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Allégorie (arts visuels)

genre pictural qui emploie une figure pour représenter une idée ou une institution
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Abundantia, par Noël Coypel, 1700

Dans le domaine des arts visuels, une allégorie est la représentation d'une idée abstraite ou d'une fable par une figure humaine, quelquefois animale ou hybride (lion, dragon, centaure). Une action et des attributs donnent des indications sur le sens de l'ouvrage. Toutefois, « l'allégorie ne trouve son plein sens que dans la proposition qui en livre la clé[1] ».

Exemple :
  • L'allégorie de la Justice (idée) emploie le plus souvent une femme (figure) tenant une balance, attribut conventionnel et symbole de l'évaluation des arguments qui lui sont présentés (action). La Justice dont il est question ici est donc l'institution et celle qui se dégage du débat judiciaire ; aussi cette allégorie orne-t-elle en général les lieux qui lui sont consacrés. Elle s'oppose implicitement à d'autres notions de la justice courantes dans la même société (vengeance, par exemple).
  • La représentation d'un homme musculeux (figure) avec une enclume et un marteau (attributs) peut se comprendre comme une allégorie du travail (idée), directement ou indirectement. Si l'homme est barbu, comme les dieux grecs, il peut s'agir d'une effigie de Héphaïstos ou de Vulcain, ce qui enrichit la première interprétation des mythes qui se rapportent à ces personnages. Si le titre de l'ouvrage indique clairement qu'il s'agit d'une allégorie du travail, l'œuvre déclare implicitement que ce genre de travail est le plus représentatif de l'idée de travail et associe celle-ci au genre masculin.

La compréhension des attributs ou de l'action exige la connaissance des codes qui associent un accessoire ou une action à une idée. Un même thème de peinture ou de sculpture peut se trouver réinterprété, lorsque les codes et associations symboliques courantes ont changé.

Exemple :

Sommaire

Situation de l'allégorie dans l'artModifier

Les exemples d'allégorie sont légion en peinture et en sculpture. En France, l'Académie faisait de l'allégorie la catégorie supérieure dans la hiérarchie des genres artistiques. Ce type de travail était donc particulièrement susceptible d'obtenir des commandes officielles et des prix élevés.

Le point de vue classique différencie les allégories des figures symboliques en ce que celles-ci ne sont pas tenues, comme les premières, d'être « parfaitement imitées ». Il pose des conditions de réception : il faut que ses figures soient faciles à reconnaître, et qu'elles enrichissent le sujet d'idées abstraites que les personnages ne peuvent exprimer par leur action. « On doit regarder l'allégorie comme autorisée, lorsque l'Artiste traite un sujet emprunté d'un Poëte, qui a lui-même employé ce langage[3] ». De ce fait, l'allégorie est un délice de personnes cultivées, capable de reconnaître l'allusion, et semble souvent ridicule aux autres. « C'est ce qui arrive de presque toutes les compositions absolument allégoriques. On peut justement avancer qu'elles se rapprochent de ce que nous nommons énigmes[4] ».

Toute œuvre figurative est susceptible d'être interprétée comme une allégorie, quelles qu'aient pu être les intentions affichées du commanditaire et de l'auteur[5].

Allégorie et réalismeModifier

 
Willem Eversdijck, Allégorie de l'expansion de la pêche hollandaise après la deuxième guerre anglo-néerlandaise. Amsterdam, Rijksmuseum.

Certains courants artistiques s'attachent à montrer des objets et personnages de la vie réelle, plutôt que des figures mythiques. Cela ne les empêche pas de représenter des abstractions par des personnages accompagnés d'objets ou d'actions représentatifs. Ainsi Les Effets du bon et du mauvais gouvernement (en italien Allegorie ed effetti del Buono e Cattivo Governo ), une série de fresques d'Ambrogio Lorenzetti placées sur les murs de plusieurs salles du Palazzo Pubblico de Sienne, est-elle, en même temps qu'une des premiers exemples de peinture de paysage, une allégorie.

L'école hollandaise, au XVIIe siècle, se caractérise par la célébration du pays et de ceux qui l'habitent. Beaucoup de ses représentations, représentant des types de personnages, que l'on n'identifie pas comme des personnes particulières, peuvent s'interpréter comme des allégories des vertus qui leur sont associées. Dans certaines peintures, l'allégorie est le motif central[6].

Allégorie et symbolismeModifier

L'allégorie est, à la fin du XIXe siècle, très discréditée en peinture. Cependant Maurice Denis note « Nous nous étonnons que des critiques renseignés, comme M. Georges Lecomte, se soient plu à confondre les tendances mystiques et allégoriques, c'est-à-dire la recherche de l'expression par le sujet, et les tendances symbolistes, c'est-à-dire la recherche de l'expression par l'œuvre d'art[7] ». Sans être informé des querelles de chapelle de l'époque, il est difficile de séparer le symbolisme de la fin du siècle des peintures nettement allégoriques de Puvis de Chavannes une trentaine d'années plus tôt. Les peintres symbolistes ont évité de définir leur principe artistique, se situant principalement par opposition aux réalistes et aux impressionnistes[8]. La philosophie discute de la distinction entre allégorie' et symbole[9] ; à la fin du XIXe siècle, Jules Adeline définit l'allégorie comme représentation de personnages symboliques[10].

EsthétiqueModifier

L'allégorie, très employée à toutes les époques, a aussi été très décriée. Hegel écrit qu'on lui reproche une froideur, un manque de vie, en expliquant qu'un être allégorique, abstrait, est dépourvu d'individualité. Les principes qui lui ont fait accorder de la valeur dans l'Académie se trouvent ainsi retournés contre elle ; elle apparaît comme une vaine tentative des arts visuels pour accéder au monde des idées et des idéaux, auquel les dispositions classiques accordaient une supériorité. Ce reproche ne vise cependant pas nécessairement l'allégorie ; si une œuvre d'intention allégorique semble froide, cela peut-être aussi bien que parce que son auteur a échouer à donner vie à ses personnages, que parce que cet objectif serait impossible[11].

TypesModifier

Abstraction personnaliséeModifier

Le titre de l'ouvrage indique généralement l'idée.

Exemple :

Chacune des vingt-quatre statues de la Grande Commande de Louis XIV de France pour le parc du château de Versailles est une allégorie, représentant une des quatre parties du monde, des quatre éléments, des quatre saisons, des quatre parties du jour, des quatre complexions de l'homme et des quatre genres poétiques.

Allégorie de divinitéModifier

Comme le mythe est, dans l'ordre du discours et de la rhétorique, une allégorie, la représentation de figures mythiques munies de leurs attributs caractéristiques peut se classer dans le genre allégorique. C'est cependant la représentation d'une action, renvoyant précisément à un mythe, qui fait de l'ouvrage une allégorie et non une simple effigie.

Exemple :
  • Une femme casquée, armée de l'égide, portant une branche d'olivier est une effigie d'Athéna.
  • La même, dans un tableau représentant le jugement de Pâris, où celui-ci exprime sa préférence pour Aphrodite, ce qui déclenchera la guerre de Troie, participe certainement à une allégorie.

Ce type d'allégorie renvoie aux connaissances liées à la mythographie communément admise pour les dieux, Héros ou personnages légendaires qu'elle évoque. Comme les associations symboliques de ceux-ci sont assez fluides, et que les mythes contiennent une foule de détails que l'on peut considérer comme significatifs, les conclusions que les spectateurs tirent de l'ouvrage sont le plus souvent sujettes à discussion.

PeintureModifier

L'allégorie a souvent été le pretexte pour présenter de jolies figures, dont, sans le titre, on ne saurait dire à quelle abstraction elles renvoient.

AfficheModifier

 
Avant l'Oncle Sam : Columbia.

La propagande et la publicité, tout comme la bande dessinée peuvent utiliser l'allégorie dès lors que le personnage que représente l'affiche est suffisamment associé à l'idée qu'elles veulent promouvoir.

Figures allégoriques nationalesModifier

Les nations occidentales ont largement utilisé des allégories, généralement féminines, pour représenter ce qu'un cliché désigne comme la mère patrie. Plus que le drapeau national, simple signe conventionnel, ces représentations, utilisées le plus souvent dans des affiches, peuvent porter des caractères qu'on attribue à la collectivité qui les emploie.

Publicité commercialeModifier

La publicité utilise des personnages allégoriques comme la Mère Denis pour associer une marque à des qualités humaines qui attirent le public qu'elle vise.

Bande dessinéeModifier

Particulièrement dans la bande dessinée conçue comme participant à l'éducation de l'enfance, des personnages, en dehors de ceux destinés à provoquer un sentiment d'identification du lecteur, sont clairement allégoriques. L'Oncle Picsou de Walt Disney se lit aisément comme une allégorie de l'entrepreneur américain, toujours actif et positif mais égoïste et obscédé par l'argent.

L'ensemble de la série Astérix le Gaulois de René Gosciny et Albert Uderzo se lit comme une allégorie satirique de la France moderne.

SculptureModifier

 
Allégorie du triomphe de la République, par Jules Dalou.
Article détaillé : Sculpture allégorique.

L'allégorie en sculpture suit les courants de l'art en général ; on en trouve à foison du XVIe siècle au XXe siècle, tant que la figuration domine le champ artistique.

Exemple :
  • Le tombeau de Louis XII de France et d'Anne de Bretagne son épouse (Jean Juste, 1516) à la Basilique de Saint-Denis est orné d'allégories des quatre vertus cardinales classiques, Justice, Force, Tempérance et Prudence.
  • À la fin du XIXe siècle, les bâtiments officiels et jardins publics s'ornent d'innombrables allégories de la République, de la Nation, du Commerce, des Arts, de l'Industrie, de l'Agriculture.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier


Notes et référencesModifier

  1. Gérard Lagneau, « Trompe-lœil et faux-semblant : photographes et photographies de publicité », dans Pierre Bourdieu, Luc Boltanski, René Castel, Jean-Claude Chamboredon, Un art moyen : essai sur les usages sociaux de la photographie, Paris, Minuit, , 2e éd. (1re éd. 1965), 361 p., p. 216.
  2. Ripa 1643, Winkelmann 1799.
  3. a et b Claude-Henri Watelet, Beaux-arts, t. 1, Panckoucke, coll. « Encyclopédie méthodique », (lire en ligne), p. 16
  4. Watelet 1791, p. 17.
  5. Eugène Véron, L'esthétique : Origine des arts, le goût et le génie, définition de l'art et de l'esthétique, Paris, (lire en ligne), p. 158 relève déjà ce propos chez W. Bürger, Salon de 1861.
  6. Tzvetan Todorov, Eloge de l'individu : essai sur la peinture flamande de la Renaissance, Paris, Adam Biro, coll. « Points », (1re éd. 2000).
  7. Maurice Denis, Théories, 3, (1re éd. 1912) (lire en ligne), p. 17.
  8. Dario Gamboni, « Le « symbolisme en peinture » et la littérature », REvue de l'art,‎ (lire en ligne).
  9. Anne Souriau (dir.), Vocabulaire d'esthétique : par Étienne Souriau (1892-1979), Paris, PUF, coll. « Quadrige », (1re éd. 1990) (ISBN 9782130573692), p. 87 « Allégorie »
  10. Jules Adeline, Lexique des termes d'art, nouvelle ed., coll. « Bibliothèque de l'enseignement des beaux-arts », (1re éd. 1884) (lire en ligne), p. 16 « Allégorie ».
  11. Souriau 2010, p. 88-89.