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Phoque commun

mammifère marin
(Redirigé depuis Veau marin)

Phoca vitulina

Phoque commun, à Lismore (Écosse).

Le phoque commun, ou veau marin (Phoca vitulina), est un mammifère carnivore, de la famille des phocidés. Son espérance de vie peut atteindre 25 ans, pour le mâle, et 35 ans, pour la femelle ; elle varie fortement selon les zones de vie et les sous-populations ou sous-espèces. Quand l’eau monte, il adopte une position typique en « arc » ou « banane », tête et nageoires hors de l’eau, afin de rester en contact avec le banc de sable et retarder au maximum son déplacement dû à la marée.

Position en arc du Phoque commun.

Le nom de « veau marin » ne doit pas être confondu avec celui de « veau de mer », qui désigne aussi le requin taupe.

Sous-espècesModifier

On distingue cinq sous-espèces de phoques communs.

DescriptionModifier

 
Crâne de Phoca vitulina.

Le mâle mesure 160 à 190 cm de long pour un poids allant de 80 à 170 kg. La femelle mesure 160 à 170 cm pour un poids de 60 à 145 kg[2].

Pelage : du gris au brun-clair, plus ou moins tacheté. Tête : arrondie avec un net décrochement entre le front et le museau, et des narines en forme de « V ».

Rien n'échappe à un phoque veau marin, grâce à vibrisses (« moustaches »). Celles-ci sortent de follicules, des cavités cellulaires contenant environ dix fois plus de terminaisons nerveuses que celles des moustaches d'un rat. Selon Wolf Hanke, spécialiste de la biologie sensorielle à l'université de Rostock, les vibrisses des phoques se sont adaptées sur plus de 25 millions d'années pour parvenir à interpréter les moindres changements dans les mouvements de l'eau. Les phoques peuvent ainsi détecter les traces d'un objet dans l'eau calme même trente secondes après son passage. Des tests ont révélé qu'ils distinguaient aussi la forme et la taille des objets à l'aide de leurs seules vibrisses.

AlimentationModifier

Le jeune phoque se nourrit du lait de sa mère, très riche. Le régime des adultes est opportuniste, et varie selon la saison, l’abondance des proies et la facilité qu’ils ont à les attraper.
Le phoque commun est principalement piscivore : il consomme chaque jour environ 2 kg de poisson (hareng, bar, anchois, merlan, morue de l'Atlantique, plie, sole, saumon, cabillaud). Il consomme aussi volontiers des crustacés (crevettes, etc.), des céphalopodes (calmars, etc.) et d’autres mollusques (jusqu’à 4 kg/jour quand les proies sont abondantes, pour les gros individus). Il ne mâche pas sa nourriture, mais peut déchiqueter les proies trop grosses à avaler ou difficiles à digérer.

Il plonge facilement jusqu’à 20 m et, si nécessaire, à plus de 50 m de fond ; il reste en apnée pendant trois minutes en moyenne, et jusqu’à 10 min.

ReproductionModifier

 
Bébé phoque.

La maturité sexuelle est atteinte vers 4 à 7 ans pour les mâles, et plus tôt (vers 3 à 6 ans) pour les femelles. Elle semble effective pour la femelle quand elle dépasse 50 kg et pour le mâle quand il dépasse 75 kg.

L’accouplement a plutôt lieu dans l’eau. Un mâle peut s’accoupler avec plusieurs femelles. La saison des amours est double : printemps et début de l’automne. La femelle peut différer de deux mois l’implantation de l’embryon. La gestation dure environ 9,5 mois, parfois 11 mois en raison du phénomène d’implantation retardée. Il n'y a généralement qu’un seul petit (exceptionnellement deux), de 9 à 13 kg (11 kg en moyenne) pour 70 à 90 cm. La femelle met toujours bas sur le rivage. Les petits savent nager et plonger en apnée quelques heures après la naissance. Le mâle ne participe pas aux soins parentaux. L’allaitement dure de 3 à 4 semaines.

Répartition et habitatModifier

 
Phoque en baie de Somme.

Ce phoque, autrefois commun, est encore présent sur le littoral des océans de l’hémisphère nord (Atlantique et Pacifique). Il vit sur le plateau continental, qu’il explore à marée haute à la recherche de proies. Il apprécie de se reposer à marée basse sur les bancs ou sur les parties émergées des estuaires. On le voit parfois dans les ports, et des individus remontent parfois les fleuves.

Le phoque commun et le phoque gris sont les deux espèces de phocidés qu’il est possible d’observer régulièrement sur certaines plages du Nord et du Nord-Ouest de la France, notamment dans la baie de Somme, qui constitue sa principale zone de reproduction. En revanche, la présence du phoque marbré est exceptionnelle dans ce pays. La population de phoques communs de la baie de Somme, visible à la pointe du Hourdel, s'est reconstituée après une phase de régression pour devenir la principale colonie de France. Elle regroupe aujourd’hui plus de 50 % de la population française.

État de conservation et menacesModifier

Globalement, la population de phoque commun est estimée à 315 000 individus[3]. L'UICN lui a attribué le statut « En voie de disparition »[4]. Toutefois, le statut de certaines sous-espèces, particulièrement Phoca vitullina mellonae, est minime.

Au Québec, la population de la sous-espèce Phoca vitullina mellonae, confinée aux lacs des Loups Marins, est estimée à aussi peu que 80 à 100 individus[5]. En raison de sa population petite et confinée, le COSÉPAC lui a attribué le statut «en voie de disparition» en 2007[1].

En France, les « pétardage » de munitions non explosées (dont armes chimiques de la Première Guerre mondiale récupérées par les démineurs dans les anciennes zones rouges du nord de la France) ont été interdits en baie de Somme, et la qualité bactériologique de l'eau a été fortement améliorée sur tout le littoral par la construction ou mise aux normes des stations d'épuration.

Néanmoins, si certains polluants comme le cadmium ont fortement régressé en Manche/Mer du Nord, d’autres, dont le mercure, les dioxines et les PCB, qui peuvent affecter la santé des phoques, restent préoccupants. Ces mammifères marins ne sont pas à l'abri d'une éventuelle catastrophe maritime en Manche ou dans le pas de Calais, où le trafic maritime marchand est le plus important au monde[réf. nécessaire].

Le dérangement par un public voulant les approcher de trop près est aussi une source de stress et de fatigue pour l'espèce. Pour cette raison, il est recommandé de ne pas tenter de les approcher à moins de 300 mètres quand ils se reposent sur des bancs ou dans l'estuaire.

Les phoques, comme les dauphins ou marsouins peuvent aussi être piégés par des filets de pêche, actifs ou abandonnés, mais moins facilement semble-t-il que les petits cétacés[réf. nécessaire].

Des phoques ont été victimes de braconnages ces dernières années.

Les changements climatiques, par leur impact sur les ressources alimentaires, pourraient aussi affecter cette espèce.

Interactions avec les activités humainesModifier

Une colonie a en Colombie-Britannique, près de l'Alaska récemment acquis un nouveau comportement (assimilable à de la « surprédation ») en apprenant à utiliser l'éclairage nocturne pour mieux s'emparer des jeunes saumons qui descendent vers la mer.
Des dizaines de phoques se regroupent chaque printemps sous deux grands ponts(parallèles) qui enjambent la Puntledge River, près de la ville de Courtenay en Colombie-Britannique). Ils se positionnent dans le sens du courant, ventre en l'air, forment une barrière vivante et interceptent et avalent des milliers smolts (salmonidés juvéniles) lors de leur dévalaison de nuit vers la mer. Ils le font avec un taux de prédation très anormalement élevé, qui affecte la dynamique des populations de plusieurs espèces de salmonidés[6] (La Puntledge River était historiquement l'une des zones les plus riches en saumon chinook de Colombie-Britannique, mais en 1995, seuls 208 chinooks ont été comptés en dévalaison[7]). On a tenté de perturber le comportement de ces phoques en posant en travers de la rivière une barrière mécanique maintenue par des flotteurs de liège, cela a été un échec. On a aussi testé un dispositif d'effarouchement acoustique (pinger (halieutique)).
Le fait d'éteindre l'éclairage du pont a été plus efficace que de poser une barrière mécanique pour limiter cette surprédation. Le dispositif acoustique a été encore plus efficace[6], mais il pourrait laisser des séquelles auditives aux phoques qui tenteraient de l'affronter, et on ignore s'il peut affecter d'autres espèces. Ce comportement innovant et de groupe est une conséquence inhabituelle du phénomène dit de pollution lumineuse, qu'on a également constaté chez certaines espèces de chauve-souris qui ont appris à profiter des lampadaires pour se nourrir plus facilement (au risque de transformer la zone en un « puits écologique » et de finir par manquer de nourriture, après avoir ainsi piégé et mangé la plupart des insectes nocturnes en âge de se reproduire dans les environs).

GalerieModifier

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Notes et référencesModifier

  1. a et b COSÉPAC. 2007. Mise à jour – Évaluation et rapport de situation du COSEPAC sur le phoque commun, Phoca vitulina, sous-espèce de l'Atlantique et de l'est de l'Arctique (Phoca vitulina concolor), sous-espèce des Lacs des Loups Marins (Phoca vitulina mellona), au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. vii + 44 p.
  2. (en) Référence Animal Diversity Web : Phoca vitulina
  3. « The IUCN Red List of Threatened Species », sur IUCN Red List of Threatened Species (consulté le 3 novembre 2018)
  4. Thompson, D. & Härkönen, T. (IUCN SSC Pinniped Specialist Group) 2008. Phoca vitulina. The IUCN Red List of Threatened Species. Version 2015.2. Consulté le 20 août 2015.
  5. MPO. 2009. Évaluation du potentiel de rétablissement du phoque commun d’eau douce, Phoca vitulina mellonae (unité désignable (UD) du lac des Loups marins). Secr. can. de consult. sci. du MPO, Avis sci. 2008/062.
  6. a et b YURK H. & TRITES A.W. (2000) ; Experimental attemps to reduce predation by Harbour seals on out-migrating juvenile salmonids. Trans. Am. Fish. Soc. 129 : 1360-1366.
  7. Trites, A. W., C. W. Beggs, and B. Riddell. 1996. Status review of the Puntledge River summer chinook. Department of Fisheries and Oceans, Pacific Region, PSARC Document S96–16, Namaino.

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

BibliographieModifier

Références externesModifier