office des Nations Unies à Genève jusqu'en 1989, avant d'exercer les missions de conseillère dans les ambassades portugaises de Tokyo (de 1989 à 1991) et de Londres (de 1991 à 1994).

En 1994, elle est nommée directrice des services Europe du Ministère des Affaires étrangères. Cheffe de cabinet du Secrétaire d'État aux Affaires européennes Francisco Seixas da Costa de 1995 à 1996, elle devient coordinatrice de la délégation portugaise auprès du Conseil de sécurité des Nations Unies en 1997.

Elle quitte son poste en 1998 pour diriger la section d'intérêts portugais à l'ambassade des Pays-Bas à Jakarta.

Sur proposition du Premier ministre António Guterres, le président Jorge Sampaio la nomme ambassadrice du Portugal en Indonésie le [2]. À ce titre, elle accompagne activement le processus d'indépendance du Timor oriental, annexé illégalement par l'Indonésie en 1975, ainsi que le rétablissement des relations diplomatiques entre l'Indonésie et le Portugal.

À la fin de sa mission au Timor oriental — l'indépendance du pays ayant été définitivement acquise en 2002, José Manuel Barroso, alors Premier ministre, lui propose de poursuivre sa mission d'ambassadrice dans une autre destination. Souhaitant dans un premier temps accompagner son mari, António Franco, dans sa mission diplomatique au Brésil, Ana Gomes refuse la proposition et met fin à sa carrière de diplomate[1]. Elle est officiellement relevée de ses fonctions le [3].

Parcours politiqueModifier

À la suite de sa carrière diplomatique, elle s'engage dans la politique nationale portugaise. Membre du Parti socialiste portugais depuis le , elle devient Secrétaire nationale aux relations extérieures du Parti socialiste jusqu'en 2004.

Élue députée européenne en 2004, elle est réélue au Parlement européen en 2009 et 2014.

En 2009, elle présente sa candidature, sans succès, aux élections municipales de Sintra.

Députée européenneModifier

Élue le membre du Parlement européen[4], elle y prend ses fonctions le et siège dans le groupe du Parti socialiste européen.

Membre de la Commission des Affaires étrangères et de la Délégation pour les relations avec l'Irak, elle rédige de nombreux rapports sur les sujets diplomatiques.

Elle dirige et participe à plusieurs missions d'observation électorale du Parlement européen, notamment en Éthiopie en 2005, en République démocratique du Congo en 2006, au Timor oriental en 2007 et en Angola en 2008.

Dans le cadre de son mandat, elle effectue de nombreux déplacements notamment en Afghanistan, en Bosnie-Herzégovine, au Kosovo, en Israël et dans les territoires palestiniens, en Syrie, au Soudan, au Tchad.

En tant que membre de la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures du Parlement européen, elle enquête sur les « vols secrets » opérés par la CIA pour le transport clandestin de ses prisonniers, vols qui transitaient par plusieurs États européens et notamment par la base aérienne de Lajes aux Açores[5].

En 2010, elle prend position pour un fédéralisme européen en signant le manifeste du Groupe Spinelli.

De 2016 à 2017, juste après l'affaire des Panama Papers, elle est élue vice-présidente de la Commission d'enquête chargée d'examiner les allégations d'infraction et de mauvaise administration dans l'application du droit de l'Union en matière de blanchiment de capitaux, d'évasion fiscale et de fraude fiscale puis, de 2018 à 2019, de la Commission spéciale sur la criminalité financière, la fraude fiscale et l'évasion fiscale[4].

Elle soutient publiquement le lanceur d'alerte Rui Pinto, auteur des Football Leaks et des Luanda Leaks[1] et lui rend visite en prison.

Candidate à l'élection présidentielle de 2021Modifier

Bien que le Parti socialiste portugais ait décidé de ne pas présenter de candidat face au président sortant Marcelo Rebelo de Sousa, Ana Gomes présente une candidature indépendante à la présidence de la République portugaise lors de l'élection présidentielle du 24 janvier 2021[6].

Critique du Premier ministre António Costa, sa candidature est soutenue par plusieurs leaders socialistes, dont le Ministre des Infrastructures Pedro Nuno Santos, l'ancien Ministre de la Culture Castro Mendes et Isabel Soares, fille de l'ancien Président de la République portugais Mário Soares[7]. Sa candidature est également soutenue par les partis PAN et Livre.

Sa déclaration officielle de candidature a lieu le à Belém[7].

Dans cette déclaration, elle accuse le président Marcelo Rebelo de Sousa d'être « le plus grand déstabilisateur de la démocratie au Portugal » et dénonce son silence à la suite de la mort d'Ihor Homenyuk, citoyen ukrainien torturé par les services de l'immigration à l'aéroport de Lisbonne[8],[7]. Cette affaire soulève la question des violences policières et des infiltrations de l'extrême-droite au sein des forces de l'ordre portugaises[9]. Elle estime par ailleurs que le parti d'extrême-droite Chega « remet clairement en cause la Constitution » et n'aurait pas dû être légalisé[9].

Elle critique également le silence des autorités portugaises sur le fonctionnement de la zone franche de Madère, accusé par les autorités européennes de constituer un paradis fiscal[10],[7].

Elle annonce vouloir « une prospérité partagée, un emploi décent, un logement, la justice sociale, l'équité fiscale, un système judiciaire efficace, un équilibre écologique»[11]. Lors d'un débat à la faculté d'économie de l'Université de Coimbra le , elle déclare vouloir aller plus loin dans la décentralisation du Portugal et appelle de ses vœux une « politique sérieuse de régionalisation », qualifiant les élections des Commissions de Coordination et du Développement Régional de « fausses élections »[12].

Elle obtient 13 % des suffrages exprimés, juste devant le candidat d'extrême droite André Ventura (12 %) et derrière le président sortant, Marcelo Rebelo de Sousa, qui est réélu dès le premier tour avec près de 61 % des voix.

ControversesModifier

Invitation d'Omar Barghouti au Parlement européenModifier

Le , alors députée européenne, Ana Gomes organise, avec le député européen chypriote Neoklis Sylikiotis, un colloque au Parlement européen intitulé « Les colonies israéliennes en Palestine et l'Union européenne », en présence notamment d'Omar Barghouti, co-fondateur de la campagne « Boycott, désinvestissement et sanctions » qui vise Israël.

Ana Gomes reçoit des pressions internes pour faire annuler cette rencontre, parmi lesquelles celles du groupe S&D et du président du Parlement européen Antonio Tajani, ainsi que de nombreuses pressions d'organisations pro-israéliennes. Elle qualifie ces organisations de « lobby très pervers qui ment et emploie des techniques d'intimidation ». Ces mots font l'objet d'une condamnation de la part de Katharina von Schnurbein, coordinatrice de la Commission européenne pour la lutte contre l'antisémitisme, qui l'accuse d'antisémitisme.

Dans une lettre adressée à Jean-Claude Juncker datée du , Ana Gomes se défend de tout antisémitisme et demande une enquête sur ce qu'elle estime être une « campagne de diffamation » dirigée contre elle[13].

Vaccination contre la grippeModifier

Le , elle interpelle la Direction générale de la Santé en révélant sur Twitter avoir reçu le vaccin contre la grippe par l'intermédiaire d'une amie française, justifiant « [en avoir] marre d'attendre la disponibilité dans une pharmacie où [elle s'est] inscrite en septembre »[14], tout en s'étant faite vacciner dans une pharmacie de Lisbonne[15].

Le journal Observador juge que cet acte va à l'encontre des règles édictées par Infarmed, l'autorité nationale du médicament portugaise[15]. Ana Gomes conteste toute illégalité de cet acte et indique avoir voulu montrer son mécontentement concernant l'indisponibilité du vaccin pour les catégories de la population jugées « à risque », dont les 65 ans et plus dont elle fait partie.

DistinctionsModifier

Décorations portugaisesModifier

Décorations étrangèresModifier

Prix et nominationsModifier

  • Prix des droits de l'Homme « Ruth Pearce » de l'année 1989 attribué par les ONG des droits humains à Genève ;
  • Nommée « Personnalité de l'année 1999 » par l'hebdomadaire portugais Expresso ;
  • Nommée « Personnalité de l'année 1999 » par l'Association des correspondants étrangers de Lisbonne ;
  • Prix des droits humains de l'Assemblée de la République portugaise de l'année 1999 ;
  • Nommée « Activiste de l'année 2008 » par le magazine politique européen The Parliament Magazine ;
  • Nommée membre d'honneur de Transparência e Integridade, branche portugaise de l'ONG Transparency International, en 2010[1].

Notes et référencesModifier

  1. a b c et d (pt) Pedro Raínho et Sílvia Caneco, « Ana Gomes: toda a história de uma indignada militante que quer ser Presidente da República », VISÃO,‎ (lire en ligne)
  2. (pt) « Decreto do Presidente da República n.º 37/2000 », sur dre.pt,
  3. (pt) « Decreto do Presidente da República n.º 20/2003 », sur dre.pt,
  4. a et b « Ana Gomes », sur la base de données des députés au Parlement européen
  5. « Vols CIA: les Etats de l'UE doivent enquêter sur les sites secrets de détention en Europe », sur europarl.europa.eu, (consulté le )
  6. « Portugal. Le président Marcelo Rebelo de Sousa confirme sa candidature à un second mandat », Ouest-France,‎ (lire en ligne)
  7. a b c et d (pt) Rosa Pedroso Lima, « Ana Gomes soma apoios socialistas e segue contra silêncios de Marcelo », Expresso,‎ (lire en ligne)
  8. Vincent Barros, « Démission. Scandale au Portugal après la mort d’un Ukrainien, torturé par les services d’immigration », Courrier international,‎ (lire en ligne)
  9. a et b (pt) « Ana Gomes aponta ao Presidente e diz que Chega não deveria ter sido legalizado », Expresso,‎ (lire en ligne)
  10. Maxime Vaudano et Jérémie Baruch, « L'île de Madère est-elle un paradis fiscal ? », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  11. (pt) « Ana Gomes 2021 - Cuidar de Portugal », sur anagomes2021.pt (consulté le )
  12. (pt) « Presidenciais. Ana Gomes quer uma "política de regionalização a sério" », Observador,‎ (lire en ligne)
  13. (en) Ana Gomes, « Letter to Jean-Claude Juncker, Federica Mogherini and Ombudsman O'Reilly », sur anagomes.eu, (consulté le )
  14. (pt) Ana Gomes, « Farta d esperar disponibilidade em farmácia onde me inscrevi em Setembro... », sur twitter.com, (consulté le )
  15. a et b (pt) Olímpia Mairos, « Ana Gomes toma vacina da gripe trazida de França por uma amiga. Infarmed diz que é ilegal », Renascença,‎ (lire en ligne)

Liens externesModifier