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Tempérance

une des quatre vertus cardinales
La Tempérance, représentation du gisant de François II de Bretagne.
Représentation de la tempérance, sculpture de bois peint, datée de 1683, sur l'édicule qui couvre la cuve baptismale de l'église bretonne de Commana. La figure renverse du pied une cruche de vin, et tient une cruche d'eau.

La tempérance est définie comme modération ou retenue de soi-même volontaire[1]. Elle est typiquement décrite en fonction de ce qu'un individu se retient de faire. Ceci inclut la retenue de représailles comme désir de paix et de pardon, retenue d'arrogance comme forme d'humilité et de modestie ainsi que la retenue d'excès comme forme de prudence, de calme et de contrôle de soi[2].

Elle est (avec la prudence, la force et la justice) l’une des quatre vertus cardinales, dans la philosophie réaliste comme chez le philosophe grec Platon. Il existe différentes versions des quatre vertus cardinales (Sagesse, Justice, Prudence, Tempérance), (Sagesse, Justice, Courage, Tempérance) ou encore (Sagesse, Justice, Force Morale, Tempérance) selon l'empereur et philosophe stoïcien Marc Aurèle.

Saint Thomas d'Aquin reprendra cette classification en fondant toute sa morale du bonheur sur les vertus cardinales.

Il y ajoutera les vertus théologales (qui sont la foi, l’espérance et la charité) et les dons du Saint-Esprit qui forment toute la structure anthropologique de la personne « mise debout » dans sa nature et par la grâce.

PrésentationModifier

La vertu de tempérance est liée aux trois autres vertus cardinales : on ne peut être vraiment prudent, ni vraiment juste, ni vraiment fort, si l’on ne possède pas aussi la vertu de tempérance. Cette vertu conditionne indirectement toutes les autres vertus - mais toutes les autres vertus sont indispensables pour que l’Homme soit tempérant (ou sobre). Cette vertu est appelée aussi sobriété. Elle est nécessaire à l’harmonie intérieure de l’homme, à sa beauté intérieure - et à sa santé (psychique et physique).

Le terme de tempérance semble se rapporter en quelque sorte à ce qui est hors de l’Homme (nourriture, boisson, etc.). Cette référence à des éléments extérieurs à l’Homme trouve son fondement dans l’Homme. La vertu de tempérance permet à chaque Homme de faire triompher son « moi supérieur » sur son « moi inférieur ». Cette maîtrise met en valeur le corps. La vertu de tempérance fait en sorte que le corps et nos sens trouvent la juste place qui leur revient dans l'être humain.

La tempérance pour les GrecsModifier

Pour les Grecs (Platon et Aristote notamment), la tempérance (ou modération, autre terme pour traduire le grec) est une vertu essentielle, qui vise à contrer un vice qui hantait les Grecs : la démesure.

Nietzsche, dans la Naissance de la tragédie, rattache l'hybris au dionysiaque et la sophrosyne à l'apollinien.

La tempérance dans le christianismeModifier

La tempérance est la vertu morale qui modère l'attrait des plaisirs et procure l'équilibre dans l'usage des biens créés. Elle assure la maîtrise de la volonté sur les instincts et maintient les désirs dans les limites de l'honnêteté. La personne tempérante oriente vers le bien ses appétits sensibles, garde une saine discrétion et « ne se laisse pas entraîner pour suivre les passions de son cœur » (SI 5, 2). La tempérance est souvent louée dans l'Ancien Testament : « Ne te laisse pas aller à tes convoitises, réprime tes appétits » (Si 18, 30). Dans le Nouveau Testament, elle est appelée « modération » ou « sobriété ». Nous devons « vivre avec modération, justice et piété dans le monde présent » (Tt 2, 12)[3].

Les deux plaisirs réglés par la tempérance sont ceux du manger et la délectation charnelle. Notons au passage que le plaisir en tant que tel est moralement neutre en doctrine catholique. On distingue dans la tempérance les habitus spirituel suivants[4]:

  • l'abstinence qui règle la délectation du manger. Cela concerne les aliments et boissons non alcoolisées.
  • la sobriété qui règle l'usage des boissons alcoolisées.
  • la chasteté, la délectation de la chair n'étant licite que si elle n'est pas privée de sa fin (ie procréer).
  • la pudicité qui règle les actes connexes à la chasteté (tenue vestimentaire, baisers, caresses, etc..). A ne pas confondre avec la pudeur qui est un instinct et non une vertu. De sorte qu'on peut être très tempérant et n'avoir pas de pudeur[4].

Par extension la tempérance implique la maîtrise de soi. La colère traduit souvent un manque de maîtrise de soi, puisqu'elle nous met « hors de nous-mêmes », perdant le contrôle de nous-mêmes, s'exprimant souvent en éclats de voix, paroles agressives, regards assassins[5].

Possède la vertu de tempérance celui qui sait se maîtriser, celui qui ne permet pas à ses passions de l’emporter sur la raison, sur la volonté et aussi sur le cœur. Pour être en mesure de maîtriser nos passions, la convoitise de la chair, les explosions de la sensualité etc., nous ne devons pas aller au-delà des justes limites imposées à nous-mêmes et à notre moi inférieur. Cette vertu exige aussi l'humilité devant les dons que Dieu a offerts à notre nature humaine, humilité du corps et humilité du cœur[6].

TarotModifier

Tempérance est la quatorzième carte du tarot de Marseille. Cette carte représente un personnage ailé tenant deux vases reliés entre eux par un courant d'eau. Le personnage est bicolore.

RéférencesModifier

  1. (en) Green, Joel, Dictionary of scripture and ethics., Grand Rapids, Mich: Baker Academic (ISBN 978-0-8010-3406-0), p. 769
  2. (en) Schwarzer, Ralf, Personality, human development, and culture : international perspectives on psychological science., Hove: Psychology, (ISBN 978-0-415-65080-9), pp. 127–129
  3. Catéchisme de l'Église catholique, § 1809, 1992
  4. a et b « La tempérance », sur blog.institutdubonpasteur.org (consulté le 26 août 2019)
  5. La tempérance : maîtrise de soi
  6. La tempérance, 4e vertu cardinale, saint Jean-Paul II, audience du 22 novembre 1978

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

Liens externesModifier