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Taha Hussein

écrivain
Taha Hussein
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Taha Hussein
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 83 ans)
Le CaireVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom dans la langue maternelle
طه حسينVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
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A travaillé pour
Distinction
Œuvres principales
L'Avenir de la culture en Égypte (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Taha Hussein (arabe : طه حسين), est un universitaire, romancier, essayiste et critique littéraire égyptien né le 14 novembre 1889 et mort le 28 octobre 1973[1]. Aveugle tout au long de sa vie, il fut ministre de l'éducation nationale sous Gamal Abdel Nasser[2].

Sommaire

BiographieModifier

Né au sein d'une famille pauvre dans un village de la Moyenne-Égypte en 1889, il est le septième d'une fratrie de treize enfants. Il perd la vue à l'âge de trois ans, des suites d'une conjonctivite mal soignée. Cette rencontre précoce avec les méfaits de la pauvreté et de l'ignorance le marquera pour la vie. Il a étudié à l'université religieuse d'al-Azhar. Puis, il suit les cours de la nouvellement créée Université Fouad Ie. Il bénéficie ensuite d'une bourse d'État pour poursuivre ses études à Paris, où il arrive en 1914, et y soutient une thèse d'État sur Ibn Khaldoun à la Sorbonne en 1919[3].

Quand il revient de France en 1919, il travaille comme professeur d'histoire ancienne jusqu'en 1925[4], mais dès son retour en Égypte, il s'est appliqué à moderniser l'enseignement supérieur et à dynamiser la vie culturelle du pays. Il a également été professeur de littérature arabe à la faculté des lettres du Caire, doyen de cette faculté 1930, premier recteur de l'université d'Alexandrie, créée par lui en 1942, contrôleur général de la culture, conseiller technique, sous-secrétaire d'État au ministère de l'Instruction Publique, puis finalement ministre de l’Éducation Nationale[5]. Une volonté extraordinaire et une grande rigueur permettent à ce jeune aveugle, issu d'un milieu modeste et paysan, une ascension sociale impressionnante[6].

Sur le plan littéraire, il commence comme de nombreux écrivains de la Nahda, par des travaux de traduction (dont les tragédies de Sophocle). Son œuvre principale, Al-Ayyâm (littéralement Les Jours, traduite en français sous les titres Le Livre des jours pour les deux premiers tomes puis La traversée intérieure pour le dernier), est une autobiographie à la troisième personne[7]. Le premier tome décrit la vie dans le village de son enfance, au bord du Nil. Il y décrit l'apprentissage précoce de la solitude dont a souffert ce jeune aveugle. Le deuxième tome s'attache à la narration de ses années d'étudiant au Caire, notamment à l'Université Al-Azhar. Le dernier tome se déroule entre Le Caire, Paris et Montpellier, et décrit ses années d'études en France sur fond de Première Guerre mondiale, la vie parisienne, la découverte de l'amour, la guerre, ses difficultés[8]. Dans ce livre, simplicité, lyrisme, et même humour, tissent le style de Taha Hussein[9]. Là encore, la critique lucide et acérée de Taha Hussein n'épargnera pas même Al-Azhar, qui faisait pourtant figure de vénérable institution. Ce fut son livre de critique littéraire sur la poésie pré-islamique (« De la poésie pré-islamique ») de 1926 que lui a valu une certaine notoriété dans le monde arabe. Dans ce livre, il a exprimé ses doutes sur l'authenticité de la poésie arabe antique, affirmant qu'elle avait été falsifiée pendant les temps anciens en raison de fierté tribale et des rivalités entre les tribus[10]. Il a également laissé entendre indirectement que le Coran ne doit pas être considéré comme une source objective de l'histoire[11]. Par conséquent, le livre a suscité une colère intense et l'hostilité des érudits religieux à El Azhar et parmi bien d'autres traditionalistes, et il a été accusé d'avoir insulté l'Islam. Cependant, le procureur a déclaré que ce que Taha Hussein avait dit était l'opinion d'un chercheur universitaire et aucune action en justice n'a été engagée contre lui, bien qu'il ait perdu son poste à l'Université du Caire en 1931[12]. Son livre a été interdit mais a été republié l' année suivante avec de légères modifications sous le titre « Sur la littérature pré-islamique » (1927)[4].

Il a marqué plusieurs générations d’intellectuels du monde arabe en poussant la modernisation de la littérature arabe, notamment à travers celle de la langue arabe : les phrases avec lui (peut-être du fait qu'il n'écrit pas ses livres mais les dicte à sa fille, à qui il dédie d'ailleurs Al-Ayyâm) acquièrent une plus grande souplesse, le vocabulaire est simple et abordable[13].

Notons aussi la nouveauté que peut représenter pour le roman arabe l'écriture autobiographique comme un outil de libération (André Gide, dira à ce propos dans sa préface à la version française des deux premiers tomes : « C'est là ce qui rend ce récit si attachant, en dépit de ces lassantes lenteurs; une âme qui souffre, qui veut vivre et se débat. Et l'on doute si, des ténèbres qui l'oppressent, celles de l'ignorance et de la sottise ne sont pas plus épaisses encore et redoutables et mortelles que celles de la cécité. »)[14]. Ses écrits sont traduits en plusieurs langues[15].

Professeur émérite des universités, il est également professeur invité dans plusieurs universités arabes et membre de plusieurs sociétés savantes.Une séries de timbres-poste ont été émis à son effigie en reconnaissance pour l'ensemble de sa production académique et littéraire[16].

Vie privéeModifier

Marié à Suzanne Bresseau[17], il est le grand-père paternel d'Amina Taha-Hussein Okada (également arrière-petite-fille, par sa mère, du poète Ahmed Chawqi), conservatrice en chef de la section indienne du Musée national des arts asiatiques - Guimet de Paris[18].

DistinctionsModifier

DécorationsModifier

BibliographieModifier

ŒuvresModifier

  • De la littérature préislamique, 1927
  • En été, 1932
  • L'appel du courlis [Du'â' al-Karawân], 1934
  • Adib ou L'aventure occidentale [Adîb], 1935
    • Édition française : Paris, Clancier-Guénaud, coll. « Archipels », 1988 (ISBN 9782862151359)
  • L'avenir de la culture en Egypte, 1938[19]
  • Dans la prison d'Aboul-Ala [Ma'a 'abî l-'alâ' fî sijni-hi], 1940
  • L'amour perdu, 1942
  • Les deux cheikhs, 1943
  • L'arbre de la misère [Shajarat al-Bu's], 1944
    • Édition française : tr. Gaston Wiet, Le Caire, Dar Al-Maaref, 1964
  • Le livre des jours [Al-ayyâm], tr. Jean Lecerf et Gaston Wiet, préf. André Gide, Paris, Gallimard, coll. « Blanche », 1947
    • Rééditions : Gallimard, coll. « Du monde entier », 1974 ; Gallimard, coll. « L'Imaginaire », no 126, 1984
  • La grande épreuve. 'Uthmân, tr. Anouar Louca et Jacques Jomier, préf. Louis Gardet, Paris, Vrin, 1974
  • Au-delà du Nil, éd. Jacques Berque, Paris, Gallimard, coll. « Connaissance de l'Orient », 1977 (ISBN 9782070297290)
    • Réédition : Paris, Gallimard, coll. « Connaissance de l'Orient », format poche, 1990 (ISBN 9782070719518)
  • La traversée intérieure, tr. Guy Rocheblave, préf. Étiemble, Paris, Gallimard, coll. « Du monde entier », 1992
    Seconde moitié de l'autobiographie commencée avec Le livre des jours.

ÉtudeModifier

  • Bruno Ronfard, Taha Hussein : Les cultures en dialogue, Paris, DDB, 1995
  • Collectif, Taha Hussein dans le miroir de son temps, Tunis, Beït El Hikma, 2001

BibliographieModifier

  • Suzanne Taha Hussein, Avec toi. De la France à l'Égypte. Un extraordinaire amour (1915-1937), Paris, Cerf, 2012, (ISBN 2204095532).

ÉmissionModifier

  • Émission sur France-Culture : De la France à l'Egypte : hommage à l'écrivain Taha Hussein[20]
  • Émission sur Canal Académie : Taha Hussein, rénovateur de la littérature arabe[21]

SourcesModifier

NotesModifier

  1. (it) « Taha Hussein », sur africarivista.it,
  2. Abdel Fattah Galal, « Taha Hussein », sur unesco.org,
  3. « Taha Hussein », sur lesclesdumoyenorient.com
  4. a et b Jacques Jomier, « Taha Hussein historien », Horizons Maghrébins, vol. 18-19,‎ , p. 198-202 (lire en ligne)
  5. « Taha Hissein », sur universalis.fr
  6. (en) « Ṭāhā Ḥusayn », sur britannica.com
  7. Luc-Willy Deheuvels, « Tâhâ Husayn et Le livre des jours ; Démarche autobiographique et structure narrative », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, vol. 95-98,‎ , p. 269-295 (lire en ligne)
  8. Pierre Brunel, « Taha Hussein et la France : Quelques réflexions », Revue de littérature comparée, vol. 315, no 3,‎ , p. 311-325 (lire en ligne)
  9. Luc Barbulesco, « L'itinéraire hellénique de Tâhâ Husayn », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, nos 95-98,‎ , p. 297-305 (lire en ligne)
  10. Michel Lelong, « Que savez-vous d’Ibn Khaldoun et de Taha Hussein ? », sur jeuneafrique.com,
  11. « Taha Hussein et le Coran », sur lematindz.net,
  12. Le Coran: sortir du cercle
  13. « Taha Hussein », sur republique-des-lettres.fr
  14. « À propos de Taha Hussein et de la naissance du roman arabe », sur hypotheses.org
  15. « Taha Hussein », sur babelio.com
  16. « Taha Hussein, un destin égyptien », sur elwatan.com,
  17. « Suzanne Taha Hussein », sur babelio.com
  18. « Amina Okada », sur babelio.com
  19. Henry Laurens, Le rêve méditerranéen, CNRS éditions
  20. De la France à l'Egypte : hommage à l'écrivain Taha Hussein sur franceculture.fr
  21. « Taha Hussein, rénovateur de la littérature arabe », sur canalacademie.com

Liens externesModifier