Le Chondrus crispus, connu sous les noms de « Petit Goémon », « Goémon frisé », « Goémon blanc[1] », « lichen de mer » par les goémoniers et « lichen carraghéen » par les industriels, donne l'actif gélifiant carraghénane[2].

Le goémon (orthographié aussi goëmon) ou varech est un mélange indéterminé d'algues brunes, rouges ou vertes. On distingue :

  • Le goémon épave (ou sart ou varech en normand) laissé par le retrait des marées, et que l'on récolte le long des côtes maritimes.
  • Le goémon de rive (découvert à l'estran).
  • Le goémon de fond (récolté en mer par bateaux)[3].

Le mot goémon désigne par extension l'engrais de goémon[4].

ÉtymologieModifier

Le mot goémon est emprunté au breton gwemon ou gouemon ou au gallois gwymon, il est attesté en français assez tardivement vers le XIVe siècle sous la forme goumon « varech ; engrais fait du varech »[5].

le mot varech est issu de l'ancien normand warec, werec signifiant « épave », d'origine anglo-scandinave. Il remonte ultimement au vieux norrois vágrek « ce qui est rejeté par la vague, épave maritime », influencé morphologiquement par un autre terme norrois *vreki non attesté, mais dont on conserve la trace dans reki « épave maritime »[6]. Le sens d'« algues rejetées par la marée, qui peuvent servir à la consommation et comme engrais » est attesté dès 1120 en français[6],[7]. Fleury dans son Dictionnaire du patois de la Hague donne à la variante vrec le sens de « varech, plantes marines employées pour fumer des terres ou pour faire de la soude »[6].

Les espèces qui composent le varech ou goémonModifier

 
Laminaire sur le sable
 
Goémon en train de sécher devant l'île Ségal en Plouarzel (Finistère)

Le varech se compose essentiellement d'algues de la famille des Phaeophyceae, ou algues brunes, telles :

Effets du réchauffement climatiqueModifier

Les algues sont une source majeure de nourriture pour les oursins. Parmi les prédateurs des oursins, il y a des étoiles de mer. L'espèce d'étoile de mer Pycnopodia helianthoides est actuellement touchée par une extinction de masse. Les raisons de cette extinction de masse sont d'une part la surchauffe de l'habitat dans le contexte du changement climatique et d'autre part un virus. Les oursins perdent donc un grand prédateur et se propagent rapidement. Cela a parfois conduit à un épuisement des stocks de varech.[8]

RécolteModifier

La récolte du goémon en Bretagne est une pratique inscrite à l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France[9].

UtilisationModifier

Usage traditionnelModifier

  • Combustible (jusqu’à la Seconde Guerre mondiale) : le glaouad (de glaou : charbon en breton) étant un mélange de bouses séchées et d'algues séchées qui était utilisé comme combustible (à l'instar de la tourbe) permettant de pallier le manque de terres cultivables et compléter les revenus des paysans.
  • Engrais (usage aujourd’hui réduit) : l'exploitation du goémon comme engrais remonte au moins au haut Moyen Âge. Il a contribué pour une part importante à la réputation de la « ceinture dorée » de la Bretagne[10].
  • Alimentation animale : en breton, l'expression bijin saout (« algue à vaches ») illustre l'utilisation des algues comme nourriture pour le bétail.

Usage industrielModifier

Le goémon est utilisé dans l’industrie agroalimentaire, pharmaceutique, ou encore cosmétique. On en extrait :

  • De la soude (carbonate de sodium) : le premier usage industriel de ces macroalgues a lieu au XVIe siècle dans les manufactures du verre et les fabriques de savon. La soude « naturelle » nécessaire à la réaction de saponification est en effet obtenue à partir des cendres de certaines plantes riches en sodium comme la Soude brûlée, les salicornes ou les algues. La température de fusion de la silice est abaissée par le carbonate de soude issue des cendres de bois mais avec l'épuisement des forêts, les verriers utilisent les cendres obtenues par le brûlage des algues brunes dans les fours à goémon. Cette exploitation des algues décline avec la production industrielle du carbonate de sodium à partir du XVIIIe siècle.
  • De l’iode ou du brome : en 1811, le chimiste Bernard Courtois découvre l'iode dans les cendres d'algues, ce qui marque la deuxième période industrielle des algues. Les pains de soude de goémoniers sont livrés aux usines qui en extraient l'iode utilisé dans l'industrie de la photographie (iodure d'argent) et le domaine médical (teinture d'iode désinfectant les blessures externes)[11]. Aujourd'hui, des vestiges de cette époque sont encore visibles : ruines de fours à goémon et d'anciennes usines d'extraction d'iode.
  • Des carraghenanes (gélifiants)
  • Alginates (gélifiants)

Nouveaux usagesModifier

ÉconomieModifier

35 000 tonnes d'algues, soit 60 % de la récolte française[13] sont débarquées au port de Lanildut dans l'Aber-Ildut (Finistère), qui est le premier port goémonier d'Europe. Elle est constituée en presque totalité de Laminaria digitata destinée à la production d'alginates. Le niveau de production est très variable d'une année sur l'autre en fonction du cours des alginates sur le marché mondial où la production française est minime.

Le goémon dans la cultureModifier

MuséeModifier

  • Écomusée de Plouguerneau, dit aussi « Musée des goémoniers », présente les algues et la vie des goémoniers[14].
  • La maison de l'algue à Lanildut[15].

PeintureModifier

Le ramassage et le brûlage du goémon sont des scènes qui ont inspiré de nombreux peintres. parmi eux :

Musique / chansonModifier

  • Les goémons est une chanson de Serge Gainsbourg, extrait de l'album Serge Gainsbourg N° 4, les goémons y étant alors prétexte à une mélancolie romantique sur les d'amours orphelines que l'on prend et que l'on jette comme la mer rejette les goémons. Cette chanson a fait l'objet de reprises de Jane Birkin ainsi que de Noof.

LittératureModifier

  • Le pain de mer (Éditeur : J.-C. LATTÈS - 2002 - EAN : 9782709623568) de Joël Raguénès raconte la vie de Yann Kerléo, paysan goémonier.
  • Dans L'Île mystérieuse de Jules Verne, Cyrus Smith et Pencroff brûlent du varech pour obtenir de la soude naturelle qu'ils utilisent pour fabriquer du verre (chapitre IX), du savon et de la glycérine (chapitre XVII).
  • Dans le cycle conscience de Franck Herbert, le varech, aussi appelé lectrovarech, est une algue sentiente[19]. C'est elle qui régule les flux chaotiques de l'océan de la planète Pandore. Dans le troisième volet du cycle, L'Effet Lazare, l’absence du varech laisse libre l'océan de la planète de recouvrir toutes les terres.
  • La fille du goémonier, roman de terroir de Colette Vlérick paru en 1998 (Coll. Terres de France, Presses de la Cité, Paris), est une fiction évoquant à travers l'histoire d'une orpheline la modernisation induite par la guerre de 14-18 et un hommage de l'auteur à son pays d'adoption.

CinémaModifier

FêtesModifier

Des Fêtes du goémon sont organisées dans plusieurs localités littorales dans le Finistère, par exemple à Plouguerneau, à Plougastel-Daoulas, à Esquibien[20] etc.

Notes et référencesModifier

  1. Décoloration obtenue lors de son séchage traditionnel sur la dune.
  2. Jacqueline Cabioc'h, Jean-Yves Floc'h, Alain Le Toquin, Charles François Boudouresque, Alexandre Meinesz, Marc Verlaque, Guide des algues des mers d'Europe, Delachaux et Niestlé, , p. 67.
  3. Carole Dougoud Chavannes, Les algues de A à Z, Jouvence, , p. 67
  4. Jacques Péret, Terres marines, Presses universitaires de Rennes, , p. 153
  5. « GOEMON : Etymologie de GOEMON », sur www.cnrtl.fr (consulté le 2 août 2020)
  6. a b et c Elisabeth Ridel, les Vikings et les mots : L'apport de l'ancien scandinave à la langue française, éditions Errance, Paris, 2009, p. 275-276.
  7. « VARECH : Etymologie de VARECH », sur www.cnrtl.fr (consulté le 2 août 2020)
  8. C. D. Harvell u.a. (2019). Disease epidemic and a marine heat wave are associated with the continental-scale collapse of a pivotal predator (Pycnopodia helianthoides). Science Advances, 5 (1), eaau7042. https://doi.org/10.1126/sciadv.aau7042
  9. « La récolte du goémon en Bretagne », sur Patrimoine Culturel Immatériel en France
  10. Jacqueline Cabioc'h, Jean-Yves Floc'h, Alain Le Toquin, Charles François Boudouresque, Alexandre Meinesz, Marc Verlaque, Guide des algues des mers d'Europe, Delachaux et Niestlé, , p. 24.
  11. Carole Dougoud Chavannes, Les algues de A à Z, Jouvence, , p. 24.
  12. « Pour Julien, « tout est bon dans le goémon » », sur Ouest-France,
  13. Source: Communauté de communes du Pays d'Iroise
  14. http://www.ecomusee-plouguerneau.fr/
  15. « Maison de l'algue », sur mairie de Lanildut
  16. http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0372/m074386_3e02516_p.jpg
  17. [1]
  18. a et b Journal Le Télégramme du
  19. L'Incident Jésus, Livre de Poche 27049, page 358
  20. « La fête du goëmon à Esquibien », sur AUDIERNE INFO, (consulté le 1er août 2020)

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier