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Abbaye de Saint-Benoît-en-Woëvre

édifice religieux belge

Abbaye de Saint-Benoît-en-Woëvre
image de l'abbaye
Façade de l'ancien palais abbatial

Nom local Sanctus Benedictus in Vepria
Diocèse Metz
Patronage Notre-Dame
Numéro d'ordre (selon Janauschek) LV (55)[1]
Fondation 1128
Début construction 1128
Fin construction 1740
Cistercien depuis 1132
Dissolution 1790
Abbaye-mère La Crête
Lignée de Morimond
Abbayes-filles 320 - Lisle-en-Barrois (1150-1791)
Période ou style gothique
Classique

Coordonnées 48° 59′ 17″ nord, 5° 47′ 07″ est[2]
Pays Drapeau de la France France
Province Duché de Lorraine
Région Lorraine
Département Meuse
Commune Vigneulles-lès-Hattonchâtel

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Abbaye de Saint-Benoît-en-Woëvre

Géolocalisation sur la carte : Lorraine

(Voir situation sur carte : Lorraine)
Abbaye de Saint-Benoît-en-Woëvre

Géolocalisation sur la carte : Meuse

(Voir situation sur carte : Meuse)
Abbaye de Saint-Benoît-en-Woëvre

L'abbaye de Saint-Benoît-en-Woëvre, fondée en 1128, est un établissement cistercien. Active pendant six siècles et demi, l'abbaye fut l'une des quatre filiales de la Crête. Reconstruite en style classique au XVIIIe siècle à un emplacement décalé de l'original, elle fut fermée par la Révolution, mais ses bâtiments restèrent en relativement bon état jusqu'à la Première Guerre mondiale. Durant la bataille de Saint-Mihiel, l'édifice, utilisé comme poste de commandement allemand, est bombardé et rasé. Il n'en reste plus que la façade.

SituationModifier

L'abbaye, identifiée aujourd'hui sur les cartes en tant que « château ruiné », est située à proximité immédiate du village de Saint-Benoît-en-Woëvre, au croisement des routes D901 et D904, à une demi-douzaine de kilomètres du centre de la commune, Vigneulles-lès-Hattonchâtel et à moins de deux kilomètres au nord de la LGV Est européenne. Le monastère est bâti dans la vallée peu marquée de l'Yron, à 228 mètres d'altitude environ. Le site est bordé par l'étang de Vigneulles au sud-ouest, et au nord par les étangs Belian, des Anceviennes, de Wendel et d'Afrique. Situé à la limite des départements de la Meuse et de la Moselle, l'abbaye était déjà positionnée aux frontières des évêchés de Verdun et de Metz lors de sa fondation[3],[4].

HistoireModifier

FondationModifier

L'abbaye de Saint-Benoît est fondée en 1128[5]. La fondation est faite grâce à un don d'Airard (ou Aderard), fils du comte Hugues de Rinel, ainsi que de sa femme[6], dans une forêt jusque-là nommée Richarménil[7]. Il semble que le premier abbé se nomme Albert[8].

Comme son nom l'indique (les abbayes cisterciennes fondées au XIIe siècle, dans leur immense majorité, sont dédiées à Notre-Dame), Saint-Benoît n'était initialement pas cistercienne, mais bénédictine, et donc consacrée à Benoît de Nursie. Ce n'est qu'en 1132[2] qu'elle devint fille de la Crête, et donc de la filiation de Morimond. On ne sait pas si les moines en place partirent et furent remplacés, ou s'ils restèrent et changèrent d'ordre, avec un encadrement venu de La Crête. Ce qui est certain, c’est que l'abbaye est confirmée dans sa fondation et ses possessions par les évêques de Verdun et de Metz[5].

Par deux bulles pontificales du 13 novembre 1147 et du 23 décembre 1182, les papes Eugène III et Lucius III prennent l'abbaye sous leur protection et lui confirment la possession de ses biens. On apprend au travers de ces documents que l'abbé dirigeant l'abbaye en 1147 se nomme Lambaldo (Lambaud), et que lui succède, attesté en 1174 et 1182, un autre Lambaldo[9].

Moyen ÂgeModifier

Les étangs de la région sont l'œuvre des religieux ; ils transforment les marécages préexistants en pièces d'eau, drainant le territoire alentour[10],[11]. L'abbaye, enrichie par de nombreux dons et legs, s'étend sur de nombreux territoires où elle implante des granges ; outre ces établissements à vocation agricole, les moines construisent deux maisons de refuge (en cas de guerre) à Thiaucourt et Lachaussée[12].

Dès 1150 ou 1156, l'abbaye essaime en fondant une abbaye-fille, celle de Lisle-en-Barrois[2]. À une date inconnue, profitant du désordre occasionné par la guerre, cette dernière passa dans la filiation directe de Morimond[12].

Il semble que du fait de son emplacement en Lorraine, et donc longtemps hors de portée du roi de France, l'abbaye de Saint-Benoît-en-Woëvre ne soit pas passée en commende lors du concordat de Bologne mais beaucoup plus tard, en 1746[13].

La reconstruction au XVIIIe siècleModifier

En 1630, Saint-Benoît compte neuf religieux[14]. En 1680, outre l'abbé commendataire, nommé Michel Guiton (1674-1684), et le prieur, l'abbaye ne compte que cinq moines ; en 1688, ce nombre est tombé à quatre dont seulement deux prêtres[15]. L'abbé, semble-t-il régulier et non commendataire, ne réside pas à l'abbaye, mais à Metz, et y mène une vie sans rapport avec son engagement religieux ; toutefois, après une conversion personnelle, il se démet de sa fonction et termine sa vie comme simple moine à la Trappe. Ses successeurs sont Pierre Cuvier (1684-1692), René Josse (1692-1709), Jean de la Ruelle (1709-1735)[16].

Jean de la Ruelle ayant réalisé de fructueux bénéfices, son successeur Jacques-François de Collenel (ou Colné) abandonne le site originel, jugé trop malsain, et fait construire en 1740 de nouveaux bâtiments sur le site actuel. Toutefois ces travaux sont trop ambitieux, et ils ruinent l'abbaye[8],[5]. Le nouvel édifice ressemble plus à un palais qu'à une abbaye ; il comprend entre autres une salle de réception, assez luxueusement ornée, un billard ; peut-être même un petit théâtre. En revanche, il semble que le fonds constituant la bibliothèque soit assez pauvre[17].

La nouvelle église abbatiale mesure 148 pieds (cinquante mètres environ) de longueur et compte vingt-deux stalles, sans qu'on puisse affirmer qu'un nombre égal de religieux demeuraient à l'abbaye (En 1756, ils sont huit[14]). Elle est éclairée de huit verrières hautes et est surmontée d'une coupole[18]. Rien que le marbre ornant l'église avait coûté 5 500 livres[19].

À la toute fin de l'Ancien Régime, en 1746, l'abbaye échoit par décision de Stanislas Leszczynski à Stanislas Alliot, premier et dernier abbé commendataire de Saint-Benoît[13]., nommé à quinze ans ; ce dernier, sous la férule d'un père autoritaire, achève de ruiner l'abbaye[20]. En 1776, il hypothèque la plus grande partie des biens pour faire face à ses dettes : le mobilier est saisi par les créanciers du monastère[21].

Fermeture à la RévolutionModifier

À la Révolution, l'abbaye est fermée, les quatre moines restants chassés, l'église abbatiale détruite[5]. L'architecte ayant réalisé l'inventaire, Jean-François Neveux, constate que de nombreuses « parties sont fort négligées parce qu'elles ne sont pas occupées »[22]. Une partie du mobilier liturgique et décoratif de l'abbatiale est transporté à l'église Saint-Étienne de Saint-Mihiel[19]. La vente de l'abbaye comme bien national rapporte 838 575 francs, sans compter les étangs, vendus pour plus de 250 000 francs. La plupart des acquéreurs sont des nobles des environs ; mais eux-mêmes sont chassés ou tués durant la Révolution ; l'abbaye échoit aux trois familles Arnould, Dégoutin et Mengin[23].

La première Guerre mondialeModifier

Juste avant la guerre, les bâtiments, restaurés aux frais des propriétaires, sont classés monuments historiques le 3 mai 1913[23].

Durant la bataille de Saint-Mihiel, l'ancienne abbaye est utilisée par l'armée allemande comme poste de commandement et comme hôpital de campagne. Elle a été reprise lors d'une offensive par les alliés, puis occupée par le commandement de la 24ème division d'Infanterie US. Les allemands ayant eu l'information de cette occupation ont bombardé l'abbaye avec des obus incendiaires le 24 septembre 1918. Il n'en reste plus que la façade[24].

ArchitectureModifier

Il ne reste aujourd'hui de l'abbaye, près d'un croisement routier, que la façade principale. C'est celle du bâtiment conventuel construit en 1740.

Notes et référencesModifier

  1. (la) Leopold Janauschek, Originum Cisterciensium : in quo, praemissis congregationum domiciliis adjectisque tabulis chronologico-genealogicis, veterum abbatiarum a monachis habitatarum fundationes ad fidem antiquissimorum fontium primus descripsit, t. I, Vienne, , 491 p. (lire en ligne), p. 117.
  2. a b et c (it) « Benoît-en-Woëvre, Saint », sur http://www.cistercensi.info, Ordre cistercien (consulté le 4 avril 2014).
  3. « Carte IGN 2334 O » sur Géoportail (consulté le 24 octobre 2015)..
  4. Augustin Calmet 1840, Iron, p. 454.
  5. a b c et d Marc Heilig, « Un patrimoine en péril : anciennes abbayes de la Meuse. L'abbaye de St-Benoît-en-Woëvre », sur Archéographe, (consulté le 25 octobre 2015).
  6. Henry Poulet 1913, p. 110.
  7. Augustin Calmet 1840, Saint-Benoît-en Voivre, p. 114.
  8. a et b Augustin Calmet 1840, Saint-Benoît-en Voivre, p. 111.
  9. Michel Prévost, « Bulles inédites des papes Eugène III, Lucius III, Célestin III et Innocent III », Bibliothèque de l'école des chartes, Persée, vol. 64, no 1,‎ , p. 554-566 (DOI 10.3406/bec.1903.452328, lire en ligne).
  10. « Abbaye de Saint Benoit en Woevre cistercienne 55 », sur Abbayes du Sud, (consulté le 25 octobre 2015).
  11. Régis Ambroise, François Bonneaud et Véronique Brunet-Vinck, Agriculteurs et paysages : Dix exemples de projets de paysage en agriculture, Paris, Educagri, , 210 p. (ISBN 978-2844441058, lire en ligne), p. 51.
  12. a et b Henry Poulet 1913, p. 116.
  13. a et b Henry Poulet 1913, p. 134.
  14. a et b Henry Poulet 1913, p. 130.
  15. Henry Poulet 1913, p. 117.
  16. Henry Poulet 1913, p. 119 & 120.
  17. Henry Poulet 1913, p. 124.
  18. Henry Poulet 1913, p. 125.
  19. a et b Henry Poulet 1913, p. 126.
  20. Henry Poulet 1913, p. 137.
  21. Henry Poulet 1913, p. 140.
  22. Henry Poulet 1913, p. 121.
  23. a et b Henry Poulet 1913, p. 145.
  24. « Abbaye de Saint-Benoît-en-Woëvre », sur Office de Tourisme Cœur de Lorraine (consulté le 25 octobre 2015).

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • [Augustin Calmet 1840] Augustin Calmet, Notice de la Lorraine : qui comprend les duchés de Bar et de Luxembourg, l’électorat de Trèves, les trois évêchés, Metz, Toul et Verdun ; orné de plusieurs inscriptions antiques et figures en taille-douce, t. 2, Lunéville, Mme Georges, , 515 p. (OCLC 236058393, lire en ligne) ;
  • [Henry Poulet 1913] Henry Poulet, « Vieilles abbayes de Lorraine — I. Saint-Benoît-en-Woëvre », Revue lorraine illustrée, Gallica,‎ , p. 113-145 (lire en ligne) ;
  • [Jean Denaix 1959] Jean Denaix, Chartes des cisterciens de Saint-Benoît-en-Woëvre : des origines à 1300, Verdun, Typo-Lorraine, , 268 p. (OCLC 753121199, ASIN B0014XWUXC).

Articles connexesModifier

Liens externesModifier